Le droit du sol est-il un droit de l'homme ?
Par Yves Egal le jeudi 23 décembre 2010, 18:50 - Article - Lien permanent
Débat sur l'immigration : ceci est le second volet de la réponse d'Yves Egal à l'article d'André Teissier du Cros "Pour l'immigration musulmane".

Laisser se constituer en Europe de fortes minorités obéissant à d'autres autorités que celles de la nation est un grand danger pour la cohésion sociale, qui est d'abord un sentiment d'appartenance à un même groupe solidaire.
Ne pas donner le même prénom à ses enfants, ne pas manger les mêmes choses ni s'habiller comme les autres, ne pas boire d'alcool lors de cérémonies festives, tous ces petits riens montrent ostensiblement qu'on se veut différent, qu'on refuse d'appartenir à un même monde.
C'est un communautarisme qui se crée en France bien que celle-ci en refuse théoriquement le principe. Ce communautarisme qui se renforce dans les nouvelles générations, de moins en moins confrontées à une vie commune avec les Français originels ou intégrés, mène tout droit à la libanisation, avec le risque réel de la guerre entre communautés.
La libanisation de la France ?
L'immigration n'est pas au centre des débats parce que les Français ne voient pas encore ce qui se passe dans les très nombreuses zones qui se ghettoïsent à toute vitesse. La Porte de Vincennes et toute une partie de l'Est parisien, toute la Seine St Denis, notamment St Denis et La Courneuve, tout l'Ouest de Nanterre et des pans entiers de l'Ile de France, de l'Est lyonnais etc. se vident des populations dites françaises de souche. Des quartiers sont entièrement nord-africains et de plus en plus africains (noirs, en langage "d'avant") : prendre le tram à La Courneuve ou se faufiler dans la gare de St Denis à 18h est une expérience instructive : plus de 90 % des voyageurs appartiennent à des minorités "visibles", c'est-à-dire sont nord-africains, africains (ou indiens). Certes, les DOMiens (Antille, Réunion, Guyane) ne sont pas d'origine étrangère, mais il y a aussi des immigrés d'Europe de l'Est dans les 10% "blancs", ce qui maintient un rapport de l'ordre de 90% de personnes d'origine étrangère.
Mais, hormis ces 10% non immigrés au milieu des ghettos auto-constitués de Seine-St Denis, qui voit ces foules sombres ? (bigarrées, dit-on en langage politiquement correct). La France profonde est épargnée et ne croit pas ceux qui commencent à s'affoler. D'autant plus que la "rétro-invasion" se fait lentement, par une arrivée légale dans les aéroports, et surtout par les enfants : ces quartiers ont vu débouler des immigrés, légaux ou illégaux, en nombre apparemment maitrisé, mais pendant des décennies, leurs femmes, invisibles dans la rue, ont fait des enfants, qui ont d'abord joué dans les "cités" où les journalistes n'allaient jamais, puis ceux-ci ont grandi et apparaissent soudainement au grand jour en nombre plus maitrisable du tout. 18% des jeunes de moins de 18 ans en Ile de France ont au moins un parent immigré (en général, les deux, vu les faibles habitudes de mixité des immigrés de première génération), sans compter ceux qui ont pour parents des enfants d'immigrés, donc français par le droit du sol, mais pas vraiment intégrés (au sens de Malika Sorel). Avec les 11% d'immigrés actuellement comptabilisés en France, c'est donc plus de 30 % des adultes de 2030 qui seront descendants d'immigrés avec une très faible intégration (parlant la langue et pratiquant la religion d'un autre continent). En Allemagne, où les Allemandes font très peu d'enfants, les Turcs et autres immigrants sont déjà 28% dans les moins de 18 ans. Les "ethniquement non-allemands" seront plus de 40 % en 2030 chez les adultes, alors que le droit du sol n'a été instauré par Schroeder qu'en 2000, il y a dix ans !
Arrêterons-nous l'immigration arabe et africaine ?
