Productivités, compétitivité, fiscalité : où en est exactement l'économie française ?
Par Guillaume Trémeau le mercredi 12 janvier 2011, 15:37 - Note de synthèse - Lien permanent
Un de mes amis économiste m’a fait récemment parvenir un comparatif de la productivité horaire de 33 pays (1).
On y voit que la France ne se comporte pas trop mal : elle est en sixième place, juste devant l’Allemagne et seulement deux places derrière les Etats-Unis (4ème).
Ce classement laisse néanmoins rêveur car il nous fait croire que l’économie française serait l’une des plus performantes du monde, d’un niveau supérieur à celle de la Suisse (seulement 13ème) et bien supérieur à celle de la Corée du Sud (qui se traîne misérablement, en fin de peloton, à la 29ème place)
A la vue d’un tel résultat, tous les indicateurs économiques devraient être au vert en France : emploi, croissance, exportations… Or dans les faits, dans la vie pratique de tous les jours, force est de constater qu’il n’en est rien.
La discordance vient probablement du fait que la notion de productivité, si elle est fondamentale pour expliquer « l’enrichissement » économique, n’est peut être pas si simple à comprendre. En ce qui la concerne, deux notions méritent certainement d’être développées avant d’en suggérer une troisième. Il convient, en effet, de bien comprendre les notions de productivité annuelle et de productivité globale, avant de discuter d’une troisième notion que l’on pourrait appeler « productivité réelle ». Mais il faut avant tout revenir sur la définition de la productivité et les conséquences qu’elle induit.
Les conséquences de l’augmentation de la productivité
La productivité c’est ce que l’on produit par unité de temps. Augmenter sa productivité, c’est produire plus en réduisant ses coûts de production, c’est produire plus avec moins. Cela veut dire que l’on économise des ressources qui pourront être consacrées à une autre utilisation. Augmenter sa productivité, c’est éviter le gaspillage.
L’une des conséquences de ce processus est, à priori, négative. En effet, réduire ses coûts de production, conduit bien souvent à diminuer ses frais de personnels, c'est-à-dire à licencier des employés. Si chaque employé produit plus, il ne sera pas nécessaire d’en garder autant que par le passé pour répondre à la demande. Augmenter la productivité dans un secteur particulier conduit donc, dans un premier temps, bien souvent au chômage. Mais ce processus en induit immédiatement un autre. En effet, les employés mis au chômage vont être disponible pour faire « autre chose ». Et cette disponibilité, en quelque sorte immanente, va jouer un rôle fondamental dans le développement économique des sociétés.
Ainsi, rappelons-nous qu’en France, en 1900, il était nécessaire d’employer 70 % de la population dans l’agriculture pour nourrir la nation. Un siècle plus tard, les agriculteurs ne représentent plus que 3 % de la population, et cette faible proportion suffit à rendre le même service. Les formidables gains de productivité enregistrés dans l’agriculture ont ainsi, dans un premier temps, obligé la majorité des agriculteurs à abandonner leur métier (ils ont été mis au chômage). Mais ces agriculteurs ont alors été disponibles pour travailler dans des usines. Ainsi les gains de productivité agricole ont à la fois dégagé des ressources (par les économies qu’elles engendraient) et de la main d’œuvre permettant, respectivement, les investissements et l’embauche du personnel nécessaires au développement de l’industrie.
Par la suite et d’une manière similaire, les gains de productivité ont alors concerné l’industrie, tout au long du XXe siècle ; ce qui a permis, de nouveau, la mise à disposition de ressources et d’individus autorisant le développement de nouvelles activités, dans le domaine des services ou des loisirs, notamment. Nous n’aurions jamais pu atteindre notre niveau actuel de richesses (sur le plan matériel tout du moins!) si 70 % de la population travaillait encore dans les champs !
Productivité annuelle et productivité horaire.
Pour mesurer la compétitivité économique d’un pays, il convient de ne pas se tromper dans le choix de l’instrument de mesure, d’être certain d’avoir le bon outil de comparaison. La productivité est certainement un bon outil, mais pour « s’enrichir », ce qui importe, c’est moins la productivité horaire que la productivité annuelle (c'est-à-dire la productivité horaire multipliée par le nombre d’heures travaillées par an).
Je m’explique : même si je suis le cardiologue (c’est mon métier !) le plus productif de la planète, le simple bon sens me susurre à l’oreille que je ne pourrais pas espérer ou prétendre gagner plus que mes collègues si je décide de ne travailler qu’une seule heure par semaine alors que tous mes confères travailleront 50 heures durant cette même semaine. Il me faut donc pondérer ma productivité horaire par le nombre d’heures que je consacre effectivement à mon travail.
