Libérer l'Europe de l'euro : plaidoyer pour une libre concurrence des monnaies en Europe
Par Sascha Tamm le jeudi 4 octobre 2012, 11:38 - Note de synthèse - Lien permanent
Publié par nos amis du Competitive Enterprise Institute, un excellent essai qui va plus loin dans l'analyse de ce sujet que ce n'est généralement le cas. L'auteur, Sascha Tamm, travaille pour la Friedrich Naumann Stiftung, la fondation du Parti Libéral allemand.
A maintes reprises la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu'il n'y a pas d'alternative à l'euro. Elle a raison - jusqu'à un certain point. Aujourd'hui, les gens à l'intérieur de la zone euro n'ont pas d'alternative à l'euro en tant que monnaie à tout faire. mais c'est parce que les états ont exclu de leur laisser toute alternative.
Angela Merkel et tous les autres dirigeants européens veulent défendre l'euro à tout prix. Ils considèrent la monnaie unique comme la pierre fondatrice sur laquelle se construira l'Europe unie qu'ils appellent de leurs vœux. C'est le contraire qui est vrai. L'euro est, en fait, l'une des principales causes des problèmes qui assaillent l'Europe d'aujourd'hui. Et les choses pourraient encore s'aggraver. A long terme, le maintien de l'union monétaire dans sa forme actuelle risque de provoquer l'effondrement du marché unique et la disparition de l'Union européenne.
Y at-il une solution? Oui. S'ils étaient appliqués à la politique monétaire, les principes même du Marché commun pourraient sauver l'Europe. Le futur monétaire de l'Europe se trouve dans la concurrence.
Les problèmes inhérents au monopole monétaire d'état.
Au cours des dix dernières années, la politique monétaire mise en œuvre par les banques centrales du monde développé, en accord avec leurs gouvernements, a entraîné la formation d'énormes bulles immmobilières. Elle a également permis aux états d'accumuler de gigantesques dettes à faibles taux d'intérêt. C'est un problème pas seulement pour la zone euro, mais également pour la plupart des pays. On peut avancer que la Réserve fédérale américaine a fait un bien plus mauvais travail encore que que la Banque centrale européenne (BCE), en raison de sa double politique inflationniste qui a consisté, d'une part, à maintenir des taux d'intérêt très bas pendant toute la dernière décennies, et, d'autre part, à répondre à la crise financière essentiellement par ses techniques de Quantitative Easing . Toutefois, la BCE est bel et bien en train de la rattraper à toute vitesse..
L'euro et le dollar continuent pourtant à bien se tenir sur les marchés des changes, beaucoup mieux qu'on pourrait s'y attendre compte tenu de la dérive des politiques monétaires de la Fed et de la BCE. Dans les deux cas, la principale explication tient au manque de solutions de rechange.
L'euro est la monnaie légale de tous les pays de la zone euro – ce qui veut dire que l'utilisation de toute autre monnaie dans la plupart des transaction est interdite par la loi (2). Cela n'empêche pas que la confiance dans la monnaie unique, tant de la part des grands investisseurs que du public en général, ne cesse de diminuer.
L'une des grandes priorités des hommes politiques européens est d'obtenir que l'euro et les obligations d'état européennes retrouvent la confiance des marchés. Mais la confiance ne se construit pas – ou, plutôt, ne se reconstruit pas – à coup de diktats politiques. Il se peut que, pour un temps, les consommateurs et les entreprises accordent leur confiance à quelque monopole, mais lorsqu'il en est ainsi c'est généralement parce qu'il ne disposent pas d'alternatives. Il n'en va pas différemment pour les monopoles monétaires. Si les gens se servent d'une monnaie d'Etat, c'est parce qu'il n'ont aucun autre choix possible.
Lorsque les états limitent la concurrence, ou même l'interdisent, en particulier en faisant obstacle à l'entrée de nouveaux concurrents sur le marché, la conséquence est qu'ils empêchent la diffusion de certains savoirs et connaissances, ainsi que l'émergence de nouvelles formes d'organisation ou de nouvelles procédures institutionnelles. Si les entreprises et les consommateurs ne sont autorisés à utiliser qu'un seule sorte de monnaie, personne n'est incité à s'interroger sur ce qui fait la « qualité » d'une monnaie. Quel est le critère à l'aune duquel on sait qu'une monnaie est digne de confiance? Combien d'inflation doit-on tolérer ? Est-il indispensable de ne se servir que d'une seule monnaie, ou bien serait-il préférable de disposer d'une monnaie pour consommer et d'une autre pour épargner ?
