Oh surprise, l’UMP se déchire !

Partant du principe que l’on ne s’étripe bien qu’entre amis, les caciques de l’UMP se vomissent, s’insultent et s’entretuent en public depuis le 25 mai au soir. La belle affaire ! Depuis leur défaite de 2012, ils ne se sont jamais vraiment abstenus de se coller des mandales. Tout au plus ont-ils mis sous le boisseau leurs détestations réciproques, le temps de ravir des villes à la gauche. Une fois l’affaire faite, il convenait de reprendre au plus vite, la lutte pour la soupe. Cinq points d’écart avec le FN auront finalement eu raison d’un Mouvement qui n’a jamais rien eu de Populaire et qui n’est plus qu’une parodie d’Union depuis bien longtemps.

Crée en 2002 pour fédérer, autour de Chirac, la galaxie des notables centre mous qui venaient de s’apercevoir que Giscard puis Balladur avaient leur avenir derrière eux, l’UMP n’a jamais eu - et pour cause - de corpus idéologique bien défini. Gaulliste, mais pas trop pour ne pas effrayer les européistes béats, Libérale, mais pas trop pour ne pas faire fuir les socialistes contrariés et enfin Etatiste dans l’âme, mais sans trop le dire, pour éviter de trop ressembler à son modèle : le Parti Socialiste. L’UMP s’apparente parfaitement au Chiraquisme  dont elle est issue : un mélange d’opportunisme et de bouillie idéologique dans l’air du temps. Un parti ou la communication prime sur le fond, un bateau ivre qui surfe sur les modes. Un mouvement qui se défini par un consensus, lui-même déterminé par ses adversaires socialistes, appuyés par des médias dont 80% des journalistes votent à gauche. Bref, un parti d’attachés de presse : un mouvement d’eunuques.

Après s’être fait honteusement distancer par un Front National régénéré, il convenait donc de réagir. La seule conclusion en provenance des penseurs de l’UMP : c’est que le parti doit se rapprocher du Centre… Un quart des électeurs se porte sur les listes de Marine Le Pen et la stratégie gagnante, pour cette bande de Simplets, c’est de faire la course à gauche. Pas de doute, à force de vouloir plaire à la France qui cause, l’UMP va finir par devenir le PS dont les médias rêvent. Je doute que les électeurs y trouvent leur compte. À ce train-là, l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen n’est peut-être plus une simple vue de l’esprit.

Le PS en voie de disparition

À voir avec quelle constance, le parti de l’intelligence réagit à ses déroutes électorales, il n’est pas exclu que le seul bien que François Hollande aura finalement fait au pays soit celui de la disparition du PS. Songeons qu’en à peine deux ans, le menteur à teinture a réussi l’exploit de ramener le PS là où Tonton la Francisque l’avait laissé … après 14 années de pouvoir. En 1994, il y a 20 ans, le PS avait aussi atteint le score lamentable de 14% aux Européennes. En ce temps là, pourtant, il devait affronter la concurrence d’un PRG mené par un Nanar au mieux de sa forme. Donc, à bien y regarder, le résultat des Européennes annonce davantage la mort du PS qu’il n’augure du triomphe du Front. Mais il convient de bien cacher ce constat !

Je sais qu’un peuple habitué aux Duhaméleries de toutes sortes aura du mal à croire à la chose, mais le PS est dans une bien plus mauvaise posture qu’une UMP empêtrée dans ses fausses factures. Le parti de Jaurès n’est plus qu’une coquille vide et ses héritiers sont totalement à poil. Ils se battent contre une réalité, sur laquelle ils n’ont plus de prise et sont trahis par des « leaders » qui n’ont qu’une hâte : celle de faire le contraire de ce qu’ils se sont engagés à mettre en oeuvre pour être élus. Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, que les électeurs de François Hollande restent chez eux. Il avait promis de renégocier le traité européen signé par le vilain Sarkozy et cette sorcière de Merkel. Il s’était engagé à ne faire payer que les riches et le retour du plein emploi n’était qu’une question de mois. Résultat : il s’est couché devant Angela, les Français n’ont jamais payé autant d’impôts et l’inversion de la courbe du chômage n’est prévue, au mieux, que pour 2017. Bien sûr le Peuple de gauche a eu au passage le mariage pour tous, avant d’avoir une grande vague de libération de criminels maintenant que les élections sont passées. Il n’est pas improbable qu’il ait bientôt en prime : l’obligation de rouler à 80 km/h sur les routes départementales en attendant une peine de prison, si l’électeur floué est pris en train de conduire avec une clope au bec et son chiard à l’arrière de sa bagnole.