Cela parait presqu'impossible aujourd'hui tant notre droit nous enferme à tous les niveaux : interdiction de soulever le problème de l'immigration par peur de sanctions judiciaires réelles par un arsenal de loi fondées sur une définition tellement large du racisme que simplement soulever l'idée de limiter l'immigration peut être considéré comme incitation à la haine raciale, interdiction de faire le moindre comptage ethnique ("Les yeux grand fermés" de Michèle Tribalat), interdiction de vérifier les origines et paternités des immigrés illégaux par ADN (ou droit de tricher sans le moindre risque), limitation de la rétention avant expulsion, en même temps que droit illimité à l'allongement des durées de recours, interdiction des renvois groupés par charter (inscrit dans on ne sait quelle promesse européenne), interdiction d'arrêter les enfants de "sans-papiers" (d'immigrants illégaux, en français) sous peine de scandale médiatique d'une radiotélévision systématiquement aux ordres de l'extrême gauche (et scandalisée que le Président nomme son directeur… qui ne fait rien !).
Le dernier piège dans lequel s'est jetée la droite a été la Charte des droits fondamentaux : réclamée par personne, introduite sans raison ni explication dans le traité constitutionnel européen (par Giscard ?), qui sera rejeté par Français et Néerlandais, réintroduite dans le traité qui sera finalement établi entre pays européens sans referendum. Cette charte, demandée et voulue par personne, nous est renvoyée à la figure aujourd'hui dans l'impossible traitement de la question rom. Il y a, à l'échelon national ou européen, des tas de juristes retords qui font signer en catimini des tas d'engagements qui concourent tous à interdire toute limitation de l'immigration, et nous avons signé tellement de ces textes qu'il faudra des années avant de pouvoir rétablir notre pouvoir souverain sur cette question. . Mais nous y arriverons obligatoirement Car la question de l'identité est prioritaire sur toutes les autres, même sur la croissance et le paiement de nos retraites ! Aucun peuple n'admettra de se laisser submerger par des cultures allogènes, surtout si elles sont violentes comme l'islam. Quelle que soit la croissance économique et la solution au problème des retraites, la France, l'Allemagne et tous les autres pays européens en viendront inéluctablement à un arrêt total de l'immigration, et plus on attendra, plus cet arrêt sera brutal, tout simplement parce qu'il ne peut en être autrement. Même au prix d'un appauvrissement important : les Russes, qui décroissent en nombre, ne demandent nullement un recours à l'immigration, ni les Japonais, qui vieillissent sûrement, mais chez qui l'économie stagnante depuis 20 ans n'est pas synonyme de grand malheur : leur chômage reste faible (5%) et leur espérance de vie continue à augmenter au même rythme que dans des pays "plus florissants. L'appauvrissement apparaitra toujours comme un pis-aller par rapport à l'abandon de son pays à d'autres peuples.
Seule manière d'agir : supprimer le droit du sol
Sachant que la majorité des nouveaux Français le deviennent par le droit du sol, limiter l'immigration pourrait consister à refuser la nationalité française aux trop nombreux enfants nés de parents étrangers, les obligeant ainsi à se contenter de la nationalité qu'ils recevraient de leur pays d'origine par le droit du sang.
Mais pour beaucoup, il parait immoral de refuser le droit du sol, oubliant que la citoyenneté française n'est pas un droit de l'Homme. Pourtant ce droit a plutôt été un devoir à l'origine, lors de la Révolution. Les Français n'admettaient pas que les étrangers s'exonèrent du devoir de défendre militairement la nation, sous prétexte qu'ils n'étaient pas français, même s'ils étaient en France depuis plusieurs générations. D'où l'exigence de considérer comme français toute personne née sur le sol français et de l'envoyer se battre avec les autres ! Ironie de l'Histoire : aujourd'hui des Français ne demandent même pas à des Afghans de se battre pour leur propre pays et voudraient les faire français pour qu'ils ne se battent pas. Le contraire de 1789 ! .
Le droit du sol est-il un droit naturel ?
Ce droit est-il un droit naturel, issu de l'observation des droits qui s'imposent naturellement à toutes les sociétés humaines (droits de l'homme et du citoyen de 1789), ou un droit positif, c'est-à-dire inventé par des hommes pour les raisons les plus diverses ? Cela peut aller de la croyance sincère en sa nécessité (droit à la sécurité sociale, droits économiques, sociaux et culturels dans la déclaration universelle de 1948) au simple calcul politique (droit de grève dans la Constitution française, outil de l'existence politique du PCF) ? Contrairement au droit du sang, le droit du sol n'a aucun fondement naturel, c'est-à-dire qu'il ne vient pas à l'esprit spontanément et les peuples d'accueil n'y sont pas majoritairement favorables, sauf après de longues campagnes en sa faveur, comme en France, où les opposants à ce droit artificiel n'ont jamais eu la moindre opportunité médiatique de s'exprimer.
