Les heures les plus sombres …

Beau bouc en vérité ! Rarement prétexte à maquiller l’incapacité socialiste à gérer l’économie n’aura eu un physique et porté un nom aussi approprié. Il est vrai qu’il s’agit d’un prénom, mais comme « l’artiste  antisémite » du nouveau millénaire, l’a pris comme nom de scène depuis ses débuts avec un certain … Élie Sémoun, autant l’utiliser comme tel. Quel est le crime du ci-devant Dieudonné ? Prospérer sur la provocation et en rajouter dans le nauséabond qui se nourrit, comme chacun le sait, au ventre fécond de la bête immonde. Bien, ceci étant posé, analysons le scandale pour ce qu’il est et posons-nous quelques questions que les arbitres de la moralité cathodique subventionnée par nos impôts ne se posent jamais.

Je passe sur la parfaite synchronisation entre la dénonciation de ces crimes odieux (donné) et la rencontre des promesses présidentielles en matière de chômage avec le mur des réalités économiques. Tout le monde l’a vu et les rodomontades de Valls n’ont d’autres finalités que de positionner Don Quichotte dans l’orbite, très disputé, de la succession du promoteur de l’Aéroport de Notre Dame des Landes à Matignon. La manœuvre est grotesque et ne fait qu’en rajouter une louche sur ce que nous savons déjà des moeurs du « parti de l’intelligence ». Ce qui est plus amusant en revanche, c’est de voir par où le scandale est arrivé : France Télévision.

Cette chaine du « service public » remplit, avec nos impôts, l’indispensable et sacrée mission de traquer le fascisme. C’est à ses journalistes « d’investigation » et leurs caméras cachées que nous devons les révélations multiples sur le « complot nazi » à l’œuvre dans le pays … depuis 1986 et le retour de la droite au pouvoir. Vous remarquerez que la traque des spécialistes de la « France moisie » s’arrête toujours aux limites de la bienséance et qu’elle ne conduit jamais leurs auteurs dans les caves de nos banlieues où les recoins peu reluisants des lieux de prières fondamentalistes. Encore que dans ce domaine, les trois religions du Livre ne soient pas également traitées, mais, c’est un autre débat. France 2 a donc joué son rôle de délateur d’alerte en diffusant, les propos peu amènes de Dieudonné sur un de leur confrère de France Inter (voir en cela une manœuvre corporatiste est de nature à induire des questions sur votre philosémitisme).

Antisémite et antisioniste

La saillie en question a, en effet, de quoi poser question. Pour une fois, c’est sorti de son contexte qu’elle perd de sa force. A l’entendre sans ce qui va autours, elle n’a rien de particulièrement plus choquant que l’exigence de la victime de la vindicte de Dieudonné qui demandait, à un autre de ses confrères, de ne plus inviter ledit « comique » dans ses émissions, au prétexte qu’il lui était odieux. En son temps, le regretté Pierre Desproges avait oser faire rire en prétendant que « tous les médecins sont juifs et que même, tous les Archevêques de Paris le sont ». Il faut croire que la conjoncture économique de l’époque était plus saine que la nôtre, car personne n’intenta, alors, de procès en sorcellerie à l’auteur de la minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Cependant dans le cas présent c’est à la lumière du spectacle que la chose s’apprécie. Là où Desproges saillissait, Dieudonné s’étale. Aux dires de ceux qui les ont vus, ses oeuvres sont essentiellement consacrés à la dénonciation d’un complot juif. Même si l’intéressé se défend de tout antisémitisme, en se prétendant antisioniste, force est d’admettre que la théorie du complot cadre plus avec la première tare que la seconde. La nuance entre antisémitisme et antisionisme mérite pourtant d’être explicitée, car, si personne (ou presque) ne se revendique antisémite, l’antisionisme permet de draper son discours dans l’air du temps et ce dernier n’est pas très favorable à Israël.

La différence est de taille, sur le principe, même si les ligues de vertu s’échinent à confondre les deux notions et accréditent ce faisant, a minima, leur myopie dès que l’on touche à la Terre promise. L’antisémitisme est un racisme imbécile (en existe-t-il d’intelligent ?), responsable de massacres (le pluriel est de mise, Hitler n’a rien inventé) d’ampleur peu commune et de l’atrophie politique de l’Allemagne (là par contre Adolf est fautif). L’antisionisme est une attitude d’extrême gauche qui, dans l’esprit embrumé de ceux qui considèrent Staline comme le père des droits de l’Homme, s’apparente à de l’anticolonialisme. Le fait de nier à Israël, le droit de coloniser les territoires qu’elle occupe illégalement (au sens du droit international qui, je vous l’accorde, est une notion aussi récente que sujette à caution) ne fait pas de ceux qui défendent ce point de vue, des exterminateurs de juifs, même si la LICRA prétend le contraire, tout comme l’État hébreu (mais là c’est plus normal). Bref si l’antisémitisme est d’un crétinisme sans fond, l’antisionisme n’est rien d’autre que l’importation d’un conflit étranger qui, bien qu’il se déroule en Terre sainte, ne devrait intéresser personne dans une République laïque comme la nôtre.

Seulement voilà, notre République n’est plus trop laïque, et par la faute de toute cette bande d’imbéciles heureux, qui, en poussant les feux du communautarisme religieux, ont cru rendre service à une gauche à bout de souffle. Ce faisant ils ont importé un conflit qui, pour nous être totalement étranger, n’en est pas moins un marqueur identitaire pour toute une bande de simples d’esprit, généralement barbus, qui se croient revenus au temps de Saladin. Les Hommes ont des passions complexes. Vouloir les réduire à des explications simples destinées à ne pas aborder les sujets qui fâchent est le plus sûr moyen de les voir vous revenir en pleine poire. Cela s’appelle l’effet boomerang.

