Analyse politique : le retour de la droite
Par Marc Suivre le mercredi 5 décembre 2012, 14:23 - Billet d'humeur - Lien permanent
La querelle de chiffonnier qui occupe les deux prétendants au trône de l’UMP aurait tendance à masquer l’information, mais en cet automne 2012, la droite est de retour.
Évidemment si l’on s’en tient au résultat du combat de coqs, ce renouveau n’a rien d’évident. Avec un talent comique rare que l’on croyait jusqu’ici réservé au Parti Socialiste ou aux scrutins organisés en Floride par la famille Bush, le « premier parti de France » sombre dans une querelle d’ego qui ne semble pas avoir d’issue.
À défaut d’idée, on a de l’ambition
Il faut bien admettre que ce mouvement - qui fut créé au lendemain de la victoire-surprise de Jacques Chirac en 2002 sur le score Moboutesque de 83% des voix - n’a en réalité que bien peu de corpus idéologique. Plus exactement, il porte de plus en plus difficilement, la tare de ses origines.
Il ne s’agissait pas, à l’époque, de créer une structure de pensée, mais bien au contraire, un carcan d’étouffement. Malade de ses divisions chroniques entre RPR et UDF, et constatant après 7 années de radical chiraquisme européiste que plus rien ne différenciait vraiment les ex-gaullistes des néo orléanistes, les fondateurs prirent la décision de créer un syndicat électoral destiné à limiter les duels fratricides, alors que sur leur droite, surgissait un Front National conquérant. Ce qui rassemble (l’Europe, la sociale démocratie, le goût des promesses non financées et des prébendes) étant plus fort que ce qui divise (l’avenir de la nation, la dilution de son identité dans un bazar mondialisé où plus rien ne vient entraver l’appétit de jouissance des élites cosmopolites), les héros fatigués de la lutte Chirac-Giscard se rangèrent sous la bannière bleu et rouge à pommier.
Seulement, à force de déni des réalités vécu par les plus faibles de leurs concitoyens, à force de se conformer à la doxa en vigueur dans des médias dominés par leurs adversaires, ils ont fini par être plus socialistes que les vrais ! L’immobilisme devenant la norme, quiconque secouait le cocotier était immédiatement accusé : au mieux de bougisme et au pire de Lepénisme(1).
Tout cela dura jusqu’à ce que l’un des membres du syndicat trouve, en rompant avec ces pratiques autistiques, le moyen de prendre l’ascendant sur les autres. Le temps d’un blitzkrieg rarement vu dans ce marais qu’est la droite honteuse française, Nicolas Sarkozy fut triomphalement porté à la Présidence de la République, en devenant subitement de droite. Ce que des milliers d’électeurs attendaient sans plus oser y croire s’étant enfin produit, le Front National, réceptacle naturel des frustrations populaires en mal de représentativité, s’est instantanément vidé, pour retrouver un étiage plus conforme à son aberrante pensée économique : autour des 10%.
Copé ou l’art de prendre le train en marche
Durant toute cette chatoyante offensive - qui déboucha malheureusement sur « l’ouverture » - Jean-François Copé ne brilla pas par sa participation active. Au contraire d’un Fillon qui, visant Matignon, n’avait pas les pudeurs de jeune vierge que nous lui connûmes par la suite, le député de Seine et Marne se retranchait, avec les chiraquiens « canal historique » type Baroin, Jacob et observait tout ce cirque depuis son Aventin moral.
Cependant, contrairement à nombre de ses condisciples, il analysa le succès de l’offensive sarkozyste pour ce qu’il était : un virage à droite. Il se fit dès lors, le chantre loyal de cette inflexion que toute la bien-pensance reprochait au nouveau Président. À mesure que ce dernier s’excusait d’avoir eu une pensée déviante, le Maire de Meaux investissait le champ d’une droite décomplexée et fière d’elle même. Aussi, quand la gauche morale investit l’Élysée, forte de son triomphe sur l’Hydre de Lerne, et que les collabos de l’usurpateur Hongrois venaient à Canossa battre leur coulpe et confesser leurs fautes sur Canal +, Jean-François Copé se préparait-il à reprendre le flambeau.
