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Première Session

Accueil et introduction de Christian Vanneste, député UMP du Nord (9')

Intervention de Thomas Silberhorn, député CDU au Bundestag (15')

Intervention de François-Xavier Chauchat, économiste chez Gavekal (19')

Commentaire de Jacques Myard, Député UMP des Yvelines (8')

Commentaire de Marc de Scitivaux (6')

Poursuite de la discussion (28')

Thomas Silberhorn, député CDU au Bundestag, a rappelé que, face à la crise, les Etats de l'Euroland ont socialisé leurs pertes publiques sans, pour autant, apaiser l'inquiétude des opérateurs financiers. L'euro, présenté il y a dix ans comme le ciment de l'Union européenne, menace désormais de faire exploser cette Union, a-t-il dit. En s'affichant comme un rempart contre tout défaut au sein de l'euroland, le Fonds de stabilisation stimule plutôt la spéculation qu'il ne l'arrête ! Les Etats sur-endettés, comme la Grèce ou l'Italie, dit Th. Silberhorn, devraient surtout re-capitaliser leurs banques et bâtir un programme de redressement crédible ! Et, s'il ne leur parait pas possible de le faire, leur sortie de l'euro devient inéluctable, avec la conséquence de devoir réduire leur dette et de la ré-échelonner en profitant d'une remise partielle pour remettre en ordre leurs finances publiques, comme cela s'est produit dans le passé avec un pays comme l'Argentine.

Les faits ont donc condamné l'utopie qui prétendait faire converger l'économie des pays de l'euroland et leur gestion politique par la seule union monétaire. Seules une discipline budgétaire et des réformes politiques peuvent rétablir la compétitivité des pays sur-endettés et les aider à sortir de la crise. L'intervention d'une autorité extérieure (comme la Commission) soulèverait par contre de sérieux risques politiques : accorder, par exemple, à l'Union européenne le droit d'intervenir dans la politique fiscale d'un pays-membre serait-il politiquement tenable dans le pays qui serait ainsi mis en tutelle ? Et pourquoi les pays donateurs se laisseraient-ils imposer ce fardeau par un mécanisme automatique sur lequel ils n'auraient plus aucun contrôle direct ?

M. Silberhorn en déduit que le Pacte européen de croissance & de stabilité doit être profondément revu : pour permettre d'abord un sortie légale de l'euroland aux pays qui ne peuvent en respecter les contraintes ; pour cantonner la Banque centrale européenne à un rôle indépendant et pour lui interdire d'intervenir sur les marchés de la dette souveraine ; et pour faciliter enfin la restructuration de la dette des pays sur-endettés.

François-Xavier Chauchat, économiste à Gavekal Recherche (www.gavekal.com) estime d'entrée que rien ne condamne l'euro pour le moment : sa fin ne pourrait résulter, dit-il, que d'une décision politique (de même que sa création fut un acte politique!). Ce qui semble exclure une telle hypothèse, ce sont les coûts très élevés qui en résulteraient, pour tous et partout : depuis dix ans, des milliers de milliards d'actifs en euros de multiple origine sont enregistrés par les investisseurs de l'euroland ; des actifs tellement divers que personne n'y voir clair. La rupture du pacte de l'euro serait donc si inquiétante qu'aucun homme politique conscient ne prendra le risque de déclencher une telle rupture dont l'effet politique est impossible à imaginer ! Avec, pour l'Allemagne, le chantier supplémentaire que constituerait l'apurement de quelques 900 milliards d'euros d'actifs douteux enregistrés à l'actif des banques allemandes dont la valeur réelle est problématique aujourd'hui : actifs immobiliers pourris, créances insolvables en Grèce ou ailleurs etc. !

Pour en sortir sans trop de drame, estime F.X. Chauchat, il faudrait du temps, de la patience et de la constance, comme l'a démontré la réunification allemande qui a coûté six années d'efforts continus, efforts contenus, dit-il, au sein d'une communauté nationale réunifiée, pas des sacrifices imposés de l'extérieur à des Etats souverains ! Quand à une éventuelle dévaluation, c'est pour lui un pur mythe dans le contexte actuel : non seulement les allemands n'en veulent pas, mais, surtout, ce serait un instrument parfaitement inefficace, comme la récente dévaluation de la livre l'a prouvé puisqu'elle n'a eu aucun effet sur la compétitivité industrielle britannique qui continue à se dégrader !

(Notes rédigées par Jean-Pierre Chamoux)

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Deuxième session

Introduction du Professeur Jean-Claude Chouraqui, intervention de Jean-Pierre Gérard (27'30)

Intervention du Professeur Markus Kerber (26'13)

Discussion 1ère partie : P. Simonnot, P. Brandner (interprète), G. Hülsmann, C. Stoffaes, G. Lane. (31'18)

Discussion 2ème partie : J.C. Chouraqui, J.P. Gérard, Markus Kerber (32'48)

Jean-Pierre Gérard, industriel, ancien membre du Conseil de politique monétaire de la Banque de France, juge au contraire que l'euro, dont il ne reste plus qu'à établir le certificat de décès, appartient déjà au passé ! Il regrette d'ailleurs ce retard à qui il attribue l'étendue croissante des dégâts. C'est d'abord l'activité qu'il faut relancer, avant de relancer la monnaie : l'argent, dit-il joliment, n'est qu'un habit de l'activité ! Conduite par des considérations principalement financières, les Banques centrales ne sont plus en phase avec les faits économiques ; leur intervention est constamment décalée, en retard sur les faits, leur tempo est trop lent et trop concentré sur des jugements d'opportunité financière !

