Il est humain, simple, porté sur l’autodérision (quand on se rase tous les matins en face de cette tête là, ça se comprend), pas autoritaire pour deux ronds, bref le mec normal que la France espérait. Le fait que les mêmes louanges aient été chantées à l’obsédé de la braguette, avant son troussage ancillaire, n’émeut personne. Il est vrai que les français sont supposés avoir la mémoire courte. Toute cette flagornerie se limiterait au bonhomme que ce ne serait qu’un moindre mal. Le problème c’est que cette touchante unanimité médiatique, s’étend au programme du rigolo, et là ce n’est plus amusant du tout.

Hollande ou le complexe de Gérard Majax

Depuis sa « naissance », « sa révélation au peuple de gauche », « son envol » du Bourget fin janvier, le « mec normal » et sa journaliste de compagne, se répandent dans toute la presse pour nous expliquer la psyché du « Conducator » de Tulle. Sans doute pour mieux illustrer la pudeur dont il se prétend dépositaire, il nous étale complaisamment le rôle joué par son « facho » de père dans la construction de son humanisme. Pour faire pendant à cette brute, il y avait, heureusement pour la France, la douce figure de gauche d’une mère nimbée de toutes les vertus. Le bon petit n’a pas de mots assez forts pour crier – en toute discrétion – son amour à la réincarnation de Cybèle. On comprend mieux, avec de tels totems psychanalytiques, que l’on ait tendance à considérer les socialistes comme des « sans couilles »(1), à la notable exception de DSK. Bref, plus François Hollande nous répand sa normalité, plus il nous apparaît comme un produit marketing, fabriqué pour coller à l’air du temps médiatique.

Ce que nous taisent, en revanche, soigneusement, les spécialistes du « story telling » qui nous content cette fable doucereuse sur l’enfance du chef, c’est la passion de François pour la magie. C’est sans doute ce tropisme qui dirigea le jeune énarque (promotion Voltaire) vers la Cour des Comptes. Heureusement pour le sérieux de cette institution bicentenaire, le virus de la politique frappa vite et François Mitterrand – qui s’y connaissait en illusionnisme – fit appel à ses talents pour mener, à ses côtés, la politique de nationalisation. Ayant appris le métier avec un Maître, pas étonnant dans ces conditions que ses propositions fiscales ressemblent d’avantage à un tour de bonneteau qu’à une réforme.

Le riche paiera

Pour qu’un tour de magie soit réussi, il convient, pour le praticien, d’attirer l’attention de ses spectateurs vers un point extérieur à la scène où se déroule le tour. C’est exactement le coup que nous fait Flamby avec sa réforme. Il fixe l’intérêt de son auditoire sur sa nouvelle tranche à 45% pour les nantis qui gagnent plus de 150 000€ par part. Pour être sûr de son fait, il en rajoute une couche sur « l’égalité, valeur fondatrice de la Révolution française » et il déclare la guerre à la finance. Le fait que tout ce salmigondis gauche caviar soit une connerie historique aussi noire que sa teinture ne fait rien à l’affaire. Il y a belle lurette que, de nos jours, on n’enseigne plus l’histoire, et encore moins celle du droit, alors il aurait bien tort de se priver. Un bon magicien est aussi et avant tout un excellent bonimenteur. Pour faire bonne mesure, il jure la main sur le cœur que ses projets « n’impacteront » (oh le joli mot !) pas les Français, seuls les riches (particuliers et « grosses » entreprises) paieront et le tour est joué. Attentifs à la sémantique comme vous l’êtes, chers lecteurs, vous aurez noté au passage, que selon Saint François des pauvres, ceux qui vont passer à la caisse ne sont pas Français, ils sont juste riches, comme d’autres étaient juifs.

