Débat sur les monnaies : comment "solidifier" les DTS en monnaie de réserve multinationale
Par Philippe Simonnot le samedi 13 novembre 2010, 23:06 - Article - Lien permanent
Cet article, publié dans Le Monde en date du 3 novembre, sous le titre : "La création d'une monnaie de réserve multinationale", est cosigné avec Charles le Lien ( qui fut l'invité du séminaire monétaire de l'Institut Turgot au mois de Juin 2009).

Pour le G20 que la France va présider à partir de novembre, Nicolas Sarkozy réfléchit, nous dit-on, à une monnaie de réserve qui ne soit plus émise par un seul pays.
"Il faut le soutenir dans cette bataille", appelle Le Monde dans son éditorial du 18 septembre.
Nous, qui soutenons depuis le début de la crise que l'origine de nos ennuis est non pas dans ce qu'on appelle improprement la dérégulation financière, mais tout simplement dans la monnaie, et plus précisément dans la mauvaise monnaie que nous infligent les princes qui nous gouvernent, nous ne pouvons que nous réjouir des intentions que l'on prête au président de la République française et nous joindre à cette nouvelle tentative de réforme du système monétaire international.
La crise actuelle est, en fait, l'ultime accès d'une fièvre qui s'est emparé du système monétaire international depuis qu'a été fermée la fenêtre d'or (golden window) le 15 août 1971 par le président des Etats-Unis, Richard Nixon. Ce jour-là, on le sait, le dernier lien qui existait entre le métal jaune et une monnaie (et pas n'importe laquelle puisqu'il s'agissait du dollar) a été rompu. On parle beaucoup, pas toujours à bon escient et non sans démagogie, d'une coupure voire d'une opposition entre l'économie réelle et l'économie financière. S'il fallait trouver un sens contemporain à ces expressions, on le trouverait dans le renoncement des Etats-Unis à leur propre engagement de fonder leur monnaie sur l'or, générant du même coup le "non système" des changes flottants, de la balkanisation monétaire et du mercantilisme déguisé des politiques monétaires nationales.
M. Sarkozy n'est certes pas le premier à appeler de ses vœux à la création d'une monnaie de réserve multinationale. Au printemps 2009, M. Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale de Chine, avait proposé de discuter de l'émission d'une monnaie de cette nature. "On devrait étudier tout particulièrement comment donner un rôle plus important aux DTS Droits de tirage spéciaux" qui ont "le potentiel" pour devenir "monnaie de réserve supra-nationale", écrivait-il .
Ces propos du gouverneur chinois n'ont pas été pris vraiment au sérieux même lorsque son idée a été reprise le 16 juin 2009 lors du sommet des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) à Ekaterinbourg (Oural). On a vu surtout dans la déclaration de Zhou Xiaochuan une tactique pour inciter les Etats-Unis à faire attention à leur gestion du dollar. Le dilemme chinois est connu : avec plus de 2 000 milliards de dollars de réserves de change, principalement en dollars, toute dégringolade du billet vert se traduirait pour la Chine par des pertes immenses. La Chine est liée au dollar comme le pendu à sa corde si la trappe s'ouvre sous ses pieds. Et il lui sera très difficile de sortir de ce piège où sa propre politique de change l'a enfermée.
Comme il ne faut pas s'attendre que la puissance encore dominante en matière monétaire, à savoir les Etats-Unis, accepte une réforme qui se traduirait par un détrônement du dollar, nous proposons qde prendre le gouverneur Zhou Xiaochuan au mot. C'est-à-dire d'explorer avec attention le "potentiel" des DTS à devenir une monnaie "supra-nationale". Supra-nationale pourrait signifier que cette monnaie serait à l'abri des fluctuations des monnaies nationales, et non pas l'expression et le symbole d'un pouvoir supra-national.
Appelons "solidum" cette nouvelle monnaie en référence à la monnaie romaine (solidus ou sou) qui fut l'une des plus solides de l'histoire de l'humanité. Et supposons qu'elle mérite son nom. Autrement dit, son pouvoir d'achat serait constant.
Comment pourrait-on transformer les DTS en "solidum" ?
Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que lors de leur création en 1969, les DTS étaient définis en or. Le métal jaune ayant été chassé du système monétaire, cette définition a été abandonnée et remplacée par un panier de monnaie comprenant le dollar EU, l'euro, la livre sterling et le yen. Introduire dans ce panier d'autres devises (la proposition venant de la Chine, on pense inévitablement au yuan) n'en ferait pas pour autant une monnaie supra-nationale avec les mérites de solidité que nous lui avons supposées, mais une monnaie multi-nationale érodée par l'inflation. Quelles que soient la taille et la composition du panier, une monnaie composée de monnaies fondantes ne peut être elle-même que fondante.
La seule manière de solidifier les DTS est de les protéger contre la hausse des prix au niveau mondial et donc de corriger leur valeur à partir d'un indice choisi assez judicieusement pour refléter cette même hausse des prix. Cette correction pourrait être mensuelle. Une proposition de ce genre avait été faite à la fin des années 1970 par la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUCID) et avait été considérée avec suffisamment d'attention par la direction du FMI pour donner lieu à étude. Malheureusement, sans aboutissement concret.
Cette monnaie, même limitée au rôle d'unité de compte, comme le sont actuellement les DTS, aurait beaucoup d'avantages, abritée qu'elle serait de l'inflation.
Elle pourrait être utilisée non seulement par le FMI dans ses relations avec les pays membres (rôle joué aujourd'hui par les DTS), mais aussi dans les contrats internationaux privés. Par exemple, avec un baril de pétrole libellé en solidum, l'OPEP n'aurait plus l'excuse des vicissitudes du dollar pour hausser ses tarifs. La spéculation sur l'or noir et sur les autres matières premières, industrielles ou agricoles, qui lui sont liées, en serait assagie.
Une mesure simple et facile à prendre et à appliquer
D'autre part, du fait même de sa valeur constante, elle serait très demandée comme actif, notamment par les Banques centrales encombrées de dollars, même si le taux d'intérêt qui lui serait attaché serait forcément faible.
Elle servirait de point de repère pour mesurer la dévalorisation des devises et pourrait inciter les différents pays et les différentes banques centrales à respecter la discipline qui leur fait tellement défaut.
Elle pourrait même être utilisée comme point d'ancrage pour telle ou telle monnaie nationale qui voudrait se mettre à l'abri de l'inflation et s'obligerait à la rigueur financière. L'euro pourrait donner l'exemple en devenant librement convertible en "solidus".
Enfin les quotas du FMI seraient réévalués tous les mois en fonction de la hausse du niveau mondial des prix, ce qui serait plus efficient que les brutales revalorisations auxquelles on a procédé jusqu'à maintenant. Les prêts du FMI aux pays qui en ont besoin se feraient en "solidus" et l'impact de l'inflation sur le service de la dette serait ainsi éliminé.
Cela fait beaucoup d'atouts pour une mesure simple dans son principe et, politiquement, facile à prendre et à appliquer.
Une fois le "solidus" mis en place en tant qu'unité de compte, il faudra le transformer en une monnaie authentique, convertible en un actif réel. La diversité des étalons "réels" susceptibles d'assurer l'arrimage des systèmes monétaires à la réalité économique et d'éviter une nouvelle schizophrénie entre économie, monnaie et finance devrait être étudiée sans préjugé, qu'il s'agisse d'un étalon matière première unique comme l'or déjà détenu par toutes les banques centrales, à des étalons matières premières composites associés à des clauses de convertibilité multiples, garantissant l'accès à ce que Robert Mundell appelle une valeur de repli (fallback value).
Il ne faut pas sous estimer l'immense avantage, non seulement économique, mais proprement politique, d'une telle réforme, la stabilité de la valeur de la monnaie étant une condition-clé du "développement durable" dans ses trois dimensions économique, sociale et écologique, alors que la variabilité pousse au court-termisme, au gaspillage des ressources financières, à des inégalités de revenus injustifiables et à la révolte justifiée de leurs victimes.
Charles le Lien est économiste de banque. Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier d'économie moderne, et anime le séminaire monétaire de l'Institut Turgot.
