Elections : une campagne affligeante
Par Marc Suivre le jeudi 15 mars 2012, 19:48 - Billet d'humeur - Lien permanent
Les sondages qui ne savent plus quoi sonder nous l’annoncent régulièrement, les Français ne s’intéressent pas à la campagne présidentielle qui se déroule sous leurs yeux ébahis. Comment leur en vouloir, quand ce qui tient lieu de débat se résume à un pugilat de cour de récréation entre deux hommes et leurs ayant droit.
Nous sommes pourtant à un tournant de l’histoire du Monde (la planète, pas le journal subventionné).
Pour la première fois depuis des siècles, la prééminence occidentale semble remise en question, en termes économiques tout du moins, par la montée en puissance de ce que l’on appelle commodément, les pays émergents. Face à cette redistribution des cartes, nos habitudes doivent drastiquement changer et nous n’avons en face de nous qu’un duo stupide interprété, d’un côté comme de l’autre, par deux clowns qui donnent la triste impression de ne se disputer le même siège que pour mieux s’asseoir dessus.
Dupond et Dupont font la course en tête
Si encore ces ambitions de placements fessiers étaient appuyées sur des propositions à la hauteur des enjeux, ce ne serait pas bien grave. Le problème tient au fait qu’aussi bien dans le camp des sortants que dans celui des postulants, on ne propose rien – ou si peu. Ils nous étalent, sous couvert de réalisme, le navrant spectacle de leur impuissance programmée. Le seul suspense est de savoir qui sera livré à la vindicte populaire (et comme tel tondu à la Libération): le riche d’un côté et l’assisté de l’autre. En réalité, Nicolas Sarkozy comme son adversaire corrézien n’ont aucune vision d’avenir à nous proposer, aucune solution de sortie de crise à faire valoir. L’un veut persister dans l’être tandis que l’autre aspire faire la même chose … à sa place.
D’où ce sentiment de malaise grandissant dans une opinion qui sent bien, confusément, que l’on se fout ouvertement de sa gueule. Tout le monde est d’accord à l’UMPS pour augmenter les impôts mais personne ne parle de réduire les dépenses, « Hollandréou » se distinguant même particulièrement, en créant 20 milliards de dépenses nouvelles. Pourtant toute personne sensée, ayant dépassé, dans l’analyse économique, le stade de la capacité cognitive de la paramécie, sait pertinemment que nous ne sortirons de notre panade qu’en agissant, aussi et surtout, sur le niveau des dépenses pharaoniques du dernier des Etats soviétiques de la planète. Dans quelles dépenses couper, voilà bien le secret le mieux gardé de cette campagne.
Malgré ces évidences, les deux représentants des « partis de gouvernement » se jettent mutuellement dans l’anathème, la traque de l’incongruité sémantique et la victimologie. Chacun accuse l’adversaire d’être d’une violence « inouïe » à son endroit. Pauvres canards ! Il faut dire que depuis le temps que les chaisières du commentaire politique défaillent au moindre « casse toi pauv’con », il ne faut pas s’étonner que l’on ne puisse plus s’interroger sur la pertinence des techniques d’abattages rituels au 21ème siècle, sans être, au moins, accusé de nazisme. Nous pataugeons donc dans un brouet de petites phrases calibrées, panacée destinée à masquer au bon peuple l’indigence des propositions des candidats au pouvoir suprême.
Casse toi, tu pues !
Puisqu’ils n’ont visiblement aucune envie de changer les choses durant les cinq prochaines années, les deux candidats placés en tête des sondages ont fait un trait sur une campagne dite d’adhésion. En réalité, puisqu’ils ont en partage la même absence de solution, leur seule tactique consiste à faire détester leur adversaire. De ce point de vue François Hollande part avec une longueur d’avance, ce qui explique, mieux que toutes les théories fumeuses sur les courants du PS, son absence de programme et ses contorsions fiscales improvisées. Il faut dire qu’il a été puissamment servi par son adversaire, tant celui ci s’est évertué, durant les deux premières années de son mandat, à donner corps à la caricature de « Président de riches » que lui tricotait le PS.
