30 mars 2011 - L'immigration : évasion ou invasion ? Conférence d'Antoine Sfeir
Par Institut Turgot le dimanche 17 avril 2011, 15:23 - Réunions - Lien permanent
Ceci est l'enregistrement vidéo de la conférence donnée par Antoine Sfeir, sur le thème : "L'immigration : évasion ou invasion ?", dans l'amphithéatre de l'Institut d'Administration des entreprises, rue Broca, dans le 6ème arrondissement.
L'immigration est un sujet qui a provoqué de vifs débats dans les colonnes de notre site internet. Il est clair que, même parmi les amis de l'Institut Turgot, les avis et positions concernant ce que devrait être aujourd'hui une politique de l'immigration sont extrêmement tranchés, voire opposés. Ces débats ont révélé un très vif désir de s'exprimer sur ce problème.
C'est pourquoi nous avons pris l'initiative d'associer l'Institut Turgot à la proposition d'André Teissier du Cros, Président du Comité Bastille, et de Jean-François Minne, Vice-président de l'Association des anciens élèves de l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE), d'organiser une conférence au cours de laquelle nous eu le plaisir d'écouter, puis de discuter avec Antoine SFEIR sur le thème de l'immigration, et en particulier de l'immigration musulmane en France..
Antoine Sfeir est un franco-libanais spécialiste bien connu du moyen-orient. Il est directeur et éditeur des Cahiers de l'Orient et professeur en relations internationales au CELSA. Il participe régulièrement à plusieurs programmes de télévision. Il est reconnu au niveau mondial pour sa connaissance et ses analyses sur le monde arabe, l'Islam, et la réalité des phénomènes migratoires en France et en Europe. Il est chevalier de la Légion d'honneur.
Notre ami Yves Montenay faisait partie de l'assistance. Ci-dessous vous trouverez un résumé de la conférence reconstitué à partir de ses notes. Nous lui sommes extrêmement reconnaissant d'avoir accepté ce travail malgré une charge d'activité particulièrement intense.
Le résumé de la conférence
L'immigration : évasion ou invasion ?
Évasion bien sûr ! Antoine SFEIR rappelle la situation des jeunes dans les pays arabes, diplômés, sans-emploi formel, donc contraints à des petits boulots informels non qualifiés. Or, pour l'étudiant tunisien qui a lancé la révolte en s'immolant par le feu, même cela était interdit ou racketté par une police omniprésente. Cette combinaison la précarité extrême et de la pression policière était d'autant plus insupportable que ces jeunes pouvaient suivre ce qui se passait en dehors des frontières et notamment en Occident. Tout cela a poussé à l'émigration comme à la révolte, et explique pourquoi il n'y a pas eu de slogans religieux ou anti israéliens, ce qui est une autre coupure avec les générations précédentes et les proclamations des pouvoirs en place, qui se posaient en bouclier de l'Occident.
La pression aurait été moins forte si l'Union Pour la Méditerranée avait offert de perspectives, mais on sait que ce projet, qui était splendide, a été « tué » par les Allemands et par le conflit israélien.
Quant à l'aspect «immigration-invasion », Antoine Sfeir le récuse en s'appuyant sur son cas personnel et en décrivant le « choc de la liberté » qu'il a ressenti en arrivant en France. Il a demandé la nationalité française, non pas pour renoncer à ses racines arabes et catholiques orientales (« je suis tout cela »), mais pour devenir un citoyen responsable, républicain, laïc, solidaire, et pour toutes ces raisons égal aux citoyens plus anciens : « je suis même peut-être plus Français qu'eux puisque moi, je l'ai choisi ».
Il note que ceux qui craignent l'immigration-invasion en invoquant l'islam ne le connaissent pas. Par exemple, il n'est pas question de voile dans le Coran. Il faut « cacher ses atours », c'est-à-dire sa poitrine, et non les cheveux dont il n'est jamais question. De même pour la polygamie, évoquée pour « caser » les veuves et les orphelines, qui est de fait limitée voire interdite par la précision coranique « à condition de traiter également ses femmes », ce qui est évidemment impossible (c'est l'interprétation tunisienne, pays où l'islam, religion d'État, interdit pour cette raison la polygamie). Ces questions du voile et de la polygamie ne viennent donc pas du Coran mais de ses interprétations ultérieures. Il rappelle d'ailleurs qu'en islam le mariage est un simple contrat, ce qui a permis, bien après Mahomet, l'apparition des mariages temporaires pour des raisons « de loisir ».
