La Grèce victime des illusions de l'Euro... il faudrait qu'elle en sorte au plus vite !
Par Philippe Simonnot le dimanche 9 mai 2010, 09:44 - Article - Lien permanent
Le drame économique et financier, et bientôt politique, que vit aujourd'hui la Grèce était tellement prévisible, et prévu par de bons esprits, que les larmes de crocodile qui sont versées aujourd'hui au chevet du malade de l’Europe prêteraient à sourire si le drame ne risquait de tourner à la tragédie non seulement pour la Grèce, mais aussi pour toute l’Europe
Pourquoi était-il prévisible ? Parce que la construction de l’euro souffre d’un vice que l’on a voulu cacher bien qu’il ne fut que trop évident.
En effet, il n’y a aucune raison pour que les pays de la zone euro soient en phase du point de vue de la conjoncture.
Dans un espace monétaire unique comme celui constitué par les Etats-Unis, les divergences conjoncturelles d’Etat à Etat sont compensées à la fois par des mouvements de main d’œuvre, les salaires étant en outre beaucoup plus flexibles qu’en Europe, des transferts de capitaux et des versements budgétaires.
Sur le Vieux Continent, on ne peut s’attendre à rien de tel. Les capitaux et surtout les hommes circulent beaucoup moins librement, entravés qu’ils sont par toutes sortes de rigidités réglementaires, traditionnelles ou institutionnelles. Autrement dit, une politique monétaire unique impliquée par la monnaie unique engendre des poches de chômage importantes dans les pays défavorisés par telle phase de la conjoncture.
Une possibilité de résoudre ce problème serait des transferts budgétaires importants vers les pays ou les régions en crise.
Rappelons qu’au niveau européen c’est par de tels transferts qu’ont pu être accueillis dans l’Union européenne des pays à fort surplus de main d’œuvre comme l’Espagne et le Portugal. En Allemagne l’unification monétaire consécutive à l’unification politique de 1990 s’est elle aussi traduite par de gigantesques transferts de l’Allemagne de l’Ouest à l’ex-RDA. Or l’Europe n’est absolument pas prête à organiser de tels transferts, même au nom de la solidarité, l’heure étant plutôt au contraire à leur diminution.
D’autre part, qui dit monnaie unique, dit taux d’intérêt unique. Le résultat a été qu’en Grèce même des taux d’intérêt ont été pratiqués qui étaient inférieurs à ce qu’ils auraient du être si la Grèce n’avait pas adhéré à l’euro, et par conséquent des investissements ont été financés qui n’auraient pas dû l’être. De même sur le plan extérieur, l'Etat grec ou des entreprises grecques ont pu emprunter à des taux plus bas qu’ils n’auraient dû être, avec les mêmes conséquences de sur-investissement – jusqu’à ce que les taux se relèveent brutalement.
En France il est bon ton de dauber l’ « égoïsme » d’une Allemagne qui serait trop vertueuse et dont les excédents commerciaux ne seraient soutenables que par les déficits de ses partenaires. Notre ministre de l’Economie a eu la faiblesse de reprendre ce vieux refrain des années 1970. Mais la chancelière allemande voit un peu plus loin que la Grèce, un peu plus loin même que ses propres intérêts électoraux. Elle sait, comme toute personne un peu informée, que l’Espagne et le Portugal sont à peu près dans la même situation que la Grèce, et que ce qui serait fait pour cette dernière ne pourrait pas être refait pour la péninsule hispanique. Elle n’ignore pas non plus les interdits que lui impose la constitution de l’Allemagne fédérale.
Par conséquent, la seule solution est que la Grèce sorte de l’euro le plus vite possible et dévalue franchement sa monnaie, de manière à revenir à la réalité de son économie et de ses finances.

Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier de l'économie contemporaine.
Commentaires
Dimanche 9 mai 2010 :
Londres refuse de participer à un Fonds d'urgence européen.
La Grande-Bretagne refuse de participer, en y apportant sa garantie, au Fonds d'urgence envisagé pour aider les pays de la zone euro en difficulté, a indiqué dimanche une source diplomatique britannique à l'AFP. «Nous ne voulons pas participer à un Fonds de secours européen», a souligné cette source.