Les mêmes questions se posent à propos de ceux dont le rôle est d'émettre de la monnaie. S'ils étaient en concurrence, cela les inciterait fortement à découvrir de nouvelles façons de faire pour que leurs monnaies circulent et que les utilisateurs y accordent leur confiance sans avoir besoin de recourir au monopole ou à la contrainte publique. La concurrence permettrait ainsi l'émergence et la diffusion de nouvelles sortes de savoirs relatifs à la nature de la monnaie. Ainsi que le prix Nobel d'économie Friedrich A. Hayek l'écrit : «il est utile de rappeler que chaque fois que nous faisons appel à la concurrence, ceci ne se justifie que par notre ignorance des circonstances essentielles qui déterminent le comportement des concurrents »(3)
Les avantages de la libre concurrence.
Les politiques libérales se fondent sur la présomption que nous vivons fondamentalement dans un monde d'incertitude et de connaissances imparfaites. Les partisans du libéralisme savent qu'il ne peuvent ni prévoir, ni garantir les résultats auxquels conduira le libre fonctionnement des processus de marché, mais ils font confiance aux capacités créatrices des gens et des entreprises pour s'adapter aux conditions de leur environnement et développer de meilleures formes d'arrangements organisationnels et institutionnels. Ce processus évolutif - même s'il s'accompagne de nombreux détours et débouche parfois sur des impasses – est ce qui en fin de compte contribue à faire de notre monde un endroit meilleur, plus riche et plus efficace.
Par contre, la caractéristique des solutions proposées par l'Etat est d'être fondées sur l'usage de la contrainte et la promesse d'une connaissance certaine et sùre – ce qui est une illusion complète, mais néanmoins fort attrayante que les hommes politiques de tous horizons s'efforcent de vendre à leurs électeurs. Face à cette publicité de charlatans, le défi pour les libéraux est de démontrer comment le processus de découverte dans un système de libre concurrence permettrait de faire émerger un système monétaire mieux à même de satisfaire les désirs des consommateurs qu'un monopole centralisé géré par des organismes publics – qui n'en savent en réalité pas plus sur l'avenir que les acteurs privés.
Vers la concurrence des monnaies.
Dans son essai, «Denationalization of Money », Hayek propose d'instituer « la liberté de choisir n'importe quelle monnaie pour passer des contrats ou tenir une comptabilité » comme première étape vers la création d'un système de monnaies concurrentielles (4). Ce qui implique la suppression du cours forcé et de toutes les dispositions légales qui l'accompagnent, et permettrait ainsi d'utiliser n'importe quelle monnaie pour faire des affaires sur le territoire national. Par exemple, tous les pays-membres de la zone euro disposeraient du droit d'émettre leur propre monnaie parallèlement à la libre circulation de l'euro sur l'ensemble de l'espace européen. Leurs habitants obtiendraient la liberté de décider quelle monnaie ils désirent utiliser, la monnaie de leur pays, l'euro, ou toute autre monnaie d'un quelconque autre pays membre. C'est la liberté des contrats qui prévaudrait.
L'étape suivante consisterait pour les états à autoriser les institutions financières privées à émettre des billets de banques fonctionnant comme de la monnaie. Chaque banque imprimerait sa propre monnaie distincte. Aucune banque ne pourrait émettre des euros, sauf à y être dùment autorisée par délégation de la BCE. Chaque banque serait entièrement responsable pour la gestion de sa propre marque d'argent. Pour réussir sur ce marché des nouvelles monnaies, les banques devraient surmonter un véritable défi : trouver comment créer et maintenir la confiance dans leur monnaie sans s'appuyer sur l'attribution d'un monopole ni l'usage de la contrainte.
Les effets positifs de la concurrence.
Un tel marché mettrait la pression sur les banques centrales pour conserver ou rétablir la confiance dans leur monnaie en les forçant à répondre à la concurrence des émetteurs d'autres monnaies. Ainsi, les banques centrales seraient-elles désormais fortement incitées à éviter de s'engager dans certaines opérations comportant des risques comme le rachat d'obligations d'états de moindre qualité, ou l'impression de monnaie à seule fin de gonfler la croissance.
Si les banques privées pouvaient librement émettre de la monnaie, cela permettrait au marché de tester une variété d'arrangements monétaires possibles. Comme Hayek le fait remarquer pour ce qui concerne les activités économiques en général, aucun planificateur central n'est en mesure de savoir quelles sont les méthodes «optimales» pour créer de la monnaie et gérer la masse monétaire (5).
Les monnaies librement convertibles en or ou autres métaux précieux disposeraient, au départ, d'un certain avantage concurrentiel; mais il est loin d'être acquis que les monnaies basées sur des matières premières seraient, par la suite, les seules en mesure de survivre face à la concurrence.