C’est d’ailleurs là un repositionnement tactique récent de la gôôôche. Souvenons nous qu’en 2007, le tropisme prêté à Sarko c’était plus d’être « facho » que de servir la soupe aux « aristos ». Compte tenu des espoirs, hélas vite déçus, que souleva dans le Peuple la perspective d’avoir enfin un Président doté des attributs de virilité qui faisaient si cruellement défaut à ses prédécesseurs, les socialistes s’aperçurent avec effroi que le « populo » ne s’effrayait pas à la perspective de se donner à un fasciste. C’est ainsi que leurs incantations rituelles sur « le retour des heures les plus sombres de notre histoire » tournèrent à l’avantage de l’adversaire…
Le fasciste et l’inexpérimenté
Le problème c’est qu’après avoir posé un bon diagnostic sur les maux de la société française et, après avoir incarné l’espoir d’une réaction salutaire d’une droite jusque là honteuse de ne pas être de gauche, le candidat de la rupture de 2007 s’est transformé en Président mou du genou. Il est d’ailleurs cocasse de voir aujourd’hui la gauche lui reprocher les résultats d’une politique d’identité nationale, qu’il n’a pourtant pas menée, se contentant, au mieux, de l’invoquer. Seulement voilà, dénoncer l’inaction de Nicolas Sarkozy en la matière, c’eût été affaiblir dangereusement l’image de Néron nationaliste que l’on s’est plu à donner de lui. C’est ainsi qu’une gauche de tartuffes se répand en incantations sur la paix sociale perdue. Elle dénonce les intentions du Président sortant plus que ses actes et lui décerne, ce faisant, l’oscar du meilleur acteur de fiction. Car enfin, ambitionner de « limiter » (sic !) l’immigration légale à 100 000 personnes par an, ce n’est qu’en revenir aux chiffres qui prévalaient sous Jean-Pierre Chevènement, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy, Place Beauvau, il y a 10 ans. Bel effort !
On le voit, difficile d’exploiter le filon de la France terre des droits de l’Homme, sans risquer une fois encore de perdre l’élection. Et voilà comment la gauche en vient à reprocher au Président sortant une situation économique dont il est incontestable qu’elle eût été pire si, au fur et à mesure que la crise mondiale se propageait, l’on avait appliqué les recettes préconisées par la rue de Solférino. Voilà pourquoi on nous sert à satiété les projets de grand soir fiscal comme si nous vivions à l’abris de frontières que les amis de Laurent Fabius ont largement contribués à démolir.
Tout en finesse
t Pour ne pas être en reste, le Président s’évertue, lui, à nous décrire son adversaire comme inexpérimenté au plan international et donc inapte à la fonction par gros temps. Comme les autres, il en rajoute une couche sur son esprit indécis. Que le capitaine de pédalo soit de l’avis du dernier qui ait parlé est d’une telle banalité dans le monde politique d’aujourd’hui que cela ne choquera plus que les candides. C’est vrai que ce n’est pas le reproche que l’on adresserait spontanément à Sarkozy, mais ce n’est pas pour autant un argument. Quant au fait que l’ex de Ségo ait toujours préféré la Corrèze au Zambèze, j’ai bien peur qu’il faille rentrer un peu plus fort dans le concret pour que cela porte. Il conviendrait donc de décliner, à l’aune de ces deux tares, toutes les bourdes contenues dans ses rares propositions, pour que la tactique fonctionne. Nous en sommes loin car on ne peut pas expliquer la complexité des relations internationales à coup de petites phrases.
Conclusion
L’incompétence se démontre plus qu’elle ne s’annone, tout comme les penchants supposés à la dictature. A défaut on risque, par ses incantations, de donner à son adversaire un crédit inversement proportionnel à l’effet d’effondrement escompté. Une campagne ne se résume pas à des slogans et des anathèmes, c’est un exercice d’explication et de pédagogie. Quand rien ne vous distingue vraiment de votre adversaire, vous avez tout intérêt à démontrer la pertinence de vos jugements sur l’individu d’en face, puisqu’au final c’est à un concours de beauté que vous invitez les Français. Si jamais l’un ou l’autre des compétiteurs destiné par les médias à sombrer dès le premier tour, avait une idée réaliste à proposer au pays, c’est le moment de le faire. Les deux boucs qui font la course en tête s’évertuant à ne pas en avoir, elle ne pourrait qu’être entendue.
La version originale de ce texte a été publiée sur le blog de Marc Suivre en date du 11 mars 2012.
Commentaires
Les français sont comme les Québecois: Ils croient au miracle de la multiplication des petits pains (ou à l'infinité de l'argent, c'est la même chose). Si, par malheur, un des candidat à la Présidence française leur proposait des solutions réalistes, il ne recevrait plus de vote. La médiocrité des candidats et leur campagne ne représente que celle du français moyen. Naïf et stupide, prêt à croire n'importe quoi pourvu qu'on leur disent que les gros riches sont coupables des pires crimes contre l'humanité et qu'ils doivent donc payer pour les lubies du peuple. Et ce beau mensonge, financé par des emprunts astronomiques, finira par éclaté tôt ou tard. Malheureusement, le réveil va être brutal et douloureux.
1@G.M Tous les candidat ne propose pas de multiplier les petits pains. Il y en a même un qui propose de ne pas augmenter les dépences tout en augmentant les recettes.
http://www.chiffrages-dechiffrages2...
"G.M Tous les candidat ne propose pas de multiplier les petits pains. Il y en a même un qui propose de ne pas augmenter les dépences tout en augmentant les recettes."
Ça, je l'avoue, c'est incroyable. Je viens justement d'écrire qu'augmenter les "recettes" reviens justement à multiplier les petits pains et on me répond par un Oxymoron. FAUT LE FAIRE. Hollande n'est rien d'autre qu'un autre manipulateur socialiste qui prétends faire des miracles en taxant les riches.