A l'opposé, tous les peuples approuvent le droit du sang au moins pour la première génération expatriée : tous les pays donnent leur nationalité aux enfants nés à l'étranger de parents nationaux. Tous ceux qui bénéficient du droit du sol en France bénéficient donc de la nationalité française en plus de celle du pays de leurs parents : ils sont algériens, marocains, zaïrois par leurs parents ou le redeviendraient immédiatement dès leur retour au pays s'ils se trouvaient sans autre nationalité.
Il n'y a donc aucune nécessité humaine, humanitaire ou morale à leur donner un "droit du sol". Israël, dont les habitants ont payé pour connaitre ce que sont des menaces contre les droits de l'homme, mais qui, avec 7 millions d'habitants, a un risque mortel de se voir submergé par une immigration mal contrôlée, a une politique drastique en droit du sol : il faut être de confession juive pour acquérir la nationalité, mais, pour éviter tout risque, les immigrantes non juives n'ont que des contrats à durée limitée et se voient rompre immédiatement leur contrat dès qu'elles sont enceintes. On évite ainsi les naissances pour éviter tout risque de revendication intempestive de droit du sol par la suite ! Si Israël le fait, peut-on encore laisser entendre que s'opposer au droit du sol serait xénophobe ou raciste ?
Et aux Etats-Unis ?
En Amérique du Nord, le problème diffère sur deux points essentiels :
- la terre a été "volée" aux Indiens, certes il y a déjà longtemps, mais les actuels Américains qui ont bénéficié de ces terres peuvent avoir des scrupules à empêcher d'autres d'exercer le même droit à l'immigration : au fond, les Américains d'aujourd'hui se savent pas vraiment chez eux, mais plutôt sur une terre appartenant au monde entier,
- leurs immigrants latinos s'intègrent plutôt bien, avec le seul risque de faire passer les Etats-Unis de l'état de pays protestant à celui de repaire de papistes, ce qui n'est pas vraiment une révolution culturelle !
Le vent tourne
Ce n'est pas un hasard si c'est la Suisse, la seule démocratie réellement populaire au monde, qui a soumis à referendum des questions sur l'identité nationale et l'immigration. Le oui à la votation sur l'interdiction des minarets en 2009 et le nouveau oui à l'expulsion automatique des étrangers délinquants, en novembre 2010, recueillent un soutien important des Français, comme si les esprits étaient en train de changer et que le tabou de la limitation de l'immigration s'estompait.
On a vu un chercheur en sociologie (Hugues Lagrange) rédiger une thèse montrant que les enfants des immigrés de l'Afrique sahélienne étaient deux fois plus délinquants que les autres, y compris par rapport aux enfants d'immigrés de l'Afrique "de la forêt", notamment du fait de la polygamie et des graves défauts d'éducation qu'elle induisait.
On voit surtout le débat sur l'immigration s'inviter lors des élections, et les partis de droite ou d'extrême droite progresser dans toute l'Europe. Certains partis, comme celui de Geert Wilders aux Pays-Bas, sont nés de cette question et ne se positionnent d'ailleurs pas spécialement à droite.
Est-ce un signe que toute la société serait prête à discuter d'identité nationale, même à gauche? Pas encore en France, où les "remplacistes", ceux qui préfèrent voir le peuple français remplacé par des Africains, noirs ou "arabes", plutôt que de risquer d'être taxés de racisme, ne se laisseront pas faire. Tant de lois et de mentalités sont à changer pour supprimer le droit du sol, que beaucoup de nos "immigrés qui se considèrent comme français" auront le temps d'aller chercher une épouse en Algérie ou au Sénégal ou reviendront avec un fils caché du Congo-Zaïre ou une sœur sans papiers du Cap-Vert, qui fera vite un enfant en France et sera aussitôt inexpulsable puisque mère d'un futur Français ! Et toutes les Comores auront bien le temps aussi de débarquer à Mayotte pour y accoucher dans la plus prolifique maternité de France.
