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mardi 12 avril 2016

BCE - La malédiction du Quantitative Easing : décapitalisation et attrition bancaires

  • Les opérations de Quantitative easing comportent des effets pervers dont certains sont bien connus, mais d'autres beaucoup moins. Elles entraînent de profonds changements dans le fonctionnement des mécanismes monétaires (en particulier pour ce qui concerne le marché des réserves bancaires). Ces changements de régime monétaire incitent à rester profondément sceptique quant aux effets à attendre de l'actuelle politique de passage à des taux résolument négatifs. Combinés aux conséquences de la régulation prudentielle des banques, ils engendrent à long terme le risque d'une mortelle spirale de décapitalisation et d'attrition bancaires.

Il est encore beaucoup trop tôt pour juger si le programme d'achats d'actifs européens mis en place par la BCE au début de l'année dernière (la version européenne du Quantitative easing)est un échec ou non. Il n'en reste pas moins que la banque centrale européenne a totalement raté son objectif concernant la relance d'un minimum suffisant d'inflation. Celle-ci flirte de nouveau avec le seuil fatidique de la déflation que les autorités monétaires craignent comme la peste.

La BCE a donc décidé d'en remettre une bonne dose, d'autant plus que les perspectives de croissance mondiale semblent plus fragiles que jamais. D'où les décisions du jeudi 10 mars qui consistent pour l'essentiel à augmenter le volume des rachats mensuels d'actifs (de € 60 milliards à € 80 milliards par mois) et à adopter une structure de taux d'intérêt courts plus résolument négatifs.

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jeudi 21 janvier 2016

Economie US : normalisation, cul de sac, ou Armageddon ?

Le 16 décembre dernier la Fed américaine a entamé la première phase d'une remontée progressive de ses taux d'intérêt. Celle-ci s'inscrit dans un plan de « normalisation » de sa politique monétaire qui s'étend sur six ans. Que faut-il en attendre ?

L'article qui suit a été fini d'écrire dans les premiers jours de janvier. Les informations conjoncturelles auxquelles il se réfère sont celles qui étaient disponibles à la fin du mois de décembre. Les chiffres publiés depuis lors n'ont fait que renforcer la thèse présentée ici. Voici quelles en sont les principales conclusions :

- L'optimisme de J.Yellen sur les perspectives de l'économie US sont contredites par l'avalanche de nouvelles qui annoncent la récession.

- C'est le première fois que la banque centrale américaine remonte ses taux en fin de cycle. Ce qui n'est pas le plus approprié.

- Encore faut-il qu'elle obtienne cette remontée. Il n'est pas du tout certain qu'elle y parvienne en raison de changements importants dans les rouages de sa régulation monétaire.

- La Fed se lance dans une aventure hasardeuse. Elle ne dispose plus du colossal volume de mémoire et d'informations nécessaire à la gestion d'un système aussi complexe que celui qui préside à la création de monnaie.

- Il faut avoir une foi de charbonnier dans les recettes keynésiennes pour continuer de croire aux vertus des QE. Ils ont principalement servi à assurer la permanence des mécanismes et « incentives » financiers qui ont généré la formidable inflation d'atifs à l'origine du krach.

- Le résultat est la reconstitution d'une nouvelle « méga bulle » que la politique US de quantitative easing a exportée au reste du monde (en premier lieu la Chine) et qui, aujourd'hui, emporte les économies émergentes vers un processus cumulatif de déflation du fait de son arrêt.

- Nul étonnement donc que se multiplient les scénarios les plus apocalyptiques annonçant pour 2016 un nouveau krach mondial, encore plus violent que le dernier en date.

- Le plus vraisemblable est qu'il n'y aura ni normalisation à la Yellen, ni Armageddon, mais plutôt une sortie de QE en cul de sac – c'est à dire finalement une non-sortie .

Au moment même où la Fed, par la voix de sa présidente, Janet Yellen, la Fed confirmait avoir décidé de s’engager dans la voie du relèvement des taux d’intérêt, une autre nouvelle apparaissait sur les écrans qui, elle, est passée complètement inaperçue, malgré son importance. Le Center for financial stability de New York publiait un communiqué indiquant qu’en novembre l’augmentation de l’aggrégat monétaire Divisia M4 (la masse monétaire au sens le plus large) avait été de +4,6 % d’une année sur l’autre - un chiffre élevé par rapport à la tendance enregistrée depuis la crise, et qui correspond à la croissance moyenne de la masse monétaire américaine sur la longue période.

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lundi 16 mars 2015

Sortie de crise : de la Grande récession à la Grande stagnation

HL2014_A.jpgCet article, publié dans le numéro Hiver 2014- 2015 de la revue Politique Internationale, a été écrit au début du mois de novembre 2014. Depuis lors un certain nombre d'événements sont intervenus – notamment le lancement du QE européen. Le climat conjoncturel a quelque peu évolué. Des retouches ont été apportées ici et là pour en tenir compte mais, globalement , cela ne change rien ni à l'analyse, ni au diagnostic, et encore moins aux perspectives.

Six ans après la fin officielle de la grande récession la sortie de crise n'est toujours pas en vue. Certes l'économie américaine a repris quelques couleurs, mais la zone euro n'a toujours pas retrouvé son niveau de production d'avant la crise, et les économies émergentes, Chine en tête, semblent à leur tour gagnées par le ralentissement général de la croissance.

Pourquoi cette lenteur désespérante du processus de sortie de crise ? L'explication la plus courante consiste à accuser les dirigeants des pays développés d'avoir trop vite arrêté leurs politiques de soutien massif à l'économie pour retrouver les contraintes de l'austérité budgétaire. Cet article a été écrit pour attirer l'attention sur une toute autre analyse qui met en cause une accumulation d'effets pervers dont les politiques de taux zéro et de rachats massifs d'actifs (Quantitative easing) menées par les banques centrales seraient la cause.

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lundi 23 juin 2014

Bernanke : pompier ou pyromane ? Comment la Fed a, de fait, provoqué la tragédie de l'automne 2008

Suite de notre retour sur les évènements économiques et financiers de l'année 2008. 

Au cours de l'été, parce qu'elle se trompe d'adversaire (cf notre article du 16 juin), la banque centrale US laisse passivement se produire, à contre-temps et sans en être consciente, un brutal resserrement de la liquidité monétaire. Résultat :  un "choc monétaire" non anticipé qui est le responsable direct des dramatiques enchaînements de l'automne.
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Pendant toute la première partie d'émergence de la crise (été 2007 – printemps 2008) la banque centrale américaine avait apparemment plutôt bien réagi, prenant rapidement, et de manière résolue, les mesures qui s'imposaient.

Les débuts de la crise des subprimes datent de l'été 2006. Dès cette époque, suite au dégonflement de la bulle immobilière, on assiste à une chute très rapide de la croissance dans toutes les activités liées à la construction et à l'immobilier. Le taux de croissance de ce secteur devient négatif dès le premier semestre 2007. Pourtant l'incidence sur l'activité globale reste relativement limitée. 

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