Il est parfaitement concevable que des monnaies privées purement fiduciaires bénéficient de la confiance des utilisateurs. C'est aux banques qu'il appartiendra d'amener les clients potentiels à accepter et à faire confiance à leur monnaie. Par exemple en s'engageant, de manière crédible, à sauvegarder la stabilité de leur pouvoir d'achat par rapport à un panier de biens, en garantissant un taux de change minimal par rapport à d'autres devises, ou encore en offrant une combinaison de ces techniques.
Les banques se trouveraient également contraintes à jouer pleinement le jeu de la transparence. Elles seront en permanence soumises à la pression des analystes, des journalistes et des médias, des investisseurs, dont le travail consistera à tester la validité et la solidité de leurs assertions, contribuant par là même à protéger le marché contre les fraudes et les promesses qui n'ont aucune chance d'être remplies.
Conclusion: le long terme.
Au total, on pourrait ainsi voir émerger différentes monnaies à vocation mondiale, ou même simplement locale. En de nombreux endroits, l'utilisation simultanée de plusieurs monnaies deviendra d'usage courant. Est-ce que cela sera un problème ? Pas du tout. Au début ce ne sera sans doute pas facile, mais les marchés s'y adapteront. C'est ce que nous montre l'exemple de tous les pays qui, pour cause d'hyper inflation, ont déjà fait l'expérience de fonctionner avec plusieurs monnaies - une ou plusieurs devises étrangères (généralement le dollar américain) circulant librement aux côtés de la monnaie locale. En outre, les gens pourraient tout simplement décider de n'utiliser qu'une seule monnaie, si tel est leur choix.
Est-ce que l'existence de tels marchés ouverts à l'offre de banques d'émission en concurrence permettrait de résoudre l'actuelle crise d'endettement? Sans doute pas à court terme. Des états feront défaut au cours de l'année qui vient. C'est hautement probable. On ne sait pas si certains pays ont encore une chance de se sortir de leurs problèmes de déficit budgétaire. Faire du Quantitative Easing est le plus sùr moyen de sombrer dans l'inflation ou, à tout le moins, de conduire à la formation de gigantesques bulles d'actifs - ce qui n'est ,tout compte fait, qu'une forme d'hyper inflation concentrée sur un seul secteur économique.
Toutefois, à moyen terme et à long terme, une concurrence vigoureuse entre monnaies, sans barrières à l'entrée sur le marché, devrait puissamment contribuer à éviter le retour de telles crises. Si les états désirent emprunter, ils devront payer le taux fixé par le marché. Les investisseurs géreront leurs placements en devises dans des conditions monétaires beaucoup plus stables que celles d'aujourd'hui. Les banques qui augmenteront trop rapidement leur offre de monnaie auront beaucoup de mal à convaincre les consommateurs d'utiliser leur marque de monnaie.
Un libre marché des monnaies permettrait de régler les deux problèmes qui sont à l'origine des crises financières : croissance illimitée de la création monétaire, et croissance illimitée de la dette publique. Les gouvernements ne seraient plus en mesure de faire jouer leur influence sur la création de monnaie. Si l'euro réussit à survivre dans un tel environnement concurrentiel, il apparaîtra comme une monnaie beaucoup plus forte qu'aujourd'hui. Il puisera sa force non pas sur l'appui d'un monopole d'état, mais sur sa capacité à obtenir et conserver la confiance des agents économiques.
NOTES
(1) Par exemple, Mme Merkel a déclaré "L'Europe échouera si l'euro échoue. L'Europe gagnera si l'euro gagne ". Déclaration gouvernementale du 27 février 27012 devant le Bundestag allemand. DerSpiegel du 27 février.
(2) Article 128 (ex-article 106 du traité CE): «La Banque centrale européenne est seule habilitée à autoriser l'émission de billets de banque dans l'Union. La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales peuvent émettre de tels billets. Les billets de banque émis par la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales sont les seuls à avoir cours légal dans l'Union. »
(3) Friedrich Hayek,« Competition as a Discovery Procedure », Quarterly Journal of Austrian Economicsa,vol .5 (2002)
(4) Hayek, « Denationalisation of Money—The Argument Refined »,Institute of Economic Affairs, London, 1976, http://mises.org/books/denationalisation.pdfvoir.
(5) Pour la version la plus concise des arguments, voir Hayek, “The Use of Knowledge in Society », American Economic Review,vol. 35, n ° 4, pp 519-530, http://www.econlib.org/library/Essays/hykKnw1.html.

Sascha Tamm travaille à la Friedrich Neumann Stiftung (Postdam). Cette note a été publiée par le Competitive Enterprise Institute (Washington) en date du 6 juillet 2012. Traduction Henri Lepage.