Commentaires
Cela ne tient pas compte de la nocivité des banques centrales en elles-memes mise en relief par l'école autrichienne ....Mais c'est toujours mieux que le système actuel....
Cette solution n'est pas sans atouts.
Etrange projet qu'on peut éclairer par ce qu'il y a près de quarante ans, Jacques Rueff écrivait dans le CHAPITRE XIII du "Péché monétaire de l'Occident " intitulé NATHANAEL OU L'OR-PAPIER
"Voyant avec angoisse le progrès de la négociation tendant à créer, contre le plus élémentaire bon sens, les droits de tirage spéciaux, je crus nécessaire d'avertir l'opinion des dangers et des risques de graves désordres monétaires qu'impliquait la politique à laquelle l'Occident semblait se résigner.
Je marquai ma position dans un article que publia le Monde, le 19 septembre 1967, sous le titre qui figure en tête du présent chapitre :
En tant que transaction entre l'or-papier, demandé par les Américains, et le papier convertible en or, souhaité par la France, la solution de Londres échappe à la juridiction de la raison raisonnante pour ne ressortir qu'au jugement des négociateurs,
Compte tenu de tout ce qu'ils savaient, notamment des pensées et arrière-pensées qui leur étaient apparues au cours de cinq années de ratiocinations stériles, ils étaient seuls en mesure de choisir consciemment entre le désirable et le possible.
Mais la raison reprend ses droits lorsqu'il s'agit de prévoir et d'apprécier les conséquences de la réforme envisagée.
Il a été constamment affirmé et solennellement réaffirmé, au cours de la réunion ministérielle des 17-18 juillet 1967, qu'une éventuelle réforme ne serait mise en oeuvre qu'après disparition du déficit de la balance des paiements des Etats-Unis, faute de quoi elle apparaîtrait seulement comme un expédient destiné à permettre de régler un peu plus longtemps, sans prélèvement d'or, ce déficit.
Deux procédures et deux procédures seulement peuvent corriger le déficit d'une balance des paiements : l'action administrative, par contrôle autoritaire des sorties de capitaux, ou la mise en oeuvre d'une technique monétaire appropriée.
Le maintien du déficit de la balance des paiements des Etats-Unis au cours des six dernières années, nonobstant la volonté constamment affirmée par le gouvernement américain de le faire disparaître, et l'annonce indéfiniment renouvelée par les plus hautes autorités financières des Etats-Unis qu'il allait disparaître, confirment la totale inefficacité, hors des pays totalitaires, des efforts tendant au rétablissement de l'équilibre par manipulation de l'actif et du passif des échanges internationaux. Si pareils efforts .avaient pu donner le résultat auquel ils tendaient, c'eût été assurément aux Etats-Unis, favorisés par le caractère quasi insulaire du continent américain, par la loyauté patriotique de leurs populations et par la haute technicité de leurs économistes.
N'est-ce pas un singulier paradoxe que de voir le pays de la libre entreprise se faire le champion d'une procédure ne pouvant trouver une relative efficacité que dans le cadre des structures autoritaires et des contrôles policiers les plus rigoureux ?
Qu'on ne dise pas que le déficit de la balance des paiements des Etats-Unis est la conséquence nécessaire de la guerre du Vietnam. La France n'a jamais eu meilleure balance des paiements que pendant la guerre d'Algérie.
Quant à l'équilibre par action sur la demande globale, c'est-à-dire par la politique monétaire, il peut être obtenu soit par le jeu de l'étalon-or, c'est-à-dire par la suppression, en droit ou en fait, des procédures de compensation issues du gold-exchange standard, soit par une politique de crédit réalisant volontairement et consciemment les contractions de pouvoir d'achat que le règlement en or des déficits eût entraînées.
Il va de soi que les « droits de tirage spéciaux », nouvel aspect des nombreux expédients qui ont marqué la politique monétaire internationale depuis 1961 (accords généraux d'emprunt, swaps, bons Roosa, augmentation des quotas du F.M.I.), supprimeront ou atténueront les influences proprement monétaires tendant au rétablissement de l'équilibre.
