Alerte : vers une crise de liquidité internationale massive...
Par Charles Gave le lundi 27 juin 2011, 15:53 - Article - Lien permanent
Depuis 1972 (date où les changes ont commencé à flotter), le commerce mondial s’est développé trois fois plus vite que les richesses nationales (PNB).
Il ne peut pas y avoir de croissance économique sans que quelqu’un ne fournisse de la liquidité.
Dans les économies nationales, c’est le rôle de la Banque Centrale. Dans l’économie internationale, il n’y a pas de banque centrale, ce qui amène immédiatement a se poser la question : d’où vient l’argent qui a permis cette croissance ? Il est curieux qu’apparemment personne ne se pose cette question, alors que tout le monde passe son temps à étudier ce que font la BCE, la Fed ou la Banque de Chine.
Le dollar est la monnaie de réserve du monde, ce qui veut dire que les USA n’ont pas de contrainte de commerce extérieur. En d’autres termes, s’ils ont des déficits extérieurs, ils peuvent les solder en payant avec leur propre monnaie. C’est le « privilège impérial » de la puissance dominante. Donc quand ils ont un déficit extérieur, des dollars apparaissent à l’extérieur des USA pour se retrouver dans les comptes de ceux qui les ont gagné, c'est-à-dire les sociétés du secteur privé à l’extérieur des USA.
Dans un monde sans contrôle des changes, ces dernières peuvent les garder pour satisfaire leurs besoins de roulements, les vendre à d’autres sociétés du secteur privé, ou les vendre à leur propre banque centrale contre de la monnaie locale. Dans ce dernier cas, les réserves de change de la dite banque centrale augmente.
En termes simples, cela veut dire que la liquidité nécessaire à la croissance du commerce internationale est fournie par le déficit de la balance des comptes courants américains. S’il n’y a pas assez de dollars, le taux de change du dollar monte et, deux ans plus tard, les déficits extérieurs se creusent. S’il y a en a trop, les réserves de change augmentent dans le monde entier et le dollar baisse, jusqu'à ce que la baisse du dollar soit suffisante pour que les comptes US s’améliorent et que le système se renverse - le plus souvent au milieu d’une crise de liquidités internationales, marquée par de nombreuses faillites de banques et d’Etats qui avaient eu la mauvaise idée de s’endetter en dollar (Amérique Latine dans les années 80, Asie à la fin des années 90).
Pour résumer, si les comptes extérieurs US s’améliorent, tout se passe comme si nous avions une restriction monétaire, rarement propice a une hausse des marchés, le contraire étant bien sur vrai. Quand la crise de liquidités devient aigue, les intervenants endettés DOIVENT s’adresser à leur banque centrale pour obtenir des dollars, qui leur en fournit à partir de ses réserves qui du coup se mettent à baisser, signe certain que nous sommes en crise.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Hors les pays producteurs de pétrole et la Chine (qui facturent tout leur commerce en dollars US), les USA ont un excédent des comptes courants vis-à-vis du reste du monde. Ce qui veut donc dire que le reste du monde ne gagne plus les dollars dont pourtant ils ont besoin pour servir leurs dettes extérieures - notamment pour payer leur pétrole, solder leur déficit avec la Chine etc.…
Comme ils ne peuvent plus les gagner, ils les empruntent : les banques européennes ont émis pour 1100 milliards de dollars de papier commercial aux USA, achetés par les fonds de trésorerie locaux; ce qui revient à dire que l’EUROPE a accumulé une position à découvert égale à deux fois le déficit extérieur total annuel Américain… OOPS !
Parallèlement, les réserves de change déposées à la Fed pour le compte de banques centrales étrangères sont en baisse sur les six derniers mois pour la première fois depuis 1999 - ce qui est le signe que nous sommes entrés en crise de liquidités.
Financer des déficits extérieurs ou budgétaires va donc devenir quasiment impossible, surtout si ces déficits ont été creusés dans une monnaie qui ne peut pas être imprimée par la banque centrale locale (ce qui est le cas de tous les pays de la zon!!e Euro), et toutes les sociétés industrielles ou commerciales en cash flow négatifs vont aller au tapis.
Les pays vulnérables sont dans l’ordre : la Grèce, l’Irlande, la Biélorussie, le Portugal, l’Espagne, la France, la Turquie, l’Inde …
Les pays qui devraient souffrir le moins sont Singapour, la Suisse, l’Allemagne, la Hollande, la Norvège, la Malaisie, Hong-Kong
Pour l’investisseur, il faut donc continuer à éviter partout toutes les valeurs financières, ne détenir que des actions à cash flow positifs dans des pays à cash flow positifs et, bien sùr, acheter massivement des « calls » à deux ans sur le dollar aux alentours de 1.25 dollar par euro.
