Réponse : Après avoir longtemps été admirateur de Karl Popper, donc dupe de l'affirmation suivant laquelle les normes ne sauraient se déduire des fait, j'inviterais ceux qui me succèdent à parcourir les trois phase habituelles de la conversion intellectuelle : le chemin singulier suivi pour découvrir l'erreur, puis la découverte des innombrables occasions manquées de s'en apercevoir, et enfin une démonstration ancrée dans un cadre philosophique plus étendu.

Le chemin singulier,  c’est la découverte progressive de toutes ces situations où l’économiste  se sera rendu compte que sa science spécifique,  qui se soucie de distinguer le vrai du faux  en matière de causalité sociale,  permet de présenter certains choix comme absurdes, puisqu’ils ne peuvent aboutir  aux résultats qu’ils prétendaient viser : ce que même les adeptes du subjectivisme normatif reconnaissent  au moins implicitement.  

Cette phase-là se résume et s’achève par la réplique de Rothbard à Mises, disant que si les jugements de valeur ne sauraient être que subjectifs,  indépendants des faits de la réalité,  alors qu’importe de la connaître ou non, cette réalité-là ?  

Oui, si le subjectivisme normatif est vrai, à quoi sert de connaître les faits ?

Rothbard lui-même avait démontré,  paradoxalement sans s’en apercevoir (cf. dans L’éthique de la Liberté le sophisme pseudo-universaliste de « l’uniforme vert réglementaire ») qu’en philosophie politique au moins, le critère seul de la cohérence logique non seulement permet de circonscrire le domaine de l’action rationnelle mais conduit à une définition non contradictoire unique de l’acte juste,  comme respectant le critère de la propriété naturelle.

Une fois passé le premier frisson que l’on éprouve à se retrouver du Mauvais Côté  du Positivisme Officiel  (au moins dans l’Université), on se rend compte que leur fameux subjectivisme normatif, les subjectivistes eux-mêmes ne s’y conforment jamais : ne les voit-on pas, après qu’ils ont sentencieusement disqualifié en tant que tel tout raisonnement philosophique normatif, multiplier les jugements de valeur au nom de leur (prétendue) Science descriptive ?  

Et cette contradiction-là va bien au-delà de la Sophistique Technocratique ordinaire, où tout rapport logique fait défaut entre les fameux « chiffres » (presque toujours dépourvus de fondement en théorie de la valeur) et les politiques  dont ils sont le prétexte :  c’est le fait même de raisonner à l’appui d’une norme  quelle qu’elle soit qui implique qu’on y a renoncé, au subjectivisme normatif : par le seul fait qu’il est un « isme »  c’est-à-dire  un parti pris de penser et d’agir d’une certaine façon,  c’est en vertu de ses propres principes et définitions que le subjectivisme normatif est arbitraire et par conséquent  se disqualifie lui-même.

Pour sa part, Ayn Rand appelait «vol de concept » le fait de se servir d’une notion dont,  à un titre ou à un autre, on nie les fondements dans la réalité objective: contradiction qui bien entendu réfute tout énoncé qui en ferait usage.  

Le critère du Vol de concepts est aujourd’hui l’outil principal de ce qu’elle appelait le « Détective philosophique », celui qui débusque les erreurs de raisonnement,  parce que  la pensée contemporaine  perd de vue aussi bien la hiérarchie  que la dépendance réciproque des définitions  telles qu’elle les a décrites  dans son Introduction à l’épistémologie objectiviste.  

Et si elle les perd, c’est parce qu’elle est marquée  par ce que Karl Popper, qui en était dupe, appelait le nominalisme,  lequel prétend que les définitions des mots  seraient arbitraires  et conventionnelles, donc indépendantes des lois de la réalité ; comme l’emploi d’un mot implique l’existence d’une chose, dotée de certaines caractéristiques – sa nature, disent les philosophes réalistes – une pensée, ou soi-disant telle, qui nie la possibilité d’une définition objective  se retrouvera minée par les contradictions internes  que ce parti pris aura multipliés entre les présupposés,  et à un moindre degré  les implications, de la définition des mots dont elle se sert.

Et cela affecte bien sûr toute la pensée : la philosophie normative n’étant en fait qu’une définitio du Bien, l’absurdité du subjectivisme en la matière n’est qu’un exemple parmi d’autres des absurdités auxquelles le nominalisme conduit.

Et absurdités-là, on s’aperçoit qu’elles sont encore plus nombreuses qu’on ne l’imaginait lorsqu’on a compris,  avec Hans-Hermann Hoppe,  que toute action implique certaines affirmations, que l’on peut entre autres confronter au discours parlé  pour repérer des contradictions. Il s’en est servi pour prouver que la propriété de soi est axiomatique (« si je dispose de mon corps pour parler,  j’affirme implicitement que j’en suis le propriétaire »),  mais on peut aller au-delà : agir dans un certain sens, c’est affirmer  non seulement qu’on a le Droit de le faire,  mais que c’est une bonne chose, que l’on sait comment agir, qu’on en attend un certain résultat, entre autres cet excédent de la valeur sur le coût de l’action que l’on appelle profit, etc. : la liste demeure ouverte. 

C’est donc dans l’action que se trouve  le lien naturel entre l’être et le devoir faire, et c’est tout naturellement, qu’il est revenu à un praxéologiste, comme l’avait remarqué Rothbard, d’avoir de nouveau comblé,  par l’intermédiaire des affirmations implicites de l’action, et des contradictions pratiques qui peuvent exister entre ce discours implicite et ce qu’on affirme par ailleurs expressément, le fossé apparent inventé par les fausses philosophies contemporaines  entre les faits  et les normes.

La notion de contradiction pratique  n’a donc pas encore livré  tout son potentiel ;  on peut même y voir,  dans l’état de la pensée contemporaine, une porte d’accès privilégiée vers la découverte du vrai et l’exposition des erreurs : songeons seulement aux rationalisations de l’Esclavagisme étatiste  qui présupposent que les hommes de l’état disposeraient d’une « information parfaite »  sur des faits  dont on est au contraire certain qu’ils ne pourront jamais l’avoir…

C’est que le subjectivisme normatif n’est pas toujours une erreur innocente, mais demeure au contraire un instrument majeur de l’arbitraire politique,  dans la mesure  où il disqualifie a priori la morale commune et le Droit naturel qui condamnent l’intervention de l’Etat : « Tu ne voleras pas, tu ne désireras pas injustement le bien d’autrui, etc » : seuls les voleurs et les assassins ont intérêt à ce que la définition du vol et de l’assassinat passe pour une affaire d’émotion subjective  et les hommes de l’état  sont de très loin les pires voleurs et les pires assassins : sous le masque du « pluralisme » et du scientisme,  ils censurent les opinions pour que ça ne se sache pas.  

A la 27° minute de La Normalophobie,  émission que j’ai faite avec Georges Lane sur Lumière 101,  je détaille plus avant le rôle que le nominalisme, avec son expression politique  à travers le subjectivisme normatif,  joue au service de l’Esclavagisme Absurdiste  du Socialisme Pseudo-Démocratique.

2. Sous quelles circonstances et pour quels motifs êtes-vous venu à la philosophie de la propriété naturelle ?  Quel a été l’élément déclencheur de votre conversion ?

Quand Georges Lane a voulu me démontrer que les prétendues « externalités », pour les économistes  le Prétexte Numéro Un des Usurpations étatiques,  ne sont qu’un mirage conceptuel, c’est-à-dire que la théorie est absurde en plus d’aboutir à des conclusions arbitraires  comme l’avait remarqué Rothbard,  j’ai mis six années à comprendre pourquoi  : je suis donc  plutôt lent à la détente,  et si j’ai découvert deux ou trois choses,  c’est pour avoir commencé tôt  et continué longtemps.

Comme tout le monde en France, j’avais d’abord gobé tous les mensonges et sophismes de la Pseudo-Démocratie Socialiste ; pire encore, j’avais commencé par faire Sciences Po, section « Service public », laquelle n’est, pour reprendre l’expression de René de Laportalière, qu’une « fabrique d’alibis »  pour l’Esclavagisme Absurdiste de la Caste Exploiteuse. Les professeurs étaient sincères et bienveillants, pourquoi m’auraient-ils raconté des mensonges ?  Et je les ai tous admirés,  à l’exception de Laurent Fabius.

J’y avais quand même remarqué trois choses :  

premièrement,  en deuxième année on y discutait des politiques économiques et sociales  sans tenir compte de la théorie économique  apprise en première année – y compris pour les vérités élémentaires de la théorie des prix,  comme le fait que le salaire minimum  n’est qu’une interdiction de travailler et absolument pas une garantie de revenu.

Deuxièmement,  j’avais quand même compris que,  pour que les hommes de l’état imposent leur prétendue « justice sociale »,  il leur faudrait un pouvoir totalitaire, et que cette condition-là, bien qu’absolument nécessaire, ne serait toujours pas suffisante.

Enfin, dans le fatras des « explications » de l’inflation qui pullulaient à l’époque, j’avais été contraint par le raisonnement logique de conclure que tous les prix  ne peuvent pas monter indéfiniment  si la quantité de monnaie ne s’accroît pas, opinion  qui à l’époque était fort mal vue  et taxée de « simplisme » :  comme pour le salaire minimum,  c’était là une vérité inéluctable parce qu’en fait elle est vraie par définition ;  mais je n’en étais certes pas  à professer que la théorie économique n’est qu’une branche de la logique,  et certes pas une science expérimentale.

C’est alors que je suis tombé  sur les écrits de Henri Lepage  avec son flair pour nous présenter les auteurs contemporains : Friedman, Hayek, Buchanan, Rothbard...  

Ensuite, Paul Blair m’a fait découvrir Ayn Rand puis, paradoxalement car il est resté pseudo-expérimentaliste,  Florin Aftalion qui m’a amené  à lire Mises,  ce que j’avais d’abord refusé de faire pendant un an et demi… parce que celui-ci disait que la théorie économique n’est pas une science expérimentale !.

Cela dit, au-delà de ces accidents de parcours  qui accélèrent votre compréhension, si on veut réfléchir  sur les conditions générales d’une telle conversion, il faut constater qu’à de rares exceptions près, on devient « libéral » quand on s’est progressivement aperçu que les politiques économiques et sociales échouent à réaliser leurs objectifs,  réels comme prétendus,  bien avant d’identifier les raisons logiques fondamentales pour lesquelles elles ne le peuvent jamais.  

C’est ensuite qu’on se rend compte non seulement que la philosophie politique est la discipline intellectuelle qui permet de juger ces politiques  mais qu’elle est la seule à pouvoir le faire : en d’autres termes que, pour juger les politiques économiques et sociales, la philosophie politique est à la fois nécessaire et suffisante, et que la théorie économique n’est utile que comme un double : double de même nature, puisque les moyens de preuve sont les mêmes  (« la validité des concepts et la cohérence du raisonnement »), et qu’elle a presque le même objet, étant donné que ce qui est injuste  est destructeur et réciproquement ; ce double est très utile puisqu’il permet au philosophe politique de repérer des erreurs qui lui auraient échappé autrement, mais il n’est pas logiquement nécessaire  et les plus grands philosophes peuvent par conséquent  s’en passer.

La morale commune et le Droit naturel, c’est-à-dire les normes que chacun reconnaît vis-à-vis d’autrui et auxquelles il se conforme  dans sa vie de tous les jours, quand il ne se rêve pas en homme de l’état, sont donc suffisantes pour juger les politiques et les institutions ; bien entendu, comme pour l’abandon du subjectivisme normatif, en se retournant on repère toutes les occasions  qu’on avait eues  de s’en rendre compte, et qu’on a manquées faute d’oser tirer les conséquences  de ce qu’on savait déjà  de science certaine. La plupart des gens ont besoin qu’on leur prenne la main  pour les leur faire tirer, ces conséquences  et c’est le rôle que jouent aujourd’hui Rothbard, Ayn Rand  et Hoppe, bien plus que Mises et Hayek, meilleurs économistes  que philosophes.

