Compte épargne santé : le modèle singapourien
Par Guillaume Vuillemey le lundi 30 août 2010, 11:17 - Article - Lien permanent
Guillaume Vuillemey vient de passer plusieurs mois en stage à Singapour. Connaissant notre intérêt pour la formule des "comptes d'épargne santé" en tant qu'élément de base nécessaire à une future réforme des systèmes de santé, il en a ramené ce billet.

Singapour, cité-État d'environ 5 millions d'habitants, brille par les performances de son système de santé. Les dépenses y sont modérées (3,5% du PIB contre 11,1% en France) tandis que l'espérance de vie y est parmi les plus élevées de la planète (78 à 83 ans selon le sexe, contre 77 à 84 en France et 75 à 80 aux États-Unis). La densité médicale y est faible, mais le pays ne connait pas de pénurie de soins : il accueille chaque année 400 000 patients étrangers, venus d'Asie ou d'Océanie. Le portrait laisse rêveur
Le compte épargne santé a été introduit en 1984. Des projets d'assurance santé nationale ont alors été étudiés, puis rejetés sur la base d'expériences étrangères : trop peu d'incitations des prestataires de soins à être efficaces, trop grande déresponsabilisation des patients. Depuis le système est structuré autour des « 3M ».
Medifund et Medishield sont deux mécanismes d'assurance sociale, le premier garantissant un accès aux soins aux patients qui ne peuvent payer leurs traitements (10% environ), le second couvrant les maladies très graves ou rares dont les coûts dépassent ce qu'un individu peut payer seul. Outre cela, un compte épargne santé, Medisave, est au cœur du système.
Chaque individu doit épargner chaque mois une somme représentant 6 à 8% de son salaire. Les versements sont capitalisés et rapportent un intérêt annuel. Les comptes Medisave peuvent être utilisés pour s'acquitter des dépenses hospitalières, des frais chirurgicaux ou des consultations généralistes d'un patient ou de sa famille proche. Certaines limites sont placées à l'usage des fonds : pour payer les honoraires d'un médecin, le compte individuel ne peut être utilisé au-delà d'un certain seuil, correspondant généralement aux prix pratiqués dans les hôpitaux publics. Les patients demeurent libres d'accéder à des hôpitaux ou des cliniques privées, dont les tarifs sont dérégulés et qui peuvent exiger des paiements complémentaires.
Qu'ils passent par les systèmes publics (20% des soins primaires, 80% des soins hospitaliers) ou privés, les patients participent largement aux frais engagés. Il en est de même pour les médicaments. Dès lors, la sur-consommation est évitée et les comportements responsables encouragés. Il y a par exemple très peu d'obésité à Singapour. Tout est également fait pour renforcer les incitations à offrir des soins de qualité et bon marché. Depuis 2002, les soins publics sont scindés en deux réseaux qui se font concurrence et dont les performances sont publiques.
Le succès de Singapour est d'avoir séparé les fonctions d'assurance et de solidarité. Les décisions ont été transférées des assureurs ou des fonctionnaires vers les patients et les médecins. Cependant, le pays doit aussi faire face aux coûts croissants liés au vieillissement de sa population. En septembre, les cotisations santé augmenteront de 0,5%. Malgré cela, elles demeureront largement inférieures à celles qui prévalent en France ou ailleurs en Europe. Et le bon rapport qualité-prix offert par le compte Médisave s'accompagne d'un autre avantage : l'épargne abondante qui y est accumulée sert à financer l'économie. Rien de tel dans un système national d'assurance santé.
Guillaume Vuillemey est chercheur associé à l'Institut Turgot. Une première version de ce texte a été publiée, à la demande du Dr Alphonse Crespo, dans Le Courrier du Médecin Vaudois, en Juillet.
Commentaires
Il y aurait beaucoup de choses à ajouter sur Singapour.
Dans d'autres domaines ce pays fait des choses intéressantes dont on devrait s'inspirer. Dans le logement par exemple, avec le "Housing and Development Board", ou le traitement des étrangers en situation irrégulière, et plus généralement le respect des lois.