De l’indifférence à la passion

Cette mesure concerne en effet les homosexuels, c'est-à-dire une petite frange de la population. Dans la mesure où je ne suis pas moi même homosexuel pourquoi irais-je bien perdre mon temps à analyser les conséquences d’une loi qui ne me concerne pas. ? Après tout, si je ne suis pas pêcheur, je me contrefiche éperdument des modifications que l’on peut apporter à la réglementation de la pêche en eau vive. Car dans ce cas, non plus, je ne me sentirais pas concerné. Ma première réaction, si l’on veut bien me passer l’expression, c’est que : « Le mariage homo, j’en ai rien à branler ! »

Néanmoins, le débat s’est ouvert, et il a pris l’ampleur. Car, petit à petit, tout un chacun c’est aperçu que les tenants et aboutissants d’une éventuelle modification du mariage civil finira, au bout du compte, par le concerner. Le mariage constitue, en effet, un des piliers de l’organisation de la société – de toutes les sociétés dans le temps et dans l’espace, devrait on même préciser. Il se définit, jusqu’à présent, comme l’union d’un homme et d’une femme et la finalité de l’institution juridique est de garantir la stabilité du couple ainsi que la protection de son éventuelle descendance.

Peut-on toucher à l’un des piliers de la société, le mariage civil, en ouvrant celui-ci aux personnes du même sexe, sans avoir « la main tremblante » ? En d’autres termes le mariage « pour tous », et son prolongement inévitable, l’adoption d’enfants par les couples homosexuels – chacun ayant bien compris que le premier n’était que le cheval de Troie du second –, représentent-ils une avancée juridique ou une nécessité pour la société ? Ces mesures seraient-elles à la fois utiles et efficaces pour la population française? En un mot, seraient-elles justes ? C’est bien là la première question qu’il faut se poser

Les homosexuels, qui sont-ils et surtout combien sont-ils ?

La deuxième question qui vient à l’esprit est de savoir quel est le nombre exact des homosexuels en France. Quelle est donc leur représentativité ? « Les homosexuels ! Combien de divisions ?»

La question, lorsque l’on y réfléchit, n’est pas facile à trancher. En effet, doit on considérer comme homosexuel uniquement celui ou celle qui vit en couple avec autre personne de même sexe ? Ou faut-il avoir une définition plus lâche – intégrer par exemple ceux qui n’ont vécu qu’un temps en couple avec une personne de même sexe, voire même ceux qui en ont eu simplement l’idée, sans passer à l’acte – afin de ne pas risquer de minorer leur nombre exact.

Mais après tout puisque nous parlons de sexe, le plus simple ne serait-il pas de définir comme homosexuelle toute personne ayant des rapports sexuels avec une personne de même sexe ? Mais, là encore, faut-il quantifier l’importance et la fréquence de ses rapports ? Faut-il ne prendre en compte que les individus ayant des rapports homosexuels de façon régulière et continue ou faut-il compter plus large et intégrer ceux qui ont, de temps en temps, de tels rapports ? A deux reprises, au travers d’enquêtes menées en 1992 et 2006, sur des échantillons respectifs de 20 000 puis 12 364 individus, l’INSERM s’est attaquée au problème1. Ces deux études ont adopté une définition plutôt large de l’homosexualité. En effet, la question posée était la suivante : « Avez-vous eu au moins une fois dans votre vie des pratiques sexuelles avec une personne du même sexe ?». Force est d’admettre que parmi les sondés ayant répondu « oui » à la question, une certaine proportion d’entre eux n’est très certainement passée à l’acte que « pour voir ». On peut facilement imaginer que, nombreux sont ceux et celles qui n’ont pas du tout été tentés de renouveler une expérience, dirions-nous « exotique ». Quoi qu’il en soit, ces deux études ont l’immense intérêt de nous donner un aperçu chiffré de l’homosexualité en France, sans risque, à priori, de la minorer.

Les chiffres donnés par l’INSERM sont effectivement très instructifs. D’une part pour apprécier l’évolution de la proportion des homosexuels en France au cours du temps, à 14 ans d’intervalle ; d’autre part pour voir comment a évolué la pratique homosexuelle en fonction du sexe. En 1992, ce sont 4,1 % des hommes et 2,6 % des femmes de 18 à 69 ans qui ont déclaré avoir eu au moins une fois dans leur vie des pratiques sexuelles avec un partenaire de même sexe. Dans l’enquête de 2006, 4,1 % des hommes et 4,0 % des femmes répondent « oui » à la même question. Comme on peut s’en douter, les proportions varient en fonction de certains critères. Par exemple, si dans la région parisienne ce sont 6,0 % des femmes et 7,5 % des hommes qui déclarent avoir déjà eu ce type de pratiques, les chiffres tombent respectivement à 3,2 % et 2,9 % dans les communes rurales.

Ce qui apparaît intéressant dans ces résultats, c’est d’abord l’augmentation de la pratique homosexuelle féminine, telle qu’elle est définie dans l’enquête, au cours du temps ; à tel point que celle-ci rejoint celle des hommes (4,0 et 4,1 % respectivement) en 2006. Comme le remarquent justement les enquêteurs de l’INSERM : « Une telle évolution s’inscrit dans un mouvement général de déclaration d’une activité sexuelle de plus en plus diversifiée des femmes, qui s’observe à travers nombre d’indicateurs ».

L’autre point remarquable qui ressort de ces deux études est la parfaite stabilité, dans le temps, de la pratique homosexuel masculine : 4,1 % en 1992 et en 2006. On est loin d’observer un engouement des populations pour l’homosexualité comme nous le laisse parfois penser la doxa ambiante. Il est même permis de penser, intuitivement, que l’homosexualité demeure un comportement très stable, sur de plus longues périodes et sous différentes latitudes. Mais il s’agit là d’une simple hypothèse car nous ne disposons, hélas, pas d’études INSERM sur l’homosexualité en Grèce, au IV e siècle avant Jésus-Christ…

Cela dit, l’homosexualité, encore une fois définie de façon très large dans les études INSERM, reste un comportement très minoritaire, touchant moins de 5 % de la population française. Ce qu’il serait à présent intéressant de connaître c’est la proportion d’homosexuels qui, au sein de ces 5 %, veulent promouvoir de façon active et « le mariage pour tous » et l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Au final : « LGBT ! APGL ! Combien de divisions ? ». Selon Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France – dont on ne pourrait que conseiller la lecture du texte lumineux qu’il a écrit sur le sujet2 – le nombre d’adhérents à l’APGL serait de 1 800 sur l’ensemble de la France. Sans vouloir ergoter sur les chiffres, les activistes du lobby gay représentent sans aucun doute une toute petite frange de la population française.

