Dans ces conditions d’extrême tension sociale, il n’est plus du tout exclu que nous allions vers un bouleversement institutionnel majeur. Sans donner un crédit excessif aux élucubrations de Mélenchon sur une sixième République qui, dans sa bouche, ne serait qu’un avatar moderne du Comité de salut public, force est de constater que nos institutions perdent de leur légitimité à une allure préoccupante, à mesure que les socialistes déploient leurs talents… de bonimenteurs.

Le mirage de l’égalité

Partant du constat, pouvant d’ailleurs être légitimement discuté, que le mariage n’est plus qu’un organe producteur de droits fiscaux, le gouvernement socialiste s’est donné pour objectif d’élargir son « bénéfice » aux couples homosexuels. Au nom du sacro-saint principe d’égalité, dont ils sont les détenteurs perpétuels et intarissables, ils sont entrés en croisade contre le Mal symbolisé, ici, par l’alliance de la Droite et du goupillon. Si l’on considère cette cérémonie du seul point de vue fiscal, il faut bien dire que les pudeurs de chaisière de l’UMP ouvraient un boulevard à leurs adversaires, une fois ces derniers revenus au pouvoir. En politique, quand on ne tient pas ses promesses, il ne faut pas s’étonner d’être doublé par plus radical.

Comment, en ces temps de ponctions fiscales tous azimuts, peut-on être contre un allègement consenti par l’Etat au nom de l’Amour universel ? Certes on peut s’étonner que les socialistes se soient arrêtés aux couples de même sexe et n’aient pas considéré de leur devoir de promouvoir les autres types d’amours (multiples, interdits, solitaires, interespèces…) comme tout aussi dignes des largesses de Bercy, mais c’est un autre débat. Bruno Lemaire, le sémillant et propre sur lui ex ministre de l’Agriculture de Sarkozy, ne nous explique pas son abstention, « courageuse », sur cette épineuse question sociétale, par autre chose que la honte de ne pas avoir légiféré là dessus, en son temps. Il n’aura échappé à personne que le gendre idéal susnommé étant énarque, il ne craint pas le paradoxe. Il regrette de ne pas avoir pris ce dossier à bras le corps (c’est cas de le dire) quand il était en responsabilité, tout en reprochant au gouvernement actuel de le faire alors qu’il y a « bien d’autres urgences dont il conviendrait de s’occuper avant »… passons.

Le problème, dans ce projet, ne vient pas du mariage en lui même, mais du supplément de bagage directement introduit (si l’on peut dire) par le lobby LGBT, sur l’adoption plénière par des couples de même sexe. Ce déni des réalités physiques qui fera qu’un enfant n’aura plus de mère ou de père biologique est une aberration qui choque nombre de Français. Traiter leur opposition d’abord par le mépris, puis par l’insulte est une erreur colossale, dont le pouvoir socialiste n’a pas fini de se mordre les doigts. Au lieu de revenir sur cet aspect juridiquement et éthiquement très discutable de son projet, pour se concentrer sur le mariage qui, à force aurait fait consensus, le Président, aiguillonné par l’activisme journalistique gay, est entré dans l’impasse de l’épreuve de force avec le pays réel. Il n’est que de constater la disproportion entre les manifestations parisiennes « pro » et « anti » mariage pour tous du dimanche 21 avril dernier, pour s’en rendre compte. Si l’on retient les chiffres de la police, dont nous reparlerons dans un instant, les « anti » étaient 45 000 à défiler entre Denfert et les Invalides, tandis que les « pro » étaient péniblement 3 500 à se féliciter de leur avant-gardisme à la Bastille. Même au pied du « gay Marais », le cœur n’est pas à la fête, d’abord et avant tout parce que nombre d’homosexuels ne voient pas l’intérêt de se marier (ou n’en perçoivent que trop les inconvénients).

Du mariage à la manip pour tous

Le plus grave dans tout ce foutoir, c’est l’instrumentalisation de la Police nationale par un gouvernement aux abois. En forçant à ce point la Préfecture de Police de Paris à entrer dans leur jeu du déni du réel, les socialistes ont amplifié le mouvement de contestation et jeté le discrédit sur l’institution policière. Il faut dire que le haut commandement policier s’est laissé faire avec un zèle qui explique, bien mieux que tous les longs discours moralisateurs, pourquoi un fonctionnaire peut commettre les pires atrocités quand les temps s’y prêtent. En sacrifiant leur intelligence à leur carrière, ils ont mis leurs hommes dans des situations impossibles. Comment voulez vous que des CRS réagissent, quant un pouvoir leur intime l’ordre d’arrêter des jeunes filles chantant des cantiques autour de l’Assemblée et qu’il amnistie, dans le même temps, des syndicalistes qui leur jettent des pneus enflammés et des boulons à la gueule « pour faire entendre leur désespoir social » ?