En fait la partie religieuse du Coran ne fait que rappeler les grands principes communs aux trois religions monothéistes, la prière, la charité, le pèlerinage…, et ne doit pas être confondue avec la partie « politique », venue ultérieurement et qui décrit les règles de fonctionnement de la société médinoise dont Mahomet était devenu le chef.
S'agissant de la laïcité, Antoine Sfeir s’en fait le grand défenseur notamment parce qu'elle relie entre eux des citoyens indépendamment de leur religion ou de leur absence de religion. Il ne voit cette proclamation que dans les constitutions française et turque, les autres pays démocratiques étant plutôt bâtis sur la liberté de culte et plus tard sur la sécularisation. La laïcité paraît bien adoptée par des musulmans français et il s'indigne de ces journalistes qui recherchent « des barbus qui insultent la France », ce qui est une catastrophe, puisque cela leur fait de la publicité et mène à assimiler à eux l'ensemble des musulmans de France.
Toujours sur le thème de « l'immigration-invasion », Antoine Sfeir dénonce la décision giscardienne d'instaurer le regroupement familial, qui a eu comme conséquence la génération actuelle de jeunes garçons déracinés, à qui l'on n'enseigne plus « la citoyenneté » à l'école et qui voient les soeurs réussir études et emploi en contradiction totale avec les coutumes patriarcales déjà mises à mal par le chômage du père. Les plus déboussolés trouvent alors une revalorisation dans un islam sommaire diffusé par des imams ignares.
Sur le plan international il note l'affaiblissement des États-Nations bâtis artificiellement par des Européens sur les ruines de l'empire ottoman, et le retour aux communautés qui étaient de règle sous ce dernier.
En conclusion il réitère son choix d'être Français, notamment pour ne pas se retrouver lié à l'une de ces communautés.
Vous pouvez aussi télécharger et écouter l'enregistrement seulement audio de la conférence
Commentaires
"Antoine Sfeir dénonce la décision giscardienne d'instaurer le regroupement familial"
Peut ton supprimer cette décision et limiter le regroupement au personnes ayant un contrat à durée déterminée?
le problème c'est que l'opinion de Mr SFEIR pour estimable qu'elle soit n'est pas partagé par beaucoup de musulmans.Nous sommes une société laïque ,par conséquent c'est l'Etat qui dicte sa loi ,pas les religieux.Dieu ne peut contrairement à ce que disait récemment une française néo convertie en burka imposer sa loi
le problème ne vient pas du fait que les gens soient arabes ou noirs musulmans ,il vient du fait que nombre de musulmans demandent à la société Française de se modifier pour accepter leurs particularismes ( viande halal, menus spéciaux dans les cantines;refus des tenues de gymn ou de faire la gymn pour les jeunes fille , demandes d'horaires dans les piscines pour les seules femmes,refus de faire examiner une femme par un médecin homme dans les hôpitaux port du voile port du niqab ;refus d es mariages mixtes etc etc... or dans n'importe quelle société ce sont les arrivants qui doivent copier les coutumes des locaux ,il n' y a qu'un seul cas ou cela est faux c'est quand on a à faire à une invasion.
ce qui renforce le malaise de la société c'est que même si une minorité
est responsable de ces faits on n'entend jamais la majorité musulmane condamner les positions de leurs extrémistes de là à penser que qui ne dit mot consent ...
Bien entendu le rapprochement familial a permis une installation bien plus importante de migrants ;l'espace de schengen n'a pas non plus facilité la tâche et l'actualité montre combien il est difficile de fermer les frontières.Des années d'angélisme ont permis la situation actuelle et la fameuse révolution des lilas a pour l'instant fabriqué beaucoup de chômeurs qui n'aspirent qu' à venir bénéficier de l'incroyable système d'assistance que nos politique sont mis en place;A croire que le Canada la Suisse ou les USA sont des dictatures inhumaines
entre les droits de l'homme et dans un autre domaine le principe de précaution notre pays a l'art de se créer tout seul ses problèmes
Expose tres interessant car il melange experience personnelle et debat d'idees. Il est cela dit possible qu un liberal s'y perde un peu car l'experience d'une personne n'est pas forcement generalisable. Cela dit il est agreable d'avoir des temoignages non ideologiques et je retire les differents points :
- Il affirme clairement son attachement au droits de proprietes comme socle de base de la cohesion sociale ainsi qu a l'application de la loie. Cela dit il me semble qu'il devrait s'attacher plus au droit (naturelle) qu'a la loie elle meme. Peut etre cela le differencie t'il d un liberal.