Un court article, publié sur Internet, fin 2007 (2), peut nous convaincre définitivement de cette idée. Celui-ci comparait les productivités horaires et annuelles de la France et des Etats-Unis. A l’époque, la France se situait à la 3 ème place en matière de productivité horaire (et non pas à la 6 ème comme actuellement !), juste derrière les Etats-Unis, la Norvège remportant déjà la première place. A partir de cette brève on pouvait constater assez simplement, qu’en 2006, la productivité par heure de travail du Français s’élevait à 98 % de celle de l’Américain, alors que sa productivité annuelle n’atteignait que de 83 %. On voyait également que l’écart se creusait dans le temps, dans la mesure où la productivité annuelle du Français atteignait encore 89 % de celle de l’Américain, six ans plus tôt, en 2000. Enfin, ce décrochage en matière de productivité annuelle s’expliquait, non pas par des variations notables de la productivité horaire, mais plutôt par une diminution plus accentuée du nombre d’heures travaillées par an en France (- 4,04 %) qu’aux Etats-Unis (- 2,64 %) durant ces six années. D’ailleurs, une étude de l’Insee, consultable elle aussi sur le net (3), montre bien que si la tendance à la diminution du nombre d’heures travaillées concerne la majorité des pays occidentaux, elle est nettement plus accentuée en France que partout ailleurs.
On peut s’amuser à vérifier cette tendance en utilisant les données du Groningen Growth Development Center (4) à partir desquelles l’Insee a rédigé son article (3). On confirme alors que la productivité annuelle de la France, qui représentait 94,1 % de celle des Etats-Unis en 1998, est tombée à 85,7 % en 2009. On constate même que les productivités horaires, qui étaient équivalentes en 1998 divergent insensiblement sur la même période, aux dépends de la France : la productivité française n’atteint plus que 92,7 % de l’américaine en fin de période (Tableau 1). On peut ainsi mesurer, en partie tout du moins, le décrochement économique insensible des Français vis-à-vis de leurs cousins d’outre-Atlantique.

D’après (4). HW = nombre d’heures travaillées par an, Prod H = productivité horaire, calculée en $US constants 2009. La productivité annuelle utilisée dans la dernière colonne s’obtient en multipliant la productivité horaire par le nombre d’heures travaillées par an.
En utilisant les données sur une plus longue durée, on peut s’apercevoir également que la diminution du nombre d’heures travaillées en France, comparativement aux Etats-Unis, est graphiquement assez impressionnante :

Graphique 1 : Nombre d’heures travaillées en France et aux Etats-Unis D’après (4)
L’analyse graphique nous indique également qu’en matière de productivité horaire, si la France avait fait des efforts louables dans les années 1970 – à tel point qu’elle égalait par la suite les Etats-Unis pendant près de 15 ans – elle décroche donc légèrement depuis quelques années :

Graphique 2: Productivité horaire en France et aux Etats-Unis exprimée en US$ constants 2009. D’après (4)
Enfin, on constate qu’après une période allant des années 1950 jusqu’au milieu des années 1980 où la France « rattrapait » les Etats-Unis en matière de productivité - tant horaire qu’annuelle - , une indiscutable chute s’amorce à partir du début des années 1990 pour ce qui est de la productivité annuelle et du milieu des années 2000 en ce qui concerne la productivité horaire :
.
Graphique 3: Productivités horaire et annuelle de la France exprimées en pourcentage de la productivité américaine. D’après (4)
Finalement, la productivité horaire ne rend pas compte, à elle seule, de l’enrichissement. Il faut aussi tenir compte de la durée du temps de travail. Ce qui coïncide finalement avec le bon sens (« Travaillez plus pour gagner plus », cela vous rappelle quelque chose ou quelqu’un, non ?). Cependant ces deux notions de productivités par unité de temps (horaire ou annuelle) masquent une partie de la réalité. D’où l’idée de s’intéresser à la productivité globale.
Le coiffeur et la productivité globale.
Le concept de productivité globale a été développé par Paul Robin Krugman (prix Nobel d’économie 2008) dans son livre La Mondialisation n’est pas coupable (5). Dans cet ouvrage, PR Krugman s’intéresse, entre autre, au lien qui existe entre l’augmentation des salaires réels (c'est-à-dire "l’enrichissement » des individus") et la productivité. Il nous propose alors deux idées intéressantes :
- pour lui, l’augmentation des salaires dépend, non de l’augmentation de la productivité dans un secteur donné mais de la productivité globale de l’économie du pays ;
- et toute augmentation de la productivité dans un secteur donné, entraîne non seulement une augmentation de la productivité globale du pays, mais elle s’accompagne mécaniquement d’une augmentation de tous les salaires (« L’histoire économique nous montre que les salaires progressent automatiquement avec la productivité. Il n’y a pas d’exemple d’un pays ayant connu une croissance à long terme de sa productivité sans un progression plus ou moins égale des salaires réels »).
Il illustre ces deux concepts, de façon amusante, à partir d’un exemple concernant la coiffure. Il nous fait remarquer, à juste raison, que
« la très haute productivité relative de l’industrie américaine explique qu’il est beaucoup plus cher de se faire couper les cheveux aux Etats-Unis que dans un pays du tiers-monde alors même que la productivité des deux coiffeurs est proche ».
Et il en déduit aussitôt que
« Cela veut aussi dire que le salaire réel moyen du travailleur américain serait plus élevé si les coiffeurs américains étaient plus productifs »
Autrement dit, la richesse américaine serait encore plus importante si leurs coiffeurs faisaient un petit effort de productivité ! Mais ceci est vrai dans tous les pays du monde, et notamment en France. On peut, au bout du compte, ressentir un vif ressentiment vis-à-vis des coiffeurs qui finalement continuent de s’enrichir au cours des siècles – La productivité d’un coiffeur du Moyen-Âge ne devait pas être beaucoup plus faible que celle d’un coiffeur du XXIème Siècle, quand on y réfléchit… -, en bénéficiant des abondants gains de productivité effectués dans d’autres secteurs (agriculture, industrie) et sans trop se poser de questions concernant leur propre productivité.