Née de la collusion entre le pouvoir et des médias gangrènés par les activistes LGBT, la grande manipulation qui veut faire de tout opposant actif à cette loi, un fasciste mettant en péril la survie même de la République, ne résiste pas à l’épreuve des faits. Depuis que le gouvernement a bousculé le travail parlementaire pour faire passer son texte aux forceps, il n’est pas une soirée sans que la « presse » nous relate des « affrontements » entre les opposants et les forces de l’ordre. À l’appui de leur démonstration, nos baveux nous citent le nombre élevé des interpellations. Souvenez vous des « manifestations pacifistes » des altermondialistes lors des G20, G8 et autres sommets de l’OTAN. Il y eut certes des interpellations, mais aussi un nombre non négligeable de policiers et de gendarmes blessés. Plus près de nous et de Jean-Marc Ayrault, les opposants verts à l’aéroport Notre Dame des Landes ne lancent pas de psaumes, mais des pierres aux flics venus les déloger. Autour de l’Assemblée « en état de siège », on est bien en peine de trouver les carcasses fumantes des voitures incendiées par les « intégristes catholiques ». Alors des policiers blessés… vous pensez !

Si ceux qui refusent cette loi sont tous des fachos rétrogrades, on comprend mieux pourquoi la Police minore systématiquement l’ampleur des manifestations. La peste brune est de retour mes frères, cachez vos blancs tabliers et que le Grand Architecte de l’Univers reconnaisse les siens ! Au risque de passer pour un agent du renversement de la République, je vous avouerai que je n’ai pas vu beaucoup de nervis d’extrême droite dans les divers cortèges auxquels j’ai pris part à Paris ces derniers mois. Sauf à considérer qu’une poussette est une voiture bélier et une couche une arme de destruction massive (dans certains cas ça peut se plaider) le ridicule est à rechercher du côté du gouvernement qui crie au loup devant des agneaux.

L’obséquiosité de la haute hiérarchie policière envers le pouvoir socialiste est d’autant plus forte que nous sommes en pleine période de chasse aux sorcières sarkosistes. C’est d’ailleurs là que réside le fond des choses. Des commandements préoccupés par leur carrière sacrifient leurs hommes et la crédibilité de leur corps, pour servir de serpillière à un pouvoir socialiste qui les a toujours méprisés. Le pouvoir pousse toujours plus à l’affrontement entre la police et les anti mariages gay d’autant que ces derniers viennent des catégories sociales qui ont toujours soutenu les forces de l’ordre. Si les manifestants répondent à ces provocations grossières, d’un pouvoir qui perd les pédales (je parle des ustensiles qui servent à propulser les pédalos), en suggérant avec humour de renvoyer « les gendarmes à Saint-Tropez », il conviendra de se pencher sérieusement, en temps voulu, sur la nécessaire migration des huiles de la Préfecture de Police vers Limoges.

Le Parlement, première victime du mariage pour tous

Chemin faisant et mépris des objections aidant, le pouvoir a été amené à s’asseoir sur le débat public afin d’éteindre l’incendie qu’il avait lui-même allumé (c’est ce que l’on appelle avoir le feu au cul). En procédant de la sorte, il a montré le peu de cas qu’il faisait du Parlement. En transformant ce dernier en simple chambre d’enregistrement, il a achevé de mettre à jour ce que tout le monde savait déjà : les Assemblées ne servent à rien ! Elles ne sont composées (à de rares exceptions près) que de godillots surnuméraires, plus attentifs à ne pas déplaire au parti pour garder leurs fromages, qu’à défendre des convictions qu’ils n’ont plus depuis longtemps. À force de se coopter, les parlementaires sont devenus des clones interchangeables qui ne font qu’agiter l’écume d’une marée qu’ils ne peuvent plus endiguer depuis belle lurette.

Ajoutez à cela, l’extrême lassitude (pour dire le moins) que les électeurs ressentent devant la pression fiscale toujours plus forte à laquelle ils sont soumis et vous obtenez une défiance sans précédent vis-à-vis des élus de la nation. Les fondements de la démocratie représentative sont atteints quand ceux qui votent ne se reconnaissent plus dans ceux qu’ils élisent. La désinvolture avec laquelle « Moi Président » traite la représentation nationale achève le tableau. La seule vraie radicalisation qui émerge des « Manifs pour tous » ce n’est pas l’homophobie c’est la parlementarophobie.

