Le risque systémique

Oui, il existe un risque fatal lorsque tous les acteurs d’un domaine complexe (c'est-àdire dont on ne comprend pas tous les mécanismes, dont on ne connaît pas tous les facteurs) se dirigent dans une seule direction. Si les prémices sont fausses, c’est l’ensemble du système qui risque de s’écrouler. On passe alors du risque systémique à l’erreur systémique.

La question qu’il faut alors se poser est de savoir pourquoi l’immense majorité des acteurs intervenant dans un système donné s’enfonce dans l’erreur ? Personne n’est certain de tout savoir mais la plupart se trompe. N’existe-t-il pas des incitations perverses, voire des contraintes, qui poussent l’ensemble des intervenants dans une unique direction qui n’est pas la bonne ? N’y a-t-il pas une tentative d’uniformisation des comportements face à un problème complexe à l’origine du risque puis de l’erreur systémiques ?

Deux exemples semblent parfaitement révélateurs à ce sujet : la crise économique de 2008, et le débat vis-à-vis du réchauffement climatique.

La crise économique de 2008

L’économie est un domaine éminemment complexe et qui tend à se complexifier de plus en plus. Personne n’a trouvé la recette miracle d’une économie universelle juste et efficace. Aucun savant n’a, non plus, expliqué de manière globale et satisfaisante l’ensemble de la crise économique que nous vivons actuellement. On peut néanmoins faire deux remarques au sujet de cette crise: la première concerne la législation financière, la seconde le comportement des banques centrales.

Tout d’abord comment expliquer que l’immense majorité des banquiers de la planète (à l’exception notoire des banquiers canadiens et de certains banquiers suisses !) se soit jetée à corps perdu dans l’achat et la revente de produits dérivés complexes établis à partir de crédits hypothécaires américains ? Comment se fait-il que pratiquement aucun d’entre eux ne se soit inquiété à temps de « l’économie bullaire », d’abord dans l’immobilier puis dans la finance, qu’un tel comportement induisait ? De quelle épidémie ont été frappés tous ces banquiers devenus subitement à la fois cupides et idiots alors que, peu avant, la proportion de cupides et d’idiots ne devait pas différer de la moyenne ?

Parmi toutes les explications proposées, on peut remarquer que ce comportement de moutons de Panurge est allé de conserve avec une législation internationale financière de plus en plus pointilleuse. Depuis les accords de Bâle - mis en place à la suite de la défaillance d’un établissement allemand en 1974, et obligeant les banques à respecter un ratio de fond propres d'au moins 8 % de leurs engagements financiers - jusqu’à la législation concernant le crédit hypothécaire aux Etats-Unis (le RCA : Reinvestement Community Act), qui incite les banques à prêter à des clients de moins en moins solvables, la communauté internationale bancaire a été progressivement amenée à uniformiser son comportement.

En cherchant à respecter la loi ou à la contourner de manière habile, de nombreux banquiers se sont mis à faire « du crédit hypothécaire» et « du produit dérivé ». L’incitation a été d’autant plus forte que les crédits hypothécaires étaient, du moins au Etats-Unis, plus ou moins garantis par l’Etat fédéral, et que les cours de nombreux produits boursiers étaient soutenus par les Banques centrales.

Le rôle des Banques centrales a été non négligeable. D’une part, elles ont en quelque sorte assuré le risque de nombreux produits boursiers en s’engageant à soutenir tel ou tel marché en cas de défaillance et, d’autre part, elles ont collégialement inondé le marché de monnaie. En effet, pour qu’il y est « bulle » il faut de la monnaie à disposition. Or d’où provient cette monnaie sinon d’une création excessive ? Depuis l’abandon de l’Etalon or en 1971, les banques centrales n’ont plus aucun garde fou à la création de monnaie ; elles peuvent du jour au lendemain doubler une masse monétaire sans que cela leur coûte plus cher que le prix du papier ! Or cet excès de monnaie ne pouvant se résorber par l’augmentation généralisée des prix (concurrence mondiale oblige), elle s’écoule de façon erratique, d’une bulle à l’autre.