Seulement si le ventre fécond de la bête immonde n’existe que pour effrayer les simples d’esprit, les servants du lucratif culte antifasciste n’entendaient pas se laisser avoir une seconde fois, au jeu du retour de la bonne vieille droite. Ils firent du falot Fillon le héraut du « politiquement comme il faut » et, partant, le rempart à la dérive droitière et forcément sectaire d’une UMP en voie de FNisation avancée. Avec le cortège habituel des cautions morales et des sondages bidon, ils pilonnèrent le bon peuple de droite de leurs arguments moraux, visant à promouvoir, face à une droite décomplexée, une autre, dépourvue du moindre attribut viril. Ce type de manip’ ayant marché à merveille au PS, ils n’avaient pas de raisons de douter du succès d’une manœuvre aussi solidement éprouvée (Jospin 2002, Royal 2007, DSK 2012…).
Les militants UMP ne sont pas de vulgaires socialistes
Seulement le militant UMP n’est pas, contrairement à la plupart de ses élus, un militant socialiste comme les autres. Un nombre significatif d’entre eux (50% plus quelques voix, semble-t-il) a même décidé de faire un bras d’honneur gigantesque à la catéchète médiatique. Celui qui devait largement triompher, parce que la Pythie sondagière en avait décidé ainsi, s’est au final lourdement ramassé la gueule. En dépit des trésors d’inventivités niçoises, en matière de bourrage d’urnes, destinés à lui permettre d’inverser la tendance, François Fillon n’a pas pu faire mieux que Balladur face à Chirac. La malédiction de Matignon, sans doute.
En réalité, comme nous pouvons le constater élection après élection, le Peuple est plus à droite que ses représentants. Seule la diabolisation persistante du Front National et du Libéralisme permet à la gauche de maintenir l’illusion … et les postes. Que la digue cède et tout sera emporté. Vingt-cinq ans de leçons de morale n’y font rien, le pays est à droite. Pire, si l’on a l’impression qu’il l’est même de plus en plus, c’est simplement parce que ses élus le sont, eux, de moins en moins.
La droite perd les élections, non pas tant à cause de ses idées, mais bien en raison de leur abandon. Les abstentionnistes sont très largement des électeurs de droite à qui on ne la fait plus. Les gauchistes ne pesant sur les résultats qu’en vertu de leur capacité infinie à croire aux fariboles que leur servent leurs nouveaux curés, sans oublier leur acharnement à être cocus, mais contents, ils triomphent par défaut. Gageons que si, à force d’être vilipendé par le camp du bien, Jean-François Copé s’affranchit de ses dernières œillères et décide de mettre le cap à droite toute, le succès sera au rendez-vous.
Il n’aura même pas besoin de faire alliance avec le FN. Il lui suffira de ne pas l’insulter en permanence et d’éviter, à son endroit, les imprécations moralisatrices méprisantes dont il aura, lui aussi, été la victime. Le Front se dégonflera de lui- même, effet bleu Marine ou pas, dès lors que ses électeurs verront de nouveau la possibilité d’une alternative crédible, au consensus radical-socialiste qui tient lieu de viatique à la politique française depuis l’élection de Giscard d’Estaing à la place de Chaban Delmas.
Voilà pourquoi la bande à Marine qui est loin d’être aussi stupide et primaire que nos médias veulent nous le faire croire, canarde Copé à la moindre occasion. Il faut bien admettre qu’il fait une cible facile tant il peine à faire son aggiornamento (voir le sort réservé à Christian Vaneste). Il n’en demeure pas moins qu’ils ont senti le danger, eux aussi se souviennent parfaitement du précédent Sarkozy.
Fillon ou le vrai risque d’implosion
Bien que rien ne le prédestinait, si ce n’est la facilité, à endosser le rôle de l’humaniste de service, François Fillon incarne, en définitive, le véritable risque d’implosion de l’UMP. S’il finissait, au terme de ces chicayas sans fin,à régner sans partage sur un parti qu’il aurait largement contribué à affaiblir, il y a fort à parier que le Mouvement n’y survivrait pas.