Mais on peut également se dire que les coiffeurs ne sont pas les seuls à profiter de cette augmentation de la productivité globale. En France, par exemple, il existe des entreprises hautement productives dans leur secteur d’activité (Danone, Total…) et qui se défendent très bien sur le plan international face à la concurrence. Mais ces entreprises tendent à réaliser, de plus en plus, leur chiffre d’affaire hors de France. Pourquoi ? Parce qu’en France, elles travaillent dans un pays où, en plus des coiffeurs, il existe d’autres secteurs où les gains de productivité sont faibles, voire négatifs au cours du temps. Il s’agit des entreprises nationalisées et des administrations publiques qui œuvrent dans un contexte non concurrentiel (Jean-Pierre Chevallier, celui qui m’a envoyé le mail originel, avait, en son temps, écrit plusieurs articles forts intéressants sur le sujet (6). La concurrence étant absente, ces entreprises et administrations ne sont pas stimulées dans la recherche de gains de productivité. On peut appréhender ces « gains de productivités négatifs » à partir d’exemples pris à la SNCF (7) ou à l’Education Nationale (8).
Donc, dans un pays donné, la haute productivité des entreprises du secteur marchand et concurrentiel est contrebalancée par la faible productivité des entreprises nationalisées et des administration publiques. Il semble alors évident que plus la proportion du secteur public est importante plus la productivité globale du pays en question sera faible. Or, selon Eurostat (9), les dépenses totales des administrations publiques représentaient en France 56 % du PIB, en 2009.
Productivité réelle et pêche inuit
Les indices de productivité qu’on nous donne, ici ou là, sont en général des indices de productivité globale, prenant en compte tant le secteur marchand que le secteur non marchand. Mais justement parce que ceux-ci tiennent compte des administrations publiques à la productivité incertaine, parfois nulle ou négative, on peut se demander si ce sont des indices « économiques » vraiment pertinents (ici encore, utilisons nous les bons outils ?).
En effet, la productivité des entreprises publiques est en fait très peu sensible à la conjoncture ; son évolution est surtout de nature discrétionnaire, évoluant au gré des décisions politiques qui peuvent venir augmenter, ou au contraire restreindre le nombre des fonctionnaires, et de même augmenter plus ou moins rapidement leur rémunération… En bref, le « poids » économique des administrations publiques est moins le fait d’un choix économique faisant intervenir les notions d’offre et de demande de la part du consommateur que le fait du prince, obéissant à tel ou tel groupe de pression.
On subodore cependant que l’évolution économique d’un pays est forcément influencée, à la fois, par l’efficacité et les coûts de son secteur public. Il est alors tentant de déterminer la productivité réelle d’une nation en fonction de l’importance des coûts que génèrent ses administrations. Ce n’est pas facile mais on peut tenter d’approcher la réalité à partir d’un petit exemple, lui aussi découvert sur Internet.
Par définition, le PIB calculé au niveau d’une nation tient compte à la fois de la production marchande et de la production non marchande. Le PIB non marchand, composé exclusivement de services, est essentiellement le fait des administrations publiques (Police, Justice, Enseignement). Ces administrations rendent donc des services dont il est difficile d’apprécier la valeur marchande exacte et, par convention, les instituts statistiques, tel que l’Insee, évaluent le PIB non marchand à son coût de production.
Venons en à notre exemple (10). Imaginons, sur la banquise, une communauté inuit réduite à deux individus : le premier est pêcheur, le second… fonctionnaire.
Sur l’année 2008, l’esquimau pêcheur attrape 4 poissons et en donne 1 à l’esquimau fonctionnaire (ce poisson donné représente donc à la fois les impôts du pêcheur et le salaire du fonctionnaire). Comment l’Insee va-t-elle décortiquer le PIB et le Taux de prélèvements obligatoires pour cette année 2008 ? De la façon suivante :
PIB total (en poissons) = 4 (PIB marchand) + 1 (PIB non marchand) = 5
Jusque là, pas trop de problème. En revanche cela devient plus délicat dans le calcul du taux de prélèvements. L’Insee va, en effet, le calculer de la façon suivante :
Taux de prélèvements = 1/5 = 0,2 soit 20 %
Là on peut commencer à discuter de la méthode de calcul car, intuitivement, beaucoup d’entre nous auraient plutôt pensé que le véritable taux de prélèvements était de 1/4 soit 25 %. Ce « biais » de calcul revêt toute son importance si l’on développe le raisonnement dans le temps.