3. Vous écrivez : « L'économiste qui refuse de reconnaître les Droits de propriété ou, comme c'est le plus souvent le cas,  se met à oublier qu'il l'a fait  au départ de son raisonnement,  dit littéralement n'importe quoi :  son discours n'est plus  qu'une litanie absurde,  née d'un vol de concepts. "

Pourriez-vous expliciter et développer cette idée d’un « vol de concepts » commis par tout économiste qui suggère  le bien-fondé  de certaines entorses à la propriété naturelle ?

En l’espèce, la question de savoir si la propriété est naturelle ou non n’est pas nécessairement pertinente et peut même égarer le raisonnement, comme c’est arrivé  à Amartya Sen : dans « The Impossibility of a Paretian Liberal », celui-ci invente  de prétendus  « écarts à l’optimum »  qui soi-disant naîtraient de la propriété naturelle, sans voir  que c’est n’importe quelle configuration  des contraintes de propriété, quelles qu’en soient  la nature et l’origine, qui donnerait l’occasion de soi-disant « identifier » des écarts de ce genre à partir du moment où l’on accepterait  sa manière sophistique, arbitraire et absurde, d’envisager leurs conséquences.

Ce qui est pertinent, donc, c’est qu’en économie, on ne peut pas seulement définir une représentation théorique sans préciser à quelles contraintes de rareté se confrontent les personnes qui agissent, puisque tous leurs jugements de valeur en dépendent :  

-- sans contrainte de rareté, pas de valeur du tout  (dans la plupart des cas, « l’air est gratuit ») ;

-- dans l’autre sens,  à contrainte exceptionnelle,  valeur anormalement élevée :  que l’on songe à Robinson Crusoe  quand il n’avait que quelques clous  pour bâtir ses abris et ses enclos !  

Dans le cadre de la société, la contrainte de propriété – ce que j’ai effectivement le droit de faire, avec quoi et quand, représente une contrainte de rareté essentielle, sans laquelle on ne peut tout simplement pas raisonner sur l’économie.

Le vol du concept de propriété  par le Charlatanisme Ordinaire  se fait de deux manières :

-- directe d’une part,  

-- et d’autre part indirecte  par le biais de la valeur,  laquelle devient alors  elle-même le concept directement volé,  les deux concepts étant intimement liés.

Vole directement le concept de propriété l’économiste, ou soi-disant tel, qui prétend « justifier »  l’intervention de l’état par ses rationalisations principales que sont  les prétendues « externalités »  ou les prétendus « monopoles sur un marché libre ».  

En effet, ces rationalisations traitent le Droit de propriété à la fois comme s’il existait – comme condition nécessaire pour définir leurs  représentations théoriques, et comme s’il n’existaitpas — pour contester certaines de ses conséquences : on est dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, pour reprendre l’expression de Georges Lane.

Ces rationalisations présentent  l’exercice paisible de leur Droit de propriété  par leurs victimes désignées  non pas comme la réalisation même de l’« optimum » économique tel qu’ils l’ont eux-mêmes implicitement défini en postulant l’existence des contraintes de rareté comme condition nécessaire de leurs représentations théoriques, mais, au prix d’une contradiction qui devrait être manifeste, comme un obstacle à la réalisation de cet « optimum » : arbitrairement, ils dénoncent  comme un « problème » certaines des conséquences naturelles du fait que, par hypothèse, personne  ne peut faire  ce qu’il veut  avec ce qui n’est pas à lui, et qui découlent du fait de la contrainte de propriété  en tant que telle.

En d’autres termes,  ayant postulé l’existence des Droits de propriété, avec toutes leurs implication logiques parce que c’était une condition nécessaire pour définir leur « modèle » y compris l’« optimum »  qui y est associé, ils font ensuite comme si ces Droits ne devaient pas avoir certaines des conséquences qu’ils ont naturellement.  

La définition de cet « optimum »-là  étant strictement déterminée  par ces Droits de propriété-là,  ils volent le concept de propriété  en prétendant leur opposer quelque « optimum » que ce soit :  car, dans ce type d’analyse, tout « optimum », s’il existe,  est déterminé  par les contraintes postulées au départ ; on ne peut donc pas définir un « optimum économique » indépendamment des Droits de propriété tels  qu’on en a postulé l’existence, et encore moins  contre eux.

En prônant l’intervention de l’état,  ce qu’ils recommandent en fait c’est une autre configuration des Droits de propriété,  mais celle-ci déterminerait un autre optimum,  sans rapport avec le premier  et impossible à comparer avec lui  dans ce contexte.

Et c’est alors que, à l’occasion de leur vol direct du concept de propriété, apparaît le lien intime entre le vol du concept de propriété et le vol du concept de valeur : car cette comparaison-là, ils prétendent quand même la faire, et cela impliquerait nécessairement que l’on puisse mesurer, et soustraire entre eux  les jugements de valeur des agresseurs étatiques  et de leurs victimes pour parvenir à un solde net qu’ils appelleraient « accroissement de l’utilité sociale ».

Or, la valeur n’est pas mesurable : les jugements de valeur sont des actes de la pensée au moment d’agir, qui ne se prêtent donc à aucune mesure, aucune comparaison ni addition ni solde entre les personnes ; et tous les économistes le savent, qui se réfèrent sans cesse au Critère de Pareto, lequel n’a été inventé que pour tenir compte,  justement,  de cette impossibilité.

Il s’ensuit  que toute prétendue « comparaison de coûts  et d’avantages »  entre les personnes,  a fortiori entre des groupes de personnes,  est entièrement dépourvue de fondement  en théorie de la valeur  et qu’elle est, de ce fait,  pure charlatanerie :  en économie,  si on peut juger les contraintes de propriété,  ça ne peut se faire que par référence à la métaphysique de la production c’est-à dire, dans la pratique, à la Propriété Naturelle des philosophes politiques,  ce qui est injuste étant destructeur et réciproquement ;  c’est pourquoi, entre autres, la Démonstration de Bitur-Camember s’y réfère expressément pour décrire les « investissements » dans la politique comme autant de pseudo-investissements,  perdus pour toute production réelle.

On notera  à cette occasion la deuxième manière  dont le critère du vol de concepts  permet de déceler  les erreurs de raisonnement :

Dans le cas du subjectivisme normatif,  le sophiste contredit  donc réfute lui-même  son faux principe en raisonnant à l’appui d’une norme,  pratique qui  (entre autres,  de ce fait)  est en soi licite  et même nécessaire ;

dans le cas des prétendues « comparaisons coûts/avantages »,  c’est la pratique qui se trouve  disqualifiée par le fait  qu’elle méconnaît un principe  que le sophiste lui-même a reconnu  comme vrai.

Cette sophistique qui vole le concept de valeur en prétendant s’en servir alors qu’elle méconnaît sa nature, on l’appelle utilitarisme  en science économique :  elle y est l’un des grands fleurons  dans la panoplie de son Charlatanisme Ordinaire  alors que son inventeur,  Jeremy Bentham,  reconnaissait déjà en privé son caractère totalement fallacieux  tout en la continuant à la pratiquer :

‘C'est en vain que l'on parle d'ajouter des quantités qui,  après cette addition,  continueraient comme devant ;  le bonheur d'un homme ne sera jamais le bonheur d'un autre [...]

vous pourriez tout aussi bien feindre d'additionner vingt pommes avec vingt poires [...]

‘cette additivité des bonheurs de différents sujets [...]  est un postulat sans l'admission duquel tout raisonnement pratique  est remis en cause.

Ce texte de Bentham  a été retrouvé  dans ses papiers personnels  par Elie Halévy

(The Growth of Philosophical Radicalism,  p. 495.)

Cependant, l’utilitarisme ne vole le concept de propriété qu’indirectement, par le truchement de l’« optimum » implicite, en l’espèce indéfinissable,  dont il prétend soi-disant « rapprocher ».  

Le Charlatanisme Ordinaire  des économistes mathématiciens les a conduits à pratiquer une autre manière de voler le concept de valeur en dénaturant celle-ci sous la forme de prétendues « fonctions d’utilité » (avec leur corollaire, les prétendues « courbes d’indifférence).  

La notion est implicitement pseudo-expérimentalistedans la mesure où elle prétend réduire les jugements de valeur à des réactions mécaniques, en formant des « hypothèses » qu’ils voudraient statistiquement « vérifiables »  sur leurs prétendus « déterminants ».

Comme, dans la réalité, ces jugements de valeur sont des actes de la pensée au moment d’agir face à une contrainte,  actes de la pensée  dont on ne peut rien savoir en-dehors de l’action effective,  les gloses sur les raisons d’agir des individus,  a fortiori lorsqu’on ne peut pas observer leur action,  n’appartiennent pas à la théorie économique  mais à l’art  de la prévision,  qui est une discipline historique  (laquelle peut faire usage, entre autres,  des résultats de la psychologie expérimentale).  

En soi,  le vol du concept de valeur  par les prétendues « analyses »  en termes de « fonctions d’utilité »  ne vole pas le concept de propriété ;  cependant,  il a bel et bien conduit à de prétendues représentations théoriques des jugements de valeur qui,  à force de méconnaître leur nature,  l’ont totalement oublié.

Le Charlatanisme Ordinaire a une autre manière  de méconnaître le fait que la valeur ne se mesure pas  qui vole bien plus directement le concept de propriété,  quand il pratique ce que François-René Rideau a identifié  sous le nom de sophisme comptable,  et que j’appelle pour ma part le Sophisme Pseudo-Comptable,  pour le distinguer du Sophisme Anti-Comptable.

Le Sophisme Anti-Comptable viole les conditions d’une comptabilité rationnelle en se soustrayant à ses disciplines élémentaires : par exemple,  en méconnaissant  que toute richesse a une origine comme elle a une affectation,  ce qui entretient le mythe de l’état-Père Noël,  qui distribuerait des cadeaux venus on ne sait d’où.  

Autre exemple connexe,  oublier que toute action a un coût :  seuls les théoriciens des Choix publics tiennent compte du fait  que toute action politique  a un coût  pour celui qui agit.  

Enfin,  méconnaissent  aussi les disciplines élémentaires de la comptabilité  

-- le protectionnisme,  qui prend un gain pour une perte  et une perte pour un gain (comme l’exposait Frédéric Bastiat)  et 

-- le keynésianisme,  dont les prétendus « multiplicateurs »  sont,  comme l’a signalé Rothbard,  une inversion magique  grotesque  des rapports de l’arithmétique avec la réalité,  appliquées aux sommes d’argent – aux quantités de monnaie -- qui font l’objet de la comptabilité.  

Le keynésianisme  est également une Sophistique Pseudo-Comptable  dans la mesure  où,  comme tout « raisonnement macroéconomique »,  il vole le concept de prix :  pour reprendre  les termes de Georges Lane,  Keynes a donné

« naissance à une démarche  qui consistera à considérer  qu’on peut faire abstraction des prix en théorie économique,  ou qu’il revient au même  qu’un prix soit fixé par le marché  ou qu’il soit fixé  par les hifis ! »

(les HiFis,  ce sont les Hauts Fonctionnaires  dans la phraséologie de Michel de Poncins.  Dans ce dernier cas,  « publics » ou privés, ce n’est pas à des prix  que l’on a affaire mais à des tarifs.)

En effet,  le Sophisme Pseudo-Comptable  viole les conditions d’une comptabilité rationnelle en méconnaissant ses conditions de validité :  il consiste,  dans une vaine tentative  pour échapper au fait que la valeur n’est pas mesurable,  à traiter ces mêmes sommes d’argent  comme une prétendue « mesure » de substitution dans des conditions où ces sommes d’argent  ne traduisent pas les jugements de valeur des personnes qui agissent ;  c’est en volant ainsi le concept de valeur  qu’il vole le concept de propriété,  puisque c’est en se confrontant aux contraintes effectives  auxquelles ils font face  que les individus forment leurs jugements de valeur réels  pour disposer de la richesse.

Le Sophisme Pseudo-Comptable  commet un troisième type de vol de concepts,  toujours associé à la propriété comme concept volé,  à savoir qu’il vole le concept de prix,  puisqu’il se sert  de cette notion  dans des conditions où elle ne peut pas s’appliquer.  

Rappelons donc  à quelles conditions,  et dans quelle mesure  les quantités de monnaie traduisent les jugements de valeur :  dans tout échange effectif de monnaie  contre quelque chose d’autre,  l’« acheteur » démontre qu’à ce moment,  il donne au moins autant de valeur à ce qu’il « achète »  qu’à la quantité de monnaie qu’il aura livrée à la place.  