Ainsi une réglementation uniformisante associée à une création monétaire excessive , débridée, non contrôlée, nous a conduit à une erreur systémique dans le domaine complexe de l’économie.

Le réchauffement climatique

Le (non ?) débat à son sujet offre également un très bel exemple de risque systémique.

La science climatologique est à la fois nouvelle et très mal comprise : qu'en est-il exactement du rôle respectif des gaz à effet de serre, du soleil, des nuages, des rayons cosmiques… nul ne le sait vraiment. Et pourtant, sous l’effet de la pression des environnementalistes, les dirigeants politiques de nombreux pays occidentaux s’engagent à (très) grand frais dans un processus de réduction des émissions de gaz à effet de serre et plus particulièrement du CO2, à partir d’un pseudo consensus scientifique émanant du GIEC.

Les membres du GIEC sont en effet certains « à plus de 90 % » que le réchauffement climatique observé au cours du XX ème siècle est exclusivement du aux émissions anthropiques de CO2. Ceci doit nous amener à deux réflexions.

Tout d’abord, en supposant que l’homme puisse influencer la température de sa chère planète, quelle devrait être la « température moyenne optimale de la Terre » ? Qui va décider d’une part de la pertinence de ce concept et d’autre part de son niveau souhaitable ? Par quel procédé la population mondiale arrivera-t-elle à s’accorder sur ce niveau de température ? Peut-on sérieusement penser que les habitants de la Sibérie et ceux du Sahara aient une opinion concordante en la matière ?

Ensuite, si les hommes et femmes politiques des pays industrialisés tentent d’imposer une uniformité de comportement, ils le font à partir des travaux d’un seul organisme, vis à vis duquel la contradiction n’est pas admise. Malheur aux sceptiques, à ceux qui dérogent au dogme : si c’est un politique comme Vaclav Klaus, il est jugé totalement irresponsable; si c’est un scientifique comme Claude Allègre, il est traité de menteur et traîné dans la boue. A coup de taxe carbone par-ci et de subventions d’éoliennes par-là, les politiques « agissent en responsables », tous dans la même direction, sur les conseils de scientifiques que le doute n’habite plus.

Le raisonnement politique vicié

Le pouvoir politique en arrive alors, à partir d’un raisonnement simpliste sur un sujet complexe, à mettre en place des systèmes particulièrement pernicieux ; en effet, l’homme politique :

- attribue tout d’abord la déviance d’un système complexe à une cause unique : la cupidité des banquiers ici, la production anthropique de gaz à effet de serre là ;

- cherche par tous les moyens à contrôler cette soit disant cause originelle par une inflation réglementaire continue (de la finance ou de la production de gaz à effet de serre), en occultant les autres facteurs;

- tout en utilisant des « remèdes » (création monétaires, avis de l’unique GIEC) qui ne connaissent aucune limite à leur production.

Ainsi dans la banque on ne parle plus que d’augmenter le contrôle de l’activité (et donc d’uniformiser encore plus le comportement) tout en continuant d’arroser le système de monnaie. Le message subliminal donné aux banquiers est le suivant : "Faites ce qu’on vous dit; de toute manière, si vous vous plantez, nous obligerons les banques centrales à vous donner de l’argent".

Tandis qu’en matière de réchauffement climatique on tente de limiter toujours plus la production de CO2 sur les seuls conseils des membres du GIEC. Et la « mauvaise mayonnaise » prend d’autant mieux que les politiques, ne raisonnant plus qu’à partir du seul principe de précaution, financent les scientifiques sans se donner les moyens de critiquer leurs conclusions. Le message est ici le suivant : "fais moi peur, je te donnerai de l’argent, et plus tu me feras peur, plus tu en auras !"

Dans les deux cas se met en place un cercle vicieux voyant une réglementation de plus en plus contraignante et uniformisante s’associer à un unique remède. Or dans les deux cas le remède, dont la production est encore une fois quasiment illimitée, prolonge le mal tout en l’amplifiant.