En 2009, l’esquimau pêcheur attrape toujours 4 poissons mais, cette fois-ci, il en donne 2 au fonctionnaire. Que dit l’INSEE :
- PIB total = 4 + 2 = 6
- Taux de prélèvements = 2/6 soit 33 % (alors que l’on aurait plutôt dit 1/2 soit 50 %)
Les calculs de l’Insee vont devenir franchement discutables lorsque celle-ci va nous donner son appréciation de la croissance du PIB de la petite communauté inuit entre l’année 2008 et l’année 2009. Selon elle, en effet, le calcul est le suivant
Croissance PIB 2009/2008 =( 6 – 5)/5 = 20 %
alors que l’on aurait dit plutôt 0 % ! Et l’on devient totalement circonspect si l’on imagine à présent qu’en 2010 l’esquimau n’attrape que 3 poissons mais qu’il doit tous les donner au fonctionnaire :
- PIB total = 3 + 3 = 6 - Taux de prélèvement = 3/6 = 50 % alors que l’on aurait plutôt tendance à dire 100 % - Croissance PIB 2010/2009 = 0 % alors que l’on aurait plutôt dit récession (diminution du PIB) de 25 %
On comprend ainsi, notamment à partir de l’exemple 2010, que l’Insee ,dans ses calculs, va toujours surestimer la croissance réelle, notamment en période de crise, lorsque les prélèvements obligatoires enflent tandis que chute la production réelle.
On peut également, à partir de cet exemple simple, essayer de déterminer, non seulement un taux réel des prélèvements, mais aussi une productivité (globale) réelle en fonction des taux de prélèvements annoncés et de la productivité annoncée par les instituts statistiques.
Mais tout d’abord, ne nous méprenons pas sur le fond du débat. Le propos ne vise pas à clouer au pilori les coiffeurs ou les fonctionnaires ! Nous avons indiscutablement besoin des deux au sein d’une société. Ainsi l’esquimau fonctionnaire a probablement toute son utilité ; on peut imaginer qu’il assure la sécurité (fonction d’armée et/ou de police) de son collègue pêcheur et qu’en son absence, celui-ci ne pourrait peut être pêcher aucun poisson et que tous les deux mourraient de faim… Ce qu’il importe de bien comprendre c’est que les services assurés par les fonctionnaires ont un coût, que ce coût est déterminé arbitrairement par la législation, que ce coût peut nuire à la prospérité générale s’il est trop élevé et que la détermination du coût optimum est difficile à faire. On ne peut, jusqu’à présent, que l’approcher de manière globale par l’intermédiaire notamment des travaux d’Armey et Laffer selon lesquels l’optimum du niveau des dépenses publiques se situerait aux alentours de 30 % du PIB (11) (et non pas 56 %, comme on l’observe en France en 2009 (9)
A partir de l’exemple de notre communauté inuit on peut proposer la définition d’un PIB réel (PIBR), d’un taux de prélèvements réels (TPR) et d’une productivité réelle (ProdR) à partir du PIB annoncé par les instituts statistiques (PIBA), du taux de prélèvements annoncé (TPA), et de la productivité annoncée (Prod A).
Pour calculer nos trois indices réels, on décide dans un premier temps de définir le PIB réel à partir du seul secteur marchand en éliminant de son calcul la part du secteur non marchand. Encore une fois, notre esquimau fonctionnaire ne pêche aucun poisson ! il est utile mais ne « produit » rien. En 2008 le PIB réel est donc :
PIBR = 4 (les 4 poissons pêchés dans l’année par l’ensemble de la communauté)
Ensuite l’esquimau fonctionnaire recevant 1 poissons sur les 4, le taux de prélèvements réels est le suivant :
TPR = 1/4 donc 25 %
Enfin la productivité annuelle globale et réelle de la communauté se définit par le rapport du PIB réel sur la population en activité :
ProdR = 4/2 = 2 poissons par esquimau (alors que la productivité annoncée par l’Insee sera de 5/2 = 2,5 poissons).
Ensuite, nous allons exprimer nos trois indices réels en fonction de ceux fournis par les instituts de statistiques, c'est-à-dire de la productivité annoncée (ProdA) du taux de prélèvement annoncé (TPA) et de la productivité annoncée (ProdA). Après une série de calculs simples, décrite dans l’annexe ci-dessous, on obtient :
PIB réel = PIBR = PIBA – (PIBA x TPA)
Taux de Prélèvements Réels = TPR = TPA x PIBA/PIBR
Productivité Réelle = ProdR = ProdA x (1 – TPA)
On voit immédiatement, à propos de la dernière formule, que la productivité réelle est fortement influencée par le taux de prélèvements annoncés : toute augmentation du taux de prélèvement annoncés entraîne une baisse de la productivité réelle (et à la limite un taux de prélèvements annoncée de 100 % induit une productivité réelle de 0 !) et que c’est uniquement dans le cas où le taux de prélèvement annoncé sera égal à 0 que la productivité annoncée correspondra bien à la productivité réelle.
On peut alors, à partir des données du Groningen Growth Development Center (4), celles d’Eurostat (9) et celles de l’OCDE (12) reconstruire successivement le classement de 31 des 33 pays cités par Work For All (les données concernant le Mexique et la Russie sont difficiles à trouver et ces deux pays n’ont pas été pris en compte) en fonction de la productivité horaire, de la productivité annuelle et de la productivité réelle :

Graphique 4: Productivité horaire exprimée en US$ constants 2009. En vert les pays de la zone euro. D’après (4).

Graphique 5: Productivité annuelle exprimée en US$ constants 2009. En vert les pays de la zone euro. D’après (4), et (9) ou (12) (pays marqués d’une étoile*) concernant les prélèvements annoncés

Graphique 6: Productivité réelle. Productivité réelle = productivité annuelle x (1 – Taux de prélèvements annoncés)/10 000. En vert les pays de la zone euro D’après (4), et (9) ou (12) (pays marqués d’une étoile*) concernant les prélèvements annoncés.