Du glissement sémantique aux mensonges

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots » nous disait Jaurès. Et le florilège de nouveaux termes, appellations, dénominations et autres néologismes est à cet égard édifiant : « beau-parent », « coparent », « homoparent », « mère pour autr ui », « parent biologique », « parent légal », « parent social », « second parent »… Ce subtil glissement sémantique modifie petit à petit notre propre langage. Il nous propose ainsi de préférer aux termes de « paternité » et de « maternité » - tous deux sexués –celui de « parentalité ». « Parentalité », ça sonne mieux, c’est plus joli ; surtout c’est neutre. Mais la neutralité apparemment bienveillante du mot ne doit pas nous égarer sur sa fonction. Le but est, en effet, de nous faire croire qu’il n’existe aucune différence entre un père et une mère, mais qu’il n’existe que des parents (numéro 1 et 2 … voire 3 et 4 ?), ce qui dans l’intention n’est absolument pas neutre. Sur le plan philosophique, ceci se traduit par la théorie du gender qui nous demande instamment de rejeter le distinguo homme/femme qui a pourtant été entériné par la totalité des civilisations – et même des espèces mammifères - depuis plusieurs dizaines de milliers d’années. Et ce raisonnement spécieux tente de trouver une traduction juridique en contournant l’idée que le principe d’égalité n’impose pas de traiter de la même façon des situations différentes.

Un homme et une femme restent différents, jusqu’à preuve du contraire. Et c’est heureux ! Simone de Beauvoir peut bien affirmer que « l’on ne naît pas femme, on le devient3» Encore faut-il qu’elle le démontre, qu’elle le prouve. Elle ne m’a pas convaincu, et je ne pense pas être le seul. Car, nier qu’il n’existe pas de différences entre un homme et une femme, c’est comme remettre en cause la rotondité de la terre ou rejeter la révolution copernicienne. C’est affirmer que la pie que j’observe sur une branche n’est pas blanche et noire, mais qu’elle est grise. Ou encore, pour rester dans le registre de la couleur, que Yannick Noah et Danny Boon ne sont pas nés avec des couleurs de peau respectivement noire et blanche, mais qu’ils ont acquis leur pigmentation sous le fait de la pression sociale, de leur éducation, de leur pensée, de l’air du temps… Nier l’identité sexuelle s’apparente à du révisionnisme ou du négationnisme. Oui, il existe à l’évidence de multiples orientations sexuelles (hétérosexualité et homosexualité, mais aussi gérontophilie, pédophilie, nécrophilie, zoophilie…) Non, il n’y a pas trois ou une seule identité(s) sexuelle(s) ; il n’y en a deux, que deux, ni plus ni moins. Affirmer le contraire, c’est mentir. C’est même mentir une nouvelle fois.

Car le lobby gay nous a déjà servi un premier mensonge. Je veux parler du sort réservé aux homosexuels par le gouvernement de Vichy, durant la deuxième guerre mondiale. Rappelez vous l’affaire Christian Vanneste, ce député UMP qui déclare, au plein milieu de la campagne présidentielle 2012 : « qu’il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France4. » Ses propos déclenchent alors l’ire générale. Toute la bien-pensance intellectuelle, médiatique et politique se rue comme un seul homme sur celui qui a pété une durite, qu’il faut faire taire, qu’il faut exclure de l’UMP (Jean-François Copé le propose), qu’il faut abattre. Tous contre lui ! Tous, sauf un ; face à l’unanime indignation s’élève une petite voix, celle de Serge Klarsfeld.

Encore aujourd’hui, le fait d’écrire « qu’il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France » doit faire frémir d’indignation tout lecteur sensé. L’affaire semble entendue, le débat terminé. Et pourtant ; et pourtant, qu’en est-il au juste ? Que savons nous exactement de la « déportation des homosexuels en France » ? Avant de se prononcer, il faut vraiment s’intéresser au problème ; s’informer de la manière la plus complète possible pour se forger une opinion. Il faut savoir retrouver les faits, la réalité de cette période trouble de l’histoire de France, afin de saisir la vérité. Il faut savoir ne pas se contenter de la rumeur du temps.

Serge Klarsfeld, l’avocat de la cause des déportés en France, l’homme qui a passé sa vie a décortiquer méthodiquement l’ensemble des crimes nazis, Serge Klarsfeld donc, nous dit que Christian Vanneste a bien énoncé une vérité, une vérité historique. Il nous indique que des homosexuels ont bien été déportés durant la seconde guerre, en Allemagne, « mais pas en France. Les lois allemandes n’ont pas été étendues à d’autres pays. Il n’a jamais été question de déporter des homosexuels français. Je n’ai jamais entendu dire que l’on arrêtait des gens parce qu’ils étaient homosexuels. Les personnes homosexuelles qui ont pu être arrêtées en France ne l’ont pas été en raison de leur homosexualité. Il y a certainement eu des homosexuels déportés mais pour d’autres raisons. Cela pouvait être pour non-respect du couvre-feu ou pour fait de résistance ou tout simplement des condamnés de droit commun. […] Pour ma part je n’ai jamais vu un document faisant état de la déportation d’homosexuels en France5.»

De fait, la persécution des homosexuels par les nazis ne s’effectua que sur le territoire du Reich, c'est-à-dire en Allemagne ainsi que dans les territoires rattachés à l’Allemagne – comme en Autriche ou dans les trois départements d’Alsace-Moselle annexés par le Reich, où s’appliquait la loi allemande et non celle de Vichy. Cette chasse à l’homosexuel ne fut pas ouverte dans le reste de l’Europe. Ce qui relève finalement d’une certaine logique dans la mesure ou l’idéal nazi visait bien à « purifier la race allemande » tout en laissant les autres populations se dénaturer6. Il paraît assez clair à présent que les seuls homosexuels français ne furent condamnés au titre de leur homosexualité qu’en cas d’arrestation au sein du Reich ou en Alsace-Moselle (territoire annexé au Reich) ou de relations impliquant un partenaire allemand.