L’illusion semble parfaite, tout du moins auprès des croyants que sont, entre autres, les journalistes (à quelques exceptions près, stipendiées comme il se doit par la corporation). Pour le reste de la population, notamment les classes moyennes en phase de paupérisation avancée, rien n’est moins sûr. Prétendre ponctionner 45 milliards aux seuls « riches » c’est prendre les autres pour des cons. D’abord et avant tout parce que depuis le temps, on devrait savoir où mènent ces belles promesses, puisque à chaque fois qu’un socialiste a promis de faire payer les nantis, ce sont toujours les impôts de ceux, trop riches pour être exemptés mais trop pauvres pour fuir le pays, qui se sont alourdis.

En admettant que les cibles de la furie fiscale Hollandiste aient le potentiel dont le « parti de l’intelligence » les crédite, ces super riches vont surtout super foutre le camp et les illusions semées par les socialistes avec. Qui peut croire, en effet, que les entreprises et les individus concernés vont se laisser plumer au nom d’une solidarité nationale qu’ils alimentent déjà pas mal comme ça, merci pour eux ! Ils ne sont, pas plus que les autres, responsables de la crise actuelle. Ce ne sont pas eux qui creusent depuis 35 ans les déficits et qui n’envisagent même pas que l’Etat puisse un jour adapter ses interventions à ses moyens. La crise de la dette, ce n’est pas la crise du capitalisme mais celui de l’Etat providence qui n’a plus les moyens de prodiguer ses faux droits à tous les parasites qui lui assurent le pouvoir sur une société exsangue.

Droit dans le mur

Les projets fiscaux de François Hollande sont aussi néfastes en 2012 que les projets économiques de son mentor en 1981. Comme à l’époque, il s’agit pour le premier parti de fonctionnaires de France d’assurer la survie de ses corporations. Seulement les stratèges de Solférino ne veulent pas voir que nous avons changé d’époque. La mondialisation qu’ils ont portée sur les fonts baptismaux, au nom de leur idéal européen, rend leurs rêves de grand soir fiscal illusoire. Les hommes et les capitaux sont libres. Les fortunes changent de pays en un clic et les individus en un billet d’avion (ou de Thalys).

Lorsque l’illusion se dissipera, le magicien sera nu sous sa cape et notre pays sera dans la situation de la Grèce. Les gros contribuables auront disparu et le manque à gagner sera réparti sur ceux qui resteront. Ce faisant, nous allons vers une grave crise institutionnelle. Si la démocratie suppose de respecter le choix de la majorité quand elle s’exprime, comment qualifier les décisions que celle-ci impose à une minorité. En ces temps de développement durable triomphant, il serait bien que l’on s’applique un saint principe de précaution fiscale. Il conviendrait que l’on répartisse la charge de l’impôt sur l’ensemble de la population, en élargissant l’assiette, plutôt que de la concentrer toujours plus sur ceux qui ne peuvent s’évader. Il existe bien deux alternatives à cet élargissement honnis, qui présente pourtant l’avantage de rendre aux pauvres leur dignité, en en faisant des contribuables. Je doute simplement que celui qui n’a « jamais rien fait en trente ans de vie politique » – selon la mère de ses enfants – soit l’homme qui porte la révolution fiscale en supprimant les impôts directs en transférant les recettes sur la TVA ou qu’il décide de rétablir le suffrage censitaire.

L’Union Sacrée

Pour idiots et funestes (par les temps qui courent) que soient les projets socialistes, il y a pourtant de fortes chances qu’ils puissent être mis en œuvre dans un proche avenir, compte tenu du rejet dont fait l’objet le « Président sortant ». C’est d’ailleurs bien le paradoxe de cette affaire. L’ineptie des mesures proposées par le syndic de la fonction publique saute aux yeux. Non seulement on ne s’attaque pas au déficit structurel mais on en rajoute une louche dans des dépenses que nous n’avons plus les moyens d’engager. Seulement voilà, co face à ces sornettes, se présente le type le plus populaire depuis Néron et Caligula réunis, la première absurdité venue passe pour un trait de génie.