A la lecture du graphique 4 , on peut noter deux éléments intéressants :
- qu’il ne diffère pas beaucoup de celui publié par Work for All (1), la France restant toujours 6 ème;
- que l’on s’étonne toujours de la position de la Suisse et de la Corée du sud.
Sur le graphique 5 on remarque que :
- la France décroche d’une place, ce qui n’est pas étonnant compte tenu du relatif faible nombre d’heures travaillées ;
- que la Suisse et la Corée du Sud restent toujours mal classées.
Sur le graphique 6, prenant donc en compte l’importance du taux de prélèvements, on observe :
- que la France recule nettement et qu’elle est cette fois-ci devancée par l’Allemagne et les Pays bas (les bons élèves de l’Union Européenne) ;
- que d’une manière globale les pays de la zone euro (en vert), à l’exception notable du Luxembourg et de l’Irlande, sont globalement moins bien classés que dans les tableaux précédents ;
- qu’il en va de même des pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande) en raison de leurs taux de prélèvement probablement trop élevés ;
- qu’en revanche, les pays du monde anglo-saxon s’avèrent très performants, de même que nos voisins suisses et les Sud Coréens.
Ce dernier tableau apparaît surtout plus en accord avec l’idée que l’on se fait « à priori » des performances économiques de chaque pays (du moins en ce qui me concerne…). Il ne représente bien sûr qu’un instantané sur l’année 2009, une étude des évolutions sur plusieurs années serait intéressante mais dépasserait le cadre de cet article.
Enfin, un dernier graphique (Graphique 7) semble confirmer qu’il existe une tendance (qui mériterait d’être vérifiée statistiquement) à l’augmentation de la productivité réelle en fonction de la diminution des taux de prélèvements. Cette tendance est d’ailleurs en adéquation avec les travaux d’Armey-Laffer, dans la mesure où tous les pays (à l’exception de la Corée du Sud) présentent un taux de prélèvement supérieur à l’optimum de 30 % du PIB qu’ils avaient déterminé.

Graphique 7: Productivité réelle et Taux de prélèvements annoncés. D’après([4) et (12)
Heurror !
Il semble donc capital de bien envisager la productivité sous toutes ses variantes (horaire, annuelle et gobale) pour apprécier les performances économiques d’un pays. Il convient aussi de bien saisir deux des conséquences d’une variation de la productivité :
- Quand vous augmentez votre productivité horaire ou annuelle, que se soit à titre personnel ou au sein de votre secteur d’activité, non seulement vous vous enrichissez vous-même, mais vous enrichissez également tout le monde, c'est-à-dire tous les membres de la nation dans laquelle vous œuvrez. En effet, en augmentant votre productivité individuelle vous contribuez à l’augmentation de la productivité globale
- par ailleurs, si vous êtes moins productif que votre voisin, au niveau personnel ou à l’échelle d’un pays, vous ne pouvez subsister qu’en acceptant de devenir moins riche que lui, qu’en diminuant vos coûts de production (salaires, bénéfices…), d’une manière ou d’une autre, de façon a rester concurrentiel.
Sur un plan plus général cela signifie que deux pays ne peuvent conserver un écart de richesse moyen donné si la productivité globale de l’un croît plus vite que celle de l’autre. Le pays le plus productif deviendra inévitablement le plus riche, en moyenne.
Pour sortir de l’impasse, le pays le moins productif n’a que quatre solutions :
1) augmenter sa productivité globale, de façon à redevenir concurrentiel, en agissant sur les trois déterminants essentiels que sont la productivité horaire, le nombre d’heures travaillées ou les taux de prélèvements.
2) il peut s’endetter de façon à distribuer des subsides à ses sujets, mais cette politique n’a qu’un temps, viendra inévitablement le jour où il faudra régler l’ardoise.
3) il peut enfin accepter de devenir moins riche en abaissant ses coûts de production de façon, là aussi, à redevenir concurrentiel. Et pour se faire il n’y a que deux solutions : soit la baisse autoritaire des salaires, soit la dévaluation de sa monnaie (qui revient finalement à abaisser tous les coûts de production de manière relative).
Pour prendre un exemple, on peut observer quelle fut la politique économique de la France, vis-à-vis de l’Allemagne, depuis la dernière Guerre, en scindant cette évolution sur deux périodes :
- avant l’adoption de l’Euro, en moyenne, la France présentait une productivité globale inférieure à celle de l’Allemagne. Elle ne s’endettait que dans des proportions raisonnables et n’a jamais utilisé la baisse autoritaire des salaires, beaucoup trop dangereuse politiquement. En pratique elle n’a utilisé que la dévaluation, à maintes reprises.