La quenelle, voilà l’ennemi

Jamais cet apport des Aborigènes à la culture mondiale ne s’est aussi bien porté en politique que de nos jours. Il faut dire qu’à force de confondre des notions qui sont différentes, à force de voir des signes avant-coureurs du retour des temps obscurs partout, à force de voir des nazis derrière tout ce qui ne pense pas comme elles, les bonnes âmes de la LICRA suscitent des vocations et donnent corps à la théorie du complot juif, premier stade (là je suis d’accord) de l’antisémitisme. Toutes ces associations dont le but unique est la police de la pensée arrivent très exactement à l’effet inverse de ce qu’elles sont supposées prévenir. Elles attisent le racisme et entretiennent l’antisémitisme avec une constance qui force l’admiration, à défaut du respect. Pour autant, elles ne sont pas, contrairement à l’idée que l’on s’en fait, dans la position hasardeuse du bûcheron sciant la branche sur laquelle repose son séant. Elles savent parfaitement que sans antisémites il n’y a plus de subventions, alors elles se démènent pour en créer.

Cette histoire délirante autour de la désormais fameuse « quenelle » en est la parfaite illustration. Que Dieudonné, à force de fleureter avec la limite et les ennuis qui s’y rapportent, ait fini par verser dans l’antisémitisme forcené, est plus que probable. Pour autant le chapeau est trop grand pour l’homme et un nazi - fut-il à moitié Camerounais - ne fait pas le printemps. En revanche, faire de tous ses adeptes (ou supposés tels) des fachos en puissance, voila qui est beaucoup plus rentable quand on a, justement, intérêt à multiplier les nazis. D’où, cette invraisemblable cabale autour du signe de ralliement des partisans de « Dieudo ». Selon les chercheurs diplômés en traque de la bête immonde, la quenelle n’est rien d’autre qu’un salut nazi « inversé » (sic !). Mettre sa main gauche sur son avant bras droit, lui-même tendu vers le bas, en prononçant rituellement « quenelle dans ton cul », c’est donc prêter allégeance au Führer. Le ridicule de la situation n’échappe qu’aux aveugles (et encore). Peut-on être plus stupide qu’en pourchassant les quenelles à tout va ? Doit-on embastiller tous ceux qui font de ce geste, ridiculement mis à l’index (si l’on peut dire), celui du rejet d’un système dont ils ne sentent pas faire partie (à tort ou à raison) ? Bien évidemment non et en pourchasser quelques uns pour l’exemple – au hasard dans la Police – est tout aussi contre productif. Devrons-nous finir par fermer administrativement tous les restaurants qui proposent des quenelles à leurs clients égarés, pour satisfaire aux lubies de la LICRA? À quand un pogrom de Lyonnais et un autodafé sur la sauce Nantua ?

Censure et liberté

Un foisonnement de liberté émane des nouvelles technologies et, faisant irruption dans leur « consensus mou », vient soudainement menacer leurs lucratives prébendes. Au lieu de s’adapter, de réfléchir et de se mettre à informer, nos arbitres des élégances réagissent comme le premier artisan taxi venu : toute concurrence est par essence déloyale et, comme telle, doit être interdite !

Nous vivons dans une société qui nous donne l’illusion de la liberté. En vérité les lois, les juges, l’administration en général, ne sont plus là que pour contraindre afin de conserver les positions acquises et non pour encourager ou réformer afin de nous adapter à un monde qui change. Interdire les spectacles d’un humoriste ne fera que crédibiliser ses délires aux yeux de ses admirateurs. Fermer des sites internet, poursuivre leurs auteurs, interdire des spectacles, tout cela fleure bon le régime autoritaire. Toute cette agitation n’a plus grand-chose à voir avec le mythe, survendu, de la patrie des libertés. La Liberté ne se divise pas, elle ne se limite pas non plus. Elle est entière où elle n’est pas. Monsieur Cohen a toute liberté de combattre Dieudonné sur le registre de l’humour ou dans la dénonciation d’idées qui lui semblent « nauséabondes ». Il a le droit et même le devoir de débattre, en aucun cas celui d’interdire ou de censurer.

Le crime de lèse-majesté n’existe plus depuis que la Révolution a joint l’acte au principe en en supprimant la cause le 21 janvier 1793. La liberté appartient depuis au Peuple et non à ses représentants et encore moins à ceux qui causent dans le poste. Légiférer sur les quenelles ou sur ce que doit être l’humour est aussi utile à la concorde civile que les emplois aidés le sont à l’inversion de la courbe du chômage. Cela peut faire illusion un temps, mais le retour de bâton est inévitable et violent. Il est urgent d’arrêter tous les Beria qui sommeillent dans nos Assemblées parlementaires. Leur inutilité ne doit pas être le prétexte à de hasardeuses justifications d’existence. Interdire revient à multiplier. Pas la peine de nous bassiner avec les conséquences funestes de la prohibition de l’alcool dans l’Amérique des années 20, si c’est pour nous vanter ses mérites en matière de liberté d’expression. Je ne souhaite pas que mon pays devienne, par la faute d’apprentis sorciers subventionnés par mes impôts, la nouvelle patrie de l’antisémitisme, fût-il islamique.

Marc Suivre

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