7 avril 2011 : Peut-on être à la fois libéral et conservateur ? Séminaire avec Alain Laurent
Par Institut Turgot le lundi 2 mai 2011, 11:30 - Réunions - Lien permanent
Le jeudi 7 avril 2011, l'Institut Turgot avait le plaisir de recevoir Alain Laurent venu répondre à la question "Peut-on être à la fois libéral et conservateur". Cette réunion, dont voici l'enregistrement vidéo, prenait place dans le cadre des conférences philosophiques mensuelles organisées dans les locaux du 35 avenue Mac Mahon à l'initiative de l'Institut Coppet.
Le compte-rendu
Ci-dessous, le résumé de la réunion tel que publié par Benoît Toussaint et Damien Thellier sur le site de l'Institut Coppet.
Le mot « conservatism » est souvent employé pour désigner toute l’aile droite des courants de pensée américains. Parfois c’est le terme « libertarianism ». D’où une certaine confusion.
Par ailleurs, se réclamer du libéralisme et du conservatisme pose un gros problème du point de vue libéral. Pour des penseurs tels que Hayek ou Ayn Rand, les conservateurs étaient assimilés à des étatistes. Selon Hayek, dans ''Constitution de la liberté'' p. 393, il y a une différence fondamentale entre conservatisme et libéralisme classique. Le libéral accepte les changements sans appréhension. Pour le conservateur, l’ordre n’est pas spontané mais il apparaît comme décrété par l’Etat.
Du point de vue d’Ayn Rand (Capitalism, the unknown ideal. Le chapitre intitulé « Conservatism an obituary »), les conservateurs sont des ennemis, au même titre que les liberals.
C’est ce rejet du conservatisme qui poussa J. Buchanan à écrire un ouvrage en 2005 intitulé ''Why I too am not a conservative'' (« Pourquoi moi non plus je ne suis pas conservateur »).
Le père du « New conservatism » américain est Russell Kirk. Mais Kirk est un traditionaliste anti-individualiste, pas un libéral.
Pour Irving Kristol,
« Les néo-conservateurs sont des liberals qui se sont heurtés à la réalité ».
Selon lui un néo-conservateur veut aller de l’avant (en réponse à Hayek). Dans Two Cheers for Capitalism, paru en 1978, Kristol souligne la valeur fondamentale du capitalisme qui permet de créer de la richesse. Kristol y souligne aussi que
« l’analyse économique », doit aller de pair « avec une philosophie politique et morale, et avec une pensée religieuse ».
Charles Murray est un autre grand nom du conservatisme-libéral. Son livre Losing Ground attaque l’État-Providence et les programmes sociaux.
De son côté Frank Meyer, rédacteur en chef au magazine National Review, a développé le concept de fusionnisme : conciliation entre le meilleur de la pensée libérale et de la pensée conservatrice. C’est Frank Meyer qui a inventé les termes « libertarian-conservative » et « fusionism » dans son livre In Defense of Freedom (recueil de ses articles dans NR).
Le premier homme politique à faire la synthèse entre libéralisme classique et conservatisme est Barry Goldwater en 1964 : « L’Etat doit s’arrêter à la chambre à coucher des individus ». Le Tea Party s’inscrit aujourd’hui dans la continuité de ce mouvement.
Margaret Thatcher fut aussi une authentique libérale-conservatrice.
Que veut conserver un libéral conservateur ? La constitution des pères fondateurs mise à mal par les liberals et tout ce qui protège la liberté individuelle : le droit de porter des armes, un droit pénal rigoureux…
Pour le penseur Michael Oakeshott : être conservateur est une « disposition d’esprit ». On accepte le changement avec prudence pour ne pas perdre la « familiarité » avec son environnement : ce qui signifie : pas de révolution, mais pas de statut quo non plus : « que tout change pour que rien ne change ».

Vous pouvez aussi télécharger et écouter l'enregistrement seulement audio de la réunion :
Commentaires
Un petit complément à l'exposé d'Alain Laurent : le colloque international d'Ostende des 10-13 septembre 1957.
Cf. https://docs.google.com/document/d/...
Un petit complément à l'exposé d'Alain Laurent : le colloque international d'Ostende des 10-13 septembre 1957.