Pour ce qui concerne le remplacement par une politique de crédit consciente des mouvements de demande globale qu'eut entraînés l'étalon-or, l'exemple des Etats-Unis a montré, une fois de plus, qu'il était, en régime d'opinion politiquement impossible.
Il est donc très improbable que, dans les conditions existantes, l'équilibre de la balance des paiements des Etats-Unis soit, à proche délai, rétabli et certain que l'institution des droits de tirage spéciaux, si elle était réalisée nonobstant le déficit, l'empêcherait de se rétablir.
UNE DECISION TRES INSOLITE
Néanmoins, de hautes autorités monétaires des Etats-Unis, appuyées par d'empressés médiateurs, déclarent que 1' « or en tant qu'instrument de change est voué à la disparition » et veulent le remplacer par 1' « or-papier ».
La première raison serait, selon eux, qu' « on ne voit pas comment on pourrait se procurer assez de métal jaune pour couvrir les besoins des paiements internationaux ».
Au prix actuel de l'or, ils ont certainement raison. Mais ils oublient que, depuis qu'en 1934 le prix de l'or a été fixé à son niveau présent (35 dollars l'once), tous les prix ont plus que doublé aux Etats-Unis. Les besoins de métal ne portent pas sur un poids mais sur une valeur déterminée. La décision qui maintenait à un niveau sans rapport avec le niveau général des prix le prix du métal jaune avait pour effet de réduire de plus de 50 % la valeur nominale des stocks d'or et celle de la production annuelle, relativement à ce qu'elles eussent été si elles avaient été calculées à un prix normal.
Hors cette conséquence purement arithmétique, le maintien, pour l'or, du prix de 1934 réduisait, en poids, la production annuelle, car elle rendait l'extraction du métal, notamment dans les mines paumoins rentable qu'elle ne l'eût été si le prix de l'or avait été maintenu approximativement à sa place dans la hiérarchie des prix.
Que l'on pense, pour mesurer l'importance de cette conséquence, à ce que serait la production du blé s'il était vendu à son prix de 1934.
Par ailleurs, le décrochement du prix supprime l'influence régulatrice qui tend à ajuster la production de l'or aux besoins du marché.
Enfin, l'insuffisance de valeur que le prix actuel du métal donne au stock d'or américain relativement au montant des balances dollar répand le sentiment que, malgré les déclarations constamment renouvelées du gouvernement américain, la convertibilité du dollar en or pourrait ne pas être indéfiniment assurée. Les craintes d'embargo sur l'or suscitent incontestablement la thésaurisation du métal, à tel point qu'en 1965 l'augmentation des réserves monétaires globales n'a été que de 250 millions de dollars contre 740 en 1964 et 840 en 1963 et qu'en 1966 les stocks d'or officiels, bien loin de s'accroître, ont diminué d'environ 90 millions de dollars.
Pour toutes ces raisons, l'immobilisation du prix de l'or à son niveau de 1934 crée artificiellement l'insuffisance du stock d'or, l'insuffisance de la production du métal et l'insuffisance de la part de la production qui entre dans les réserves monétaires.
Mais cette triple insuffisance ne résulte en aucune façon de la nature des choses. Elle est tout entière l'effet de la décision très insolite qui maintient le prix de l'or au niveau où il a été fixé en 1934, dans un monde où depuis cette époque, du fait d'une guerre mondiale et de quinze années de gold-exchange standard, les prix-or ont plus que doublé.
II va de soi que cette décision aurait pu ne pas être prise et pourrait être à tout moment révoquée. Elle est donc essentiellement contingente.
Déclarer que les « droits de tirage spéciaux » doivent être créés pour parer à l'insuffisance du métal que l'on a ainsi volontairement suscitée, c'est renouveler le geste — pour le moins irrationnel — de ce Nathanaël qui, selon André Gide, « suivait pour se guider une lumière que lui-même tenait en sa main ».
DU NEANT HABILLE EN MONNAIE
Aux termes du communiqué de Londres, les droits de tirages spéciaux constitueront « une nouvelle facilité destinée à compléter, dans la mesure où le besoin s'en manifestera, les avoirs de réserve existants ».