Mais quelle fut la politique française de l’époque, c'est-à-dire de Vichy, à l’égard des homosexuels ? Le gouvernement de Pétain condamnait officiellement l’homosexualité et décréta même une loi discriminatoire, voire homophobe, plus sévère à l’encontre des adultes coupables de relations sexuelles avec un mineur de son sexe qu’avec un mineur de l’autre sexe. Cette loi visait d’ailleurs plus à la protection des mineurs qu’à la lutte contre l’homosexualité et il est intéressant de noter qu’elle n’a été abrogée qu’en 19827. La condamnation était donc officielle, mais la norme était bien celle de la tolérance. En effet, des homosexuels célèbres et « affichés » n’ont jamais été inquiétés par le régime. Qu’il s’agisse d’artistes comme Jean Cocteau ou d’hommes politiques comme Abel Bonnard, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, que l’on surnommait gentiment « la Belle Bonnard » ou « la Gestapette ». En revanche, comme le déclarait dès 2005 l’historien Pierre Vidal-Naquet « dire que Vichy a déporté les homosexuels n’est peut-être pas du révisionnisme, mais c’est un mensonge8. »

La persécution et la déportation des homosexuels par les nazis ont bel et bien existé, mais pas à la même échelle de l’horreur ; elle ne saurait être comparée à la « solution finale » ou au « génocide » mis en œuvre vis-à-vis des juifs ou des tziganes. Vichy a « collaboré » à la déportation des juifs, certainement, mais pas à celle des homosexuels. Et ce constat ne vise aucunement à nier ou minimiser les horribles tortures dont furent victimes les « triangles roses » dans l’univers concentrationnaire nazi. Il cherche simplement à rétablir la réalité, que le gouvernement de la France de l’époque n’a aucunement été complice de ce crime-là.

Néanmoins, certaines associations homosexuelles françaises ne vont jamais se satisfaire de cette réalité historique. Elles vont chercher inlassablement à obtenir de la part des autorités une sorte de droit à la compassion, un brevet en « victimisation ». En 2005, leurs efforts sont récompensés. Le président de la République, Jacques Chirac, leur accorde ce qu’elles attendent depuis si longtemps. A l’occasion du soixantième anniversaire de la libération des camps, Jacques Chirac, et avec lui la France entière, leur accorde enfin son blanc-seing : « Nous sommes là pour nous souvenir que la folie nazie voulait éliminer les plus faibles, les plus fragiles, les personnes frappées par le handicap, dont l’existence même faisait affront à leur conception de l’homme et de la société. En Allemagne, mais aussi sur notre territoire, celle et ceux que leur vie personnelle distinguait – je pense aux homosexuels – étaient poursuivis, arrêtés et déportés. » Ce jour là, un mensonge historique acquiert le statut de vérité officielle9.

Justice et efficacité

Au fait, l’ouverture du mariage civil aux personnes du même sexe est-elle finalement une mesure juste ? La réponse est bien évidemment difficile. Elle est même probablement impossible à donner, car il est bien rare que deux personnes s’accordent sur ce qui différencie une mesure juste d’une mesure qui ne l’est pas. La conception de la justice demeure individuelle. A titre d’exemple, une certaine minorité de personne dont je fais partie estime que la fiscalité de l’impôt sur le revenu, telle qu’elle est pratiquée actuellement en France, est profondément injuste. Je trouve anormal que celui-ci ne concerne pas l’ensemble de la population, mais simplement certains d’entres nous. Je préférerais que l’on en revienne à la définition originelle, celle de l’article XIII de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui stipule que la contribution à l’impôt « doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés ». Je trouve également que la progressivité de l’impôt est injuste, et surtout qu’elle est inefficace. Elle bride l’esprit d’innovation, fait fuir les cerveaux et les riches que ceux-ci soient industriels, footballeurs ou acteurs. La France se prive ainsi indiscutablement de personnes dynamiques, créatrices de richesses.

Mais puisqu’il est impossible aux humains de s’entendre sur la définition la plus exacte de la « justesse » d’une mesure – seul Dieu, s’il existe, le pourrait – ne pourrions nous pas, à défaut, nous contenter de nous entendre sur « l’efficacité » ou « l’inefficacité » d’une mesure ou d’une loi ; l’efficacité s’entendant sur le plan politique et sociétal. Une mesure ou un loi serait efficace si elle contribue à améliorer la concorde générale, si elle limite la violence, si elle solidifie l’unité de la nation, si elle augmente le « mieux vivre ensemble ». D’ailleurs, il existe probablement une relation et même un lien entre « efficacité » et « justice ». Le problème est de savoir si une mesure est efficace par ce qu’elle est juste ou au contraire qu’elle est juste car efficace. Qui est la poule et qui est l’œuf ?

On peut essayer de raisonner sur la relation qui unit les deux, en se rappelant les cours de mathématiques de notre tendre enfance. Vous savez, la contraposition qui nous dit que si A implique B (« S’il pleut, alors le sol est mouillé ») alors c’est non B qui implique non A (« si le sol n’est pas mouillé, alors il ne pleut pas ») et pas non A qui implique non B (« en effet, le sol peut être mouillé par autre chose que la pluie »). Si l’on considère à présent les relations entre efficacité et justice, il est donc intéressant de savoir laquelle des deux implique l’autre, laquelle est le préalable.

Première question : une mesure efficace est-elle forcément juste ? Non, bien sûr. Dans le milieu des années 1980, par exemple, on aurait pu prendre la décision d’euthanasier tous les patients porteur du virus du sida. Cela aurait été sans doute très efficace pour enrayer l’épidémie, mais probablement pas juste du tout, notamment pour ceux qui avaient contracté la maladie à l’occasion d’une transfusion sanguine.

De la même manière, une mesure injuste est-elle forcément inefficace ? Pas forcément non plus ! Et nous avons tous eu l’occasion de l’expérimenter à l’occasion de chamailleries entre nos enfants. Le coup de la punition collective, sans chercher à savoir qui a fait quoi, qui est responsable du début de la dispute… ça marche très bien : maximum d’efficacité pour un minimum de temps passé à démêler les différentes responsabilités. Les Allemands ont d’ailleurs utilisé ce principe avec une certaine réussite, durant l’occupation : un allemand tué = dix, vingt ou trente (selon le grade militaire de l’Allemand) Français, pris au hasard, fusillés.