J.-P. Gérard appelle donc de ses voeux un retour à la période a-dogmatique au cours de laquelle la Banque de France examinait aussi bien l'activité induite que la technique financière. Il regrette notamment la confiance, excessive à son goût, accordée aux signaux macro-économiques comme l'indice des prix, au détriment des autres signes de l'activité réelle. Il propose en conclusion de réfléchir à nouveau aux mécanismes de "stabilité naturelle" qui pourraient jouer un rôle auto-régulateur sur l'activité, sur le prix des actifs et sur la monnaie, évitant ainsi des crises systémiques dangereuses : à cet égard, estime-t-il, le système de l'euro est incohérent...

J.P. Gérard appuie sur ce point la déclaration très vive lancée par Jacques Myard, député UMP des Yvelines, pour qui la monnaie est un simple instrument, pas un objet politique ! La monnaie unique, affirme-t-il, fut "une construction parfaite prévue pour un monde parfait qui n'a pas d'existence" ; intégrée à un monde réel, imparfait et impur, les règles "automatiques" qui devaient la guider provoquent des catastrophes politiques. Il faudrait sacrifier 4 points de PIB allemand pour étancher le passif des maillons faibles de l'euroland, sans compter le poids des quelques 260 milliards de dettes publiques incertaines inscrites aux comptes des banques françaises ! Sortez donc de vos certitudes dogmatiques, demande-t-il, et forcez la Banque de Grèce à monétiser ses dettes : elle s'en débrouillera d'autant mieux que, comme les dettes italiennes, les dettes grecques sont en partie détenues par des grecs ! Sinon, des risques de guerre civile nous menacent dont on ne peut prévoir ce qu'ils pourraient secréter : un message politique qui sonne clair dans une enceinte parlementaire...

Le professeur Markus Kerber, l'un des deux inspirateurs de cette rencontre monétaire, organisée de concert avec Henri Lepage, souligne la très grande variété de vues qui s'expriment sur la présente crise monétaire, tant en Allemagne qu'en France. Cette variété explique en partie le malaise politique qui accompagne la crise dans nos deux pays. Pour tenter d'y voir un peu clair, M. Kerber revient sur les actes de la BCE, sur ses effets et sur leur signification politique au sein de l'Union européenne :

- prétextant qu'elle ferait tout pour limiter la crise financière, la BCE rachète au marché secondaire des "actifs publics pourris" qui circulent en Europe, diffusant ainsi à ces membres un risque commun au prorata des parts de capital détenues par les banques centrales qui sont ses associés. A cela s'ajoute l'apport des liquidités croissantes distribuées chaque mois aux banques commerciales des pays défaillants, pour entretenir leur commerce, avec l'Allemagne, notamment. Malgré tout cela, les marchés n'ont pas fait la paix avec l'euro ; c'est donc la preuve que le remède le soigne pas le mal souligne M. Kerber!

- la Banque centrale européenne dispose d'un pouvoir exorbitant: prévoyant une "défaillance du marché", elle peut décider de mesures qui accroissent à terme la pression fiscale dans les pays-membres ; ces "mauvais risques intoxiquent alors le marché financier" (sic) alors que ceux qui pilotent la BCE ne sont pas politiquement responsables de leurs actes. Cela crée une situation explosive : le moment n'est peut être pas éloigné où la dissidence des peuples qui supportent les conséquences des décisions qui leur sont imposées se fera entendre ! Prenant prétexte que ni l'intérêt des peuples ni les institutions des pays-membres ne peuvent éternellement être négligés, même sous le prétexte de contrecarrer un "échec du marché", Markus Kerber annonce la poursuite de son initiative pour tenter de faire juger la couverture de la dette grecque par la BCE comme incompatible avec la gruntsgesetz, règle fondamentale de la RFA ! L'économiste Marc de Scitivaux soutient que les populations européennes, embrigadées dans l'euroland, ne se laisseront pas tondre sans réagir : certes, la dévaluation d'une monnaie est un acte politique ; mais c'est aussi une facilité trompeuse, trop exploitée au cours des "trente glorieuses" dont le succès apparait, rétrospectivement, comme celui d'une croissance entretenue en vase clos, sans concurrence extérieure ni liberté de change. Cette période étant terminée, la recette passée, tant prisée par les milieux industriels français, risquerait simplement de créer de "faux droits" temporaires, une facilité trompeuse bien stigmatisée par Jacques Rueff...

Le professeur Guido Hulsmann, allemand enseignant à Angers, rappelle que, depuis le milieu du XIX° siècle, les Banques centrales n'ont jamais préservé les Etats contre les crises financières ; il note aussi que les plus grand intervenants sur les marchés financiers européens sont des organismes d'économie mixte, ce qui n'était pas le cas pendant très longtemps aux Etats-unis ; il souligne la très grande pauvreté des fonds propres des banques et leur intime cousinage avec le Trésor public ; il estime enfin que la RFA a finalement déféré en partie sa souveraineté monétaire à la BCE ce qui la met en contradiction avec sa propre règle interne de limiter la création monétaire !

(Notes rédigées par Jean-Pierre Chamoux)

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Troisième session

Intervention d'Alexander Funk, député CDU au Bundestag (interprète) (20'14)

Intervention de Christian Stoffaes (24'13)

Discussion : Alain Mathieu, Georges Lane, Jean-Pierre Gérard, Markus Kerber. (14'12)

Conclusion : Pierre Maillard, Ambassadeur de France.(16'58)

Trait.jpg Vous pouvez aussi écouter et télécharger la version complète de l'enregistrement audio (4h50', 208 Mo)