Ça ne fonctionne pas, n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas assez de riches pour payer ce que les politiciens promettent et les peuples se laissent très facilement tromper par par cette duperie gauchiste. Mais le rêve, qui tourne toujours au cauchemar, est plus facile à vendre que la réalité des choses.
100% d'accord avec G.M
ET SI LE SEUL PROGRAMME ECONOMIQUE A REALISER POUR LA FRANCE ETAIT DE FAIRE SIMPLEMENT EXACTEMENT L'INVERSE DE TOUT CE QUI A ETE FAIT DEPUIS 20 ANS DANS CE DOMAINE PAR LES POLITICIENS DE L'UMPS, ET CELA AU VU DES BEAUX RESULTATS ACTUELS DE LEUR POLITIQUE!!
Je profite de la remarque de UANECNARUAL, laquelle peut sembler être une boutade, pour faire part de mon expérience suivante:
J'ai travaillé 3 ans à Singapour à l'époque de la crise financière en Asie. J'ai observé comment le gouvernement et les médias de Singapour réagissaient devant les problèmes économiques ou de société. J'ai constaté alors que les décisions prises, les méthodes employées et le comportement des médias étaient l'inverse de ce que l'UMPS et les médias faisaient en France.
Il y a donc plus de 10 ans, pour expliquer à des amis comment fonctionne Singapour, je disais: c'est pas compliqué, c'est l'inverse de la France.
On voit le résultat: pas de dette, c'est propre, c'est sûr, ils sont tous logés, très peu de chômage, niveau international pour les soins.
on prétend obtenir plus des riches en les taxant plus et même en les empêchant de partir par un alignement de la fiscalité extérieure sur la fiscalité Hexagonale (plus facile à énoncer qu' à faire ...)
Bref on veut nous refaire le coup de la révocation de l'Edit de Nantes....si cela se produisait cela aurait les mêmes conséquences
ma grand mère disait on n'attire pas les mouches avec du vinaigre.....
si l'on veut des entreprises florissantes,des emplois qui permettent des recettes fiscales généreuses c'est simple à énoncer
baisser massivement les impôts sur les professions,(les étrangers viendront s'installer) et établir cette règle simple
les entreprises étrangère s'installant chez nous ne paient pas d'impôts
pendant 10ans puis paient une taxe minime sur le chiffre d'affaires/s'il existe une société française concurrente ,son régime fiscal sera aligné je sais c'est paradoxal mais cela été prouvé ailleurs, le plein emploi remettrait laFrance sur les rails)
le code du travail doit être profondément modifié ,le seuil de 5O employés est monté à 500 et celui de 250 à1000... ça évitera de voir les entrepreneurs couper leurs efforts à l'approche des seuils et voir l'éclosion de moyennes sociétés qui nous manquent tant/
les licenciement pour cause de rupture de charges du carnet de commandes seront admis (comme dans les pays nordiques)
les syndicats seront privés de subventions dés lors qu'ils empêcheront les non grévistes de travailler:la grève ne pourra être déclenché que par un vote secret de tous les salariés...
la structure du millefeuille administratif devra être allégée et les employés de la strate supprimée seront recasés dans les autres structures avec interdiction de recruter tant que cela n'aura pas été fait.
le statut général des fonctionnaires sera supprimé pour les nouveaux entrant et mis en extinction pour les autres...
bref l'inverse de ce qui a été fait depuis1945; on ne s'en sortira pas en taxant toujours plus les actifs mais en augmentant leur nombre....
Paradoxe actuel ,les fonctionnaires n'ont pas été touchés par la crise( la preuve les prévisions de départ en vacances 2012 sont supérieures à 2011°) ce sont pourtant leurs représentants qui hurlent à la baisse du pouvoir d'achat pendant que la France du privé meurt à petit feu et que les candidats n'envisagent un futur développement que dans plus d'aides décidés d'en haut cad par plus d'impôts
cette erreur d'analyse nous mène droit dans le mur
@ISARD
effectivement, Sarkozy-Hollande n'ont pas pour mission de sortir les français de la crise mais au contraire de les enfoncer un peu plus. Le nouveau président appliquera le plan d'austérité imposé par l'UE, gel des salaires, non remplacement des fonctionnaires et hausse des taxes, tandis que la BCE continuera de "sauver la Grèce" en créant de la dette. L'objectif est de mettre les peuples en esclavage par l'endettement. Georges Orwell avait décrit le monde où nous allons dans "1984". Nous y sommes presque. C'est pour 2013...Il suffit de voir les participants du groupe Bilderberg qui travaillent à ce projet...
ISARD a raison
on pourrait ajouter la Corée du Sud, qui a en plus le culot de proposer un système de sécu sociale performant, sans apparemment trop d'effets pervers, et gardant la cohésion nationale qui fait son fort.
L'europe est nombriliste et ne voit pas ce qui se passe autour d'elle
La France ne sera bientôt que l'un des "mondes" du gigantesque parc d'attraction culturelle que devient l'Europe
car vos visiteurs ne viennent pas pour apprendre mais pour s'émerveiller des grandes choses accomplies au temps du courage et de la vision, et qui ne reviendront pas avant longtemps