En premier lieu parce que le RPR - qui fut la grande victime de cette Union - n’a jamais été un parti centriste. Si ses cadres ont été amadoués par des prébendes et des honneurs en 2002, ses militants n’ont jamais digéré de voir triompher les idées de la branche molle de l’UDF. Et ils ne sont pas les seuls! Rappelons, pour mémoire, que la machine giscardienne ne comptait pas seulement des « humanocentristes », mais qu’elle était également constituée par des libéraux qui ont, eux aussi, été les grands cocus de l’affaire.
En se positionnant comme le meilleur défenseur des valeurs de gauche de la droite française, alors que personne ne le lui demandait, François Fillon s’est embourbé, comme Dominique de Villepin avant lui, dans le marais des illusions perdues. Sur ce créneau très encombré, il n’aura jamais la légitimité d’un Jean-Louis Borloo. Ce même Jean-Louis Borloo dont il s’est fait un ennemi farouche en l’empêchant d’accéder à Matignon. Cette action d’éclat que certaines mauvaises langues prétendent plus tactiques qu’émotionnelle (comme la presse nous l’a survendu) a, quoi qu’il en soit, largement contribué à l’échec de Nicolas Sarkozy en le coupant des centristes. Ces mêmes humanistes que l’ex-député de la Sarthe prétend aujourd’hui représenter.
On le voit, à l’œuvre, François Fillon sous ses dehors de « gendre idéal » est, en réalité, un très méchant garçon et un mauvais perdant. Le centre est une affaire de famille et le « collaborateur » de Nicolas Sarkozy n’en a jamais fait parti. S’il prenait le contrôle de l’UMP, la chasse aux sorcières et le discours suintant la droite honteuse qui s’ensuivrait, précipiteraient le départ de ce qui reste de patriotes et de libéraux dans ce parti. Qu’ils votent avec leurs pieds, qu’ils reconstituent une formation ou qu’ils partent au Front National importe en vérité assez peu, ils ne seront plus là et l’UMP serait alors un énième parti centralo-mou-du-genou. Il n’existerait plus d’alternatives à la droite du Parti Socialiste et c’est cela qui compte pour les stratèges socialistes, à la manœuvre dans ces médias qui chérissent soudain l’ex Premier ministre de « l’agité des Hauts de Seine ».
Alors on brandit, frénétiquement, la lepénisation de Copé, comme un totem destiné à conjurer la fatalité du retour d’une véritable alternative de droite.
Conclusion
Le FN n’est en vérité qu’un faux problème. Il n’est qu’un épouvantail agité par les accapareurs du débat public. Ses choix économiques font bien plus pour le disqualifier comme parti capable de diriger le pays que tous les anathèmes déversés sur lui par bien-pensance depuis toutes ces années.
La droite française est en phase de recomposition. L’échec de Nicolas Sarkozy aura probablement eu cela de salvateur. Le temps de la reconstruction (de la construction diront certains) idéologique est venu. Il n’est plus honteux d’aimer son pays, d’avoir envie d’en défendre la culture et d’être fier de ses valeurs. Non, toutes les civilisations ne se valent pas et la nôtre est, malgré ses imperfections, très largement au-dessus du lot, ne serait-ce que par sa capacité à se remettre en question !
Dans la même veine, de nombreuses forces se lèvent pour reprendre à leur compte la pensée libérale qui, contrairement à ce que beaucoup prétendent, n’est en rien incompatible avec un retour des valeurs de la nation. C’est de la confluence de ces deux forces que naîtra le renouveau de la droite française. C’est de cette alliance que viendra l’espoir de libertés nouvelles, d’une prospérité retrouvée par la valorisation de l’effort et du risque. Nous ne devons pas craindre l’âpreté du débat économique, comme nous ne craignons plus celui qui porte sur notre identité.
C’est parce qu’il sera libéral que le néo gaullisme incarné, pour l’instant, par Jean-François Copé réussira à sortir la France de l’ornière dans laquelle, quarante longues années de centrisme mou l’a placée. L’avenir, appartient bien à cette France d’en bas qui se lève tôt … mais aussi à celle d’en haut qui, si elle se lève peut être plus tard, n’en accepte pas moins de lire « The Economist » sans pousser des cris d’orfraie !