Nos élus ne sont tout bonnement pas légitimes pour bouleverser à ce point notre société. Même si cette promesse était écrite en tout petits caractères sur le programme du « tout mou », très peu de gens ont élu ses copains pour ça. Bien que cette affirmation fasse hurler Alain Duhamel, elle est plus que fondée. Les Députés et, dans une moindre mesure, les Sénateurs sont là pour manifester le consentement du Peuple, qu’ils représentent, à l’impôt. En contrepartie, ils sont supposés contrôler l’usage que le pouvoir fait de l’argent des contribuables (ouarf, ouarf, ouarf). Au passage, ils peuvent voter des lois qui sont susceptibles d’être changées, une fois que le Peuple en aura décidé ainsi en changeant de majorité. Voilà pour le principe !

L’irréversibilité de la loi sur le mariage pour tous n’a échappé à personne. Et elle change tout ! En pareil cas, seul le Peuple devrait avoir à donner son aval à la chose. Or c’est à des représentants démonétisés par leur mode de désignation qu’a échu le triste privilège de procéder à cette « révolution » selon les termes de la Garde des Sceaux. Depuis le Jeu de Paume, on sait que lorsque des représentants déclenchent une Révolution les choses ne se terminent jamais bien. Les parlementaires ne sont pas de taille pour entreprendre pareils bouleversements. Ils sont trop nombreux et leurs moyens trop comptés pour qu’ils puissent être d’une utilité quelconque. Quand ensuite un gouvernement pressé de poser sa loi, comme un chien pose sa pêche, tue tout débat au motif qu’il ne faut pas donner de tribune « aux forces les plus obscures de la nation », nous avons la chienlit actuelle.

Nos parlementaires représentent plus une caste que leurs électeurs et les partis qui les endossent, tiennent idéologiquement plus du supermarché que de l’épicerie fine, tant les produits qu’ils offrent aux électeurs sont standardisés. Non contents de cela, ils obéissent à des « chefs » qui sortent peu ou prou du même moule, vous avez une assez bonne explication à ce côté moutonnier qui les caractérise si bien. Si vous ajoutez l’Europe à l’équation tout s’éclaire. Plus les transferts de souveraineté s’accélèrent, moins le « politique » pèse sur le cours des choses et plus il se concentre sur des réformes sociétales destinées à lui valoir la reconnaissance éternelle des minorités, seul objet de son attention. Pas étonnant dans ces conditions que le Peuple ne fasse plus confiance à ses élites.

La démocratie a été confisquée par quelques-uns qui se plaisent à s’agiter pour faire croire au Peuple qu’il a encore son destin en main.

Après le volontarisme surjoué de l’ère Sarkozy, voici venu le temps du renoncement institutionnalisé. « Pas moi, pas ma faute, c’est Angela, etc., etc. » François Hollande achève par cette attitude, sans s’en rendre bien compte, le lent travail de déconsidération à laquelle le personnel politique s’est livré à l’excès, depuis le départ du Général de Gaulle.

N’ayant plus de haute idée de la France, ses successeurs se sont lancés à corps perdu dans l’aventure européenne. À force de se recroqueviller dans l’esprit de ses dirigeants, notre pays n’est plus que l’ombre de lui même. Les petits politiciens ont fait leur petite soupe, dans leur petit coin. Ils ont multiplié les faux droits pour se faire élire et se sont réfugiés dans la dette pour masquer leur incapacité à assumer les conséquences de leurs politiques. Ce faisant, ils se sont entendus entre eux pour maintenir le Peuple à l’écart des choix fondamentaux. Quand par hasard les Français votaient mal, les mêmes se réunissaient en congrès pour faire le contraire à Versailles.

Le Peuple est un animal dangereux. Le diriger est un art difficile qui ne supporte pas l’à-peu-près. En nous donnant pour chef, un spécialiste des petits arrangements entre socialistes, nous avons élu un fossoyeur d’illusion et signé partant, la mort de la démocratie représentative. Ne nous y trompons pas, la confiance sera difficile à rétablir, toutes les transparences et autres fariboles destinées à amuser la galerie n’y suffiront pas. Lorsque Normalito tombera, si son successeur n’instaure pas, très vite, les bases d’un nouveau contrat social fondé sur la démocratie directe, il y a de quoi craindre que le Peuple, la crise aidant, ne vienne la mettre en pratique par lui même. Et quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites : même chez les Duhamels…

Marc Suivre

Trait.jpg La version originale de ce texte a été publiée sur le blog de Marc Suivre , en date du 25 avril 2013. Tous les articles de Marc Suivre publiés sur son blog sont généralement accompagnés par la reproduction de croustillants cartoons politiques qui méritent une visite.