Inversement, des mesures inefficaces aboutissent très souvent à de l’injustice. Il en va ainsi de la politique du logement, basée sur le contrôle des prix des loyers. Elle aboutit d’une part à une pénurie de logements et à la non location d’appartements qui restent vides (= inefficacité) et d’autre part à ce que ceux qui occupent des HLM le doivent bien souvent plus à leurs relations plutôt qu’à leur réelle situation économique (= injustice). On peut aussi prendre pour exemple l’Education nationale qui malgré une augmentation constante de ses moyens voit le niveau général de l’enseignement en France se dégrader dans les classements internationaux successifs (= inefficacité) ; ceci alors que l’on constate également que ce sont toujours les enfants des élites qui profitent des meilleurs établissements (= injustice). Sur le plan économique plus général on peut constater que la situation économique des pays communistes est perpétuellement mauvaise, voire déplorable (= inefficacité) et que la majorité de la population en souffre hormis la petite caste des dirigeants (= injustice)

En revanche une mesure plus juste s’avère bien souvent (toujours ?) plus efficace. Ainsi la politique de Rudolph Giuliani, ancien maire de New York, qui se basait sur la “tolérance zéro”, c'est-à-dire une juste sanction dès le premier délit, même mineur, a permis une baisse assez conséquente de la criminalité dans sa ville, à la fin des années 1990. Autre exemple, dans le domaine économique. La démocratie libérale capitaliste est née des deux principes suivants : que la nomination des dirigeants se fasse par l’élection (un citoyen = une voix) et que chacun soit rétribué selon son mérite. La démocratie libérale capitaliste est le seul régime politique où tout individu peut légitimement espérer devenir président de la République ou milliardaire, indépendamment de son ethnie, de sa religion ou de sa… sexualité (= justice). Or, en observant la réalité historique, on constate que sur le plan économique aucun autre régime n’a su aussi bien qu’elle assurer la richesse du plus grand nombre, à la fois dans la quantité et dans la durée (= efficacité).

Ainsi, il me semble que l’inefficacité induit l’injustice et c’est pourquoi la justice est le préalable à l’efficacité.  Une mesure ou une loi approchera d’autant plus « la Justice » qu’elle sera efficace vis-à-vis du but qu’elle se fixe. Et si l’on en revient à présent au mariage civil ouvert aux personnes de même sexe, on peut tâcher de voir qu’elles en seraient les retombées, d’apprécier son efficacité à l’aune de la concorde générale.

Tout d’abord l’institution du mariage vise à stabiliser une union et les obligations qui en découlent, avant tout en ce qui concerne la filiation. Elle n’a pas pour vocation d’accorder ou d’institutionnaliser un quelconque droit à l’amour. Chacun sait que le sentiment amoureux s’avère parfois bien éphémère. Rappelons nous Maupassant10 et ce que sa vieille femme racontait à sa petite fille : « Le mariage et l'amour n'ont rien à voir ensemble. On se marie pour fonder une famille, et on forme une famille pour constituer la société. La société ne peut pas se passer du mariage. Si la société est une chaîne, chaque famille en est un anneau. Pour souder ces anneaux-là, on cherche toujours les métaux pareils. Quand on se marie, il faut unir les convenances, combiner les fortunes, joindre les races semblables, travailler pour l'intérêt commun qui est la richesse et les enfants. On ne se marie qu'une fois, fillette, et parce que le monde l'exige ; mais on peut aimer vingt fois dans sa vie, parce que la nature nous a faits ainsi. Le mariage ! C’est une loi, vois-tu, et l'amour, c'est un instinct qui nous pousse tantôt à droite, tantôt à gauche. On a fait des lois qui combattent nos instincts, il le fallait ; mais les instincts toujours sont les plus forts, et on a tort de leur résister, puisqu'ils viennent de Dieu, tandis que les lois ne viennent que des hommes. » Non seulement l’argument du droit à l’amour ne tient pas, mais il ne va pas manquer d’ouvrir à d’autres revendications, d’autres dangers : Catherine qui aime Jules et Jim (qui eux aussi l’aiment) dans le film de François Truffaut pourra-t-elle épouser et l’un et l’autre ? Va-t-on autoriser l’Helmut Berger des Damnés de Luchino Visconti à épouser sa mère ou l’Annie Girardot de Mourir d’aimer d’André Cayatte à épouser son élève mineur sous le prétexte qu’eux aussi sont amoureux ? Les interdits affectant la polygamie, le mariage entre parents ou avec des mineurs n’ayant pas atteint l’âge nubile ne sont-ils pas discriminatoires ? Comme le faisait remarquer le Grand rabbin de France : « L’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit2» L’état ne doit certainement pas ériger en norme législative ce qui relève de l’intime, que se soit dans le domaine religieux ou sexuel. Et la loi ne doit pas se construire à partir des fantasmes de chacun. Le rôle du législateur n’est pas de vouloir changer les hommes (et les femmes !) mais bien d’organiser la vie en société, de la manière la plus efficace possible.

Si le droit à l’amour n’existe pas, il en va de même pour le droit à l’enfant. Le droit à l’enfant n’existe pas, « pas plus chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. Personne n’a droit à avoir un enfant, au prétexte qu’il désire un enfant2. » Ce qui existe, en revanche, c’est le droit de l’enfant. Et le rôle du législateur est bien d’édifier au mieux celui-ci, d’autant plus qu’il s’agit, par définition, d’un individu non mature, faible, et qu’initialement il n’existe même pas, qu’il est simplement à venir. Ce droit de l’enfant consiste à offrir à celui-ci le cadre où il aura toutes les meilleures possibilités de grandir. Le droit de l’enfant c’est qu’on lui offre une famille au sein duquel il aura les meilleures chances de s’épanouir, de se construire. « L’adoption est là pour donner une famille à un enfant et non l’inverse2. » L’objectif de la loi doit être de protéger le plus faible, et le plus faible c’est bien l’enfant.