"La France, c'est généreux !" disait De Gaulle, en comptant sur l'argent du contribuable, comme tous les politiciens, fussent-ils les plus grands, et surtout après avoir institué un curieux droit du sol rétroactif : après l'indépendance algérienne en 1962, les Algériens nés avant cette date avaient de droit de devenir français parce que nés sur un territoire alors français ! Les Algériens considéraient que ces mêmes personnes étaient nées en Algérie, donc algériennes. La logique aurait été d'organiser une gigantesque cérémonie de naturalisation pour transformer ces Algériens nés Français (et qui n'avaient pas eu la chance de bénéficier d'un droit du sol algérien, faute de sol algérien) en Algériens pour de bon ! Quelle preuve de l'absurdité du droit du sol et du fait que quand on part de rien c'est un droit du sang qui s'applique. Mais cette expression est trompeuse : il s'agit d'un droit ethnique au sens de culture, sans regarder les gènes : est français celui qui a les mœurs, la langue et la culture française, toutes choses qui se transmettent de père en fils… comme les gènes. En 1962, étaient algériens tous ceux qui avaient la langue, la religion et les mœurs des Algériens. C'était évident pour tous. Seuls quelques Français de quelques bureaux parisiens ont pu avoir une autre idée (qui n'avait rien à voir avec le problème des harkis).
C'est aussi la preuve qu'on agit depuis trop longtemps sans débattre de ces questions.

Yves Egal est ingénieur-conseil en écologie urbaine et développement durable.
Commentaires
Deuxième article et même ton, pessimiste et teinté de haine envers les "immigrés". L'auteur est suffisamment ignorant des notions juridiques, c'est en tout cas ce qui se manifeste au fil de la lecture. Il prétend que le "droit du sang" est un droit naturel alors que le "droit du sol" n'en est pas un. Or, cette affirmation est non seulement hasardeuse mais infondée.
Ce droit du sang est juste une fiction de rattachement d'un individu dans une nation. Or, le concept de nation n'est pas si naturel qu'on le prétend. Et surtout l'étatisation de la nation. Des dilettantes de la politique et du droit croient que tout est aussi facile comme ils se l'imaginent de prime abord (surtout lorsqu'ils ne maîtrisent pas le sujet et le domaine). Etant juriste de formation, j'ai sauté en hurlant lors de la lecture de certains passages, surtout ceux qui évoquent la Révolution de 1789.
L'auteur devrait lire par exemple "Qu'est-ce qu'une nation ?" de E. Renan pour comprendre ce qu'elle est véritablement. La lecture de "Libéralisme" de Salin est aussi claire et enrichissante sur la question.
Ce qui est étrange, c'est de faire la publicité sur un site "libéral" des idées dangereuses qui sont diamétralement opposées à cette doctrine.
Suis je bien sur un site liberal ? Je partage de maniere generale les interventions des uns et des autres et je voudrai saluer le travail d'henry Lepage (et de Francois Guillaumat en maitre realisateur), mais ce type d article jette le doute sur la confusion qui peut exister (dans l'opinion publique) entre la droite conservatrice et le liberalisme. Le liberalisme c est dabord une approche individualiste et reduire un individu a son appartenance ethnique est une erreure. Donc cet article est une enigme pour moi et devrait plus figurer sur le site de l UMP que de l institut Turgo. Pour moi la question de l immigration est de savoir si elle peut etre une politique pilotee par l'etats. Une conference de Pacal Salin au cafe de Flore resume tres bien la problematique mais en nul cas il n est question de savoir si l'immigration noir musulmane ou norvegienne est la source du problemes. Est ce que les francais sont proprietaires de la France ? Peut on m obliger a ne pas inviter un noir ou musulman sous pretexte d'une politique d'immigration ? Au final la politique du logement et des aides sociales est certainement responsable de ces tensions, et une immigration d'individus dans un cadre claire de droit de propriete ne poserait aucune problematique (quels soient d afrique ou dailleurs). En esperant lire un article marxiste sur ce site pour equilibrer les points de vues, article que j aurais de la meme maniere plaisir a critiquer sous une approche liberale ....
Etre libéral ne veut pas dire que l´on soit libéral sur tout.....Je pense que l´on peut être libéral sur le plan économique et ultraconservateur, ultraréactionnaire sur le sujet de l´immigration.
Oui, on peut tout ... même être incohérent. (et ce n'est pas un libéral qui le contestera...)
Merci, amis, pour vos commentaires et critiques que j'assume pleinement.
Moi-même, comme vous le savez, je ne partage pas du tout les idées et opinions qui sont exprimées dans cet article. Je suis totalement de l'avis de JLer pour conseiller la lecture des écrits et conférences de Pascal Salin dont je partage pleinement la problématique. Il est incontestablement le meilleur sur ce sujet.