C’est ce rôle des prix en monnaie  comme repères de la valeur  qui permet ce que Ludwig von Mises appelait le « calcul économique »,  et qui fait de la comptabilité  en monnaie,  avec les opérations financières éventuellement associées,  le seul domaine de l’économie  où l’emploi des mathématiques  peut avoir un sens.  

Il s’ensuit que les quantités de monnaie ne peuvent servir  comme repères de la valeur  que s’il s’agit de prix authentiques,  c’est-à-dire de biens effectivement échangés par leurs propriétaires au moment où la transaction se fait.

En dehors  de ces conditions-là,  les quantités de monnaie  n’ont plus aucun rapport avec les jugements de valeur effectifs,  et il est sophistique,  charlatanesque,  de s’en servir pour quelque raisonnement  économique que ce soit.

Ludwig von Mises  avait identifié  la forme extrême de ce vol du concept de prix  quand,   dans son fameux article de 1920,  il avait conclu  que le Planificateur Central du Socialisme ne pourrait jamais connaître la rareté relative des produits dont il se servirait,  donc ne pourrait jamais  procéder aux fameux « calculs »  sur lesquels il aurait voulu fonder la prétendue supériorité de son système.  

Illustration concrète de cette impossibilité,  c’est en recopiant les prix des catalogues occidentaux que les planificateurs soviétiques  affectaient les biens de production,  comme le socialiste  André Philip avait pu le constater  à son grand dépit lors d’une visite en URSS dans les années 1950 : peut-on illustrer de façon plus flagrante le vol du concept de prix ?  

Pour autant, les économistes officiels,  à la Samuelson,  n’ont finalement admis que Mises avait raison  qu’après l’effondrement du communisme,  et sans nécessairement comprendre pourquoi.

Cependant,  le vol du concept de prix  ne se limite pas  à la planification centrale  sur le mode soviétique :  en fait, la notion s’applique à tous les cas  où les quantités de monnaie ne reflètent pas  un échange volontaire entre propriétaires.  

Et c’est bien le cas  lorsqu’un homme de l’état  dépense de l’argent qu’il a,  avec ses complices,  volé aux autres : c’est pour cela  que la prétendue « comptabilité publique »,  qui recense des richesses n’appartenant littéralement à personne,  n’est qu’un rituel magique  sans rapport avec les raisons d’agir  de ceux qui en disposent.

A fortiori  de la prétendue « Comptabilité nationale »,  qui a le front d’ajouter à ses prétendues « mesures de la production » toute dépense faite par les hommes de l’état  alors que,  justement,  ceux qui les subissent refuseraient de les payer  s’ils avaient le choix.  C’est doublement une Pseudo-Comptabilité,  parce que

-- non seulement la moitié des sommes d’argent qu’elle recense  n’appartient à personne,  mais qu’en outre   

-- les additions  et autres opérations arithmétiques  dont elle tire ses prétendues « mesures du produit national » portent sur des objets qui,  en théorie de la valeur,  ne sont pas commensurables :  double vol du concept de prix.  

Quant aux prétendus "taux de croissance de la production" que les statisticiens prétendent en déduire, ceux-ci sont incapables de tenir compte du que l'effet naturel des progrès de la production est d'accroître la qualité des produits et de faire baisser leur prix : on l'observe de façon spectaculaire là où les progrès sont les plus rapides, comme dans l'informatique personnelle, où il n'exise aucune "mesure" qui permette de comparer la qualité d'un ordinateur d'aujourd'hui à celle d'un ordinateur d'il y a trente ans.

Et si les progrès de la production  se traduisent normalement par des accroissements de la qualité  et par des baisses de prix,  comment les soi-disant « comptables nationaux » peuvent-ils calculer leurs prétendus « taux de croissance réelle de la production »,  eux qui ne recensent que des quantités de monnaie ?  

Ils ont inventé de prétendus  « indices de prix »  pour soi-disant « en tenir compte »,  en même temps que des effets des politiques d’inflation imposées par les monopolistes de la monnaie ;  mais comme il est impossible de « mesurer la qualité des produits »,  ces « indices »  comportent  une part d’arbitraire décisive,  par définition impossible à connaître.

C’est donc de façon cruciale  que leurs prétendus « taux de croissance de la production »  dépendent des choix arbitraires qu’ils ont faits pour inventer un prétendu « indice général des prix » ;  et le vol du concept de prix y est triple,  puisque ce prétendu « indice des prix »,  au lieu d’être  une quantité de monnaie qui s’échangerait sur un marché,  ne traduit que les impasses  de la pratique statisticienne.

C’est dire si les gloses récentes  du dénommé Piquetout  sur de prétendus écarts de quelques dixièmes de points de pourcentage  entre les taux de rentabilité des investissements,  estimés on ne sait avec quelle prime de risque, et de prétendus « taux de croissance »  qui comportent cette part-là d’arbitraire,  sont dépourvus  de toute valeur scientifique et de toute pertinence.

Quant aux soi-disant macroéconomistes  qui se gargarisent  de ce genre de chiffres,  ils renchérissent dans le vol du concept de prix  puisqu’aux pseudo-concepts  d’un prétendu « indice des prix »  et d’une prétendue  « mesure de la production totale »,  ils surajoutent  les suppositions complètement inexactes que nous avons vues sur la détermination des prix relatifs :  quadruple vol du concept de prix.

Un autre aspect essentiel  du vol des concepts de propriété,  de valeur et de prix,  également au service de l’Esclavagisme étatiste dans la plupart des cas,  est l’emploi  systématique qu’en font les pseudo-expérimentalistes.  

Le pseudo-expérimentalisme  est à la théorie économique  ce que le subjectivisme normatif  est à la philosophie morale, c’est-à-dire un rejet a priori,  impliquant une contradiction pratique,  de la preuve logique  au prétexte  que seule la méthode expérimentale  permettrait de distinguer le vrai du faux.  

Evidemment,  l’impossibilité  de mesurer la valeur  est la première vérité  qui passe à la trappe  du pseudo-expérimentalisme,  et on peut en donner un exemple qui montrera à quel point cette méthodologie  non seulement est stérile,  mais détruit effectivement la science économique :  c’est celui qui porte sur les avantages de la spécialisation.

La vraie science économique  reconnaît l’échange comme productif  et avantageux pour ceux  qui s’y adonnent  par le seul fait qu’il est volontaire :  toute action volontaire produit pour son auteur  une valeur nette perçue, qu’on appelle le profit attendu,  et sans laquelle elle n’aurait pas lieu.  Appliquée à l’échange,  cette vérité axiomatique  se traduit par le fait que chacune des parties  à l’échange  y accorde plus de valeur à ce qu’elle y reçoit  qu’à ce qu’elle y donne.  En outre l’échange permet à chacun de se spécialiser dans le domaine où il est relativement meilleur,  ce qui permet à ceux qui sont plus mauvais en tout que les autres  de trouver quand même à échanger avec eux.

Il y a des pseudo-expérimentalistes comme Milton Friedman qui,  mis au pied du mur,  reconnaissent que ces vérités-là sont logiques,  irréfutables ;  mais d’autres font typiquement comme si elles ne l’étaient pas,  et se précipitent alors  sur tout ce qui peut leur servir de prétexte  à l’emploi de statistiques  pour non seulement « vérifier »  l’intérêt à échanger,  comme si l’existence de l’échange volontaire  n’en était pas  en soi  une preuve suffisante,  mais encore comme prétexte pour interdire des échanges,  s’ils commettent suffisamment de fautes de logique  et d’erreurs d’observation  pour soi-disant  « prouver »,  à l’encontre de ceux  qui l’ont par hypothèse trouvé  pour eux-mêmes,  que cet intérêt-là  n’existerait pas.  

Ils ont donc développé de prétendues théories de l’échange inégal,  qui « prouvent » soi-disant que les « pays pauvres »  ne devraient pas échanger avec les « pays riches »,  et dans d’autres variantes  les « pays  riches » avec les « pays pauvres » ;  ces diverses argumentations se contredisent évidemment de façon ridicule, et toutes impliquent la possibilité permanente d’un profit certain  puisque,  glosant sur la productivité  et la rémunération des facteurs de production,  elles méconnaissent,  et manquent à observer car les illustrations bien entendu surabondent,  que celles-ci ne peuvent pas durablement s’éloigner  l’une de l’autre.  

Bien entendu,  en prétendant raisonner  sur des échanges « entre pays »,  ces prétendues « théories »  volent le concept de propriété,  puisque ce ne sont pas des pays qui échangent,  mais des propriétaires singuliers qui possèdent les choses échangées.

En prétendant  « comparer les gains à l’échange »  elles volent le concept de valeur,  puisque celle-ci n’est pas mesurable  et donc pas comparable.  

Dans la réalité,  ce ne sont jamais que des entrepreneurs  qui se spécialisent,  et eux seuls sont compétents pour juger des raisons pour lesquelles ils le font,  les pertes  qu’ils pourraient éventuellement constater a posteriori ne pouvant être le résultat que d’erreurs de prévision de leur part.  

Enfin,  ces prétendues « théories » volent le concept de prix  puisqu’elles se servent  d’agrégats  statistiques, lesquels ne sont pas  les choses effectivement échangées.

A cette critique  il est facile d’objecter  que ces fameux « chiffres »  sont tout ce qu’on a,  et qu’en leur absence l’état serait aveugle  et ferait n’importe quoi.  

La réponse évidente  est que l’état est bel et bien aveugle,  qu’il fait toujours  n’importe quoi,  et que le seul effet de ces statistiques  est de l’illusionner là-dessus aussi.  

A cet égard,  la pratique de l’homme de l’état peut se comparer à celle de l’ivrogne qui cherche son portefeuille, non pas  où il l’a perdu,  mais sur le trottoir d’en face,  parce que c’est mieux  éclairé.  A cette différence près,  bien entendu,  que ce n’est pas lui qui subira les conséquences de cette irrationalité supplémentaire.

4. Ce que vous appelez « la Loi de Bitur-Camember » établit, par une combinaison du raisonnement à l'équilibre  et des règles de la comptabilité,  que "la redistribution politique (i.e. qui viole la propriété naturelle) détruit en tendance une richesse équivalente à celle qu'elle vole."

Pourriez-vous revenir sur les éléments de démonstration fondamentaux à l’appui de cette loi ?

Ce qui a déclenché  la découverte de l’Egalité de Bitur-Camember  c’est,  si je me souviens bien,  l’erreur (assez incompréhensible de sa part)  commise par Anthony de Jasay dans L’état,  où celui-ci,  tout en démontrant à juste titre  que les avantages politiques de la redistribution doivent nécessairement disparaître sous l’effet de la concurrence politique, affirme par ailleurs qu’il serait plus rentable d’« investir »  dans la politique  que dans la production réelle.  « -- Mais non »,  me suis-je récrié :  « il n’y a jamais de rentabilité  supérieure garantie, pas plus dans la politique qu’ailleurs ».  Et de développer, calqué sur le sien mais éliminant cette erreur, un raisonnement sur la disparition des profits économiques de la redistribution  sous l’effet de la concurrence politique.

Lorsque j’ai exposé ma conclusion à Henri Lepage,  il m’a dit qu’il avait déjà vu quelque chose comme ça chez les théoriciens des Choix publics.  Un peu dépité,  je suis resté sceptique :  à la fois  parce qu’il est bien connu pour savoir,  comme l’avait noté Buchanan,  tirer des écrits des auteurs  des conclusions auxquelles eux-mêmes n’avaient pas vraiment pensé  et parce qu’Alain Wolfelsperger,  alors le meilleur professeur possible de Théorie des Choix Publics  au DEA d’Economie Appliquée  de Jean-Jacques Rosa, ne m’en avait fait aucune mention,  alors qu’une conclusion aussi symbolique ne devrait pas passer inaperçue.  

Finalement, grâce à Bertrand Lemennicier, j’ai retrouvé  l’article de Tullock  où celui-ci introduit effectivement une notion de pseudo-investissement, mais de manière passablement confuse :  étant à la fois pseudo-expérimentaliste et (de ce fait, implicitement)  utilitariste, il appelle « Social cost »  ce pseudo-investissement -- ce qui est doublement fallacieux et, ne cherchant même pas à définir correctement les contours de la spoliation légale, abandonne de ce fait à l’observation ultérieure  le soin de déterminer l’ampleur des gaspillages y associés.  