Avec un tel bilan, difficile d’être optimiste. Les socialistes ne sont crédibles sur rien. Le seul à être (provisoirement) un tant soit peu populaire est le plus à droite d’entre eux. Encore avons-nous pu juger que - contrairement aux espérances élyséennes et au melon dont est affublé le nouveau Premier ministre de Normalito – la nomination de Manuel n’aura, en rien, diminué la nouvelle claque annoncée. Aurions-nous gardé le très dynamique Jean-Marc Ayrault que cela n’eut même, très probablement, rien changé du tout. On le voit, le PS a son avenir derrière lui. Il n’y a plus que les journalistes et les fonctionnaires de l’éducation nationale (un monde qui fonctionne en un rassurant vase clos) pour encore croire que le PS sert à quelque chose. D’où cette frénésie de la bien-pensance à vouloir faire de l’UMP un parti de gauche présentable. Pour ce faire, il faut virer Copé (c’est fait) y mettre Juppé (on y arrive) et ils tiendront leur nouvelle marionnette, propre à leur assurer de conserver leur lucratif ascendant sur ce brave Peuple qui les nourrit, à la sueur de son front.

Les ressorts du vote FN

Nous nous acheminons donc allègrement vers un nouveau bipartisme dans lequel l’une des alternative est impossible. Le Front National, on l’aura compris, c’est Vichy. Dans ces conditions on peine à comprendre son succès grandissant. A première vue, avec une pensée économique aussi indigente, on se demande vraiment comment ces braves gens du FN s’y prennent pour séduire le pays. Il est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, le Parti Communiste, autre parangon d’intelligence économique, caracolait à des hauteurs comparables. Le fait, nous l’avons vu, que les Français soient parmi les peuples les plus ignorants des ressorts de l’économie moderne avec les Coréens du nord et les Cubains aide un peu, je le concède, mais enfin ça n’explique pas tout. Il se trouve que chez nous, le réflexe social-étatiste s’additionne au sursaut national là ou partout ailleurs ces deux pulsions se scindent (au moins depuis la mort du peintre autrichien).

Ne déduisez pas de la proximité de ces deux qualificatifs que je sombre dans la reductio ad Hitlerium. Le Front National n’est pas le NSDAP, ses permanents ne sont des fascistes que face aux résistants en peau de lapin et ses électeurs ne sont pas des nostalgiques du Maréchal Pétain, même s’ils sont nombreux à souhaiter une bonne fête à leur maman (mais c’est une autre histoire). Le Front National n’a du reste même plus grand-chose à voir avec un parti d’extrême droite, si l’on s’en tient à ses discours. En économie il est plus proche de Mélanchon que de n’importe qui d’autre et en matière d’immigration, il ne profère plus aucun propos qui n’ait pu être, ou a effectivement été, tenu par le Général de Gaulle. Difficile, dans ces conditions, d’en faire le ventre-fécond-de-la-bête-immonde que l’on nous survend, au point que plus personne ne saurait maintenant reconnaître un vrai nazi, tant le terme est galvaudé (voir l’aveuglement de la presse BHLisée face aux « héros » de la « révolution » ukrainienne). Si les gens ont voté aussi massivement pour les candidats présentés par Marine Le Pen, c’est en raison de la conjonction de deux facteurs très liés: le ras le bol fiscal et le ras le bol migratoire.

Depuis la crise des subprimes, les Français sont accablés d’impôts. Aux trente milliards d'euros de Sarko-Fillon se sont ajoutés les 36 de Hollande. 66 milliards d'euro; en quatre ans (et ce n’est surement pas fini); cela fait quand même la bagatelle de 440 milliards de francs en plus, soit le rendement de l’Impôt sur le Revenu, l’année où nous sommes passés à l’Euro. Il y a quand même de quoi réfléchir quand on veut bien se poser et considérer ces chiffres dans leur réalité crue. À droite comme à gauche, le réflexe de nos gouvernants a été d’augmenter les impôts, pas de baisser les dépenses. Il fallait sauver l’indépassable modèle social français. Et le tout pour quel résultat ? Le chômage continue de croître, la sécurité diminue, les services publics ferment, les territoires ruraux sont abandonnés, l’éducation nationale n’a jamais fourni autant d’analphabètes pour aussi cher et maintenant l’Armée va se voir compter les moyens d’assurer la défense de nos intérêts dans le monde.

Pendant ce temps là, l’État continue à favoriser la venue d’une main-d’œuvre bon marché, en total déphasage avec les moeurs de notre société et peu désireuse de s’y adapter. Le contribuable voit ses impôts augmenter, ses prestations se raréfier au profit de nouveaux venus qui sont prioritaires et auxquels on lui demande de s’adapter. Et vous croyez qu’avec tout ça, les électeurs vont continuer à suivre des gens qui ne font que leur expliquer : que ce débarquement est une chance pour la France, que refuser l’inéluctabilité de la chose mettrait en péril l’image de la France dans le monde (au mieux) ou qu’ils ne sont qu’une bande de crétins racistes et moisis de surcroit (j’exagère ? Non : lisez Libération et Alain Juppé).

