Crise économique ? non, crise de régime
Par Philippe Simonnot le samedi 1 mai 2010, 18:52 - Article - Lien permanent
Les "experts" qui avaient claironné ces derniers mois que la crise était dépassée parce que la Bourse avait retrouvé des couleurs ont dû vite déchanter. Loin d'être terminée, la crise déroule ses effets dévastateurs avec une régularité diabolique.
Comme on pouvait s'y attendre, la substitution de la dette publique à la dette privée que l'on a opérée pour venir au secours d'une finance dévoyée n'a fait que reculer les échéances et aggraver les déficits publics, déjà fort lourds. Les "actifs toxiques" dont on cherchait à se débarrasser ont fini par intoxiquer les Etats eux-mêmes.
De deux choses l'une, maintenant :
- ou bien les gouvernements prennent des mesures pour réduire le fardeau d'une dette qui n'est soutenable ni aux Etats-Unis ni en Europe, quand les taux d'intérêt sont supérieurs au taux de croissance de l'économie, et ces mesures briseront la "relance" annoncée.
- ou bien les Etats poursuivent leur fuite en avant, les taux d'intérêt remonteront, le poids de la dette s'alourdira un peu plus, et la relance sera tout aussi molle.
La Grèce n'est que le maillon le plus faible de cet enchaînement fatidique, et ce que nous faisons pour la Grèce, nous devrons le faire pour d'autres pays membres de la zone euro. Dans les deux cas, on assistera à une augmentation du chômage, qui se paiera forcément au niveau politique – pour dire les choses calmement. Le résultat des élections régionales en France en est le premier signal.
Cette catastrophe prolongée est due aux défaillances non seulement du système financier, mais du système intellectuel qui le supporte.
On lit ici et là que "les théories néolibérales ou néoclassiques se sont fracassées sur la réalité économique" et l'on célèbre partout le retour de Keynes et de l'intervention de l'Etat, lequel aurait ainsi retrouvé toute sa légitimité. Le président Nicolas Sarkozy, jetant aux orties sa soutane libérale, s'est fait le champion de la nouvelle régulation, tandis que des courtisans arrachaient pour lui des applaudissements. Son agitation sur ce thème lui a fait gagner quelques points dans les sondages, vite reperdus tant l'impuissance gouvernementale est de plus en plus évidente.
Oui, ce qui est à l'origine de la dernière crise, les fameux crédits subprimes au Etats-Unis, furent les produits, non d'un marché bancaire libre qui n'existe pas, mais d'une réglementation pleine de ces bonnes intentions dont on pave les enfers.
Oui, ce qui est en question, c'est bien la banque, non parce qu'elle aurait été dérégulée ces dernières années, mais au contraire parce qu'elle est corporatiste, hyper-réglementée, cartellisée et refuse instinctivement toute authentique concurrence.
Oui, la banque est fautive, parce qu'à l'abri de banques centrales qui jouent le rôle de prêteur en dernier ressort, elle produit de la monnaie dite fiduciaire, créée ex nihilo, à partir de rien. Autrement dit, des titres de propriété sont créés qui ne correspondent à aucune richesse réelle et perçus comme des propriétés alors qu'ils ne sont que des titres. De rien ne peut rien sortir.
D'aucun bout de papier ne peut sortir de la richesse. Il faut le rappeler sans cesse tant cela est méconnu ou nié : la monnaie de banque est une fausse monnaie validée par la banque centrale et imposée par l'Etat, qu'elle soit libellée en dollar, en euro ou en yuan, et elle finance de faux investissements.
Evidemment, le premier bénéficiaire de cette fraude est le créateur de la monnaie fiduciaire, c'est-à-dire le banquier lui-même. D'où ce scandale d'inégalités de revenu et de patrimoine de plus en plus criantes, de plus en plus douloureuses au profit des protagonistes de la sphère financière et au détriment des autres acteurs de l'économie – inégalités qui rendent impossibles des réformes pourtant indispensables, comme celle du régime des retraites.
Oui, grâce à nos néo-keynésiens patentés, bien en cour au gouvernement comme dans les médias, l'Etat est tombé mains jointes dans le piège que lui tendaient ceux qui tiennent la "pompe à Phynance".