- depuis l’instauration de l’euro, la France ne peut plus dévaluer, monnaie unique oblige. Elle n’a pas su aussi bien que nos voisins d’outre-Rhin (pourtant fortement pénalisés par l’intégration de l’ex-RDA, très peu productive) améliorer suffisamment sa productivité globale. Elle n’a, évidemment, toujours pas utilisé la baisse autoritaire des salaires. En pratique elle s’est fortement endettée, mais la situation devient intenable…
Que peut et doit faire la France à présent ? Elle devra inévitablement régler ses dettes, du mieux possible, afin de rester crédible sur les marchés financiers. Ensuite, elle ne pourra pas pratiquer la baisse autoritaire des salaires car cela déclencherait une révolution ! Elle devra augmenter sa productivité globale, c'est-à-dire, améliorer si possible sa productivité horaire (la marge est faible mais réelle), augmenter le nombre d’heures travaillées mais surtout diminuer son taux de prélèvements. Cependant, ce dernier point, qui passe certainement par la privatisation de certains secteurs de manière a les remettre dans le milieu concurrentiel, ne pourra se faire que progressivement car la manière forte conduirait, elle aussi, inévitablement au chaos. Et finalement, le choix se limite, pour parer au plus pressé, à une sortie de l’euro pour dévaluer. C’est, en quelque sorte, mathématique… Ca va faire mal, mais plus on attend, plus ça fera mal !
Il faut, en effet, bien comprendre que la monnaie unique nous prive d’un outil indispensable (la dévaluation) qui nous permettait, par le passé, de compenser, dans une relative douceur, notre défaut de compétitivité relatif. En adoptant l’euro nous nous sommes privés (nous et tous les pays du Club MED !) d’une variable d’ajustement, d’un « rétrocontrôle », qui nous permettait de palier à nos carences en matière de productivité globale. Nous avançons à présent dans une impasse dangereuse. L’euro, c’est décidemment, non seulement une erreur mais aussi une horreur, une véritable « heurror » !
NOTES
1- Euro et productivité. Blog de Jean-Pierre Chevallier
2- Français encore un effort ! Francis Lefebvre-Billez
3 – Soixante ans de réduction du temps de travail dans le monde. Gérard Bouvier et Fatoumata Diallo, Synthèses des biens et des services, Insee
4- Groningen Growth Development Center(GGDC). Cliquer alors sur : Total Economy Database, Output, Labor, and Labor Productivity Country Details, 1950-2009
5- PR Krugman. La mondialisation n’est pas coupable. Editions La Découverte 1998.
6- SNCF et productivité des services publics français. Blog de Jean-Pierre Chevallier
7- Ainsi la productivité de la SNCF a été négative entre 2001 et 2004. En effet, selon les comptes publiés en € courants, le chiffre d’affaire 2001 était de 20,129 milliards d’euros pour un effectif total de 182 815 cheminots soit une productivité annuelle de 110 073 € par cheminot. En 2004, le chiffre d’affaire se montait à 22,059 milliards d’euros pour un effectif de 229 877 cheminots ; soit une productivité annuelle de seulement 95 960 euros. Ceci correspond à une baisse de plus de 13 % de la productivité sur 3 ans, baisse qui est encore sous-estimée car calculée en euros courants !
8- Selon la Cour des Comptes, en 1990, un classe moyenne de lycée comptait 30 élèves et moins de 23 en établissement professionnel. Aujourd’hui, l’effectif moyen est inférieur à 28 en lycée et à 19 en établissement professionnel. Notre ratio nombre d’élèves par enseignant est l’un des plus faibles de l’OCDE (Valeurs Actuelles n°3836. 03/06/2010)
9- Eurostat. Tables, Graphs and Maps Interface (TGM) table
10- Taux de prélèvements : une formidable performance
11- Causes de croissance différentielle en Europe. Work For All.
12- Données OCDE
Commentaires
La démonstration économique est remarquable, dommage que la conclusion politique le soit moins. Si l'on peu reconnaître un avantage à l'euro, c'est bien le fait d'avoir éloigné (un temps) les hommes du gouvernement de la manipulation monétaire. Enfin, jusqu'à récemment, puisqu'ils ont tout de même réussi à contraindre le directeur de la bce à racheter des obligations d'état à valeurs très dépréciée.
Le secteur publique plombe la productivité en rendant des services médiocres ou mauvais. Les hommes de l'état utilise tous les artifices possibles pour palier cet état de fait. La dévaluation était en France une arme (de destruction massive) à leur disposition. Elle ne l'ai plus maitenant, tant mieux. La monnaie n'a pas d'autres rôle que d'assurer la stabilité des prix, celui du pouvoir d'achat et de diminuer le coût de l'échange (si j'ai bien appris les leçons de Georges Lane et de François Guillaumat). La dévaluation ruine les épargnants, et comme tous les économistes autrichiens nous l'ont magnifiquement démontré, l'épargne joue un rôle crucial quant à la prospérité et la croissance économique.
bonjour
la démonstration économique est inexacte, car elle confond le cadre de production et la nature des outputs . Elle suppose implicitement que le périmétre du secteur public payé sur prélévements obligatoires est identique suivant les pays , et que la productions de ce secteur public ne contient aucune production "de nature marchande " mais uniquement des services qui rendent possible ou fournissent un cadre à la production réélle qui serait elle , totalement issue du secteur privé . La réalité sur ces deux points est trés différente.
Pourtant, à qualité , coûts, effectifs, etc... égaux ( ce qui n'est probablement pas le cas ) , un pays qui fait le choix d'avoir par exemple des transports publics gratuits et financés par l'impot (cela existe ) , donc non-marchands n'est ni plus riche , ni moins riche qu'un autre pays qui fait le choix de faire payer à ses contribuables moins d'impots , mais applique des tickets de transport payants . Les exemples de ce type pourraient étre multipliés infiniment. Aux USA , l'enseignement supérieur est généralement "marchand " , alors qu'en france , il est généralement "non marchand " . C'est pourtant la même nature de prestation .