Il n’est donc pas parvenu,  et ne pouvait pas aboutir à l’Egalité de Bitur-Camember,  laquelle affirme que,  si on fait abstraction de l’incertitude,  on doit postuler l’existence d’une égalité stricte,  de type comptable,  entre la richesse que les hommes de l’état volent  et la richesse qu’ils détruisent par leurs interventions.  

Bien au contraire, ceux qui prétendent « mesurer le coût » de l’action politique et qui, étant pseudo-expérimentalistes, s’en tiennent aux « chiffres » disponibles, non seulement sous-estiment gravement cette destruction,  puisqu’ils l’évaluent au voisinage d’un tiers de la richesse volée au lieu de 100 %,  mais ne peuvent le faire  qu’au prix de Sophismes Pseudo-Comptables auxquels la Démonstration de Bitur-Camember échappe totalement,  puisque c’est uniquement dans le chef de l’entrepreneur politique  et non à partir de statistiques  que s’y fait  l’évaluation des coûts  comme celle des avantages.

Pour sa part, méconnaître l’égalité quasi-comptable  entre la richesse que les hommes de l’état volent et celle qu’ils détruisent  s’apparente à un Sophisme Anti-Comptable,  et c’est d’ailleurs pourquoi c’est la lecture de Frédéric Bastiat,  grand pourfendeur de ces Sophismes Anti-Comptables,  qui m’en a inspiré le nom :  la dénomination de « Bitur-Camember » que je lui ai donnée se réfère à cet épisode des Facéties du Sapeur Camember  où le sergent Bitur colle quatre jours d’arrêt au sapeur Camember « pour n’avoir pas creusé  un trou assez grand  pour pouvoir y mettre sa terre  avec celle d’un autre trou ».

Dans « Pourquoi pas Bitur-Camember »,  Georges Lane  et moi-même développons non seulement la démonstration de cette égalité quasi-comptable,  mais les raisons pour lesquelles  pour la découvrir  il fallait être  un praxéologiste, c’est-à-dire  un économiste autrichien,  et un économiste autrichien aussi bien capable  de faire abstraction de l’incertitude que de l’étudier en tant que telle  (dans l’émission de Lumière 101 « Rendre à César », nous énumérons un certain nombre des corrections que l’on doit apporter à la science économique une fois qu’on a appris  à y distinguer les phénomènes que l’on doit à l’incertitude  de ceux que l’on doit  aux conditions supposées connues au départ).  

Cette égalité,  Vilfredo Pareto  avait failli la découvrir aussi quand,  illustrant le fait que la redistribution politique est nécessairement destructrice,  il faisait remarquer que les receleurs du protectionnisme italien  n’avaient même pas profité  de ce pillage destructeur imposé  à leur peuple.  

En effet,  cette égalité tient au fait fondamental qu’il n’y a pas de profit certain,  axiome de la théorie économique douloureusement connu  des financiers,  et pas plus en politique  que n’importe où  (et c’est le mérite des Théoriciens des Choix Publics  que d’avoir dissipé pour nous cette Illusion de la politique sans coût) :  il s’ensuit que pour obtenir les avantages de la redistribution politique,  ou pour se soustraire à ses prédations,  chacun sera prêt à subir des coûts à hauteur de l’enjeu  -- alors que ces coûts sont perdus pour toute production,  puisque ce dont il s’agit,  c’est de se disputer une richesse  qui doit son existence  à d’autres coûts de production.  

Si on fait abstraction de l’incertitude et raisonne « à l’équilibre », ce qui est ultra-courant  et pratiquement nécessaire  pour isoler les effets de l’intervention de l’état de ce qui n’en est pas,  on doit conclure  que ces coûts-là sont égaux aux avantages attendus,  de sorte que le gaspillage  qu’ils représentent  est égal au pillage  qui en est l’enjeu.

J’ai découvert par la suite  que cette impossibilité d’un profit certain,  associée à la Démonstration de Bitur-Camember,  a une conséquence directe  peut-être plus importante  que l’Egalité du même nom :  à savoir que la redistribution politique  ne peut jamais atteindre son objectif :  voler les uns au profit des autres – que par accident.  

Etant donné ce qu’il en coûte  d’intriguer pour voler les autres  ou pour échapper à leur prédation,  ne peuvent obtenir un avantage net de l’action politique  que les plus chanceux ou les plus malins.  Cela ne veut pas dire  que l’identité de ces profiteurs-là  ne varierait pas  suivant les politiques spécifiquement imposées ;  mais cela veut dire que ces politiques-là ne peuvent pas choisir  ceux qui en profiteront,  alors que c’est bien  ce qu’elles entendaient faire.

Et comme voler les uns au profit des autres  est la véritable  raison d’être de toutes les politiques économiques et sociales,  cela veut dire que les politiques économiques et sociales ne peuvent jamais atteindre leurs véritables objectifs que par accident.  C’est la Deuxième Conclusion de la Démonstration de Bitur-Camember,  appelons-la l’Impossibilité de Bitur-Camember,  et elle constitue  pour la science économique  une disqualification radicale de l’étatisme  qui pourrait décourager les candidats à l’esclavagisme  s’ils en prenaient connaissance.

La Démonstration de Bitur-Camember  comprend encore une Troisième Conclusion,  qui paraît d’actualité  étant donnés les problèmes budgétaires auxquels se confrontent force gouvernements,  et qui emploie  dans l’autre sens l’Egalité  de Bitur-Camember : c’est le Théorème d’Omlevaah,  ainsi nommé par référence au soi-disant « économiste » norvégien Trygve Haavelmo qui prétendait exactement le contraire,  et qui affirme que toute baisse simultanée des impôts et dépenses publiques engendre une augmentation de la production  d’égale ampleur.  

Evidemment,  les statistiques ne rendront pas compte  de cet accroissement,  puisqu’on vient de voir  qu’elles ne recensent qu’un tiers  des vrais coûts de la politique :  parmi les Gaspillages de Bitur-Camember figurent tant de dépenses que la prétendue « comptabilité nationale »  recense comme autant de « productions »,  et tant d’abstentions de produire  et d’échanger dont par hypothèse aucun recensement n’est possible,  que cette sous-estimation-là  est des plus attendue.  

La société,  en revanche,  jouirait à plein de la richesse supplémentaire  qui naîtrait de cette libération partielle  et, même en la sous-estimant,  les hommes de l’état n’auraient qu’à supputer de combien réduire les impôts  et les dépenses publiques  pour que « la croissance »  les fasse effectivement disparaître,  leurs fameux déficits.

5. Vous tenez beaucoup à défendre une conception saine de la démocratie, que vous définissez comme un système dans lequel le peuple décide pour lui-même de ses propres affaires.  En ce sens,  dites-vous, la seule démocratie légitime c'est le marché,  qui suppose la propriété naturelle  et que vous opposez à la pseudo-démocratie-socialiste.  La démocratie libérale à la Hayek  ne reste-t-elle pas une alternative viable à la social-démocratie ?

Nonobstant sa réfutation de la prétendue « justice sociale »,  Hayek n’était même pas un libéral classique,  comme Hans-Hermann Hoppe l’a démontré  à l’envi.  

Et Hoppe,  je le suis complètement dans sa critique de ce qu’il appelle « la démocratie » : nous n’en avons simplement pas choisi  la même définition,  dans la mesure  où je pense encore  que c’est à juste titre  que les gens associent vaguement  « la démocratie » avec l’idée  que « le peuple se gouverne lui-même ».  

Evidemment,  « le peuple qui se gouverne lui-même »  c’est en réalité l’anarcho-capitalisme et lui seul et, dans la mesure  où le marché libre est 100 000 fois plus « démocratique »  que n’importe quel système fondé sur le vote,  tout développement d’un pouvoir étatique constitue une régression gravissime  par rapport à cette vraie « démocratie »-là.  

Dans le sens de Hoppe,  ajoutons que même les Pères Fondateurs  de la Constitution Fédérale américaine, celle de 1788,  rejetaient expressément ce qu’ils appelaient « la démocratie » à partir de l’expérience historique, prétendant avoir fondé  une « République constitutionnelle ».  Il y avait chez eux  une robuste méfiance  à l’égard de tout gouvernement,  qui s’exprime par exemple dans le 2° Amendement,  et qui correspond encore aux Etats-Unis à l’opinion  d’une pluralité  des citoyens,  un peu plus de 40 %.  J’ai pu constater que la seule différence entre ces citoyens-là,  qui se disent « Conservative »,  et les soi-disant « Libertarians »  est la propension des seconds à gober la propagande des états  qui se trouvent être ennemis du leur  tendance qui malheureusement se répand aussi chez nous  avec les progrès de la communication.

Alors, la démocratie n’est-elle  qu’un de ces « mots-virus » que dénonçait Guy Lardeyret,  un anti-concept par amalgame  dont les interprétations raisonnables ne sont là  que pour faire passer celles qui ne le sont pas ?Tant que je n’aurai pas trouvé d’autre terme,  plus approprié,  pour décrire un régime politique  où « le peuple se gouverne lui-même »,  je continue provisoirement à m’en servir comme norme  et à appeler « pseudo-démocratiques »  les régimes  qui s’éloignent le plus  de cette norme-là.

S’agissant de normes,  je voudrais insister  sur un critère de jugement  que je ne vois pas assez employer dans le débat public  alors qu’il est un aspect de la cohérence logique,  qui est le moyen de preuve  de la philosophie.

A cette notion nouvelle et fondamentale de Hans-Hermann Hoppe  qu’est la notion d’« intégration forcée », « progrès de la pensée sociale dont on ne peut plus faire comme si elle n'existait pas »,  je pense qu’il faut associer celle du « pseudo-universalisme » :  

quand ils usurpent le pouvoir social,  les hommes de l’état imposent,  à la place des contrats que les propriétaires légitimes  avaient volontairement conclus entre eux  pour organiser leur vie en commun,  des règles prétendument « générales »  qui,  du fait de l’usurpation initiale,  ne sauraient être fondées en raison.  Dans une analyse récente, j’ai dit de ces règles générales :

… c'est dans sa volonté d'imposer des règles uniformes que  l'injustice de l'état apparaîtra d'abord,  puisque la mise en oeuvre du seul principe objectif,  celui du consentement des propriétaires légitimes,  le seul qui soit justifié  parce qu'il est le seul qui ne conduise à aucune contradiction,  doit au contraire se traduire  par une myriade  de règles différentes…

A mesure  que se développe le pouvoir d’état,  et avec lui l’Irresponsabilité Institutionnelle,  ces règles se détachent de plus en plus du réel,  et les prétendus « principes » qu’elles impliquent  deviennent de plus en plus contradictoires ;  en particulier,  comme Benjamin Constant  l'avait déjà souligné,  dans bien des cas  les  « droits de l'homme »  vont se heurter à ceux du « citoyen »,  de sorte qu’il faudra choisir les uns contre les autres d'une manière  qui ne saurait être  qu'arbitraire  (pour illustrer cet arbitraire  et défendre l'Ersatz des « droits du citoyen »,  j’ai publié, entre autres :  « Burqa et espace public :  les libertariens ne sont pas des libertaires » et « Il n’y a pas d'"immaculée conception de l’espace public. »)

C’est dans cette confusion intellectuelle que l’on passe des 10 premiers Amendements à la Constitution américaine, documents politiques,  aux prétentions pseudo-universalistes de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789,  puis de cette dernière à la Déclaration Universelle de 1948,  avec la pétition de principe esclavagiste de ses prétendus « droits sociaux ».

Le Pseudo-Universalisme, consubstantiel à toutes les conceptions confuses et contradictoires de l’« égalité », consiste à présenter  comme des « principes »  ce qui ne peut pas en être  et qui se dissout de ce fait à l’examen rationnel,  le seul principe politique justifié  étant celui de la non agression,  avec la propriété naturelle  et la liberté des contrats  qui s’ensuivent.  