Or le détournement de la production d'or des réserves monétaires vers celles de la thésaurisation, ainsi que le désembrayage de la régulation des extractions par les variations du niveau général des prix feront à coup sûr naître la nécessité de «compléter les avoirs existants ».
Bien plus : les symptômes de ralentissement économique, qui sont Apparus dans le monde depuis que nombre de pays n'acceptent plus qu'avec réticence l'augmentation de leurs balances-dollars, marquent que la nécessité de compléter les avoirs existants se manifeste actuellement sous nos yeux.
Les champions du maintien du prix de l'or à son niveau de 1934 auraient mauvaise grâce à s'attendrir sur les souffrances que provoquerait une éventuelle aggravation de la récession. Leurs jérémiades seraient pareilles à celles d'un parricide qui demanderait la pitié parce qu'il serait orphelin.
Si, contre tout bon sens, la situation présente se prolonge — je veux dire l'immobilisation du prix de l'or — la création de liquidités nouvelles deviendra sûrement nécessaire. Les Américains auraient même souhaité, laisse-t-on entendre, que le principe d'une création annuelle de 1 à 2 milliards de dollars supplémentaires fût dès maintenant accepté.
« // n'y a pas, explique une haute personnalité américaine, d'instrument plus pratique, plus souple... qu'une unité de change abstraite. Il ne s'agit, ajoute la même voix, que de transposer sur le plan international le système en vigueur partout pour les transactions intérieures ». •
Souple, elle le sera certainement. Craignons seulement qu'à l'image des monnaies inconvertibles — dont le monde a hélas ! une longue expérience — elle le soit trop. Y a-t-il des raisons de penser que le collège des hautes autorités du Fonds Monétaire International s'avère plus savant, plus raisonnable, plus indépendant et plus conscient que ne l'ont été si souvent dans le passé les autorités monétaires nationales.
Quant à l'assimilation des « droits de tirage spéciaux » aux monnaies nationales, elle est fallacieuse.
Sauf inflation caractérisée, les monnaies nationales ont pour contrepartie, dans les actifs de l'institution émettrice, de l'or, des effets de commerce, des warrants, des promesses de paiement émanant de débiteurs solvables ou des bons du Trésor représentatifs de recettes publiques ultérieures.
Les droits de tirage spéciaux ne seront, nonobstant une clause de remboursement très partielle, que du néant habillé en monnaie.
S'ils sont créés pour des montants importants, ils ne pourront pas ne pas conduire à une inconvertibilité monétaire totale. Ainsi prolongeant, sous une forme nouvelle, la politique maintenant usée des balances-dollar, ils ouvriront la porte à une inflation continue.
AVENTURE OU EXPANSION
C'est d'ailleurs la crainte de la déflation qui inspire, consciemment ou inconsciemment, les plus chauds partisans de la réforme... Tel William Jennings Bryan, ils ne veulent pas « que l'humanité soit crucifiée sur une croix d'or ».
Mais ils oublient que le risque de déflation a pour unique source leur refus d'envisager pour le métal jaune un changement de prix, lequel provoquerait, sans inflation, la déthésaurisation de l'or, une baisse profonde et durable de tous les taux d'intérêt, une immense augmentation des possibilités d'investissement et, par tous ces moyens, fournirait la certitude d'une vague de prospérité de grande ampleur et de longue durée.
Ainsi pour ceux qui veulent donner au monde prospérité et bien-être, l'alternative est simple : ou l'aventure par la mise en oeuvre d'un système d'or papier qui connaîtra le sort de toutes les monnaies inconvertibles, ou l'expansion dans la stabilité par le retour, consciemment organisé, à un régime de convertibilité métallique, épuré de toutes les déviations qui en ont compromis la durée.
Espérons que l'institution des « droits de tirage spéciaux », si jamais les conditions auxquelles elle est subordonnée se trouvent réalisées, ne retardera pas trop le retour — qui en tout cas s'accomplira — à l'ordre, à la stabilité... et au bon sens."
On sait la suite jusqu'à aujourd'hui...