Nous, qui avons en mémoire le Franc Germinal, à qui on n’avait pas ôté un milligramme d’or depuis sa création en 1803 jusqu’à sa disparition en 1914 ;

Nous, les victimes actuelles de l’euro qui ronge notre pouvoir d’achat et incite à l’accroissement d’investissements injustifiés facteur de marasme ultérieur ;

Nous, qui sommes conscients de l'instabilité de la monnaie européenne.

En effet, fabriqué à partir de papiers-monnaies, l’euro ne peut qu’avoir les défauts de ses constituants. L’Euro-zone est une zone de basse croissance et de chômage élevé, plusieurs de ses Etats sont menacés de faillite.

Nous, donc, nous réclamons et exigeons des autorités monétaires qu’elles abolissent le cours légal de l’euro.

Ce qui veut dire que nous ne voulons plus être obligés ni de payer nos dettes en euro ni d’accepter l’euro qu’on nous présente pour rembourser nos créances. Par exemple le boulanger pourra accepter l’euro en paiement de son pain, mais il pourra aussi dire : je ne veux pas de votre euro, merci beaucoup, mais je préfère du dollar ou de la livre sterling, ou du franc suisse, etc... De même nous pourrons dire à nos patrons : svp, payez nous autrement qu’en euro.

Ainsi sera ouverte une libre concurrence entre les monnaies. Si la concurrence est bénéfique pour l’économie, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas pour la monnaie.

L’anglais Edmund Burke, dans ses Réflexions sur la révolution en France, qui avait prévu la faillite de la France, remarque excellemment :

« Notre papier-monnaie en Angleterre a de la valeur dans les transactions commerciales parce que, précisément, il n’a pas de valeur légale ; il est puissant à la Bourse parce qu’il est sans force à Wesminster Hall » – symbole du pouvoir politique.

En d’autres termes, une bonne monnaie n’a pas besoin de cours légal pour circuler. Si elle s’appuie sur un cours légal, c’est qu’elle est une mauvaise monnaie – d’autant plus pernicieuse que, jouissant de ce privilège, elle tend à chasser la bonne monnaie. Jusqu’en 1870, les billets de la Banque de France n’avaient pas «cours légal » (la banque de France appelait cela le « cours libre ») et ils étaient acceptés.

Il est vrai qu’au cours légal les Etats ajoutent une fiscalité spécifique sur toute transaction en or qui dissuade les citoyens d’utiliser autre chose que du papier-monnaie à cours forcé. L’abolition du cours légal n’aboutira à une véritable concurrence entre les monnaies que si elles sont placées fiscalement sur un pied d’égalité.

Nous réclamons donc aussi la suppression de cette fiscalité inique et confiscatoire.

L’abolition du cours légal aura une autre conséquence : tout un chacun doit être libre de conclure des contrats libellés en or. Par conséquent, tout un chacun doit aussi pouvoir ouvrir à la banque des comptes courants ou à terme en or.

On pourra alors faire un pas de plus en établissant la liberté de frapper des monnaies-or dans les ateliers existants.

A ce stade, une monnaie-or entrera en compétition avec les euros, dépourvus, on le rappelle, de cours légal. Et plus la Banque Centrale Européenne fabriquera des euros, comme elle le fait aujourd'hui, pour venir au secours des banques et des Etats en difficulté, plus la monnaie-or sera recherchée – ce qui, déjà, inspirera plus de sagesse au gouverneur de la Banque Centrale Européenne. En l’absence de cours légal, la bonne monnaie chasse la mauvaise.

La demande de monnaie-or sera telle que les différentes banques centrales seront amenées à remettre en circulation les tonnes d’or qu’elles ont en réserve depuis leur confiscation en août 1914, quand ont été déclarées inconvertibles les monnaies des pays belligérants.

Évidemment, cet or monnayé pourra circuler non pas seulement physiquement, mais aussi sous forme de billets ou de comptes courants bancaires, convertibles à 100% en or.

Pour les petites transactions, le métal argent sera introduit et utilisé exactement dans les mêmes conditions. Il faudra éviter tout rapport fixe entre monnaie-argent et monnaie-or – comme c’était dans le cas dans beaucoup de régimes dits « étalons parallèles ». Là, encore, le jeu libre du marché sera chargé d’établir au jour le jour les rapports entre ces deux monnaies.

Les banques centrales seront désormais dépourvues de ce pouvoir monétaire dont elles ont tant abusé en régime d’inconvertibilité. En fait, elles n’auront plus de raison d’être dans ce Gold Standard d’un nouveau genre où la quantité de monnaie en circulation est déterminée par la demande des utilisateurs. Du même coup, les Etats ne pourront plus les utiliser pour financer leurs déficits, et seront ainsi amenés à ne plus s’endetter comme ils le font aujourd'hui.

Même introduite dans un seul pays, la nouvelle monnaie or sera capable d’attirer à elle l’ensemble des pays européens, et non pas une partie d’entre eux comme c’est le cas pour l’euro. Si seulement deux pays à l’intérieur de l’Union européenne adoptent les mesures que nous préconisons, la monnaie-or devient leur commune unité de compte, sans aucune intervention étatique, simplement par le libre choix des individus. C’est bien ce qui s’est passé entre Florence et Gênes, puis entre ces deux cités-Etats et Venise à la fin du 13ème siècle. Ce processus pourra être aisément étendu non seulement aux autres membres de l’Union européenne qui hésitent aujourd'hui à entrer dans l’Euroland comme la Pologne ou la Tchéquie, mais aussi à des pays européens qui n’en veulent pas comme la Grande-Bretagne. Il n’est pas interdit d’espérer que des pays non européens adoptent à leur tour cette monnaie – et sera rétabli ainsi, peu à peu, le Gold Standard qui a fait la fortune du 19ème siècle - un Gold Standard à l’abri des « grands coups d’autorité » qui l’ont ruiné, puisque les réserves d’or seront disséminées dans des millions de poches, de coffres ou de banques.

Dans un tel univers à monnaie unique, ni guerre commerciale ni guerre monétaire ne seront plus possibles. Les déficits publics deviendraient très difficiles et le libre-échange limiterait les risques de guerre dont l’Europe a tant souffert par le passé.

En outre, cette monnaie mondiale, ancrée dans la réalité physique de l’or et de l’argent, sera plus respectueuse des limites de la nature.

On connaît le dicton : Mens sana in corporo sano. Il est ici transposable. La monnaie est l’âme de l’économie. Il ne peut y avoir d’économie saine sans monnaie saine. Trait_html_691a601b.jpg

La version originale de ce texte de Philippe Simonnot a été publiée dans Marianne en date du 30 mars 2011.