Face à ce déchaînement de haine, quelles options s’offrent encore au Président ? Il ne peut guère espérer l’emporter que face à Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélanchon. Comme ce n’est pas le scénario de second tour le plus probable, pour le moment, on ne voit pas très bien ce qui pourrait inverser la route vers la défaite annoncée. Les socialistes ne s’y trompent d’ailleurs pas qui, sous couvert de ne pas vendre la peau de l’ours, se répartissent déjà ouvertement les postes. Il faut dire que si vous aviez un jour cru au mythe de l’Etat UMP, vous allez rire avec l’Etat PS. Ils auront tout loisir de mettre le pays à sac pendant deux ans. Jamais la droite, au fait de sa gloire, n’avait eu le Parlement, les Régions, les grandes villes et les départements à sa botte. Il ne restera guère que le Conseil Constitutionnel pour faire contrepoids. C’est bien peu ! Dans ces conditions, tout semble réunit pour tenter un dernier coup de poker.

Vous avez sûrement noté, avec l’attention qui vous caractérise, que depuis que Hollande a levé le voile sur son programme de retour à la croissance façon Papandréou, François Bayrou n’a pas de mots assez durs pour critiquer ce programme. L’ensemble des serials loosers du commentaire politique vous explique que c’est le lot de tout favori que d’être l’objet des critiques des autres. L’explication peine à convaincre, tant elle est courte. Le dieu du Stade de Tulle fait la course en tête depuis la chute du priapique du FMI. Le Béarnais ne l’accable que depuis deux à trois semaines.

En vérité, le « gros coup » promis à ses troupes pour son entrée en campagne, par un Sarkozy plus combatif qu’il ne le devrait –aux vues des sondages –, pourrait bien concerner le MODEM. Un ticket Sarko-Bayrou pour sortir le pays de l’ornière et faire front commun face aux projets insensés du PS, voilà qui rebattrait sérieusement les cartes. Finie l’hégémonie UMP, bienvenue au retour de la dualité RPR-UDF à droite. Bien sûr, quelques parlementaires grinceront des dents et quelques victimes seront à déplorer dans les rangs du parti majoritaire pour faire place aux nouveaux (r)alliés. Cela dit l’alternative d’un Sarko éliminé dès le premier tour en laissera encore plus sur le carreau. Dans ces conditions, tout est jouable, surtout le plus inattendu.

Ainsi, le mariage de raison entre l’intransigeant Béarnais et le fantasque Altoséquanais pourrait être l’acte fondateur de la nouvelle alliance visant à sauver la France d’un nouveau désastre socialiste. Aucune campagne ne s’écrit d’avance et rien ne se déroule jamais comme prévu, pour ceux qui se voient couronnés avant d’avoir affronté le verdict des urnes. Sarkozy présidant à l’international avec un Bayrou Premier ministre en charge de la réduction des dépenses publiques, face à Gérad Majax et à ses promesses vides de tout sens commun, voilà qui ne manquerait pas de panache. La France n’est pas un pays comme les autres, elle se gouverne mal et les Français aiment à ne pas être prévisibles. Avec les Gaulois, tout est possible même quand on s’acharne à leur faire croire que tout est joué. Rien n’est plus sensible au sable qu’une mécanique bien huilée. Les socialistes devraient le savoir, depuis le temps que leurs projets se grippent.

(1) Dans la mythologie grecque, Attis fut le jeune époux de la déesse phrygienne Cybèle. Cette dernière, née à la fois mâle et femelle, avait été castrée par les dieux. Quand Attis souhaita se marier, Cybèle, qui l’aimait et en était jalouse, le rendit fou si bien qu’il se castra lui-même et se tua. Cette légende offre de nombreuses variantes qui visent à expliquer notamment que les prêtres de Cybèle, les Galles, soient des eunuques. Attis n’apparaît que rarement en Grèce mais, associé à Cybèle, il est une divinité acceptée à Rome et constitua l’un des plus importants cultes à mystères de l’Empire romain. Trait.jpg

La version originale de ce texte a été publiée sur le blog de Marc Suivre en date du 9 février 2012.