Commentaires
Sur un autre sujet : une étude du FMI démontrerait que la baisse des dépenses publiques n'est pas la solution pour un pays et un seul : la France. Tiens donc! Je n'ai pas tout lu mais cela ne semble pas du tout tenir la route :
http://www.challenges.fr/economie/2...
Lundi 8 octobre 2012 :
Grèce - "Il faut songer à une restructuration de la dette" - un responsable du FMI.
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
Encore ?
Encore un défaut de paiement de la Grèce ?
Mais cette fois-ci, ce sont les Etats de la zone euro qui vont subir des milliards d'euros de pertes.
Contribuables européens, préparez-vous à payer.
Contribuables européens, préparez-vous à payer pour le deuxième défaut de paiement de la Grèce.
Mercredi 10 octobre 2012 :
En un an, les sorties de capitaux d'Italie ont atteint 235 milliards d'euros.
En un an, les sorties de capitaux d'Espagne ont atteint 296 milliards d'euros.
http://www.elconfidencial.com/econo...
Les capitaux fuient les Etats d'Europe du sud.
Les capitaux sont placés dans les Etats d'Europe du nord.
Les Etats d'Europe du sud sont en train de faire naufrage, et les Etats d'Europe du nord refusent de leur DONNER des dizaines de milliards d'euros pour les sauver de la faillite.
Le monde entier voit le vrai visage de l'Europe :
la soi-disant "solidarité européenne", ça n'existe pas.
En ce moment, sous nos yeux, la zone euro est en train de se disloquer.
Mardi 16 octobre 2012 :
L’Union Européenne décroche le Prix Nobel de la Paix alors que le Vieux Continent semble se préparer au pire…
Commentant l’attribution à l’Union Européenne du prix Nobel de la paix, Thorbjorn Jagland, membre éminent du Comité éponyme a eu ses mots lourds de sens : « L’Union Européenne connaît actuellement de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables… »
C’est rien de le dire. Même si les médias paraissent s’être donnés le mot pour traiter à minima le sujet des manifestations parfois d’une extrême violence qui secouent épisodiquement les pays de l’Union au rythme auquel leurs peuples apprennent les mauvaises nouvelles.
Quand bien même des lignes de fracture commenceraient à se creuser entre les « experts » économiques mondiaux sur la meilleure manière de se sortir de l’impasse dans laquelle les a plongé la cupidité effrénée de la finance qu’on s’efforce de leur dissimuler, le discours dominant reste – au moins officiellement – celui de la rigueur, traduisez l’austérité.
Ainsi pas plus tard que lundi 8 octobre 2012, en clôture de la réunion de l’Eurogroupe, Christine Lagarde n’a pas manqué d’adresser aux grecs son compliment appuyé du jour (« …La Grèce fait beaucoup, ça ne fait aucun doute mais agir signifie agir, pas seulement parler et la liste des actions prévues doit être mise en œuvre… ») en maintenant la pression via la liste des « 89 actions » qu’elle les somme d’engager au plus vite pour continuer à bénéficier de la perfusion internationale.
De leur côté, les Athéniens désespérés en sont à se demander en nombre croissant si ce n’est finalement pas aux crypto-fascistes de «l’Association Populaire Aube Dorée» plutôt qu’aux technocrates obstinés de la Troïka qu’ils devraient confier leur destin. On se souvient du bon mot de leur dirigeant, Nikolaos Michaloliakos, un pacifiste pur jus un brin incompris, pour célébrer l’entrée de son parti au parlement lors des législatives de juin 2012 : « l’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie… ». De sinistre augure en termes de paix sociale…
Plus proches de nous, les protestations des indignés espagnols sont plus audibles : un taux de chômage insupportable à plus de 25% alimentant des manifestations monstres à laquelle répondent des violences policières de plus en plus spectaculaires, des retraits massifs de fonds déposés dans les banques ibériques pour les mettre en lieu sûr, en particulier dans la minuscule principauté d’Andorre qui ne peut les absorber, à supposer même qu’elle constitue un refuge digne de ce nom.
En Italie, les limitations des retraits bancaires sont déjà en vigueur et des mesures de surveillance renforcée de la frontière avec la Suisse viennent d’être discrètement ordonnées, qui mettent la Guardia di Finanzia en première ligne.
Les « experts » du FMI ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Ils recommandent maintenant que l’Espagne et d’autres amochés de la crise instaurent « au niveau national » des dispositions radicales pour freiner les retraits et prohiber les sorties de capitaux…
Les grandes manoeuvres de la Suisse.
Face à cette montée des tensions sociales et à l’inquiétant accroissement des inégalités dans l’Europe Club Med qui, on l’oublie un peu vite, a été précédée de brusques poussées de fièvre ponctuelles en Angleterre et de ce côté-ci de la Manche, le tout accompagné d’une résurgence du risque terroriste, et craignant sans doute leur extension à l’ensemble du continent, les Suisses, qu’on ne prend jamais au dépourvu, s’organisent tranquillement.