J’emploie souvent,  pour qualifier l’attitude des penseurs sociaux  qui refusent d’admettre la vérité en économie comme en politique,  la métaphore de l’hypothétique congrès de mathématiciens  qui se réunirait  pour savoir combien font deux plus deux,  avec entre eux  un accord  aussi absolu que tacite  pour ne pas mentionner le nombre « quatre ».  Ce congrès-là pourrait se tenir indéfiniment,  et proposer une infinité de réponses,  parce qu’à partir du moment  où vous avez rejeté la vérité,  vous n’avez plus le choix  qu’entre une infinité  de mensonges de plus ou moins gros.  Etant donné que c’est l’existence même de l’état  qui viole la propriété naturelle,  il n’existe aucune possibilité  de justifier rationnellement quelque politique que ce soit,  et il n’est que trop facile de débusquer les contradictions de toute défense  d’une « solution »  étatique.

J’avais joué dans le passé avec des idées de réforme constitutionnelle,  publiant deux livres du préfet François Lefebvre :  La France et son Droit  et Le pouvoir d’entreprendre.  Cependant,  des réflexions de ce genre ne sont opportunes  que dans la mesure  où elles se réfèrent  à ce dont les gens  ont l’habitude,  tout en visant à atténuer  la Spoliation Légale ;  relativement à la seule norme rationnellement définissable elles s’exposent tout autant à la critique rationnelle que le Socialisme Pseudo-Démocratique,  puisqu’elles acceptent le même principe étatiste  ou plutôt  le même rejet étatiste du véritable principe.

Cela n’implique pas  que certaines propositions,  comme la décentralisation véritable (donc avec élimination des subventions entre collectivités),  le referendum d’initiative populaire,  le tirage au sort des assemblées délibératives,  la limite au nombre des mandats successifs,  l’interdiction des déficits publics,  l’interdiction de se présenter aux élections ainsi que de voter faite aux Parasites Sociaux Institutionnels,  n’aillent pas dans le bon sens ;  mais la question demeure : comment imposer ces réformes-là,  face à des Esclavagistes Installés qui n’en veulent pas  -- sans comprendre  qu’en vertu de la Démonstration de Bitur-Camember  ils n’y perdraient même pas forcément ?

6. Vous affirmez qu’on peut prouver par le raisonnement a priori l’existence de Dieu. Pourriez-vous nous en rappeler ici la démonstration ?

Le plus remarquable dans les démonstrations de l’Existence de Dieu par l’Ontologie,  cette branche de la métaphysique  qui étudie l’Etre en tant que tel,  c’est à quel point elles sont à la fois ultra-classiques  et largement méconnues ;  pour ma part,  je n’en avais eu qu’un bref aperçu en classe de philosophie dont le professeur, employé de l’enseignement public,  s’était bien gardé  de nous inviter à tirer les conséquences.  

Si j’essaie de reconstituer ce raisonnement,  cela donne à peu près ceci :  notre expérience empirique des êtres nous permet de constater qu’il existe de l’être ;  et comme de rien il ne peut rien sortir,  de cette existence de l’être nous devons conclure que quelque être a toujours existé.  Or,  aucun des êtres que nous pouvons observer n’a toujours existé : nous savons au contraire  qu’ils sont « contingents » : qu’ils ont commencé d’exister, qu’ils cesseront d’exister,  et qu’ils doivent leur existence  à un autre être qu’eux-mêmes.  Il s’ensuit qu’il existe un Etre nécessaire,  qui a toujours existé,  qui ne doit son existence  à aucun autre,  et qui est lui-même la cause  de l’existence  des êtres contingents.

Le plus remarquable  c’est que les athées professionnels,  comme Richard Dawkins,  semblent n’avoir aucune idée de ce genre de démonstration,  puisqu’on les voit considérer  comme des arguments en leur faveur, et triomphalement employer,  des raisonnements  du type :  « si Dieu a créé tous les êtres,  qui donc a créé Dieu ? ».  Ces soi-disant  « experts » ne savent donc même pas que Dieu se définit comme l’Etre Incréé,  de sorte qu’ils volent carrément le concept  faute de connaître sa définition.  Tout aussi cocasse est Leonard Peikoff lorsque, dans The Philosophy of Ayn Rand,  il appelle « the popular notion of God »  d’autres conclusions de ce même raisonnement ultra-classique  sur l’Etre absolu :  l’Ontologie, Monsieur le Professeur de philosophie, c’est comme le chinois,  ça s’apprend !

Bien entendu,  je ne fais en l’espèce que suivre,  et interpréter,  l’enseignement de mon bon maître Claude Tresmontant,  que j’ai découvert parce que Guy Sorman,  dans un article du Figaro Magazine,   l’avait présenté comme l’un des « véritables penseurs de notre temps »,  et qu’il semblait avoir le même rapport  à raison et à la vérité  que… Ayn Rand,  laquelle venait de me démontrer la possibilité  et la nécessité  du raisonnement métaphysique,  même si,  à l’évidence,  elle n’en maîtrisait pas  tous les aspects.  

Comme le nominalisme,  comme le subjectivisme normatif,  comme l’étatisme,  comme toutes les erreurs majeures de raisonnement,  l’athéisme est hérissé d’occasions  de se rendre compte qu’il est faux,  occasions  dont on ne se rend compte  qu’on les avait manquées  qu’à partir du moment où on en a saisi une  et l’a suivie jusqu’au bout. Alors,  des occasions de conclure à l’existence de Dieu,  il y en a une infinité possible,  et je vous renvoie  là-dessus aux écrits de Claude Tresmontant  dont certains  sont disponibles en ligne…

Pour ma part,  si je devais  choisir l’observation  la plus simple,  et qui repose sur la plus grande expérience, je choisirais  celle qui part de la constatation empirique du changement,  alors que,  corollaire de l’axiome que de rien,  il ne peut rien sortir,  aucun être ne peut se donner à lui-même  ce qu’il n’a pas.  Ce que l’expérience nous permet de constater  c’est l’universelle réalité du changement ;  pour reprendre l’expression de Bergson, d’une création continue d’imprévisible nouveauté.  Or,  du point de vue ontologique,  la question se pose nécessairement :  étant donné  qu’aucun être ne peut se donner à lui-même ce qu’il n’a pas,  comment peut-il apparaître,  dans l’univers sensible,  quelque chose qui ne s’y trouvait pas déjà ?  Du mythe grec de l’éternel retour au déterminisme strict des laplaciens du XIX° siècle les tenants du monisme métaphysique,  qui ne veulent pas admettre que l’Etre absolu et nécessaire  est autre que l’univers sensible,  ont toujours cherché  à minimiser voire à exterminer cette réalité du changement.  Mais ce parti pris-là,  s’il peut être fécond dans la mesure  où il nous pousse à identifier des lois de la nature qui,  une fois apparues,  ne changent pas,  cette négation du changement implique une contradiction :  pour reprendre à Hoppe son critère de l’argumentation,  le fait même d’argumenter contre la réalité du changement constitue en soi un fait nouveau de l’univers sensible,  et dans la mesure où il vise à convaincre quiconque,  reconnaît implicitement la possibilité de changer… d’avis.  La réalité du changement est donc axiomatique,  puisqu’on ne peut argumenter contre elle sans contradiction  (on voit ici la puissance  et la portée universelle du critère hoppien de la contradiction pratique,  appliquée à l’argumentation).

La seule réponse logique  est que ce changement-là  est issu d’un autre Etre  que l’univers sensible,  qui y intervient sans arrêt.  A cette idée d’un Dieu qui intervient sans arrêt,  on pourrait objecter qu’elle ressemble par trop à l’idée musulmane comme quoi les lois de la nature  ne seraient « que des habitudes de Dieu ».  Mais c’est une idée orthodoxe  que de dire  que Dieu non seulement nous a créés,  mais nous crée en permanence, comme c’est en permanence  qu’il nous donne  le libre arbitre.  

C’est particulièrement vrai de l’information : l’univers est toujours  de plus en plus informé,  depuis l’apparition des premiers êtres vivants  jusqu’à l’« économie de l’information ».  Il apparaît sans cesse une information nouvelle dans l’univers,  qui n’aurait pu se la donner à lui-même  s’il était le seul Etre.  On salue encore une fois  les efforts  héroïques des savants  expérimentalistes  qui voudraient réduire le nouveau à l’ancien,  et la création d’information à l’opération de lois naturelles immuables ;  mais que font-ils eux-mêmes  en tant que savants,  sinon rechercher une information nouvelle pour la faire apparaître ?  En outre, comme l’a montré Hoppe à partir de… Popper,  c’est pour des raisons logiques  qu’on ne peut pas appliquer la méthode expérimentale à des systèmes  où des informations nouvelles apparaissent sans arrêt.  

A cet égard,  le Professeur Tresmontant m’a initié  aux critiques  des explications naturalistes de l’évolution,  qui paraissent beaucoup plus plausibles  une fois qu’on a compris  qu’il n’est nul besoin d’adhérer à une interprétation littérale de la Genèse,  que les géologues contredisent,  pour ne pas prendre Darwin au sérieux,  puisque l’objection que lui faisaient les paléontologues à l’époque, comme quoi ce qu’ils avaient observé  ne permettait pas de confirmer sa théorie,  n’a pas été réfutée  par les observations ultérieures.

7. Dans un article intitulé « Libéralisme et christianisme », vous écrivez notamment : « Il est impossible à un libéral de dénoncer le christianisme sans saper les fondements de sa propre doctrine, de même qu’il est impossible à un chrétien de dénoncer le libéralisme sans renier les bases de sa propre foi. Pourriez-vous résumer ici les grandes lignes de votre argument à l'appui de cette thèse ?

Depuis que j’ai pu tirer  certaines conséquences des analyses de Hoppe concernant l’apparition de l’état,  et que,  à l’encontre de certains « libéraux »  qui les déclaraient illégitimes  j’ai dû défendre certainePourriezs règles de vie en société,  je pense devoir souligner que le libéralisme classique  en tant que tel  n’est vraiment pour moi qu’un « Ersatz »,  c’est-à-dire  un ensemble de pis-aller éventuels  et circonstanciels  au problème de l’organisation d’un Etat,  ce dernier demeurant lui-même criminel  par nature.  

En acceptant de reconnaître à la fois un principe vrai – celui de la propriété naturelle – et un principe faux,  celui de l’Etat,  le libéralisme classique contient un élément d’incohérence  qui peut conduire ses adeptes à prendre pour des conséquences  de son principe vrai  des choix institutionnels – l’immigrationnisme inconditionnel, le burqisme,  le soi-disant « antiracisme »,  la lomolâtrie --  qui représentent  au contraire des paroxysmes du principe faux.

J’ai exposé cette conclusion dans l’émission de Lumière 101 « Libéralisme et anarcho-capitalisme : le grand écart » : en philosophie politique seul l’anarcho-capitalisme est cohérent donc justifié,  et méconnaître ce fait conduit à des contresens  sur la norme libérale  entendue au sens des conséquences de la propriété naturelle ;  il s’ensuit qu’on ne peut pas juger correctement les politiques et les institutions  si ce n’est pas  du point de vue anarcho-capitaliste  qu’on se place.  

Ce que j’ai dit du libéralisme dans « Libéralisme et christianisme »  n’est donc vrai que de la propriété naturelle,  et ne l’est donc pas  des « principes » du libéralisme classique, pas plus  de sa « démocratie représentative »  que de ses « droits de l’homme ».  

Ayant appris de Ayn Rand que tout énoncé,  de même qu’il en implique d’autres,  en présuppose d’autres,  je pense qu’on peut partir  du principe de la propriété naturelle pour aboutir  à la métaphysique du christianisme.  

La propriété naturelle  naît d’un acte productif,  lui-même créateur  de valeur.  

L’acte est celui d’une personne singulière,  qui existe réellement,  ce qui réfute le collectivisme  métaphysique pour lequel les personnes ne seraient que des amas d’atomes dans le grand Tout,  qui serait l’univers matériel : a peine a-t-on constaté l’existence des êtres humains individuels  que l’on est déjà tombé  sur le fait empirique  qui réfute le monisme métaphysique,  en l’espèce matérialiste,  qui prétend  que l’univers serait le seul Etre  -- car l’Etre absolu ne saurait avoir en lui-même aucune division.