Autre point :les diagnostics immobiliers obligatoires ( en france) sont-ils marchands ou non marchands ?
C'est pourquoi le tableau de productivité corrigée présenté dans l'article est porteur de grands biais . Privatiser pour fournir le même service , au même cout et à la même qualité ( exemple : services des eaux , notaires - qui ont toujours été privés ) n'améliore ni ne dégrade la productivité du pays en premiére approche ; il ne l'améliore que lorsqu'il y a gain d'efficacité à l'occasion de ce passage .
La perte de productivité issue souvent ( notamment en france ) d'un exces de secteur public est à chercher ailleurs : elle réside notamment dans le caractére obligatoire des prestations fournies ( absence de liberté du "consommateur" ), dans l'absence d'obligation d'équilibre des comptes de ces organisations , dans le statut des personnels ( pourquoi ne pourrait on pas licencier un fonctionnaire fautif ou excédentaire , comme dans le privé? Il n'y a plus de frontiéres inter-communautaires en UE, et pourtant la france à toujours autant de douaniers ! On aurait pu à tout le moins les verser dans une autre administration , mais le statut l'interdit : cf: débat Ségo-Sarko de 2007 ) , etc. etc.
En réalité, la productivité réélle des différents pays est probablement intermédiaire entre les chiffres officiels et votre tableau redressé . Il est trés difficile de l'appréhender : ce n'est pas trés satisfaisant intellectuellement , mais c'est ainsi.
Merci à Vincent et à Caramel pour leurs deux commentaires constructifs.
@Vincent
Je crois qu'il ne faut pas prendre le terme "dévaluation" au sens strict. Sortir de l'euro ne veut pas nécessairement dire qu'on revient à une monnaie nationale avec un taux de change fixe par rapport à l'euro. Il me semble que si sortie il y a, celle-ci doit se faire tout simplement par rétablissement d'un change flottant par rapport à l'euro (fort), avec à la clé une "dévaluation" inévitable du prix de la nouvelle monnaie - mais une "dévaluation" réglée par le marché, et pas les hommes de l'état (sauf s'ils trafiquent avec le flottement, ce qui implique l'instauration de contrôles sur les mouvements de capitaux).
L'euro n'a pas vraiment "éloigné" la gestion monétaire des lieux de pouvoir. Il en a simplement changé l'attribution en transférant les leviers de commande de cette gestion en d'autres lieux et au profit d'autres membres dirigeants de la classe dirigeante (la BCE). On en espérait une "dépolitisation" de la monnaie, et des conséquences économiques positives. Le résultat n'a pas été au rendez-vous. Le marché politique - cette fois-ci "européen" - a continué de fonctionner avec le glissement de pouvoir du contrôle germanique vers la satisfaction d'intérêts plus méditerranéens (voir mon papier sur l'euro du début de l'été). Quant aux résultats, on les connait, point n'est besoin d'en dire plus.
toujours @Vincent
A propos de l'épargne. Il est vrai que la dévaluation spolie les épargnants. Il est vrai que l'épargne joue un rôle crucial dans la croissance. Mais trop d'épargne n'est pas mieux que pas d'épargne, lorsque ce trop est encouragé par un faux prix manipulé par la banque centrale. D'où l'accusation de Charles Gave qui reproche à la BCE d'avoir encouragé systématiquement le rentier au détriment de l'entrepreneur, et donc d'être responsable de la sous-croissance européenne. Tout cela pour promouvoir l'ego des hommes politiques ("une monnaie internationale").
Pour vraiment "dépolitiser" la monnaie, pour la soustraire aux hommes politiques, il n'y a qu'un seul moyen crédible : la banque libre. L'étalon-or permet d'encadrer strictement l'action monétaire des hommes de l'état, mais pas totalement dans la mesure où ceux-ci peuvent encore essayer de partiellement tricher avec ses règles.
J'ai relu avec intêret votre article. Il semble que vous ayez changé d'avis à propos du taux d'intérêt directeur à court terme de la bce, puisque vous écriviez à l'époque que l'allemagne avait cadenassé la banque centrale et menait une politique favorable à ses intérêts en opposition à ceux des pays périphériques. Si le taux était déjà artificiellement bas à l'époque, quant est-il maintenant alors qu'il se situe tout aussi arbitrairement à 1% ? On ne peut pas vraiment dire que la politique monétaire de la bce avantage les épargnants. En revanche, le matraquage fiscal de l'épargne de certains pays incite à la fois les particuliers et les entreprises à s'endetter plutôt qu'à épargner. D'ailleurs, nous assistons bien plus à une crise de l'endettement plutôt qu'à un excès d'épargne. Enfin, celle ci est capté pour l'essentielle par les besoins de financement étatique infinis au détriment des investissements privés.
Les différentes entorses aux engagements signés expliquent la situation que nous traversons actuellement, ce que vous signaliez aussi dans votre article.
Il va falloir recadrer très sérieusement les hommes de l'état en réduisant de manière significative les pouvoirs exorbitants qu'ils se sont arrogés, non pas en leur faisant signer des chiffons de papier, mais bel et bien prévoir des sanctions sérieuses comme elles existent dans le cadre du secteur privé, sans quoi ils continueront à nous promener. Il est grand temps de mettre un terme à l'irresponsabilité politique.