Forte de son armée de 200 000 hommes, la Suisse a organisé, du 6 au 21 septembre 2012, un exercice militaire désigné sous la charmante appellation de « Stabilo Due » destiné à vérifier « sa disponibilité opérationnelle ».
Y ont participé comme l’indiquait le 11 septembre Daniel Reist, le responsable de la communication de la Défense : « …le chef de l’armée et son état-major militaro-stratégique, l’Etat-major de conduite de l’armée (échelon opératif), les commandants et les états-majors de la région territoriale 4, la brigade d’infanterie 5, la brigade blindée 11 ainsi qu’une formation d’engagement ad-hoc des Forces Aériennes et le commandement des Forces Spéciales (échelon tactique)… »
Stabilo Due, l'entraînement à la contre-insurrection helvète.
Au ministère, désigné chez nos amis helvètes comme le « Département Fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports » on ne faisait nul mystère que « …le concept d’exercice STABILO DUE repose sur un scénario supposant l’instabilité d’une partie de l’Europe spécialement délimitée pour l’occasion. La Suisse connaît également des troubles, des attentats et des actes de violence. Ce scénario de situation extraordinaire vise notamment à vérifier l’appui fourni aux cantons dans le domaines des engagements subsidiaires ainsi que la conduite et l’engagement de la réserve opérative de l’armée, en l’occurrence de la brigade blindée 11 ».
Vu de l'autre rive de l'Atlantique par John R. Schindler, qui enseigne les affaires de sécurité nationale à l'Ecole Navale de Guerre US, le jeu de rôle helvétique était récemment expliqué en ces termes : « Les exercices militaires suisses de septembre désignés sous le nom de Stabilo Due reposent sur l’hypothèse que l’instabilité de l’Union Européenne devienne incontrôlable. Les suisses sont restés hors de l’Union Européenne – une chose de plus dont ils se félicitent ces temps-ci – et la dernière chose qu’ils souhaitent c’est que les problèmes de l’Union débordent dans leur petit pays pacifique ».
http://www.bakchich.info/internatio...
Lisez cet article, paru sur le site du ministère de la Défense suisse : l'exercice STABILO DUE a regroupé l'armée de terre et l'armée de l'air.
"L’exercice-cadre d’état-major STABILO DUE a débuté le 6 septembre et se terminera le 21 septembre 2012. La disponibilité opérationnelle de la conduite militaro-stratégique, de la conduite opérative et de la conduite tactique est vérifiée sur les sites de Berne, Lucerne, Kriens et Monte Ceneri ainsi qu’à Dübendorf, à Emmen, à Payerne et dans la vallée de la Reuss.
L'objectif principal de l'exercice-cadre d'état-major STABILO DUE consiste à vérifier la disponibilité opérationnelle de la conduite de l'armée aux échelons militaro-stratégique, opératif et tactique dans les domaines de la planification de l'action et de la conduite de l'engagement. Cette vérification se déroule en parallèle et à plusieurs échelons simultanément.
Concrètement, STABILO DUE permet d'exercer le chef de l'Armée et son Etat-major militaro-stratégique, l'Etat-major de conduite de l'armée (échelon opératif), les commandants et les états-majors de la région territoriale 4, de la brigade d'infanterie 5, de la brigade blindée 11 ainsi qu'une formation d'engagement ad hoc des Forces aériennes et le commandement des forces spéciales (échelon tactique). Au total, quelque 2000 militaires prennent part à STABILO DUE.
Le concept d'exercice STABILO DUE repose sur un scénario supposant l'instabilité d'une partie de l'Europe spécialement délimitée géographiquement pour l'occasion."
Cet article est ahurissant.
En France, une seule chaine de télévision a parlé de cet exercice de l'armée suisse : la vidéo dure 8 minutes 16 :
http://www.youtube.com/watch?featur...
Mercredi 17 octobre 2012 :
Les banques genevoises ont reçu de l'argent venant d'Espagne.
"Les banques et gérants de fortune genevois ont reçu depuis le début de l'année de l'argent venant d'Espagne, transféré par des clients inquiets de l'état du système bancaire espagnol", a indiqué mercredi le président de la Fondation Genève Place financière, Bernard Droux, au cours d'une conférence de presse.
"C'est de l'argent fiscalisé, ces clients ont choisi délibérément de placer leur argent en Suisse car ils n'ont plus confiance dans les banques espagnoles", a indiqué M. Droux, en ajoutant que les banques anglo-saxonnes observent le même phénomène d'arrivée de capitaux espagnols.