Mais il faut que vous sachiez que ceux qui tiennent un discours aussi ouvert et raisonné sont très minoritaires parmi les libéraux, même parmi les habitués des réunions de l'Institut Turgot. L'expérience me montre qu'une majorité n'est pas loin de partager, d'une façon ou d'une autre, les points de vue exprimés par l'auteur de cet article. Il s'agit d'un problème sur lequel, il faut le reconnaître, nous sommes profondément divisés.
Faut-il donc ne jamais en parler ? Faut-il jouer les Ayatollahs et censurer systématiquement ce qui, effectivement, relève d'une pensée que je ne partage pas ? Je ne le pense pas.
Il y a incontestablement un véritable problème, et nous devons essayer sinon de le résoudre, du moins de l'aborder par le dialogue, un dialogue entre nous, entre tous ceux qui affichent des idées libérales mais ne se retrouvent pas sur ce terrain.
Les commentaires sont là pour y contribuer, pour autant qu'ils contribuent à une réelle discussion et ne se contentent pas de jeter des anathèmes ou d'exprimer des exclusions.
C'est aussi la raison pour laquelle j'envisage de lancer, au sein de l'Institut Turgot, un cycle de réunions et de discussions sur le problème de l'immigration, de l'Islam et des libertés. Ces réunions resteront privées (sur invitation) et auront pour objectif de structurer un véritable débat qui pourra ultérieurement déboucher sur l'organisation d'un grand colloque. Si vous désirez y apporter votre contribution par la voie d'échanges francs et sincères, n'hésitez pas à nous le faire savoir.
Henri Lepage
infoturgot@gmail.com
Merci Hlepage. En effet la meilleure maniere est d'en parler et pas de sensurer. Merci egalement d avoir poster un texte qui pose bien le probleme et focalise sur la vrai problematique : L etat providence. Donc pas de position Ayatollesque dans mon propos, juste une certaine vigilence a ce que le message liberale (tel que je l entend) ne soit pas diluer dans une vision conservatrice. Une des forces du liberalisme est sa coherence et savoir si les regles qui en decoulent sont generalisables (en les poussant meme parfois a leurs extremes)... En esperant hlepage que vous ayez tort sur la vision de la majorite des liberaux que tu evoques, et en esperant si c est vrai qu ils changeront d avis apres ce seminaire.
@Jler
Merci, je suis tout à fait d'accord, à 100%, avec vous. L'une des forces de la pensée libérale est sa cohérence, et il ne faut pas hésiter à la pousser parfois à ses extrêmes, sans perdre de vue toutefois l'extrême complexité de la réalité de notre environnement et rester ouvert à toutes les opinions - souvent de caractère essentiellement émotionnel - qui s'expriment parmi nous.
La véritable problématique du problème de l'immigration, ce n'est pas seulement celle de l'état-providence, c'est aussi et surtout celle de la propriété - comme vous le faites justement remarquer. Le site reviendra prochainement sur cette question.
Je voulais croire que le libéralisme n'était pas une idéologie (cf : "Le libéralisme n'a jamais été une idéologie, j'entends n'est pas une théorie se fondant sur des concepts antérieurs à toute expérience, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l'action. Ce n'est qu'un ensemble d'observations, portant sur des faits qui se sont déjà produits. Les idées générales qui en découlent constituent non pas une doctrine globale et définitive, aspirant à devenir le moule de la totalité du réel, mais une série d'hypothèses interprétatives concernant des événements qui se sont effectivement déroulés."
Jean-François Revel La grande parade page 63)
Il me faut déchanter. Ce qui me semble dominer les commentaires ci-dessus (particulièrement ceux de Jler) c'est un déductivisme à partir d'une théorie indifférente à la réalité. Oui l'ETAT français n'est pas propriétaire de la France, mais les français (passés, présents et à venir) si. Oui vous avez le droit d'inviter qui vous voulez, mais chez vous et à VOTRE charge et responsabilité. M. Salin, d'ailleurs, sur ce point, ne me semble pas dire autre chose.
L'immigration à laquelle nous sommes confrontés ne peut se réduire à de simples relations entre des individus abstraits et équivalents ou à un calcul coûts-avantages.
Elle est aussi, et peut-être d'abord aujourd'hui, un conflit de civilisation.
