1) Avec la dégradation de la note américaine, un tabou a été franchi : un grand pays a perdu son triple A, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de la première économie mondiale. Si les Etats-Unis sont abaissés, alors pourquoi pas la France ? C’est la question que tous les marchés se posent maintenant.

2) La dégradation américaine est une mauvaise nouvelle pour les pays européens déjà fragiles, et notamment l’Espagne et l’Italie. Ces deux pays pèsent lourd sur la zone euro. L’environnement économique immédiat de la France est touché. On est sorti du cas « bénin » (apparemment) de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande.

3) Pour s’en sortir, notre Napoléon comptait sur le Grouchy de la croissance économique. C’est le Blücher de la stagnation qui est arrivé. La croissance zéro de l’économie française au deuxième trimestre sonne le glas des plans budgétaires que notre gouvernement a bâtis sur la comète. Le rétablissement, s’il a lieu, sera beaucoup plus long et beaucoup plus douloureux que prévu, la croissance espérée n’étant pas au rendez-vous. Waterloo morne plaine !

4) Aujourd'hui, la France est entrée dans une spirale de la dette tout à fait classique. Et ce quelque soit le choix gouvernemental. Si l'Etat réduit ses dépenses et augmente ses recettes, il plombe un peu plus l’économie. S’il ne le fait pas, la dette augmente. Dans les deux cas, le poids relatif de la dette publique (en %du PIB) s’accroît, mettant en cause notre capacité de remboursement.

5) La « règle d’or » que cherche à vendre Sarkozy aux parlementaires, c’est du pipeau par rapport à ce qu’ont établi les Allemands : pas de vraies contraintes, pas de date butoir. La polémique politicienne que cette tentative a générée en dit long sur la clairvoyance d’une classe politique qui a été incapable d’équilibre le budget de l'Etat depuis trente-sept ans ! Il en est ainsi parce que la pression étatique est telle que les Français, qui fraudent déjà beaucoup, sont au bord de la révolte fiscale et que nos gouvernements, de droite comme de gauche, préfèrent la fuite en avant dans l’endettement. A noter en passant que des milliers d’emplois sont protégés, voire créés par certaines des « niches fiscales » qu’il s’agit de supprimer au risque d’aggraver le chômage, déjà scandaleusement élevé.

6) L’auto-destruction d’un Etat-Providence, dont la France est le champion dans l’Euroland, est aussi prévisible au bout de deux ou trois générations que le fut la faillite du système soviétique : moins d’enfants et plus de chômeurs, moins d’épargne et plus d’impôts, moins de sécurité et plus d’immigrés, et si les politiques le nient ou le dénient, les marchés, eux, le savent fort bien et en tiennent compte.

7) Les primaires socialistes vont obliger le candidat du PS à en rajouter dans la démagogie. On n’est qu’au début de la course à l’échalote monétaire.

8) La gauche elle-même a intérêt à ce que la note de la France soit dégradée avant l’échéance de la présidentielle. Sarkozy humilié par les marchés, elle serait sûre de gagner ; une fois au pouvoir, elle n’aurait pas à redouter de subir cette première, la perte du triple A par la France – même s’il y aura d’autres dégradations à venir. Souvenons-nous qu’au début de son règne François Mitterrand a dévalué le franc, non pas une fois, mais trois fois.

Maintenant couvrez-vous comme vous pouvez ! Trait_html_691a601b.jpg

Philippe Simonnot est directeur de l’Atelier de l’Economie Contemporaine. Dernier livre publié : "Delenda America", (Editions Baudelaire). La version originale de ce papier a été publié dans Marianne en date du 16 août 2011 sous le titre " huit raisons pour baisser la note de la France d'ici à 2012".