En effet, dans des circonstances similaires, au cours des années 80 et dans les années 90, le dollar à chaque fois avait quasiment doublé. Il n’est pas inutile de vérifier que sa ceinture est bien attachée ! L’atterrissage va se faire sur le ventre...

P-S :
Cette crise de liquidités peut être interrompue net si la Fed accorde des swaps aux banques centrales des pays qui se sont endettés en dolllar. C'est ce qu'elle vient de faire après la rédaction de cet article dans la nuit de mardi a mercredi (Un swap entre banque centrale veut dire que la fed ouvre une ligne de crédit illimite a la BCE par exemple, la BCE endossant tous les risques aussi bien de change que de contrepartie)
Cela veut donc dire que le dollar va rester invraisemblablement competitif et qu' une fois de plus la Fed est prête a tout pour empêcher les marchés de procéder aux ajustements nécessaires.
Il s'agit d'une subvention énorme offerte aux sociétes US, au détriment des sociétes en dehors des USA J'y reviendrai dans mon prochain papier
Commentaires
Des faits plutôt que des fantasmes !
Le dollar représente environ 62% des réserves de change mondiales, l'euro environ 27%. Toutes monnaies confondues, la Chine en détient 29%, le Japon 11%, l'Opep 10%, la Russie 5% (valeurs pour 2010).
Exportations de biens et services de la zone euro au premier trimestre 2011 : 1016 milliards (+3,9%, dont +1,8% en volume). Importations : 995 milliards (+5,3%, dont +1,9% en volume).
PIB de la zone euro au premier trimestre 2011 : +3,7% en valeur, +2,5% en volume, en rythme annualisé.
La situation n'est pas aussi caricaturale qu'on veut bien le présenter. "L'économie mondialisée", ce ne sont pas que des mots. Si l’atterrissage doit se faire sur le ventre, ce sera le cas pour tout le monde et au même moment. Le lien de dépendance mutuelle des grandes zones économiques est le facteur essentiel à retenir pour faire de bonnes anticipations.
@bubulle
"Si l’atterrissage doit se faire sur le ventre, ce sera le cas pour tout le monde et au même moment."
Pour tout le monde, peut-être, mais pas à un même degré et pas forcément au même moment. Charles Gave ne dit pas le contraire. Simplement, que les économies seront diversement touchées selon leur niveau d'endettement.
CG fonde son raisonnement sur l'impérialisme historique du dollar, sous-entendant que les américains utilisent le dollar comme une arme contre l'euro. Mais c'est un raisonnement dépassé, qui ne tient pas compte de la mondialisation des années 1990 et 2000. La dette européenne est détenue à 60% hors zone euro : c'est donc leur problème. L'Europe, c'est environ 50% du commerce mondial et c'est surtout la zone commerciale la plus ouverte au monde : c'est leur problème. Si la zone euro s'effondre, c'est le commerce mondial qui s'effondre : c'est leur problème.
Ceux qui vont "acheter massivement des calls à deux ans sur le dollar aux alentours de 1.25 dollar par euro" y laisseront leur chemise.
Je trouve que le système monétaire international que vous présentez assez "idéal" ; si le dollar permettait une telle (hégémonique) régulation y aurait-il tous les problèmes de déficits, sous/sur-évaluations? J'ai l'impression que vous occultez l'impact du facteur psychologique dans le cours des monnaies. Peu importe la quantité réelle de dollars en circulation, c'est l'appréhension, la conscience (ou l'inconscience, comme actuellement) que les marchés ont de cette quantité qui fixe le cours des monnaies.
Les chinois et les russes avaient demandé à ce que leurs monnaies respectives soient plus impliquées dans les échanges internationaux, c’est surement une piste à suivre pour mutualiser les risques du tout dollar.
Bibulle, votre critique est intéressante. Quand Gave écrit dans son style inimitable "bien sùr, il faut acheter massivement des « calls » à deux ans sur le dollar aux alentours de 1.25 dollar par euro" (il n'y a que des évidences dans le monde merveilleux de Gave) vous le contestez en demandant de prendre en compote l'interdépendance économique mondiale. Fort bien, et fort juste sans doute, mais concrètement, aux investisseurs, vous conseillez quoi ?
Etats-Unis : en faillite, le gouvernement du Minnesota cesse ses activités.
Faute de pouvoir équilibrer son budget, comme le lui ordonne la Constitution, l'État américain du Minnesota a été forcé de fermer la plupart des services publics. Peuplé de 5,3 millions d’habitants et grand comme la moitié de la France, le Minnesota présente un trou de 5 milliards de dollars dans ses caisses.