Ce que j'observe m'incite à la prudence et à ne pas désirer sacrifier ma liberté (plus encore celle de mes enfants et petits enfants) à la pureté et à la cohérence de la "doctrine" libérale.
@ Sema
Le sentiment d'appartenance à une nation n'est pas une fiction. Même si l'objet de ce sentiment est une simple croyance, elle est suffisamment forte (on peut mourir pour sa nation) pour constituer un lien qui définit le groupe. En Yougoslavie, on avait beau dire aux Croates qu'ils parlaient la même langue que les Serbes et avaient peuplé la région à la même époque, ils refusaient le mélange dans un seul pays et ont fait la guerre pour leur indépendance.
Outre le texte de la conférence du 11 mars 1882 de Renan, il faut lire "De la nation et du "peuple juif" chez Renan" par Shlomo Sand, qui raconte la génèse de cette conférence et des doutes de Renan sur ses affirmations.
Car le plébiscite de tous les jours était une formule plaisante mais pas fondée sur l'observation de ce que pensaient réellement les membres de la nation française. De nos jours, un sociologue ne pourrait faire une telle affirmation sans une lourde enquête de terrain avec analyse des réponses à un questionnaire.
De plus, Renan a sans doute été influencé par la perte récente de l'Alsace-Lorraine. S'il a mis en avant la citoyenneté basée sur des valeurs, par opposition à une conception dite "ethnique" de la nation, qui aurait eu cours outre-Rhin, c'est sans doute par crainte de voir lui échapper ses citoyens les moins ethniquement français, Alsaciens et Lorrains en tête. L'homogénéité linguistique, et donc ethnique, de la France n'ayant pas été parfaite jusqu'au milieu du XXe siècle, il fallut bien inventer un lien légitimant la nation française. Les "valeurs" avaient l'avantage de ratisser plus large que la race ou la langue.
En mettant dans sa définition des termes comme "désir" et "affirmation", il a pu laisser penser que la nation était une question de choix, de volonté, conforme au principe de l'individualisme méthodologique.
Cette approche a eu évidemment un grand attrait pour les peuples en quête de nation d'accueil. Les juifs, rejetés par les religions de l'Europe et, par voie de conséquence, par les Etats qui se prévalaient de ces religions, ont saisi naturellement cette porte ouverte. Enfin, ne seraient-ils plus définis par leur seule religion ! On leur proposait enfin de s'unir dans une même nation avec ceux qu'ils côtoyaient tous les jours! D'où l'intérêt de beaucoup de leurs intellectuels pour cette définition volontariste, de la même manière que les Alsaciens ont aimé invoquer un choix sur des valeurs, qui leur permettait de ne pas être allemands!
Mais cette lecture de la nation choisie oublie tous les éléments non choisis, qui font qu'on n'est d'une nation parce qu'on nait dans cette nation: les gènes des parents, la langue des parents et la religion des parents. L'opposition entre sang et sol, entre non choix et choix, est factice, car avec le sang des parents arrive, immédiatement après, la culture des mêmes parents (langue et religion).
En fait, ce qu'on appelle le "sang" est un mélange indéterminé de gènes et de culture. Hérédité génétique et héritage culturel, nature et culture, sont transmis par le même vecteur, qui ne laisse quasiment pas de choix.
En revenant sur le tabou de l'immigration inéluctable, bonne et nécessaire, présent dans les idées dominantes depuis plus de 60 ans, et pris pour argent comptant par moi-même jusqu'à un âge avancé, j'ai vraiment l'impression d'être un bousculeur d'opinions, le contraire d'un conservateur. Si, comme je le pense, ces idées sont appelées à se répandre, j'aurais été, avec d'autres comme Malika Sorel et Claude Lévi-Strauss, un précurseur, certes modeste, mais bien entouré !
Notez que si le Front National s'est toujours opposé à l'immigration, c'est par principe ou par haine de l'immigré d'Afrique du Nord, alors qu'en bon libéral, je suis favorable aux échanges entre peuples, en ayant largement profité au cours de mes dix ans d'expatriation. Je suis, bien sûr, favorable aux mariages interraciaux, seule façon d'intégrer nos immigrés, et les exemples sont nombreux dans ma famille.
Il faut être très clair : ce qui pose problème c'est le risque de submersion par l'immigration de masse et non l'immigration en tant que telle, qui est bonne pour des tas de raisons . Mais même les bonnes choses ont une limite !