Le succès du Front National n’est pas l’annonce du tripartisme

Le résultat du 25 mai n’annonce pas la naissance du tripartisme. En vérité, si la seule réaction à ces élections consiste à voir l’UMP se gauchiser, alors le PS disparaitra, faute d’espace. Les bien pensants se feront une raison et rejoindront Juppé dans une grande farandole d’idées généreuses … pour les autres. Les crypto marxistes nous recréerons une gauche radicale, d’autant plus violente qu’elle sera incapable de représenter une alternative crédible, tout occupée qu’elle sera à se bouffer la gueule pour savoir qui sera le tenant du socialisme le plus pur. Le Peuple, lui, n’aura plus de choix qu’entre des pseudo socialistes mondialistes honteux et des économistes de terril qui prônent le retour au franc sans en préparer les conséquences, persuadés en bons catéchètes que le verbe peut tout.

Il est vraisemblable qu’avec le temps et la perspective de victoires à portée de main, le Front attire plus et se métamorphose, ce faisant, en un mouvement capable de produire une pensée économique rationnelle. Tant que ce ne sera pas le cas, il représente un grand danger. Non pas en raison de son penchant autoritaire fantasmé, mais bien en raison de son incapacité à diriger le pays. Si les municipales ont été si favorables à l’UMP, c’est uniquement en raison de l’absence de cadres FN crédibles. Ce qui est vrai pour une ville l’est évidemment pour un pays. Vous voyez Florian Philippot Ministre des Finances vous ? Ou encore Steeve Briois à l’Education nationale ? Bon c’est vrai Montebourg est ministre de l’Économie et Hamon est chargé de rééduquer vos enfants, mais bon, c’est quand même ridicule. Le FN doit donc s’étoffer, se staffer comme on dit dans le jargon en vogue dans les partis politiques. Si toutes les villes de plus de 10 000 habitants avaient eu une liste FN, il n’aurait pas fallu attendre mai pour qu’il soit le premier parti de France. Et qu’on ne vienne pas nous bassiner avec l’abstention. Depuis deux mois le seul argument politico-médiatique pour nous pousser vers les urnes, c’était justement le « risque » de voir le FN terminer premier. On a vu ce que cette perspective pouvait avoir d’effrayante pour plus de 56% des Français.

Le Front National s’inscrit, malheureusement maintenant, comme la seule option à la fausse alternance à laquelle nous assistons depuis 1981 (1983 pour être honnête, et même décembre 1986 pour être encore plus précis). Depuis ces dates, au gré des élections, ce sont les mêmes politiques qui ont été mises en œuvre. Avec ici ou là des inflexions sociétales contestables qui ont été le seul marqueur de la gauche (Peine de mort, 35 heures, mariage pour tous…). Là où nos médias ont raison à propos du FN, c’est qu’il n’est pas comme les autres partis. Il risque d’appliquer son programme et rien n’indique qu’il y renoncera une fois placé devant le mur des réalités (comme ce vieux renard de Mitterrand). Si l’on veut le combattre efficacement, il faut cesser les imprécations moralisatrices qui sont totalement inefficaces. Il faut que la droite cesse de s’excuser de ne pas être de gauche. Il faut que le centre reste ce qu’il est : un marais européiste qui survit grâce aux miettes qu’il grappille au nom de son droit contestable à l’existence (soyons réalistes, à bien y regarder, le centriste est un socialiste juste un peu moins fasciné par toutes les minorités). Il faut que la droite se saisisse, une bonne fois, de la question de l’immigration et s’attelle, comme dans tous les autres pays européens, à définir vraiment, cette fameuse identité nationale après laquelle nous courrons désespérément.

Il faut enfin expliquer pourquoi la liberté est le plus sûr moyen d’assurer la prospérité et le développement des peuples. Il faut cesser d’imposer le pire de la globalisation : une immigration sans contrôle, l’abaissement des normes, les délocalisations et la désindustrialisation qui vont avec. Il faut profiter du meilleur : l’incitation à l’innovation et au progrès, la diffusion rapide des connaissances, la multiplication des consommateurs et des échanges. Il faut accompagner la mondialisation et non s’accrocher à un monde qui n’est plus, en rendant toujours plus coûteuses les adaptations nécessaires. Il faut accepter le principe de la destruction créatrice et non la freiner. Bref, il faut être libéral ! Il faut cependant pour cela que les libéraux qui seront à la manœuvre, cessent de voir la Nation comme un obstacle, mais l’envisagent comme le cadre indépassable de régulation, sans laquelle : aucune liberté ne peut s’épanouir durablement … tant la pente naturelle de l’être humain l’incite à construire les monopoles qui nuisent tant aux libertés.

Marc Suivre

Pour suivre les publications de Marc Suivre sur son blog personnel cliquez ici.