Sous le prétexte de soulager une discrimination (celle dont souffrent, ou plutôt ont souffert les homosexuels, tant il est vrai que la société occidentale est très certainement l’une des plus tolérantes à leur égard) ne va-t-on pas créer de nouvelles discriminations ? D’abord entre les enfants qui pourront parler de leur père et de leur mère et ceux qui ne pourront parler que de parent 1 et parent 2, entre ceux qui pourront s’écrier « Papa ! » et « Maman ! » et une minorité qui devra se contenter de ne parler que de « Papa Charles » et « Papa Renaud » ou de « Maman Sylvie » et « Maman Pauline ». On va également induire une énorme frustration auprès des couples hétérosexuels auxquels on a refusé jusqu’à présent l’agrément de l’adoption. Au fait, comment répartira-t-on les enfants à adopter entre couples homos et hétérosexuels ? Va-t-il falloir établir des quotas ? Attribuer par exemple 5 % des enfants à adopter - à qui l’on n’aura par définition pas demandé un avis autorisé - auprès de couples homosexuels et le reste aux couples hétérosexuels ? Ou bien la proportion sera-t-elle de 50/50 au nom d’un prétendu égalitarisme ? Ou alors imagine-t-on sérieusement un petit collégien, disons de 11 ans, a qui l’on remettra un formulaire en lui disant « Voilà, tu coches dans la rubrique « parents souhaités » si tu préfères un papa et une maman, ou bien deux mamans, ou encore deux papa. Tu as dix minutes. » ?

Enfin, comme le faisait justement remarqué le cardinal Vingt-trois, puisque nous somme censés être tous égaux devant la loi, il va falloir que l’immense majorité des adultes français accepte une disqualification puisque chacun sera amené à renoncer à son titre de père ou de mère. Mais « a-t-on demandé aux citoyens s’ils étaient d’accord pour ne plus être le père ou la mère de leur enfant et ne devenir qu’un parent indifférencié : parent A ou parent B11 ? »

Enfin d’autres dangers se profilent également. En effet, la propension à vouloir édifier des lois à propos de situations aussi singulières que le mariage ou l’adoption par des personnes de même sexe (concernant donc une minorité) nous fait courir le risque d’une dévalorisation de toutes les autres lois (celles qui s’appliquent à la totalité de la population). Plus inquiétant encore, ce projet de loi, « ce ne serait pas le mariage pour tous (étrange formule qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous11. » Une minorité va imposer ses us et coutumes à une majorité. Or s’il existe bien une constante dans l’histoire de l’humanité, c’est qu’une telle situation conduit inévitablement à de grands troubles, de grands désordres, de la violence bien souvent. Lorsque une minorité – ethnique, religieuse et probablement sexuelle – tente d’imposer ses codes sociaux à une majorité en subvertissant ceux de celle-ci, s’ensuit immanquablement une grande violence. Pensons aux tutsis et hutus du Rwanda, à l’apartheid en Afrique du Sud… L’hostilité de la majorité hétérosexuelle va probablement s’accentuer auprès de tout homosexuel qui sera assimilé à un militant de LGBT. La fameuse « homophobie » risque bien de se manifester réellement au grand jour. Les activistes du lobby gay devraient prendre garde à ce que leur trop grande « visibilité » ne les éblouissent pas, ne les brûlent pas surtout. Il est en effet permis de douter que tout ce tapage serve réellement la cause homosexuelle. Encore une fois, tout comme la religion, la sexualité – mais non le mariage - fait partie du privé, de l’intime. Ne vaudrait-il pas mieux qu’elle y retourne et qu’elle y reste ?

En synthèse le projet du mariage civil pour personne de même sexe ne va pas corriger une prétendue inégalité, mais en créer de nouvelles. Il va poser les jalons de nouvelles sources de division au sein de la société française. Loin d’améliorer la concorde nationale il va induire de nouveaux germes de discorde, loin de créer plus de justice, il va engendrer de nouvelles injustices. Et si nous ne pouvons pas tous nous entendre sur ce qui est juste ou non, tâchons au moins de nous préserver de la violence. Pascal, encore : « Mieux vaut une grande injustice qu’une grande violence »

Vérité et réalité

On peut « hésiter sur ce qui est juste, pas sur ce qui est vrai » avait déclaré le maréchal Lyautey à propos de l’affaire Dreyfus. Car ce qui nous importe avant tout c’est la vérité, « et tant pis si celle-ci nous rend triste ou malheureux : mieux vaut une vraie tristesse qu’une fausse joie12.». Nous ne pouvons prétendre à la sagesse et au bonheur à titre individuel, ni à la justice ou à la paix à l’échelle de la société en nous passant de la vérité. Or la vérité n’est pas relative, elle est absolue, même s’il est parfois incommode d’en convenir. Certes, personne ne peut prétendre à connaître toute la vérité – A moins que Dieu, là encore… - mais il n’est pas interdit de la rechercher. D’une part en reconnaissant qu’il n’est pas possible d’accéder à une vie heureuse en se basant sur l’illusion ou le mensonge, d’autre part en observant la réalité.

Le mensonge tout d’abord. Une bonne cause – une cause juste ! – justifie-t-elle de prendre des arrangements avec la vérité, d’embellir la réalité, de la travestir, bref de mentir à propos de quelques détails ? Sincèrement je ne le pense pas. Le mensonge, qui finit toujours par être su et démasqué, sème en effet immanquablement le doute sur son auteur. Et si celui-ci a menti une première fois, rien n’empêche qu’il récidive ; et qu’au bout du compte s’il ment c’est peut-être parce que sa cause n’est pas aussi bonne ou juste qu’il veut bien nous le faire croire. J’en veux pour preuve trois exemples qui, en leur temps, ont fortement marqué les esprits. La lutte contre le nazisme justifiait-elle de mentir à propos du massacre des officiers polonais dans la forêt de Katyn au printemps 1940 ? Les autorités soviétiques ont nié pendant de nombreuses années la responsabilité de l’armée russe en attribuant cette boucherie aux nazis. La reconnaissance, assortie de vagues excuses n’aura lieu que bien plus tard, près de 50 ans après les faits13. De la même façon, la lutte contre le racisme anti-noir aux Etats-Unis, justifiait-elle la parodie de procès dont bénéficia OJ Simpson14 ? Enfin, la lutte contre le réchauffement climatique saurait-elle excuser la fameuse courbe en crosse de Hockey concernant l’évolution des températures terrestres au cours des siècles ? On sait à présent que cette courbe est fausse, qu’il a fait très certainement plus chaud à la surface du globe durant l’optimum médiéval qu’à la fin du XXe siècle, que l’auteur de cette courbe a longtemps refusé de fournir ses données, car celles-ci avaient été traficotées afin de fabriquer de toutes pièces une fausse courbe, correspondant à ce que les membres du GIEC voulaient bien entendre ou voir15.