Réfute de même le monisme matérialiste le fait que l’action productive  crée réellement de l’information,  c’est-à-dire qu’elle fait  apparaître une nouveauté réelle  dans cet univers.  Cette nouveauté réelle  traduit le libre arbitre de l’homme,  qui est lui-même axiomatique  comme le prouvent tant de démonstrations classiques  citées par Rothbard  dans « Les oripeaux de la science »,  y compris le fait qu’argumenter contre lui implique une contradiction pratique au sens de Hoppe ;  et c’est ce libre arbitre qui rend possible et nécessaire  la recherche d’une norme d’action personnelle,  sans laquelle la norme chrétienne n’aurait pas de sens :  si on n’est pas libre de la choisir ou non,  alors ou bien elle s’impose à nous automatiquement,  ce qu’on ne constate pas,  ou bien on ne peut jamais la choisir  et le Message n’a pas d’objet.

Autre énoncé implicite  dans la création de la valeur,  l’affirmation suivant laquelle  cette création est bonne. La création est bonne en soi,  elle le sera seulement plus ou moins suivant le but final qu’elle recherche.  

Dans l’autre sens,  le libre arbitre est en politique  ce qui rend  une définition du juste possible  et nécessaire – faute de quoi aucun raisonnement normatif n’aurait d’objet :  on serait simplement « déterminé »  à faire ce qu’on fait, et il ne pourrait pas plus être question de choisir  une définition du Bien et du Mal  que de choisir  entre le Bien et le Mal. 

Et comme l’action sur la chose de celui qui a créé sa valeur déclare implicitement qu’il a le Droit de le faire, cette affirmation implicite-là peut s’apprécier au regard de la compatibilité logique  entre principes :  si le possesseur naturel a le Droit de disposer  de ce à quoi  il a donné de la valeur,  il s’ensuit que personne d’autre ne l’a,  qu’il est non seulement son possesseur,  mais son propriétaire naturel.  La Propriété Naturelle  une fois prouvée, elle implique  la seule définition rationnelle  du Vol,  de l’Assassinat  et de la Convoitise ; et que peuvent valoir les prescriptions politiques du Décalogue – tu ne voleras pas,  tu n’assassineras pas,  tu ne convoiteras pas le bien d’autrui,  et même tu ne mentiras pas (car le mensonge s’accompagne souvent d’un vol),  si les mots qui les composent n’ont pas de sens précis  voire n’en ont pas du tout  parce qu’ils impliquent des contradictions ?

Que cette norme politique  est la seule rationnelle et objective  a pour effet bien entendu qu’aucun soi-disant « législateur »  ne devrait être pris  au sérieux  s’il appelle « juste »  ce qui viole cette définition-là de l’acte juste ; et plus généralement,  cela veut bien sûr dire aussi que ces interdictions-là s’adressent à tout le monde,  à commencer par les hommes de l’état puisqu’ils sont historiquement,  et de loin,  les plus grands voleurs  et les pires assassins.

Les prescriptions politiques du Décalogue,  avec ce qu’elles présupposent,  ce qu’elles permettent  et ce qu’elles interdisent,  sont le noyau commun du libéralisme  et du christianisme,   toute opposition entre eux à ce titre  impliquant nécessairement des malentendus  ou des falsifications  sur ce qu’ils impliquent,  avec les contradictions qui s’ensuivent.

Outre ces rappels  philosophiques à l’égard  des uns comme des autres, « Libéralisme et christianisme »  est une longue litanie  de ces erreurs possibles,  et qui naissent pour l’un comme pour l’autre  dans l’esprit des uns comme dans l’esprit des autres.  

Pour ceux  qui ont déjà tout compris,  cette énumération sera lassante,  voire démoralisante ;  mais ceux qui n’ont pas tout compris  y découvriront certains rappels  qui pourraient leur ouvrir les yeux.

Les malentendus les plus courants naissent évidemment du fait que la Propriété Naturelle, n’étant qu’une norme politique,  ne peut pas en donner plus qu’elle n’en a,  alors  que le christianisme  en tant que norme  concerne tous les aspects de l’action humaine.  C’est pourtant une faute de logique élémentaire  que de demander  une discipline intellectuelle de répondre à des questions  pour lesquelles elle n’est pas faite,  et plus encore  de prendre prétexte du fait qu’elle en est par nature incapable  pour lui prêter  on ne sait quelle perversion dans ces domaines-là ; condamner  à ce titre le principe de la Propriété Naturelle  c’est s’en prendre au Décalogue  dans ses prescriptions politiques,  étant donné qu’ils ne sont qu’une seule et même chose  (l’hérésie qui rejette l’Ancien Testament au nom du Nouveau est appelée Marcionisme ; elle implique évidemment de méconnaître l’interprétation correcte de leurs rapports  qui est « Je ne suis pas venu  pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir »).  

J’ai commencé  par signaler les domaines où le libéral classique,  minarchiste,  du fait qu’il a accepté  l’existence de l’état,  risque de prendre  pour du « libéralisme »  certains « principes » pseudo-universalistes  d’un état désormais semi-totalitaire.

Je voudrais  maintenant  insister  sur le reniement,  des clercs  qui s’opposent à la justice naturelle  parce qu’ils sont dupes de l’une ou l’autre  des idoles  de la violence politique :  s’il est vrai que la philosophie morale  est par définition seule normative,  la théorie économique n’étant  qu’une aide pour mettre ses conclusions à l’épreuve, la médiocrité  de certains  fait regretter qu’ils ne connaissent pas cette dernière,  et ne sachent pas qu’en plus d’être tout aussi criminel que les autres,  le crime étatique ne paie pas.

 8. Dans certains milieux catholiques (et plus généralement conservateurs) il n’est pas rare d’entendre dire que la société libérale (i.e. où le droit en vigueur protège la liberté de tout un chacun face à la coercition) équivaut à une atomisation de la société, au sens juridique et moral.

L’argument généralement invoqué peut se résumer comme suit :  du fait de l’atomisation du lien juridique, les individus ne s’associent finalement plus que par intérêt privé. Ils perdent in fine le sens du sacrifice de soi dans l’intérêt d’autrui. Au-delà du cercle de la famille et des amis les rapports affectifs perdent leur raison d’être :  chacun traitant l’autre comme un simple partenaire d’échange,  ceci exclut naturellement toute chaleur des rapports humains.

L’appât du gain devient la valeur dominante, au détriment de toute considération d’éthique. Les individus perdent tout sentiment de la dignité d’autrui et ne se préoccupent plus de la souffrance des uns et des autres. Ils suspendent toute aide désintéressée à leurs semblables.

La perte de toute considération pour la dignité de l’être humain s’étend au point que chacun cesse d’avoir du respect pour sa propre personne et qu’il accepte délibérément de multiples atteintes à sa dignité – l’exemple emblématique étant la marchandisation du corps humain, au travers notamment de la prostitution,  de la vente d’organes  ou de la gestation pour autrui.

Que vous inspirent ces dires en vogue ?


L’hostilité  des pseudo-conservateurs  à la liberté des contrats  peut traduire  une incompréhension  à l’encontre d’évolutions  spontanées et bénéfiques de la solidarité  entre les hommes :  

« … Quiconque voit ses semblables dans le besoin est capable de s'imaginer à leur place, comprenant qu'il pourrait bien un jour s'y retrouver ;  c'est une raison de plus  pour que,  dans les groupes plus larges,  des pratiques d'entraide se développent,  qui peuvent à la longue se transformer e n institutions traditionnelles : le Docteur Patrice Planté citait […] les Hospices de Beaune  comme témoignage de cette entraide efficace et raffinée,  et qui présente en outre  cet autre aspect fréquent,  qu'on retrouve dans les églises,  de la solidarité sociale  comme aspect secondaire d'une entreprise productive.

« Cependant, on peut juger nécessaire de former des solidarités plus vastes encore, face à des défis de plus grande ampleur.  C'est alors que se développent les contrats, engagements plus ou moins longs,  plus ou moins formels, où chacun s'engage à fournir un service,  et assumer avec lui une partie des aléas  d'une organisation commune  créée à cette fin.  Ces innovations introduisent dans la solidarité un changement moral  dans la mesure où,  même s'il les inspire aussi,  le sentiment y est moins nécessaire  pour que cette solidarité existe :  on aide les autres parce qu'on s'y est engagé,  parce que c'est leur Droit,  et parce qu'on reconnaît que c'est l'intérêt de tous.

« On pense naturellement, parce que c'est là que c'est le plus clair,  aux sociétés d'assurance mutuelle,  organisées à partir du XVIII° siècle pour mettre en oeuvre de nouvelles techniques de définition,  de diversification  et de réappropriation des risques.

« On sait moins  que les marchés organisés,  dits "spéculatifs",  jouent le même rôle : en découpant et en recomposant  les droits de propriété, ils mettent au point des contrats ajustés aux besoins de chacun,  en lui permettant de diversifier son risque, de l'échanger  et de le gérer indépendamment de l'épargne.

« On reconnaît encore moins que ce sont tous les marchés qui établissent cette solidarité entre les hommes, en les confrontant à une rareté commune, parce qu'ils mutualisent les aléas auxquels ils sont exposés.

« Turgot  […]  avait bien compris que c'est en établissant la liberté du commerce et du stockage des grains  qu'on ferait disparaître les pénuries  et les disparités de prix dans l'espace et le temps,  et avec elles la faim des hommes :  car le spéculateur ne peut gagner  que s'il achète où et quand  le grain est abondant et bon marché,  et vend où et quand il est rare et cher,  et il n'a intérêt à s'arrêter  que si les différences de prix dans l'espace et dans le temps  ne reflètent plus que les coûts de transport et de stockage...

« Turgot s'était heurté à l'époque à l'égoïsme criminel et stupide des monopoleurs ; le même égoïsme est à l'oeuvre aujourd'hui... »

C’est ce qui peut conduire un pseudo-conservateur à dire, par référence à des relations marchandes  dont l’aspect solidaire  lui échappe,  

« chacun traitant l’autre  comme un simple partenaire d’échange,  ceci exclut naturellement toute chaleur des rapports humains ».

La pétition de principe comme quoi le libéralisme « atomiserait le lien juridique »,  « dissoudrait le lien social », ne repose donc  que sur une erreur de perception,  le principe de la propriété naturelle étant au contraire la seule norme politique  qui exige  sans exception  que les contrats à long terme,  une fois conclus,  soient respectés, comme il est le seul à exiger que le lien social soit noué conformément  à la libre volonté  des parties  -- ce qui est a priori une raison de plus  pour qu’il tienne une fois formé.  

Cependant, il y a aussi dans le pseudo-conservatisme  un oubli du fait que c’est la propriété naturelle qui est première,  et que ce sont les actes de violence monopoliste  qui sont de dangereuses innovations, historiquement et par nature inventées comme un expédient pour voler les autres  en violation du Droit existant.  

Les monopoles sont une altération radicale de l'ordre social,  qu'on a bien le droit de trouver contradictoire avec toute ambition d'« empêcher le changement ».  

Ce sont ces violations du Droit, tant naturel que positif, qui impliquent une « perte de toute considération pour la dignité de l’être humain »  comme l’est toute agression criminelle :  « tu ne voleras pas ».  

Plus généralement c’est toute aspiration conservatrice,  ou traditionaliste, ou « identitaire »,  qui voudrait  empêcher des changements voulus  par des propriétaires légitimes  qui est incohérente  en plus d’être injuste et destructrice.  

Le conservatisme, par définition un refus du changement,  n’est pas mauvais en soi,  à condition de ne vouloir « conserver »  ce que l’on peut effectivement conserver  et, dans ce qu’il est possible de garder,   de ne garder que ce qui est bon.  

Pour leur part les « Conservatives » américains déjà mentionnés  qui,  avec la Constitution de 1788,  défendent le règne du Droit,  savent ce qu’ils font  et ont entièrement raison de le faire :  ils ont toujours su  qu’on ne peut à la fois faire respecter  le Droit et figer la société en l'état,  et que de ces deux ambitions  seule la première est pensable ;  qu’aspirer à la seconde  n'exige pas seulement  l'abolition par les puissants  de tous les Droits de propriété existants  -- le Moratoire sur les cerveaux d’« Atlas Shrugged »,  mais aussi qu'on prétende empêcher d’agir les lois naturelles de l’univers observable,  qui sont celles de la création  et de la disparition.  