(©AFP / 17 octobre 2012 13h49)
Mardi 9 octobre 2012 :
La crise de la zone euro, commencée il y a près de trois ans avec la Grèce, s'analyse comme une vaste fuite de capitaux privés auxquels les institutions européennes, BCE en tête, ont dû se substituer, souligne le FMI. Les banques privées ont ainsi diminué de moitié leurs engagements sur les cinq pays de la périphérie, les ramenant à environ 750 milliards.
Les mouvements sont devenus gigantesques. Entre juin 2011 et juin 2012, l'Italie et l'Espagne ont enregistré des sorties atteignant 235 milliards et 296 milliards d'euros respectivement (soit 15% et 27% de leur PIB). Ces chiffres recouvrent à la fois les désengagements des investisseurs non résidents, qui ont vendu leurs titres d'État, mais également des sorties de capitaux de la part des épargnants.
En revanche, les établissements du «cœur de la zone euro», autrement dit l'Autriche, la Finlande, l'Allemagne et les Pays-Bas, selon le classement du FMI, ont vu leurs dépôts s'envoler, de l'ordre de 350 milliards d'euros depuis l'été 2011. Ces mouvements de capitaux qui divisent la zone euro expriment les craintes d'une «redénomination de la monnaie» (sic), en clair un retour aux devises nationales. «La fuite des capitaux et la fragmentation du marché (interbancaire) qui en ont résulté ont fragilisé les fondements mêmes de l'Union, à savoir des marchés intégrés et une politique monétaire commune effective», avertissent les experts de Washington.
http://plus.lefigaro.fr/article/le-...
Un coup d'Etat se prépare.
Un coup d'Etat anti-démocratique se prépare.
Lisez cet article :
Angela Merkel affiche sa fermeté. Alors que doit s'ouvrir ce jeudi 18 octobre un nouveau sommet européen à Bruxelles, la chancelière allemande fait savoir qu'elle souhaite que l'Union Européenne puisse rejeter le budget d'un pays membre.
"Nous pensons, et je le dis au nom de l'ensemble du gouvernement allemand, que nous pourrions faire un pas en avant en accordant à l'Europe un véritable droit d'ingérence sur les budgets nationaux", a-t-elle déclaré. Angela Merkel appuie l'idée de confier un droit de veto dans ce domaine au commissaire européen aux Affaires économiques.
(Dépêche AFP)
Vous avez bien lu : ce ne seront plus les députés et les sénateurs français qui décideront du budget de la France.
Ce sera le commissaire européen aux Affaires économiques.
Ce sera un technocrate non-élu, sans aucune légitimité démocratique, qui décidera finalement quel doit être le budget de la France.
En clair : ce sera Olli Ilmari Rehn qui décidera finalement quel doit être le budget de la France.
Olli Ilmari Rehn, né le 31 mars 1962 à Mikkeli en Finlande, est un homme politique finlandais et européen membre du Parti du Centre (Kesk).
Après avoir été brièvement commissaire européen pour les Entreprises et la Société de l'information en 2004, il a occupé pendant cinq ans le poste de commissaire européen pour l'Élargissement. Depuis 2010, il est titulaire du portefeuille des Affaires économiques et monétaires.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Olli_R...
Samedi 20 octobre 2012 :
Sur son blog, Jacques Sapir fait le bilan du dernier sommet européen : en quelques lignes, Jacques Sapir décrit la situation réelle de la zone euro.
"Tout va très bien, madame la marquise."
http://russeurope.hypotheses.org/35...
Dette publique de la Grèce :
2007 : dette publique de 107,4 % du PIB.
2008 : dette publique de 112,6 % du PIB.
2009 : dette publique de 129 % du PIB.
2010 : dette publique de 144,5 % du PIB.
2011 : dette publique de 170,6 % du PIB.
France : le Parlement s'inquiète de l'accumulation des engagements pris pour soutenir la Grèce.
Dans son rapport, le député Christian Paul (PS) chiffre à 50,8 milliards d'euros les prêts à la Grèce devant être garantis par la France dans le cadre du Fonds européen de stabilité financière ; « il ne s'agit pas de prêts, mais bien de pertes que les Etats de la zone euro acceptent de consentir vis-à-vis de la Grèce ».
Source : lesechos.fr, mardi 7 août 2012.
http://www.lesechos.fr/economie-pol...
Lundi 22 octobre 2012 :
Grèce : déficit et dette publics 2011 pires qu'annoncé.
Le déficit et la dette publics de la Grèce pour l'année 2011 ont été révisés à la hausse. Elles atteignent désormais respectivement 9,4% et 170,6% du PIB, selon des données provisoires rendues publiques lundi par l'Autorité des statistiques grecques (Elstat).