A titre personnel, si l’affaire OJ Simpson ne m’a pas rendu raciste, elle m’a rendu extrêmement prudent, voire suspicieux vis-à-vis des revendications identitaires de tels ou tels groupes, ethnies ou minorités « visibles ». En revanche, l’affaire de la courbe de Hockey a grandement accentué mon climato-scepticisme et celle du massacre de Katyn m’a définitivement convaincu des méfaits du communisme.

De la même manière, le lobby gay qui a réussi a faire indùment reconnaître une prétendu responsabilité des autorités françaises dans la déportation des homosexuels durant l’occupation fait indiscutablement naître le doute. Ce besoin de sacraliser tout ce qui ne doit être ni discuté ni critiqué, comme le disait Philippe Murray, ne serait-il pas justement le modus operandi du mensonge ? Et un premier mensonge ne devait-il pas nous conduire vers un second ? Nous y sommes ! L’idée qu’un enfant puisse être conçu sans sexe, comme dans les contes de fée, est absolument délirante16. Un enfant doit connaître la vérité, à savoir qu’il n’a pu exister que grâce à l’union et à la différence sexuelle de ses deux parents. Il ne pourra pas plus tard lui même devenir père ou mère s’il n’a pas compris que lui même était issu de l’union d’un père et d’une mère.

Ensuite, la vérité ne saurait se passer de la réalité. Le problème quand nous refusons de voir la vérité qui se trouve pourtant sous notre nez, c’est qu’il est désagréable d’en parler ou d’en convenir. Ainsi en affirmant que l’homosexualité et l’hétérosexualité sont deux choses différentes, on risque immanquablement de s’attirer une suspicion d’homophobie. De la même façon que les rares intellectuels français qui mirent en doute les bienfaits du régime soviétique – pensons à Raymond Aron ou Jean-François Revel – furent taxés d’anticommunisme primaire, en leur temps. Néanmoins, nous dit Epicure :« Est vrai ce qui est comme on dit l’être, est faux ce qui n’est pas comme on le dit être». Ce qui peut se traduire par le fait que la réalité demeure une notion ontologique (qui concerne l’être), alors que la vérité relève de la gnoséologie (qui concerne la connaissance). Les choses ne peuvent êtres que réelles ou non ; ce que l’on dit ou l’on écrit ne peut être que vrai ou faux. La réalité concerne ce qui existe ou n’existe pas. Le lien entre la réalité et la vérité provient de ce que l’on dit (ou pense) de la réalité est vrai ou faux. La réalité est donc un critère nécessaire (mais non suffisant) de la vérité ; elle lui est subordonnée. Autrement dit, la vérité ne saurait exister si ce qu’on dit de la réalité est faux. Il s’agit, là aussi, d’une contraposition : si la vérité implique que l’on accepte la réalité, le déni de réalité implique le mensonge.

La réalité c’est que le male et la femelle d’une façon générale et l’homme et la femme en particulier sont différents. Nous l’observons non seulement sur le plan anatomique, mais également d’un point de vue physiologique, hormonal, psychologique, anthropologique. Il sont différents et surtout complémentaires. Et c’est bien sur cela que repose la richesse et la perpétuation de l’espèce humaine. « Prétendre affranchir l’humanité de ses limites corporelles, des limites de l’engendrement, relève de l’utopie. Seul le réel apaise et pacifie17»

La réalité c’est que l’hétérosexualité et l’homosexualité sont également différentes. La seconde constitue un écart – et non une « transgression » - par rapport à la norme dans la mesure où elle ne concerne qu’une minorité de la population et qu’elle ne permet pas la perpétuation de l’espèce. Le déni de l’altérité sexuelle est un mensonge, et on ne peut espérer construire une société paisible sur le mensonge. Il nous faut, certes, de l’agréable et du réel, mais n’oublions pas que cet agréable devrait être lui-même pris du vrai.

La recherche de ce qui est vrai ne saurait non plus se réduire à la collecte d’informations où à la simple observation de la réalité. Elle impose aussi à la fois humilité et capacité d’abstraction.

L’observation de la réalité, ou de son apparence ne suffit pas. Ainsi, dans le domaine scientifique Alfred Wegener en observant l’apparente concordance entre la côte orientale de l’Amérique du Sud et la côte occidentale de l’Afrique proposa sa théorie de la dérive des continents en 1910. Mais il fallut attendre 60 ans pour prouver qu’il avait bien raison, que sa théorie était vraie. L’accumulation d’informations n’est, elle aussi, pas suffisante pour connaître la vérité. Dans le domaine politique par exemple, la grande majorité des exilés et dissidents soviétiques ou de l’ex-Europe de l’est s’indignaient de l’indifférence et de l’ignorance dans laquelle s’enfermait l’opinion occidentale vis-à-vis du caractère oppressif du régime communiste18. Pourtant l’information ne manquait pas, que se soit par le biais de leurs propres écrits, le récit de voyage de certains observateurs occidentaux, les réseaux d’espionnage mis en place par les services secrets de l’Ouest…

Pour appréhender la vérité il faut aussi savoir que l’on peut se tromper, prendre conscience de nos erreurs ; faire preuve d’un minimum d’humilité. Karl Popper disait que « la vérité ne peut être obtenue qu’au prix de renoncer à la certitude » et Albert Einstein qu’ « il est plus facile de briser un atome qu’un préjugé ». Ainsi – et même si elle a hésité quelques siècles -, l’Eglise catholique a fini par reconnaître la justesse de la théorie héliocentrique de Copernic et Galilée, renonçant ainsi à sa propre certitude géocentrique. Car ce qui importe avant tout, c’est de bien distinguer le savoir ou la connaissance de la croyance12. Le souci du fanatique c’est qu’il croit savoir (la vérité), tandis que le sage sait qu’il peut être amené à croire et de ce fait qu’il peut être amené à ne plus croire, c'est-à-dire à renoncer à certaines certitudes. Comme l’écrit André Comte-Sponville : « La connaissance ou le savoir abolissent le fanatisme (il n’y a plus la peine d’imposer une quelconque croyance). Il n’y a pas de fanatiques en mathématiques, ni en physique12. » Et si quelqu’un sait quelque chose, il doit être capable de nous le transmettre, de nous l’enseigner. En revanche, aucune personne ne peut vous enseigner une religion ; elle ne peut que vous convaincre ou plutôt vous convertir. La religion se révèle, le savoir s’enseigne. « Car le propre d’un savoir, au sens vrai et fort du mot, c’est de pouvoir être appris par qui l’ignore12.» Ainsi je ne sais pas que la pie que j’observe sur la branche n’est pas blanche et noire, mais grise. Je le crois. Je ne peux donc pas vous enseigner que la vraie couleur de la pie est la couleur grise, je peux simplement tenter de vous le faire croire. De la même manière Simone de Beauvoir ne sait pas « qu’on ne naît pas femme mais qu’on le devient » ; elle le croit et essaye de nous en convaincre, mais ne peut nous l’enseigner. Et puis certains croient qu’il n’y a aucune différence entre l’homosexualité et l’hétérosexualité, mais…