- Il mentionne qu une des clefs de la pacification des population est la connaissance de l'autre. Les reactions du public sur ce point proviennent a mon sens de la confusion suivante : Il ne dit pas que la connaissance de l autre est quelque chose qui s'impose qui doit etre inscrit dans une loie (un test obligatoire sur l islam par exemple) et que celui qui ne cherche pas a comprendre va se retrouver en prison. Son approche provient plus de l experience ou la connaissance pacifie les relations avec les autres et evites les affrontements steriles. Ceux qui ne souhaite pas faire la demarche y sont libre bien entendu. Bien sur cela ne peut etre le seul remede mais la logique d'affrontement rend parfois couteux et difficile la cooperation entre les individus, notamment dans l espace public. Son analyse est je pense correcte. La France et les francais constituent une societe multi culturelle qu on le veuille ou non et nous avons les options suivantes (ou une combinaison de ces options) :
- La privatisation integrale de l espace public avec l'instauration de regles provenants des coproprietaires (une coprorpriete musulmane, une autre catholique etc avec pourquoi pas des mecanismes d'echanges entre les differentes coproprietes, mais aussi potentiellement un risque de predation).
- le maintien d'un espace public neutre (laique): probablement utopique car pour ne pas verser dans la 3em possibilite il necessiterait un Leviathan puissant (et donc des derives potentielles sur les biens prives). Il devra s'accompagner de contre pouvoir, consitution etc...
- un affrontement permanent dans l espace public pour imposer ses regles.
- une fusion des differentes cultures et une homogeneisation de la population (certainement possible dans quelques generations si il y a une volonte des individus de se comprendre et d'accepter des regles communes).
J'imagine que c est cette derniere solution qui est la moins couteuse et peut etre aussi la plus riche mais elle ne peut s imposer par le haut et ne peut etre que consentie.
En résumé Antoine Sfeir est, comme le Comité Bastille dont il est un vieux membre, partisan de l'application stricte de la loi republicaine, donc de la laïcité.
Nous n'avons pas abordé le débat entre loi naturelle et loi instituée. Ma position est que la vieille theorie libérale de la loi naturelle est, depuis, apparue comme etant en realité la loi tribale, qui est très ancienne, plus ancienne que toute loi humaine (Voir Nayla Farouki: Les Deux Occidents.). L'homme a été d'abord un primate respectant rigidement la loi de la horde avant de devenir un etre humain. La notion d'individu libre et responsable date de la Grece antique et des religions du Livre, environ 3,000 ans, c'etait donc hier. La notion de République a le meme age. Cette loi tribale s'accompagna tot de l'introduction du concept du sacré, vite imposé par une religion, condamnant violemment ceux qui ne respectent pas le 'sacré' (defini bien sur par des pretres, pas par un consensus general). Pour proteger tout individu de toute loi tribale, la republique laïque, qui relegue toute pratique religieuse au niveau de la vie personnelle, privee, hors de la chose publique, reste la meilleure recette. Donc occupons nous d'imposer a tous la Republique laique, mais seulement dans l'espace public. C'est la que, depuis trente ans en gros, nos gouvernements ont été laxistes. Il faur redresser la barre.
Nous proposons en outre une carotte: La citoyennete immediate a ceux qui pretent serment sur la Constitution, prouvent qu'ils parlent francais en repondant a quelques questions clés sur celle-ci, et payent la taxe.
Je pense que c'est M. Andre' Teissier du Cros, President du "Comite' Bastille" qui, au sortir de la conference de M. Antoine Sfeir et du debat qu'elle a suscite', fait brillamment le point de la situation qui prevaut en France en rappelant le principe unificateur regissant l'espace public, c'est-a-dire la Republique laique. Elle laisse au deploiement de toutes sortes d'ideologies qu'elles soient religieuses, traditionnelles ou morales, cet espace important sur lequel la Republique federative n'impiete a aucun moment: la sphere privee. Elle se singularise par la par rapport a toutes ces "republiques" qui, au nom d'une ideologie d'Etat, entendent enregimenter aussi bien telle sphere privee qui se confond alors avec la sphere publique dans la mesure ou il y prevaudra toujours un conformisme percu comme ideal a atteindre et/ou a imposer tout simplement. On retrouverait par la le tribalisme selon la definition qu'en propose Nayla Farouki dans ses <Deux Occidents>.
Que telle republique laique est possible, faisable, gerable, c'est la Tunisie post-revolutionnaire qui, malgre' sa faiblesse actuelle en periode de transition, le prouve a travers la fermete' des positions de ses ministres de l'Interieur et de l'Education qui disent non a:
1. port de la <burqaa> dans les ecoles publiques,
2. amenagement de salles de prieres a l'interieur de l'ecole publique,
3. transformation en prolongement des mosquees de vendredi du plus rassembleur de tous les espaces publics de la capitale qu'est l'Avenue Habib Bourguiba, corso par excellence de toutes les tendances desireuses de se manifester.