Sous prétexte de risque systémique, il a sauvé de la faillite des banques et des institutions financières qui ne méritaient pas de survivre à leurs erreurs et à leurs fautes, et il a permis aux cavaliers de la finance de faire un tour de piste supplémentaire. Ubu n'aurait pas fait mieux. De cette socialisation des pertes, correspondant à une privatisation de super-profits éhontés de monopole, le contribuable est invité maintenant à solder les frais.
Oui, par conséquent, la hausse des impôts est inévitable, et l'on n'entend que mensonges à ce sujet. Si la droite ne s'y résout pas, la gauche le fera. Et, oui, le peuple aura raison de se révolter.
La crise actuelle est donc gravissime. Plus qu'une crise systémique, c'est une crise de régime, analogue à celle qu'a connu la monarchie française dans les années 1780, accablée de dettes et incapable d'équilibrer son budget.
La seule manière de sortir de cette gigantesque ornière est de mettre fin au faux monnayage issu de la coucherie incestueuse de la banque et de l'Etat. Cette solution a été proposée au prince qui nous gouverne. Malheureusement pour lui, et pour nous, il l'a dédaignée. D'autres s'en chargeront. Et le plus tôt sera le mieux.

Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier de l'économie contemporaine. La version originale de ce texte a été publiée dans le journal Le Monde, en date du 19 avril 2010.
Commentaires
Cette crise est financière, économique, sociale, politique, historique. Cette crise est l'événement le plus important pour l'Europe depuis la chute du mur de Berlin : elle est en train de faire exploser la zone euro.
Les dirigeants politiques européens devraient injecter un total de 600 milliards d'euros (794 milliards de dollars) pour sauver la Grèce, le Portugal et l'Espagne.
Je dis bien : 600 milliards d’euros pour sauver la Grèce, le Portugal et l’Espagne.
Lisez cet article :
European policy makers may need to stump up as much as 600 billion euros ($ 794 billion) in aid or buy government bonds if they are to stamp out the region’s spreading fiscal crisis, said economists at JPMorgan Chase & Co. and Royal Bank of Scotland Group Plc.
With Greece’s budget turmoil infecting markets from Rome to Madrid, economists are urging German Chancellor Angela Merkel, European Central Bank President Jean-Claude Trichet and other officials to come up with unprecedented measures. Other steps could see governments guaranteeing bonds and the ECB abandoning collateral rules or reviving unlimited lending to banks, the economists said.
Bonds and stocks plunged across Europe in the past week as Merkel’s government delayed approving a rescue plan for Greece and Standard & Poor’s downgraded Greece, Portugal and Spain. As OECD head Angel Gurria likens the crisis to the Ebola virus, Europe may need to come up with a plan equivalent to the $ 700 billion Troubled Asset Relief Program deployed by the U.S. after the collapse of Lehman Brothers Holdings Inc.
http://www.bloomberg.com/apps/news?...
Cette crise est surtout une crise de folie.
Les ministres des finances de la zone euro ont décidé, dimanche 2 mai, "d'activer" sans délai un plan d'aide à la Grèce de 110 milliards d'euros, dont 80 milliards à leur charge, et le reste apporté par le FMI.
http://www.lemonde.fr/europe/articl...
Prenons les quatre pays qui devraient prêter le plus :
- 1- L'Allemagne devrait prêter à la Grèce 27,92 % du prêt total, soit 22 milliards 336 millions d'euros.
- 2- La France devrait prêter à la Grèce 20,97 % du prêt total, soit 16 milliards 776 millions d'euros.
Vous avez bien lu : la France devrait prêter à la Grèce 16 milliards 776 millions d'euros.
- 3- L'Italie devrait prêter 18,42 % du prêt total, soit 14 milliards 736 millions d'euros.
- 4- L'Espagne devrait prêter 12,24 % du prêt total, soit 9 milliards 792 millions d'euros.
Les Etats européens vont maintenant emprunter sur les marchés internationaux. Ensuite, ils vont re-prêter ces sommes à la Grèce. Enfin, ils ne reverront jamais ces sommes car la Grèce ne pourra jamais les rembourser.