Triste week-end de fête – celle de l’Indépendance américaine lundi 4 juillet 2011 – pour les habitants du Minnesota. Les parcs nationaux, les musées et le zoo sont fermés, ainsi que les aires de repos sur les autoroutes. Impossible aussi de pêcher dans les lacs de l’Etat, les services délivrant les permis étant fermés.
En faillite, le gouvernement a dû mettre la clé sous la porte, renvoyant chez eux 22 000 fonctionnaires, et suspendant les activités de la majorité des services publics. Avant de rouvrir, ceux-ci devront attendre la fin de la bataille entre le gouverneur démocrate et la législature républicaine.
Le Minnesota est en faillite : il a un trou de 5 milliards de dollars dans son budget. Or au 1er juillet 2011, date du nouvel exercice fiscal, l’État devait – selon sa Constitution – avoir comblé son déficit. Pour ce faire, le gouverneur Mark Dayton voulait augmenter les impôts des riches, et les républicains voulaient couper les dépenses publiques. C’est le même débat qui se tient en ce moment au niveau national entre Obama et les élus républicains du Congrès. Personne ne voulant céder, Mark Dayton a décidé de mettre le gouvernement à l'arrêt, comptant sur le mécontentement populaire pour forcer les républicains à accepter une augmentation des impôts pour les plus aisés.
Mardi 5 juillet 2011 :
L'agence de notation Moody's a dégradé mardi de quatre crans la note du Portugal, de "Baa1" à "Ba2", et envisage de l'abaisser encore à court terme, estimant notamment que le pays pourrait avoir besoin d'un deuxième plan d'aide avant de pouvoir emprunter de nouveau sur les marchés.
Moody's s'inquiète également du fait que le Portugal ne parvienne pas à tenir les engagements en matière de réduction de son déficit qu'il a pris envers l'Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Emprunt à 3 mois :
Quand l’Allemagne ou la France lancent un emprunt à 3 mois, elles doivent payer un taux d’intérêt d’environ 1 %.
Et le Portugal ?
Mercredi 6 juillet 2011, le Portugal a lancé un emprunt à 3 mois : le Portugal a dû payer un taux d’intérêt de … 4,926 % !
Les taux sont en hausse : c’était 4,863 % lors de la précédente émission le 15 juin 2011.
Plus les jours passent, plus le Portugal emprunte à des taux de plus en plus exorbitants.
Plus les jours passent, plus le Portugal se rapproche du défaut de paiement.
@Drieu. Désolé pour cette réponse tardive, je n'avais pas repéré votre message.
Si l'euro devait s'effondrer, alors une grande partie du commerce mondial s'effondrerait et près d'1/3 des réserves mondiales de change s'évaporeraient. Ne pas oublier que si la catastrophe devait se produire, tous les actifs sans exception perdraient leur valeur, y compris l'or, puisque le propre d'une catastrophe est de détruire les échelles de valeur. Il n'y a aucun moyen de se protéger d'une catastrophe : ceux qui pensent le contraire s'illusionnent.
Face à l'absurde de cette perspective, on se dit que la seule solution est la survie de l'euro, quitte à monétiser massivement les dettes publiques (la monétisation de la dette grecque représente une inflation de M3 de l'ordre de 3%).
Par ailleurs, une hypothèse apparaît de plus en plus concrète, à savoir qu'on se dirige progressivement vers un système similaire à un "serpent monétaire" entre les trois grandes monnaies mondiales (dollar, euro, yuan), ce qui pourrait préfigurer ce que serait une monnaie mondiale. La coopération étroite entre les banques centrales est ainsi de plus en plus marquée : http://www.ecb.int/press/pr/date/20...
Il semble bien que spéculer sur la fin de l'euro est un puissant moyen de se ruiner.
Jeudi 7 juillet 2011 :
Portugal, Irlande, Grèce : les courbes des taux sont inversées !
Pour ces trois Etats, les taux à 2 ans et les taux à 3 ans atteignent des sommets invraisemblables : ils augmentent de façon exponentielle.
Les investisseurs internationaux anticipent un défaut de paiement dans les trois ans qui viennent.
Portugal : taux des obligations à 2 ans : 17,495 %. Record historique battu.
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Portugal : taux des obligations à 3 ans : 18,918 %. Record historique battu.
Portugal : taux des obligations à 10 ans : 12,910 %.
Irlande : taux des obligations à 2 ans : 15,608 %. Record historique battu.
Irlande : taux des obligations à 3 ans : 16,342 %. Record historique battu.
Irlande : taux des obligations à 10 ans : 12,723 %. Record historique battu.
Grèce : taux des obligations à 2 ans : 28,789 %.
Grèce : taux des obligations à 3 ans : 27,970 %.
Grèce : taux des obligations à 10 ans : 16,690 %.