Il devient alors extremement curieux que la Republique Francaise, forte d'une vieille tradition laique et republicaine, se montre de nos jours inapte a s'imposer dans un contexte socio-culturel aux tiraillements largement comparables et abandonne par la ses prerogatives regales a des mouvances aussi peu limpides que Front National, Droite opportuniste, Gauche avide de pouvoir et Salafistes desireux de miner la republique par leurs travaux de sape de caractere terroriste.
@ André Tessier du Cros
"""La citoyennete immediate a ceux qui pretent serment sur la Constitution, """
Je crois que la notion de serment tel que l'entend l'Occidental n'a strictement rien à voir avec les us et coutumes de personnes étrangères à nos concepts. Prêter serment sur la Constitution n'aurait absolument aucun "sens", ne serait chargé d'absolument aucun engagement (corps et âme) pour de nombreux immigrants qui n'y verraient que des simagrées et trouveraient que c'est bien facile d'obtenir tous les droits inhérents à la nouvelle nationalité qu'ils espèrent obtenir.
Depuis maintenant près d'un demi-siècle, nous entendons que l'immigration est une richesse ainsi que la diversité et le métissage. Slogan sans aucun fondement raisonnable et pragmatique. Mais nul pourtant ne peut nier l'enrichissement fait par certains grâce et par l'immigration. Force est de constater que pour les exclus, les déshérités, les membres des castes inférieures, tous les enfants de ces nations chaotiques où les dirigeants se gavent maintenant le peuple dans la misère, l'immigration ne peut être que "richesse". Et aucun ne peut conspuer ces malheureux à aspirer à un vie et un monde meilleur. Nos parents l'on en d'autre temps peut-être fait et nous le ferions aussi. L'occident dans son apparente opulence est effectivement un eldorado à conquérir. Ne nous arrêtons pas à ce seul coté de la médaille et attachons-nous à rechercher qui profite sournoisement de cette manne humaine. La France gagne en démographie grâce à cette immigration légale et illégale environ 1.000.000 d'habitants par an. Référez-vous aux études démographiques des 50 dernières années. C'est autant de consommateurs et d'usagers des services de l'état et des grandes entreprises, banques, promoteurs immobiliers, etc. C'est autant de "jeunes" qualifiés ou pas qui rentrent dans l'hyper-consommation mais aussi sont souvent prêts à prendre n'importe quel emploi à n'importe quel prix. Oui monsieur, pour 200, 300 ou 500 € de moins, je suis prêt à travailler chez vous. Pour nos dirigeants, nos PME, nos holdings, le butin est fabuleux. Malgré les 4.000.000 de chômeurs et d'exclus en France, il arrivent encore à défendre l'idée généreuse que l'immigration est un magnifique richesse auprès des citoyens clochardisés au fil du temps. Oui, l'immigration est une richesse pour nos privilégiés du grand capital; l'Europe et ses utopies entretiennent magnifiquement cette situation : libre circulation des idées, mais surtout des Ressources humaines et des capitaux. 80% des produits de consommation proviennent des pays à bas coût. Pendant ce temps, les savoir faire sont délocalisés ainsi que les entreprises. On déplore aujourd'hui la dés-industrialisation de notre pays et sa transformation en un "Disney land" incertain. Résumons, le France importe produits de consommation et main d'oeuvre ; exporte technologies et entreprises. Une équation vouée à la catastrophe ! Alors, l'immigration est effectivement une richesse incontestable; le tout est de savoir qui elle enrichit et qui la finance, à qui elle profite réellement. Conquête et invasion face à évasion et soumission. Négation utopiste d'une réalité inquiétante chez nos responsables publiques et privés mais aussi communication et marketing dignes des meilleures propagandes de siècle dernier : intoxication à haute échelle. Non le nuage de Tchernobyl n'a pas traversé la France !
Je crois que la notion de serment tel que l'entend l'Occidental n'a strictement rien à voir avec les us et coutumes de personnes étrangères à nos concepts. Prêter serment sur la Constitution n'aurait absolument aucun "sens", ne serait chargé d'absolument aucun engagement (corps et âme) pour de nombreux immigrants qui n'y verraient que des simagrées et trouveraient que c'est bien facile d'obtenir tous les droits inhérents à la nouvelle nationalité qu'ils espèrent obtenir.
@JdlVigne "Non le nuage de Tchernobyl n'a pas traversé la France !" et même le dernier protagoniste de l'affaire vient d'être innocenté aujourd'hui !