Cette folie a un nom : ça s'appelle un suicide collectif.
Ainsi l'Espagne va-t-elle emprunter pour la Grèce, alors qu'elle emprunte déjà , pour elle-même.....à 5%.
Tout ceci s'appelle de la cavalerie... Il s'agit de colmater les brèches du rafiot Euro... Et pourtant malgré ces interventions en urgence rien n'y fera tant les brêches sont d'ampleur.
Comment peut-on en arriver là malgré tous ces stratèges toutes ces élites qui nous gouvernent?
peut être ont -ils trop fait de mathématiques fondamentales (bien nécessaire au quantitative easy; au trading)....
Force est de constater que ces élites vont apprendre à leurs dépens les vrais fondements de l'économie. A commencer par la première loi qui consiste dans le fait que l'on ne peut pas idéfiniment dépenser plus de valeur qu'on en créée....
Plan d'aide à la Grèce : l'Assemblée a adopté le volet français.
Les députés ont examiné lundi soir le projet de loi de finances rectificative intégrant le prêt de 3,9 milliards d'euros destiné à la Grèce en 2010, et l'ont adopté dans la nuit, mardi à 1h20, par vote à main levée.
Au total, la France doit prêter 16,8 milliards d'euros sur trois ans, a précisé la ministre de l'Economie Christine Lagarde, qui assistait à la séance.
Si le prêt à la Grèce portera à 152 milliards d'euros le déficit public prévisionnel fin 2010, selon les prévisions gouvernementales, il ne devrait pas avoir de conséquences fiscales.
(Dépêche Associated Press)
J'adore cette dernière phrase : "Si le prêt à la Grèce portera à 152 milliards d'euros le déficit public prévisionnel fin 2010, selon les prévisions gouvernementales, il ne devrait pas avoir de conséquences fiscales..."
... sauf si la Grèce est incapable de rembourser à la France ces 16 milliards 800 millions d'euros.
Mon pronostic :
- La France va prêter à la Grèce 16 milliards 800 millions d'euros.
- La Grèce sera incapable de les rembourser.
- Les contribuables français l'auront dans le c...
- Vous avez aimé les emprunts russes ? Vous adorerez l'emprunt grec.
Mardi 4 mai 2010 :
Est-ce que vous vous rendez compte du chaos qui a régné en Europe cet après-midi ?
Est-ce que vous avez vu la panique qui a étreint nos hommes politiques européens, nos actionnaires européens, nos investisseurs européens, nos banquiers européens ?
Le Titanic « ZONE EURO » n’est même plus sauvable.
Le Titanic « ZONE EURO » n’est même plus renflouable.
Il nous reste à choisir notre attitude pendant le naufrage :
- rejoindre avec calme, avec dignité, avec sang-froid les canots de sauvetage ;
- ou alors rejoindre l’orchestre et jouer de la musique.
Mercredi 5 mai 2010 :
Il existe une menace de contagion des problèmes financiers de la Grèce à d'autres pays membres de la zone euro, estime Axel Weber, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).
"Il existe une menace de contagion sérieuse pour les autres pays de la zone euro et de réactions négatives sur les marchés financiers", a déclaré Axel Weber dans une déclaration au parlement allemand.
"Un défaut de la Grèce dans la situation actuelle très fragile constituerait un risque important pour la stabilité de l'union monétaire et le système financier", a-t-il ajouté.
http://fr.reuters.com/article/busin...
Crise de régime dites vous?
La belle affaire...
Revenez à l'ancien!
Bons baisers de Tauride
Emilienne
Unes solution : un vrai capitalisme! Cette crise vient de la négation du droit de propriété en raison de l'endettement excessif!On a transformé par une modification des règles comptables depuis les années 70 la dette en capital ! Il s'agit en fait de pouvoir changer le passif en actif dans les bilans comptables et autres pièces de façon a pouvoir présenter une capitalisation apparente bien supérieure a celle qui existe réellement !D'où une plus grande fragilité des entreprises se traduisant concrètement par : chômage de masse , paupérisation , pertes de nos libertés , surveillance des populations de plus en plus grande, etc ....