Marc Suivre
(1) Les habitudes ont la vie dure à l’UMP. Pensez donc que le programme du Président sortant avait été concocté par le « très propre sur lui » Bruno Lemaire. Cela laisse rêveur quant à la volonté de renverser la table. Heureusement que Sarkozy a « droitisé » sa campagne à la fin, au grand dam du « gendre idéal » susmentionné, sinon il y a fort à parier que la défaite eût été autrement plus cuisante (n’en déplaise aux NKM et autre Bachelot).
Commentaires
Le ton est vigoureux (signe que, contrairement à une partie de la droite, vous avez conservé... certains attributs), et surtout : la démonstration impeccable.
Les tentatives d'émission d'écran de fumée, par des notables UMP sans aucune conviction autre que leur soif de carrière, affirmant que le virage tardif à droite de Sakozy était une faute et la cause de sa défaite.. sont ainsi balayées. C'est, effectivement, sa trahison de son électorat qui a provoqué la chute.
Mais là où je trouve votre conclusion un peu optimiste, c'est que les petits nouveaux (Peltier et consorts), qui ont pris la tête des motions, ont un discours sociétal effectivement de droite.. mais sur le plan conomique, ils nous ressortent encore les vieilles lunes de la "droite sociale" : pas une once de libéralisme, que du dirigisme étatiste, bref c'est assez socialiste.
Copé parviendra t-il à s'extraire de cette autre pensée unique, en comprendra t-il la nécessité? la mue n'est pas encore achevée... encore un effort!
si il ne s'agissait que "sortir" la France d'une ornière il serait plaisant de penser que notre nouveau Rastignac ou nouvelle danseuse Copélia aurait ce talent ,hélas il n'a même pas la capacité pour changer un pneu de vélocipède,la France a besoin d'hommes d'état , pas de plaisantins toutes couleurs et bords confondus , ce sont ces fausses subtiles différences créées pour les gogos qui donnent à ces politicards de bas étage matière à survivre dans ce qu'ils nomment avec mépris "ce pays" et non la France
Bon résumé de Janus.
Faire passer le sujet du FN pour un faux problème ne me paraît pas accorder assez de crédit à la ligne politique dite Buisson qui si elle me paraît détestable ne mérite pourtant pas d'être balayée trop vite. Buisson mise sur une nécessaire élasticité de la droite vers son extrême. C'est l'élasticité de l'UMP qui est en question. Si elle se déchire sur sa gauche nous auront alors la même situation que beaucoup de pays de l'Est ou du Nord avec trois grands partis et des coalitions. Mais le problème est que cette attirance des électeurs de Marine se fait sans les "éduquer", sans leur redonner confiance. Et dans quelques années nous aurons un nouvelle droite encore plus à droite qui trouvera sa légitimité sur les échecs des coalitions. L'enjeux politique n'est pas un faux problème. Le combat de coq entre Copé, Fillon et Marine lui l'est. Il y a quelques autres arguments un peu longs à mettre ici : http://laphrasedeshabillee.blogspot...
Votre analyse est impeccable sauf sur un point que vous avez simplement survolé
M Coppé n'est de droite que par calcul pour accéder au pouvoir
Pour moi, il n'est absolument pas crédible si ce n'est que quant à son ambition personnelle
Une fois de plus il ne s'agit que de berner le bon peuple en lui tenant un discours que l'on s'empressera d'oublier une fois élu (cf. Sarkozy)
La vraie question est pourquoi le peuple est-il à droite et les "élites" médiatico-politiques à gauche et jusqu'à quand le peuple va t'il supporter cette situation
A mon avis, seule la crise peut balayer ce fatras dans lequel la France baigne depuis mai 1968 et ce qui nous attend c'est une bonne crise de régime type 1958
Allons allons...une Droite néo Gaulliste libérale? si on est gaulliste on est tout , Maurassien ,Colbertiste ,interventionniste,Libéral JAMAIS
Libéral, le gros mot qui fâche et qui disqualifie son interlocuteur :pas la peine d'examiner les arguments vous êtes libéral vous êtes le Diable anti français pro anglo saxon
parlons entre communistes;trotskystes,altermondialistes, écolos; radicaux socialistes, socialistes ,colbertistes ,nationaux socialistes de gauche et fachos de Droite ( c'est pareil) Tous ces gens vous parlent de l 'intérêt général qu'ils connaissent parfaitement et que du sommet de la pyramide,ils inculqueront à la base