Enfin la vérité nécessite un effort d’abstraction, ou d’imagination si l’on préfère. Copernic a bien été obligé d’imaginer l’héliocentrisme - que Galilée confirmera ultérieurement par l’observation -, Wegener la dérive des continents, Einstein la relativité. Accumuler les observations et renoncer aux convictions de leur époque ne suffisait pas, encore fallait-il fournir un travail original de synthèse. Car « c’est par un saut de l’imagination que l’on saisit la vérité. Ceci est vrai, non seulement pour la pensée scientifique, mais aussi pour la réflexion philosophique. […] L’incapacité occidentale à comprendre la réalité soviétique et toutes ses variantes asiatiques n’était pas due à un manque d’information (celle-ci fut toujours abondante) : ce fut un manque d’imagination18

En vérité ( !), la réalité c’est enfin que quelle que soit la société que l’on espère, il y aura toujours des individus pris de l’irrésistible envie de « casser » de l’homosexuel, du musulman, du juif ou du catholique. Mais il y aura toujours aussi d’autres individus, parfois non dénués de représentativité ni de responsabilités, qui souhaiteront « casser » du riche, de l’industriel, du médecin ou du restaurateur. A défaut de vouloir nous imposer une quelconque vérité nos politiques seraient sans doute mieux inspirés d’en rabattre ; de faire preuve d’humilité, de se contenter de nous offrir des lois utiles, efficaces, et donc probablement justes ; c'est-à-dire des lois basées sur la réalité, nous fût-elle désagréable.

Guillaume Trémeau

Notes et bibliographie

1- Nathalie Bajos et Michel Bozon. Enquête sur la sexualité en France ; Pratiques, genre et santé. La découverte

Premiers résultats : http://csf.kb.inserm.fr/csf/Premiers-resultats-CSF-noData.html

2- Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France. Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption : ce que l’on oublie souvent de dire.

http://fr.scribd.com/doc/110325519/Mariage-homosexuel-homoparentalite-et-adoption-Ce-que-l-on-oublie-souvent-de-dire-Essai-de-Gilles-Bernheim-Grand-Rabbin-de-France?secret_password=b1r327lgd8921m11ryj

3- Simone de Beauvoir. Le Deuxième Sexe, tome 1. Gallimard 1949.

4- Christian Vanneste avait déclaré très exactement : « Il y a la fameuse légende de la déportation des homosexuels. Il faut être très clair, là aussi. Manifestement, Himmler avait un compte personnel à régler avec les homosexuels. En Allemagne, la répression des homosexuels a conduit à environ 30 000 déportations. Il n’y en a pas eu ailleurs. Et en dehors des trois départements annexés, il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France. ». J’ai eu l’occasion de rencontrer une fois Christian Vanneste, et de discuter avec lui. J’avais découvert un homme droit, ouvert, intelligent, bien loin de l’image que l’on donne trop souvent de lui. J’en profite pour le saluer.

5- Pierre de Bellerive. Klarsfeld défend Vanneste : « En France, il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels ». Nouvelles de France du 15/02/2012.

http://www.ndf.fr/nos-breves/15-02-2012/exclusif-serge-klarsfeld-defend-christian-vanneste-de-france-il-ny-a-pas-eu-de-deportation-dhomosexuels#.UJnizoVFrx4

6- Michel Celse et Pierre Zaoui dans le cadre d'un ouvrage de Philippe Mesnard, Consciences de la Shoah: Critique des discours et des représentations, Paris: Ed. Kimé, 2000.

http://triangles-roses-photos.blogspot.fr/2009/07/negation-denegation-la-question-des.html

7- Chronologie succincte de la répression homosexuelle en France depuis le XVIIIe siècle.

http://www.devoiretmemoire.org/memoire/histoire_homosexualite/index.html

8 – forum du 24 janvier 2005 du forum du Nouvel Observateur.

http://rivarol.over-blog.com/article-vichy-et-les-homosexuels-99375034.html

9- Elisabeth Lévy. La gauche contre le Réel. Fayard 2012.

10- Guy de Maupassant. Jadis. Gil Blas du 30 octobre 1883

http://athena.unige.ch/athena/selva/maupassant/textes/jadis.html

11- Cardinal vingt-trois à la réunion annuelle des évêques français, Lourdes octobre 2012.

12- André Comte-Sponville. Le Goût de Vivre. Albin Michel 2010.

13- Le massacre de Katyn désigne le meurtre de plusieurs milliers de polonais – essentiellement des personnalités, des officiers, mais aussi des étudiants, des médecins et des membres de l’élite polonaise réputés hostiles à l’idéologie communiste – par la police politique de l’Union soviétique (le NKVD) au printemps 1940, dans la foret de Katyn, village russe proche de Smolensk. Ce massacre, perpétré sans comparution des détenus devant aucun tribunal, ni acte d’accusation, semble avoir concerné près de 22 000 victimes qui furent exécutés dans cinq sites, le plus célèbre se situant à Katyn.