Les premières estimations d'Elstat, en avril, avaient chiffré le déficit à 9,1% du PIB, très proches de la prévision budgétaire pour 2011 de 9%. La dette publique était, elle, calculée à 165,3% du PIB, alors que le pays est censé la ramener à 120% du PIB en 2020, selon l'accord signé avec ses bailleurs de fonds.
Cette aggravation statistique des performances découle surtout de la révision à la hausse de l'ampleur de la récession en 2011, a relevé Elstat dans un communiqué.
Mardi 23 octobre 2012 :
La BCE prise au piège.
La BCE, détenant 210 milliards d'euros de «junk bonds» dans son bilan, ne peut pas risquer une faillite des pays en crise. Sa recapitalisation inévitable par les gouvernements, voire les contribuables, ruinerait sa réputation. C'est pour cette raison qu'elle refuse catégoriquement un «hair cut» de la dette grecque. La fuite en avant est sa seule stratégie viable, elle est prise dans le piège de l'euro.
Wolfgang Glomb, membre du comité consultatif de CONCILIUS, membre du Conseil d'analyse économique franco-allemand.
http://lecercle.lesechos.fr/economi...
En clair :
Deuxième défaut de paiement de la Grèce —> la BCE subit des pertes colossales —> la BCE se tourne vers ses actionnaires, les 17 banques centrales nationales, pour qu’elles recapitalisent la BCE.
Et ensuite, ça se complique :
- Voyons d’abord le premier cas de figure. Les 17 banques centrales nationales acceptent de recapitaliser la BCE : chaque chef d’Etat a alors deux possibilités :
1- un chef d’Etat choisit d’augmenter les impôts de ses contribuables nationaux. Avec cet argent, la BCE est recapitalisée, et toute la zone euro peut continuer encore quelques mois.
2- un chef d’Etat choisit de vendre l’or détenu par la banque centrale nationale. Avec cet argent, la BCE est recapitalisée, et toute la zone euro peut continuer encore quelques mois.
- Dernier cas de figure : les 17 banques centrales nationales refusent de recapitaliser la BCE —> faillite de la BCE —> retour aux 17 monnaies nationales —> réarmement des 17 banques centrales nationales.
Le 27 octobre 2011, la Grèce fait défaut :
"un accord est trouvé le 27 octobre au matin. Il prévoit :
- un abandon par les banques privées de 50 % de la dette publique qu'elles détiennent sur la Grèce (la BCE et le FMI ne sont pas concernés). Cet accord a été particulièrement difficile à atteindre du fait de la résistance des banques."
Accord du 21 février 2012 :
"Les créanciers privés acceptent une réduction de 53,5 % de leurs créances pour un montant de 107 milliards d'euros"
Source : wikipedia, article "Crise de la dette publique grecque."
C'est ça qui est ahurissant, dans ce premier défaut de paiement : les créanciers privés ont accepté d'effacer 107 milliards d'euros, ET MALGRE TOUT la dette publique de la Grèce a continué à augmenter.
Tout se passe comme si le premier défaut de paiement de la Grèce n'avait servi à rien.
Tout se passe comme si le premier défaut de paiement était un échec total.
Dette publique de la Grèce pour les deux premiers trimestres de 2012 :
- Premier trimestre 2012 : la dette publique était de 280,423 milliards d'euros, soit 136,9 % du PIB.
- Deuxième trimestre 2012 : la dette publique était de 300,807 milliards d'euros, soit 150,3 % du PIB.
"Au premier trimestre, la dette grecque avait diminué à 280,423 milliards d'euros, soit 136,9% du PIB, en raison de la restructuration consentie par les créanciers privés, mais elle a augmenté à nouveau au deuxième trimestre avec les nouveaux prêts accordés à Athènes par les pays de la zone euro."
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/20...
Lundi 29 octobre 2012 :
Henri Regnault écrit ces phrases très importantes :
"Dans la période actuelle où faillites bancaires et défauts des Etats rodent dans les bilans des banques centrales, c’est la crédibilité de ces banques centrales qui est en cause : elles sont devenues les bad banks par excellence, et leurs bilans… les poubelles de la crise. Si des créances sont irrécouvrables et reconnues comme telles, le capital de la banque centrale peut devenir négatif : elle doit dès lors être recapitalisée par les Etats et donc par les contribuables. Si la banque centrale est le prêteur en dernier ressort, le contribuable est bien le payeur en dernier ressort !"
http://www.les-crises.fr/documents/...
Concernant la Banque Centrale Européenne, Henri Regnault aurait pu rappeler que c'est déjà arrivé. En décembre 2010, le capital de la BCE était de seulement 5,76 milliards d'euros. En décembre 2010, la BCE avait racheté 72 milliards d'euros d'obligations d'Etat pourries.