La crise financière de 2008 leur a donné des ailes ; faisons en sorte qu'ils aterrisssent en douceur.
@pago4
Je vous renvoie au livre de Charles Gave ("l'Etat est mort, vive l'état"), page 47/48. Depuis l'avènement du système monétaire européen, l'Europe maintient des taux d'intérêt courts trop élevés (plus élevés que le taux de croissance), ce qui a fait la fortune des rentiers au détriment des entrepreneurs et de la croissance. C'était la politique de la Bundesbank, continuée par la BCE. Mais même s'ils étaient trop élevés (pour assurer le succès international de l'euro), les taux européens restaient trop bas par rapport à l'évolution économique qui caractérisait la conjoncture des PIGS où il eut fallu que le taux d'intérêt prévalant sur l'espace national soit encore plus élevé pour stopper l'inflation locale.
Aujourd'hui la situation a changé. Au cours des dernières années, du fait des élargissements successifs, et de la révision du partage des droits de vote, le pouvoir effectif au sein du Conseil européen mais aussi à la BCE est passé aux mains d'une coalition qui favorise davantage la prise en compte des intérêts des pays méditerranéens que la doctrine des pays du nord. D'où ce qu'il faut bien appeler le "coup d'état" du 10 mai 2010 totalement en contradiction avec les traités.
Bien sûr il serait idéal de prévoir des sanctions sérieuses contre les Etats faisant preuve d'irresponsabilité. Mais qui administrera ces sanctions ? Qui identifiera les fautes ? Qui prononcera les sanctions ? Qui les appliquera ? Qui en surveillera l'application ? Vous retombez dans ce que j'appelle une vision "angélique" de l'état et des pouvoirs publics. Même des commissions soi disant "indépendantes" (comme la BCE) restent in fine prisonnières des jeux du marché politique. Analysez comment fonctionnent les systèmes de vote et comment se forment et évoluent les majorités décisionnelles, et vous aurez des résultats dont rien, absolument rien ne garantit qu'ils seront conformes à ce qu'exigerait l'intérêt commun de toutes les parties. Sur les marchés privés, les sanctions viennent de la concurrence. C'est la contrainte du marché qui limite l'irresponsabilité. Si vous voulez réduire l'irresponsabilité publique, réduisez le domaine de responsabilité public, commencez par privatiser, par rendre au marché les domaines où règnent les monopoles publics en tous genres. Il n'y a pas d'alternative, pas d'échappatoire.
@hlepage
Je crois cher Monsieur que ne vous ne m'avez pas bien lu. Je ne considère pas l'état comme une entité abstraite ou comme une divinité régnant au dessus de nous autres ici bas, mais d'une strucuture composée d'hommes et de femmes. La théorie des choix publics a expliqué que les hommes de l'état se conduisent de manière tout à fait rationnel au regard de leur statut. C'est pour cela qu'il est illusoire de vouloir pénaliser comme dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance un état. Ce sont les hommes de l'état qu'ils faut punir en cas d'abus de pouvoir ou de fraude. Est-il normal que les anciens responsables de la grèce qui ont présentés des comptes falsifiés pendant x années soient en liberté ? Est-il normal que les parlementaires français qui ont votés une loi de finances en déficit à hauteur de 150 milliards l'année dernière n'encourt aucune sanction ? Est-il normal comme vous le signalez que le fait d'obliger dernièrement la bce à racheter des obligations dépréciées en totale condradiction avec les traités constitutionnels ne soit pas répréhensible au regard de la loi ?
Enfin pour ce qui concerne la privatisation des services rendus par l'état, en tant que fan inconditionnel de Murray Rothbard, le moins que l'on puisse dire, c'est que vous prêchez un convaincu. Mais encore une fois, qui va prendre la décision de privatiser tel ou tel service ? Demandez donc à C. Reichman ce qu'il pense de l'abrogation du monopole de la sécurité sociale qui devait rentrer en vigueur en France depuis 1992 au regard des directives européennes.
A mon humble avis, tant que les hommes politiques et les hauts fonctionnaires ne rendront pas de comptes, la galère continuera à voguer.
Ne vous demandez pas ce que l'état peut faire pour vous, demandez vous ce que les hommes de l'état sont en train de vous faire. (D. Friedman)
@pago4
Tout à fait d'accord avec vous. Mais comment faites-vous concrètement pour mettre au point des mécanismes de discipline et de sanctions personnelles ? Le principe de la démocratie est que ce sont les électeurs qui sanctionnent les politiques.
Quant aux privatisations, ce sont les circonstances qui les imposeront en raison de la faillite des états. Arrive nécessairement un moment où les états doivent vendre leurs "bijoux de famille". Je crois plus aux privatisations qu'à la mise en place de systèmes de responsabilisation personnelle.
@hlepage
Et bien je réfléchis pour vous persuader du contraire.
Merci à vous pour cet échange fort enrichissant.
Excellente démonstration économique qui rejoint le simple bon sens.
En effet, comment justifier que les français, selon les chiffres "officiels", soient deux fois plus "productifs" (en productivité horaire) que les sud-coréens ou nettement plus que les japonais ?
Il faut n'avoir jamais voyagé, ni consulté les chiffres de notre commerce extérieur, pour croire une telle absurdité !