Dans le cas de la finance, on répond à chaque effondrement de bulle par une injection encore plus importante de liquidités qui nous conduit à la bulle suivante encore plus importante que la précédente : bulle internet, bulle immobilière, bulle des produits dérivés… jusqu’à la prochaine dont on ne sait pas encore où elle va gonfler, mais pourquoi pas dans les technologies dérivant de l’écologie justement ? En effet, « l’engouement » suscité par la législation en ce qui concerne les énergies propres est déjà à l’origine d’une spéculation préoccupante dans les industries de l’éolien et du solaire.

Cependant dans le domaine écologique, il est probable qu’éclate avant tout la « bulle climatique ». En effet, de nombreuse failles commencent à apparaître dans les conclusions « sûres à 90 % » du GIEC. D’une part il semble quasiment certain que le réchauffement de la fin du vingtième siècle n’ait pas concerné uniquement la Terre mais aussi Mars, Jupiter, Saturne et même Pluton où le CO2 d’origine humaine ne doit pas jouer un grand rôle. D’autre part il est à présent certain que les températures moyennes se stabilisent, voire diminuent, depuis 1998 alors même que la quantité de CO2 dans l’atmosphère continue de croître.

Les membres du GIEC se sont très certainement trompés en se contentant de raisonner à partir du seul CO2 et en négligeant d’autres facteurs, notamment l’activité du soleil. Il est, en effet, extrêmement probable que la diminution des taches solaires que l’on observe actuellement nous conduise vers un redoux important dans les années à venir.

L’unique remède proposé par le GIEC (la diminution de la production anthropique de CO2) nous fait donc courir un risque systémique coûteux. Et si ce risque devient une erreur systémique, il y a fort a parier que les conséquences seront au moins aussi redoutables que celles de la crise économique. Les réactions de rejet vis-à-vis du monde politique et du monde scientifique qui nous auront tous les deux conduits dans l’erreur seront sans doute d’une rare violence.

Rétrocontrôles et consensus scientifique

En fait, l’analyse des systèmes complexes doit nous amener à considérer deux notions fondamentales : l’existence de rétrocontrôles et la défiance vis à vis des consensus. Les rétrocontrôles, ou les rétroactions négatives, sont présents dans tous les systèmes complexes. Les arbres ne poussent jamais jusqu’au ciel, tant dans le domaine de la climatologie que dans celui de l’économie.

Ainsi, il semble à présent prouvé qu’une augmentation de température va induire une augmentation de la couverture nuageuse qui loin d’augmenter l’effet de serre va au contraire entraîner une diminution de la température par augmentation de la réfraction de l’énergie provenant du soleil.

De même, en économie une fiscalité attrayante dans une première ville par rapport à une seconde va entraîner dans un premier temps une migration de la population de la seconde vers la première. Cette migration ne va jamais totalement vider la seconde ville car dans la première, du fait de l’afflux migratoire, le prix des loyers dans un premier temps, puis celui de différents services va progressivement augmenter, ce qui va finir par diminuer l’intérêt d’un éventuel déménagement. La vie plus chère dans la première compensera sa fiscalité plus attrayante et un équilibre (forcément précaire) se produira.

Les rétrocontrôles autolimitent une déviance du système ; ils préviennent l’emballement de celui-ci. Et nous commettons très certainement une erreur monumentale lorsque nous supprimons l’un d’entre eux (l’abandon de l’étalon or) ou lorsque nous omettons d’en créer un (l’absence de contradiction vis-à-vis du GIEC). Par ailleurs, lorsque l’on avance tous dans la même direction, sans esprit critique, tant dans la science économique que dans la science climatologique, peut-on encore parler de science ? Ne sommes nous pas tombés dans le domaine de l’idéologie, de la religion, de la secte ? Le consensus scientifique n’est pas une preuve. Il peut être battu en brèche à tout moment. Il est d’ailleurs le plus souvent récusé par un scientifique isolé qui va découvrir « quelque chose » en rupture totale avec la pensée dominante. Rappelons nous Copernic, Wegener, Einstein…

A vrai dire, le consensus scientifique est dangereux car il conduit à l’erreur systémique.

(A suivre) Trait_html_691a601b.jpg

Guillaume Trémeau est médecin à Lyon. La seconde partie de ce texte traitera du "Syndrôme de l'Ile de Pâques" et de l'illusion d'une gouvernance mondiale.