L’URSS a nié sa responsabilité dans le massacre dès que celui-ci fut révélé par les nazis, en août 1941. Elle l’a niée durant près de 50 ans, en en rendant l’Allemagne nazie responsable. Ce n’est qu’en 1990 que la Russie a reconnu que ce massacre avait été ordonné par les responsables soviétiques. En livrant les originaux des ordres de Staline, Vladimir Poutine, mettra un point final au débat historique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Katy%C5%84

14- OJ Simpson est un ancien joueur professionnel de football américain et un acteur de cinéma. Il fut accusé d’avoir assassiné son ex-épouse et le compagnon de celle-ci en juin 1994. Lors de son arrestation, le magazine Time fait une couverture controversée avec une version altérée d’OJ Simpson où l’on voit que sa peau a été noircie et son numéro de prisonnier intégré à l’image. Il n’en fallait pas davantage pour que certains représentants de la communauté afro-américaine crient au racisme. Le procès sera long et très médiatisé. Il intervient dans un contexte de clivage entres noirs et blancs (3 ans après les émeutes raciales de Los Angeles) dont témoigne les sondages montrant un net clivage dans l’appréciation de la culpabilité entre Américains noirs et Américains blancs. Le plaidoyer d’accusation débuta par la diffusion d’un appel de la femme d’OJ Simpson aux urgences, dans lequel – d’une voix empreinte de terreur – elle déclare que Simpson est dans sa maison. Des experts vinrent également affirmer que l’analyse de l’empreinte ADN sur les chaussures de Simpson provenait de la scène du crime. Cependant Simson avait engager un équipe d’avocats de haut vol qui affirma que leur client était victime d’une manipulation policière, motivées par le supposé racisme de certains policiers, et de procédures hâtives ayant contaminé les preuves ADN. Les tensions raciales crûrent tout au long du procès, à travers les Etats-Unis. Un verdict de non culpabilité fut prononcé en octobre 1995. Cependant dans les interviews des jurés, donnés à l’issue du procès, plusieurs annoncèrent qu’ils pensaient que Simpson avait probablement commis l’assassinat, mais que la procédure d’enquête, négligée selon eux, avait rendu l’accusation caduque. De nombreux experts et analystes judiciaires partageaient ce point de vue : pour eux, Simpson avait sauvé sa peau non pas parce qu’il était innocent mais parce qu’il était noir. Particularité du système judiciaire américain, un second procès au civil eu lieu quelques mois plus tard. En février 1997, un jury civil déclara Simpson responsable de coups et blessures sur son ex-femme et sur le compagnon de celle-ci, ainsi que de la mort de ce dernier. Il fut condamné à une amende de 33,5 millions de dollars.

http://fr.wikipedia.org/wiki/O._J._Simpson

15- Dans leur rapport de 2001, les membres du GIEC renoncent brutalement à la courbe des températures que leurs différents rapports proposaient jusqu’en 1990. Cette courbe était reconstruite à partir de divers sources : récits historiques, date de début des vendanges… Sur cette courbe on distinguait clairement deux périodes :

- l’optimum médiéval, aux alentours de l’an mille où il avait fait plus chaud (d’environ 2°) et pendant une période plus prolongée, qu’à l’heure actuelle. Ceci corroborait totalement les récits historiques nous indiquant que les Vikings avaient pratiqué la culture et l’élevage au Groenland et que la vigne poussait en Grande Bretagne.

- A l’inverse, le petit âge glaciaire, aux alentours de l’an 1700, fut une période plus froide que celle que nous connaissons à l’heure actuelle. Là encore, ceci correspondait à de nombreux récits historiques nous rapportant par exemple que la Seine et la Tamise gelaient quasiment tous les hivers.

En 2001, les membres du GIEC renient cette première courbe pour nous proposer la « courbe en crosse de hockey » issue de deux articles de Michael E Mann. On fait table rase du passé et on nous propose une nouvelle courbe qui n’indique plus aucun « optimum médiéval » ni « petit âge glaciaire ». Le GIEC affirme que « le niveau et la durée du réchauffement au cours du XXe siècle a été la plus importante des 1000 dernières années. Que les années 1990 ont représenté la décennie la plus chaude du millénaire » [1-P 28]

Rapport 2001 du GIEC :

http://www.grida.no/climate/ipcc_tar/wg1/pdf/WG1_TAR-FRONT.PDF

Cependant dès 2003, Stephen McIntyre relève de nombreuses erreurs dans l’utilisation des données faites par Mann : censure injustifiées de certaines données, extrapolation tout aussi injustifiée à partir de données sources, données obsolètes, calculs incorrects, erreur de localisation géographiques des données.

http://climateaudit.files.wordpress.com/2005/09/mcintyre.mckitrick.2003.pdf

Plus fort encore : en 2005, McIntyre revient à la charge en montrant que le modèle utilisé par Mann aboutit à une crosse de hockey dans 99 % des cas en introduisant des données aléatoires (test de Monte-Carlo).

L’article à rechercher : Hockey Sticks, Principal Components and Spurious Significance. Stephen McIntyre, Ross McKitrick. :

http://friendsofscience.org/index.php?cx=012135493227025700499%3A27xlkp2iec8&id=387&cof=FORID%3A11%3BFCOL%3Ablue%3B&q=McIntyre&sa=Search&siteurl=friendsofscience.org%2Fassets%2Ffiles%2Fdocuments%2FHockey%2520Stick2004GL012750%25255B1%25255D.pdf&ref=&ss=2456j1038528j10

Par la suite d’autres scientifiques tels que Moberg en 2005 ou Loehle en 2007 ont reconstruit des courbes de températures retrouvant l’optimum médiéval et le petit âge glaciaire.

En septembre 2009, Steve McIntyre qui a enfin eu accès au données de Michael E Mann, démontre que la courbe obtenue par ce dernier provient du fait qu’il a sciemment écartées des données afin de minimiser l’optimum médiéval et le petit âge glaciaire tout en accentuant le réchauffement de la fin du XXe siècle.

http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2009/09/29/1717387_le-voleur-de-l-optimum-medieval-a-enfin-ete-confondu.html

Fin novembre 2009, des hackers piratent la correspondance mails de Mann et de ses petits copains, dans laquelle il apparaît manifestement que ceux-ci trafiquaient leurs données, qu’ils cherchaient à faire pression sur les éditeurs de revues scientifiques, à éliminer tout avis de chercheur qui ne correspondait pas au leur… Et c’est alors qu’éclate le Climatgate

http://www.objectifliberte.fr/2009/11/explosif-les-ordinateurs-du-hadley-center-pirates.html

Et

http://www.objectifliberte.fr/2009/11/climategate-2-nouvelles-revelations.html

16- Tony Anatrella, Le miroir aux vanités. Spectacle du Monde n°519: janvier 2006.

17- Fabris Madouas. Mariage Gay : pourquoi ils disent non. Entretien avec Philippe Ariño, essayiste et enseignant. Valeurs Actuelles

http://www.valeursactuelles.com/mariage-gay-pourquoi-ils-disent-non20121023.html

18- Simon Leys. Le Bonheur des petits Poissons. Lettre des Antipodes. JC Lattès 2008