Conséquence : pour se couvrir contre des pertes causées par ces créances irrécouvrables, la BCE a été obligée de demander à ses actionnaires de recapitaliser la BCE.
Concrètement : la BCE a demandé aux 16 banques centrales nationales de recapitaliser la BCE. Autrement dit : en décembre 2010, les contribuables de la zone euro ont été obligés de payer 5 milliards d'euros pour recapitaliser la BCE.
Conclusion : le capital de la BCE est aujourd'hui de 10,76 milliards d'euros ... mais la BCE a dans ses livres 210 milliards d'euros d'obligations d'Etat pourries !
Contribuables, préparez-vous à payer.
Contribuables, préparez-vous à payer pour recapitaliser la BCE.
LE JOUR OÙ FRANÇOIS BAROIN A ENVISAGÉ LA SORTIE DE LA FRANCE DE LA ZONE EURO.
En novembre 2011, la crise de la zone euro est à son paroxysme.
"L’Union européenne est dans le cyclone", écrit dans son livre Journal de crise, François Baroin, qui raconte comment il a organisé une réunion de travail pour envisager les pires scénarios. Une réunion qu’il a baptisé "Black Swan" :
"C’est le nom que j’ai choisi de donner à une réunion dont il n’y a aucune trace.(…) Il s’agissait d’imaginer l’hypothèse la plus sombre de notre histoire économique moderne. A savoir un éclatement de la zone euro." Pour cette réunion secrète, François Baroin convie trois personnes "de confiance" dans son bureau "au sixième étage à Bercy". Une réunion "sans document".
Chacun sait que l’objet seul de la réunion, s’il était connu, pourrait avoir des conséquences désastreuses.
Et l’ancien protégé de Jacques Chirac d’expliquer sa démarche :
"Ce rendez-vous non-officiel ne porte pourtant que sur des hypothèses de travail. Ce serait de l’inconscience de ne pas les envisager. Et de la folie d’en parler."
Imaginant "le pire", à savoir "la sortie de la Grèce de l’euro, un effet de contamination, une théorie des dominos qui entraînerait de facto la sortie de la France", François Baroin et ses équipes se préparent alors à deux hypothèses :
Le coût de la sortie de la Grèce de la zone euro pour la France.
Et deux types de pertes : celles du secteur banques-assurances, et celles de l’éclatement de la zone tout entière.
http://lelab.europe1.fr/t/le-jour-o...
Dettes publiques en zone euro : chiffres du deuxième trimestre 2012 :
1- Médaille d'or : dette publique de la Grèce : 300,807 milliards d'euros, soit 150,3 % du PIB.
2- Médaille d'argent : dette publique de l'Italie : 1982,239 milliards d'euros, soit 126,1 % du PIB.
3- Médaille de bronze : dette publique du Portugal : 198,136 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB.
4- Dette publique de l'Irlande : 179,718 milliards d'euros, soit 111,5 % du PIB.
5- Dette publique de la Belgique : 382,922 milliards d'euros, soit 102,5 % du PIB.
6- Dette publique de la France : 1832,599 milliards d'euros, soit 91 % du PIB.
7- Dette publique de Chypre : 14,939 milliards d'euros, soit 83,3 % du PIB.
8- Dette publique de l'Allemagne : 2169,354 milliards d'euros, soit 82,8 % du PIB.
Mercredi 31 octobre 2012 :
La Grèce enregistrera en 2013 un déficit budgétaire, une récession et une dette plus lourds que ce qui était prévu il y a seulement un mois, illustrant les difficultés de redémarrage du pays contraint à de lourdes économies, selon le projet de budget présenté mercredi au parlement.
En 2013, la dette du pays devrait exploser, selon le texte, à 189,1% du PIB, soit 346,2 milliards d'euros, contre 175,6% attendu en 2012.
http://www.romandie.com/news/n/_Bud...
Dette publique de la Grèce :
2007 : dette publique de 107,4 % du PIB.
2008 : dette publique de 112,6 % du PIB.
2009 : dette publique de 129 % du PIB.
2010 : dette publique de 144,5 % du PIB.
2011 : dette publique de 170,6 % du PIB.
2012 : dette publique de 175,6 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec. La dette augmente, augmente encore, augmente toujours, alors que le premier défaut de paiement de la Grèce a effacé 107 milliards d'euros de dettes.
2013 : dette publique de 189,1 % du PIB, selon la prévision du gouvernement grec.
La question n'est plus de savoir si le deuxième défaut de paiement de la Grèce va avoir lieu.
La question est de savoir quand le deuxième défaut de paiement de la Grèce aura lieu.