9. Un second reproche fréquent envers le libéralisme consiste à affirmer qu’un homme n’est pas véritablement libre tant qu’il n’a pas reconnu, via l’exercice de sa raison, l’ordre juste, i.e. l’ordre voulu par Dieu, où chacun exerce ou subit l’autorité (éventuellement coercitive) d’un autre homme.  La vraie liberté, dit-on, ne consiste pas à faire ce que je veux - sans qu’autrui n’atteigne à ma vie ou à mes biens.  Elle consiste à faire usage de ma raison et à reconnaître (via l’usage de ma raison) l’ordre juste. Elle consiste donc à accepter l’autorité légitime d’autrui  (ou à exercer mon autorité légitime envers lui),  si coercitive que soit cette autorité.

A cet égard permettez-moi de citer Jean Ousset et ces quelques lignes tirées de son ouvrage Le Couple Liberté / Autorité :

« Dieu a créé l'homme libre, écrit Saint Thomas, non qu'il lui soit permis de faire ce qu'il veut, mais parce qu'au lieu d'être obligé de faire ce qu'il doit par la nécessité de sa nature, comme les créatures sans raison, il agit en vertu d'un libre choix procédant de son propre conseil.

  Pour paradoxal que cela paraisse, la vraie liberté consiste donc à se soumettre, à obéir, mais à obéir à la droite raison, à l'intelligence, en sachant pour quels motifs il faut, pour quels motifs il est bon et juste d'agir de telle ou telle sorte. C'est pourquoi l'on peut dire que l'homme "agit" au vrai sens du terme, alors que l'animal, plutôt, "est agi", soumis qu'il est sans réflexion aux lois de son instinct.

  Nous, catholiques, affirmons que l'homme est libre dans la mesure où il est un être pensant, dans la mesure où il comprend quel est l'ordre des choses qu'il lui faut combiner ou auquel il doit se soumettre. Ainsi disparaît l'antinomie que les libéraux s'acharnent à désigner entre l'idée de gouvernement et l'idée de liberté. »

L’enfant vient à la liberté en se soumettant au père de famille : l’adulte fait preuve de sa liberté en se soumettant à la raison. La liberté de l’homme de métier consiste à se soumettre au maître de métier (en attendant de devenir éventuellement maître à son tour) ; celle du serf consiste à se soumettre au seigneur ; et celle du sujet consiste à se soumettre à son roi. Tout homme est fils de Dieu et il n’est point libre tant qu’il ne se soumet pas à Dieu.

La société libérale, en prohibant la coercition qui sous-tend la plupart des rapports d’autorité légitimes, participerait, dit-on, d’une conception fausse de la liberté : une conception « libérale », et non point « catholique ».

Que penser, selon vous, de cette critique couramment formulée envers le libéralisme ?

Il est absurde de prétendre déduire  d’une exhortation  à se soumettre à la volonté de Dieu,  et qui est,  elle, logique puisque  si Dieu nous donne  en permanence  le libre arbitre,  ce n’est pas pour nous contraindre à lui obéir  mais pour nous appeler à le faire par un acte libre d’assentiment raisonné,  qu’il faudrait nous soumettre passivement à tel ou tel usurpateur temporel :  le gouvernement,  le roi,  le seigneur…  cela revient à dire :

« du fait que vous devez vous soumettre à Dieu par un libre acte de votre volonté,  il s’ensuit que vous devez obéir à ceux de vos semblables  qui se sont imposés à vous par la force. »

On ne peut même pas dire de ce grossier non sequitur qu'il traduirait une idolâtrie du pouvoir politique qui placerait les tyrans à l'égal de Dieu : en fait, il traduit une idolâtrie du pouvoir politique qui les place au-dessus de lui, puisque justement Dieu nous toujours le choix de lui obéir ou pas, alors que par hypothèse les tyrans, eux, le nient et nous en privent par la violence.

Et pour cette idolâtrie du pouvoir politique,  bien entendu,  il n’existe aucun fondement scripturaire, bien au contraire.  Outre,  le fameux  « Rendez à César… »,  l’Ancien Testament nous fait également  savoir que l’étatisme  est idolâtre :  

dans 1, Samuel, 8,  confronté  aux Anciens d'Israël  qui lui réclamaient un roi,  

6. … Samuel pria l'Éternel.

7.  L'Éternel dit à Samuel :

… ce n'est pas toi qu'ils rejettent,  c'est moi qu'ils rejettent,  afin que je ne règne plus sur eux.

« 8.  Ils agissent à ton égard  comme ils ont toujours agi  depuis que je les ai fait monter d'Égypte  jusqu'à ce jour ;  ils m'ont abandonné,  pour servir d'autres dieux

La suite est tout aussi réaliste :

10.  Samuel rapporta  toutes les paroles de l'Éternel  au peuple qui lui demandait un roi.

11.  Il dit :

« Voici quel sera le droit du roi  qui régnera sur vous.  Il prendra vos fils, et il les mettra sur ses chars  et parmi ses cavaliers,  afin qu'ils courent devant son char ;

« 12.  « il s'en fera des chefs de mille  et des chefs de cinquante,  et il les emploiera à labourer ses terres,  à récolter ses moissons,  à fabriquer ses armes de guerre et l'attirail de ses chars.

« 13.  « Il prendra vos filles,  pour en faire des parfumeuses,  des cuisinières et des boulangères.

« 14.  « Il prendra la meilleure partie de vos champs,  de vos vignes et de vos oliviers,  et la donnera à ses serviteurs.

« 15.  « Il prendra la dîme du produit de vos semences et de vos vignes,  et la donnera à ses serviteurs.

« 16.  « Il prendra vos serviteurs et vos servantes, vos meilleurs boeufs et vos ânes,  et s'en servira pour ses travaux.

« 17.  Il prendra la dîme de vos troupeaux,  et vous-mêmes serez ses esclaves.

« 18.  Et alors  vous crierez  contre votre roi  que vous vous serez choisi, mais l'Éternel ne vous exaucera point… »

L’idolâtre Ousset   semble vouloir opposer au libéralisme  une exaltation de l’obéissance en tant que telle,  comme si le libéralisme,  en tant que système de normes,  n’appelait pas par définition à obéir à celles-ci  et comme si la question de savoir à qui il faut obéir était déjà résolue,  comme si ce n’était pas  justement la réponse que l’on attend d’un raisonnement de philosophie politique.  

Comme  disait Frédéric Bastiat :

"ils veulent être les bergers,  et que nous soyons troupeau :  qu'ils montrent donc leurs titres !"

Quand il appelle  « autorités légitimes » le gouvernement,  le seigneur féodal,  le roi,  l’idolâtre Ousset  préjuge entièrement des résultats de toute recherche d’une définition de l’acte juste :  c’est l’examen même  qu’il exclut par prétérition,  de sorte qu’il ne se donne pas,  ni ne donne aucun moyen de juger  les solutions du libéralisme en tant que tel,  c’est-à-dire en tant que philosophie politique,  alors que c’est censé être  le sujet en cause.  

A l’encontre de ces solutions du libéralisme minarchiste,  il existe pourtant une objection qui est réellement fondée, et qui tient bien au fait que,  comme le sous-entend l’idolâtre Ousset,  le libéralisme minarchiste implique que l’on prive les autorités légitimes du Droit d’imposer le Vrai et le Bien ;  cependant, ces autorités légitimes-là,  celles qui le sont vraiment,  ce ne sont pas les tyrans de l’idolâtre Ousset,  et pas davantage les hommes de l’état du libéralisme minarchiste :  les véritables autorités légitimes,  ce sont les propriétaires naturels et leurs associations, auxquels  les hommes de l’Etat  et autres tyrans  ont usurpé  le Droit d’imposer chez eux  le Vrai et le Bien ;  propriétaires naturels qui ont non seulement le Droit,  mais le devoir  de faire régner chez eux  le Vrai et le Bien,  le caractère contractuel de la présence chez eux  des tiers  garantissant contre les abus de leur pouvoir.

L’erreur commune aux libéraux minarchistes  et à l’idolâtre Ousset,  c’est d’accepter l’existence de l’état,  alors que celui-ci est par nature criminel.  

De cette illégitimité  les libéraux minarchistes  déduisent que les hommes de l’état n’ont pas le Droit  d’imposer leur propre conception du Vrai et du Bien  et entendent le leur interdire,  mais c’est à juste titre  que l’idolâtre Ousset pourrait faire remarquer que,  dans ces conditions,  le Mensonge,  le Vice et la Subversion  pourront se répandre dans la société  et à son détriment.  

On ne peut trancher entre ces deux positions  tant qu’on n’a pas compris  que la question n’est jamais de savoir  si « on »  a le Droit d’imposer l’ordre moral,  erreur de catégorie  typique du pseudo-universalisme,  mais qui a le Droit et le devoir de le faire ;  et que ce ne sont ni le seigneur féodal,  ni le roi,  ni le gouvernement.

10. Notre entretien touche à sa fin. Aimeriez-vous ajouter quelques mots ?

Je voudrais insister sur le fait que,  dans l’étatisme,  ce n’est pas à des hommes  ni même à des intérêts  qu’il y a lieu de s’opposer,  mais uniquement à des illusions et à des mensonges,  dont tout le monde est victime à un titre ou à un autre,  même les Puissants  qui croient en « profiter » ;  développer le caractère purement illusoire de l’étatisme,  qui est implicite dans ce qui précède,  et sur les lois économiques  dont l’opération  permet son entretien.

L’impossibilité d’un profit certain  appliquée à la politique  a pour conséquence  que les coûts  que l’on doit subir pour devenir un Prédateur,  ou un Parasite Social Institutionnel,  ne peuvent pas être systématiquement moindres que les avantages  qu’on en obtient.  Les média  peuvent bien  ne nous faire voir que ceux  qui,  d’une manière  ou d’une autre,  ont réussi dans la politique,  il y a forcément autant d’échecs que de réussites,  et même ceux qui y ont réussi  ont renoncé à une carrière honnête  dont rien ne prouve  qu’elle n’aurait pas été  plus féconde.

Quant à ceux  qui voudraient  se servir de la politique  pour Faire le Bien,  pour Améliorer la Société,  il faut leur apprendre la Deuxième Conclusion de Bitur-Camember,  à savoir que toutes les politiques économiques et sociales  sont vouées à l’échec,  aussi bien pour ce qui est de leur objectif réel,  à savoir voler les uns au profit des autres,  que de leur objectif prétendu,  qui est soi-disant  d’« améliorer l’efficacité productive. »

A ce dernier égard  il faut souligner que,  si la violence agressive  est par définition destructrice,  si la spoliation légale  doit détruire autant de richesses qu’elle en vole,  l’étatisme détruit  aussi bien la régulation sociale que la richesse elle-même :  il remplace  les décisions de propriétaires légitimes qui en subiront les conséquences par les décisions d’usurpateurs qui par définition les imposent aux autres,  et à qui la loi ne permet même pas de disposer comme si elles étaient les leurs  des richesses qu’ils ont volées.  

Et nous avons vu,  à propos de la sophistique pseudo-comptable  avec son vol du concept de prix, que les « chiffres »  dont ils se servent  pour rationaliser leurs actions  n’ont aucun rapport définissable  avec la réalité des jugements de valeur, c’est-à-dire de la seule réalité  économique  définissable en raison.

Il s’ensuit que  non seulement les hommes de l’état sont systématiquement aveugles à certaines conséquences de leurs décisions,  mais qu’ils ont positivement intérêt  à ce qu’on ne les connaisse pas  (d’autant plus s’ils ont compris que leurs politiques ne peuvent qu’échouer),  et que bien sûr tous leurs choix sont parasités  par le souci d’acquérir  davantage de pouvoir,  dans des calculs évidemment étrangers,  et contraires,  à tout service  et à toute production.

Sur la production d’information comme condition de la régulation sociale,  il faut lire l’article fondamental de Hayek,  « L’utilisation de l’information dans la société ».

Alors pourquoi ces illusions perdurent-elles ?  

J’ai mentionné la censure délibérée,  qui est l’essence du socialisme.  Hayek parlait de « constructivisme »  mais, de même que le « Social cost » de Tullock,  l’appellation est fallacieuse :  le concept que Hayek  avait correctement identifié  et mal nommé,  c’est la négation de la rationalité d’autrui.  Il faut bien comprendre  que la censure existe dès lors que l’état existe,  parce que toutes ses réglementations et tous ses impôts  n’ont d’autre raison d’être  que d’imposer à leur victimes l’opinion particulière  de l’homme de l’état  qui les leur inflige.  

Pour sa part,  la censure politique des opinions publiques  prend aujourd’hui la forme de l’impôt-subvention, censure tellement plus efficace puisqu’elle n’est pas perçue comme telle,  celui qui subit sa violence – le contribuable – n’étant  pas sa cible désignée – le dissident.  Rappelons qu’au XIX° siècle  c’est aux Etats-Unis comme en France que cette censure par l’impôt-subvention a été imposée dans l’enseignement,  avec pour but exprès d’étouffer l’influence de l’Eglise catholique ;  aujourd’hui,  on observe l’Escroquerie Réchauffiste avec ses dizaines de milliards pour de soi-disant « chercheurs »  qui cautionnent et colportent  des mensonges à 100 %.

Pour l’économiste, dont c’est le métier que d’identifier  le véritable effet  des politiques  et des institutions, ce Masque de la Violence Indirecte  est totalement transparent,  et en l’espèce son intention patente.  Mais cette tromperie,  si l’on peut dire,  « automatique »  sur la réalité  ce cette censure  lui donne l’occasion de remarquer que la tromperie délibérée,  si elle traduit bien son essence  et son intention,  n’est que l’un des aspects  de la manière  dont l’Absurdisme socialiste  masque  le caractère  destructeur et vain  de son Esclavagisme.

En effet,  ce caractère automatique  de la tromperie  par la Violence Indirecte de l’impôt-subvention,  c’est dans tous les cas  de l’ingérence étatique  que l’on peut l’observer  et le plus souvent,  les hommes de l’état  en sont dupes tout autant que leurs victimes désignées.

Et ce caractère automatique,  c’est à l’Irresponsabilité Institutionnelle qu’on la doit.  Rappelons  que c’est au moins à deux titres que l’Irresponsabilité Institutionnelle détruit les raisons de s’informer correctement :  

dans le chef  de l’homme de l’état,  parce que c’est par définition qu’il ne subira pas les conséquences des décisions qu’il impose aux autres ;  ayant accaparé  le pouvoir de décision,  il y paraît seul compétent, c’est l’illusion de la Compétence par l'Usurpation ;  mais la vérité  est qu’il est aveugle à ce qu’il fait, puisqu’une bonne partie de l’information pertinente,  celle que possèdent ses victimes ou qu’elles pourraient posséder n’étaient ses ingérences,  c’est par principe qu’il refuse d’en tenir compte.

Pour ce qui est de ces victimes,  étant privées du pouvoir de décider des affaires qui les concernent,  elles n’ont plus  non plus  d’intérêt à se demander ce qui s’y passe ni ce qu’il faudrait y faire.  

Elles ont même un intérêt psychologique à gober les mensonges de la Caste Exploiteuse pour la croire légitime,  puisqu’elles sont impuissantes  à empêcher ses violences prédatrices :  c’est ce que j’appelle le Syndrome du Cocu.

Il y a donc un aspect  automatique  dans la fausse perception  des effets de l’étatisme,  qui protège celui-ci de la Colère du Peuple,  et la théorie  économique  a pu décrire  les mécanismes de cet aveuglement sous la dénomination d’« Illusion Fiscale ».  

L’Illusion Fiscale  n’a aucune raison de ne concerner que l’impôt,  puisque toutes les interventions de l’état,  dont les monopoles réglementaires,  ont exactement le même type d’effets,  que l’économiste  a pour tâche  d’identifier par opposition à leurs effets prétendus,  suivant la formule de Frédéric Bastiat : « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ».  

James Buchanan  a écrit sur l’illusion fiscale,  en se référant au Grand Prédécesseur Amilcare Puviani,  mais c’est dès le début du XIX° siècle  que le premier procédé d’illusion fiscale  avait été exposé,  celui que j’appelle la Violence Différée.

— la Violence Différée  est le procédé d’illusion fiscale  qu’illustre  le déficit budgétaire :  pour créer l’illusion de la gratuité,  les hommes de l’état distribuent aujourd’hui de l’argent  que leurs successeurs voleront demain.

Depuis,  les théoriciens des Choix publics  en ont identifié  d’autres

—  L’Illusion du Choix  est un autre des procédés d’Illusion Fiscale  qu’enseignent les théoriciens des Choix publics :  elle caractérise par exemple  tout le battage organisé  autour des élections,  alors que les économistes  savent bien que l’électeur individuel n’a aucun pouvoir,  puisqu’ils parlent de l’« irrationalité du vote ».

— De même,  les théoriciens des Choix publics  enseignent la Concentration des Avantages et la Dispersion des Charges,  où la redistribution politique vole un petit peu à chacun,  mais distribue  des sommes considérables aux groupes de pression qui les réclament :  ainsi,  le grand nombre se trouve  dépouillé aux ordres  (mais pas au profit – voir Bitur-Camember) d’infimes minorités.

Cependant,  la liste de ceux  qu’on peut découvrir  soi-même est bien plus longue que cela,  et pour illustrer le processus de découverte,  je m’en tiendrai  à un groupe  de procédés liés entre eux,  avant de faire une simple énumération des autres que j’ai identifiés :

— la Violence Impunie  est le type d’illusion  que réfutent la Théorie des Choix publics  et la Démonstration de Bitur-Camember :  elle tient au fait que,  à la différence des voleurs privés,   le voleur étatique  peut visiblement s’emparer de ce qui ne lui appartient pas  sans être puni pour cela.  

C’est ce spectacle-là qui donne naissance  au mythe de l’Etat « Deus ex Machina »  et amène de soi-disant « économistes »  à supposer que l’action de l’état « n’aurait pas de coût »  ou,  de manière plus sophistique, qu’on pourrait étudier les politiques économiques et sociales  en faisant abstraction dudit coût,  celui-ci étant de toutes façons « le plus faible possible ».

— la Violence  Indirecte,  on l’a vu, consiste pour sa part à faire violence  à certains avec pour effet d’en atteindre d’autres.

Ce camouflage-là peut être délibéré,  comme dans le  procédé de la Censure par l’Impôt-Subvention ; il peut être moins consciemment voulu,  comme dans ces innombrables échanges  où  la violence indirecte consiste à voler  l’une des parties à cet échange  en ne dépouillant visiblement  que l’autre ;  ainsi, la victime réelle ne sait pas qu’on la vole,  alors  que celui qui subit effectivement la violence peut savoir qu’elle ne se fera  pas à ses dépens.

Ainsi,  des prétendues « cotisations sociales patronales » qui sont en fait à la charge du salarié.

La Violence Indirecte est inséparable des Lois économique de l’incidence  fiscale  et de la Protection effective,  qui concluent  que celui  qui subit effectivement la charge  ou reçoit les avantages bruts d’une ingérence étatique  est le propriétaire  du facteur de production le plus spécifique  à l’activité taxée ou subventionnée ;  avec l’Impossibilité de Bitur-Camember, elles sont une deuxième raison majeure  pour laquelle  la redistribution politique ne peut pas atteindre ses objectifs.  

Bien entendu les hommes de l’état,  quand ils pérorent  sur les effets  de ladite redistribution politique, ne tiennent jamais aucun compte de ces Lois de l’incidence  fiscale  et de la Protection effective, alors que ce sont elles qui déterminent la réalité  de leurs redistributions brutes (de même que c’est l’incertitude et elle seule  qui détermine la redistribution nette).

— Dans ce contexte,  le Leurre de la Loi  consiste  à détourner l’attention  vers les dispositions légales qui « répartissent »  ostensiblement les charges ou « décident »  des bénéficiaires,  alors qu’en réalité  seules les Lois de l’Incidence les déterminent.  

C’est l’occasion  d’innombrables parlotes  et négociations  qui ont pour effet de…

— Noyer le Poisson,  les véritables enjeux, bénéficiaires et victimes  n’étant jamais évoqués.

—  Noie également le poisson  la Violence Masquée :  les effets  induits par l’ingérence étatique  sont tellement multiples,  à la fois par ce qu’elle empêche et par ce qu’elle favorise,  que seuls les économistes  sont capables d’identifier  cette violence  à l’origine  des problèmes,  en particulier ce qu’on appelle les « problèmes de société »  et qu’on ferait mieux  d’appeler « problèmes du socialisme ».

Ce caractère indirect des effets de la violence d’état a pour effet qu’on ne l’identifie pas comme la cause des problèmes,  ce qui permet de colporter  toutes sortes d’explications fallacieuses …

—  … dont le Bouc Emissaire qui  consiste,  classiquement,  à accuser un groupe social des ravages dont les hommes de l’état sont les seuls coupables,  pour faire croire au peuple  qu’il aurait d’autres ennemis  que les hommes de l’état.

J’ai encore jusqu’à présent identifié,  associé au Bouc Emissaire,  le Piège de la Réciprocité pour donner la Persécution Ostensible et Corruptrice,  le procédé des Plumes du Paon,  qu’accompagnent l’Amalgame entre Production réelle et Redistribution politique  et la Censure Implicite du Monopole.

La Fausse Rareté a une variante,  le Besoin Factice par la Pénurie Organisée,  et une contrepartie morale dans la Compétence par l'Usurpation,  que nous avons déjà vue.

Et il y en a encore quatre autres chez Puviani,  qui sont des techniques plutôt délibérées de manipulation de la valeur perçue  (comme ce que Gilles de Montéty appelle le Voleur Chinois),  les jugements de valeur étant toujours relatifs  et non absolus,  comme je l’ai implicitement rappelé  en montrant l’arbitraire  des prétendus  « indices de prix ».

A voir la manière  dont l’intervention de l’état masque  par elle-même ses propres effets délétères,  on pourrait désespérer de la voir disparaître ;  cependant,  face à la Théorie de l’Illusion Fiscale,  Madsen Pirie  a développé une approche positive,  qu’il appelle la Micropolitique,  et qui consiste  à créer  des politiques qui,  dans l’autre sens, attireront artificiellement l’attention  sur les avantages d’une restitution  du pouvoir à la société   t du rétablissement de la responsabilité  qui l’accompagne.

Historiquement,  ces techniques  sont liées à la privatisation,  qui du point de vue de la perception  est l’inverse de la Violence Différée :  au lieu de distribuer aujourd’hui ce que les hommes de l’état devront voler demain, on distribue aujourd’hui ce que les hommes de l’état ont volé hier  et cela,  outre que cela permet également d’accorder des avantages tangibles à des clientèles électorales,  a l’immense avantage  de réduire les ingérences de l’état  dans la société.

La Micropolitique est à tout moment  à la disposition de tout politicien qui voudrait effectivement améliorer l’état de la société et,  comme elle  implique toujours une analyse pertinente de la causalité sociale  et des rapports de force, elle peut s’adapter à toutes les situations politiques.

Si elle demeure  en partie  méconnue,  c’est parce que les grands  épisodes  de libéralisation sont le plus souvent aussi  des réponses à des « crises »  budgétaires,  qui se produisent lorsque les régimes socialistes actuels se trouvent bousculés dans leur irrationalisme foncier   par des irruptions de la Réalité,  comme le Butoir  auquel ils se heurtent  lorsqu’ils constatent que leur butin a diminué  après qu’ils avaient augmenté les impôts.

La plupart en rabattent alors un peu sur leur Esclavagisme démentiel, et peuvent alors choisir  de diminuer  à la fois plusieurs formes de leur pillage redistributif,  chaque citoyen-contribuable pouvant espérer que l’abolition du privilège  dont il est le receleur sera compensée  par celles de ceux  dont il est la victime :  c’est la solution que, pour avoir rencontré Roger Douglas à Paris,  j’appelle arbitrairement « néo-zélandaise »,  mais il y en a force autre exemples,  en Suède,  au Canada,  etc.

J’ai fait naguère  avec Georges Lane  une émission sur Lumière 101,  pour constater  que le gouvernement français actuel,  qui ne sait apparemment rien de la Micropolitique,  tarde à adopter cette dernière solution.