Les ministres des Finances des 27 pays de l'Union européenne doivent se réunir à partir de 15h00 (13h00 GMT) pour discuter d'un projet de mise sur pied d'un «Fonds de stabilisation de la zone euro» visant à octroyer des prêts de l'Union Européenne aux pays utilisant la monnaie unique qui seraient en difficulté.
L'idée de départ était que la Commission européenne puisse emprunter jusqu'à 70 milliards d'euros, en bénéficiant de la garantie de tous les pays de l'Union européenne, y compris ceux comme la Grande-Bretagne qui n'utilisent pas l'euro, puisqu'il s'agit d'un mécanisme de l'UE, selon des sources diplomatiques.
Pour valider un tel dispositif au niveau de toute l'UE, il faudrait l'approbation d'une majorité qualifiée suffisante des 27 ministres européens qui se réunissent à Bruxelles. Le refus de Londres d'y participer pourrait contraindre la zone euro à se rabattre sur un mécanisme de prêts garantis par les seuls pays utilisant la monnaie unique, une option également à l'étude.
http://www.20minutes.fr/article/403...
Aujourd'hui, d'un côté, les hommes de l'Etat dans l'Union européenne et, plus exactement, dans les pays de l'euro, n'ont de cesse de vouer aux gémonies le marché financier pour le mal qu'il occasionnerait.
De l'autre, eux-mêmes n'ont eu que faire des règles dont ils étaient convenus - par exemple, "critères de Maastricht" et "pacte de stabilité -, dont ils avaient vanté les mérites aux peuples, dont ils avaient même fait l'apologie et qu'ils avaient fait voter par les peuples ou les élus de ceux-ci.
Il faudrait en finir une bonne fois pour toutes avec cette situation.
Sans marché financier, où seraient-ils parvenus dans leur utopie quotidienne destructrice du déficit ? Ils n'auraient même pas pu faire un pas dans la voie contre nature - celle des déficits permanents - où ils se sont engagés.
Le marché financier leur a donné l'opportunité d'y cheminer un temps vraisemblablement parce que ses opérateurs savent, eux, que personne n'est omniscient ou mieux informé que qui que ce soit d'autre - le contraire de ce qu'ils colportent à qui mieux mieux -, qu'il ne faut pas être aveugle et s'opposer a priori à des projets, même ceux qui peuvent sembler farfelus - le contraire du prétendu principe de précaution qui leur est si cher -.
Aujourd'hui, c'est apparemment fini.
Le processus du marché financier a mis de côté sa docilité et son bon vouloir et fait connaître la réalité en affichant des décalages de prix en monnaies ou de taux d'intérêt importants, informant de pertes à attendre toutes choses égales par ailleurs (cf. ci-dessous).
Nos hommes de l'Etat s'en émeuvent Bien leur en prend.
Mais mal leur en prendra s'ils essaient d'instaurer des réglementations supplémentaires pour, à les entendre, protéger contre l'action des "spéculateurs", cause, selon eux, de tous les maux.
Ce sont eux et leurs déficits les spéculateurs "au mauvais sens du terme". Et ce sont eux dont justement le fonctionnement du marché financier veut se débarrasser et affranchir les contribuables.
Il ne faut pas les laisser impunément inverser la causalité.
Lire la suite sur mon blog : http://blog.georgeslane.fr/post/201...
c'est quand-meme extraordinaire,on n'est pas capable de dire comme M.Friedmann qu'une europe sans gouvernement central,federal,capitale rome par exemple est perdu d'avance.L'europe des curiaces(27 enplus)sera batue par horace comme chez corneille(horace etant le bric biensur).
Eh oui,si on ne fait pas l'europe type charles-quint,c'est foutu! et il fautpartir.
on peut poursuivre mais j'arrete pour cesoir
L'Allemagne a proposé dimanche soir la mise sur pied d'un vaste plan d'aide financier pouvant être utilisé pour les pays de la zone euro, d'un montant total de 500 milliards d'euros et impliquant le FMI, a indiqué à l'AFP une source diplomatique européenne.
http://www.romandie.com/ats/news/10...
Un plan d'aide de 500 milliards d'euros, et impliquant le FMI ?
Mais avec quel argent ?
Où vont-ils trouver ces 500 milliards d'euros ?
Et qui va payer ?
C’est encore un coup de bluff pour essayer de rassurer les marchés.
La Banque Centrale Européenne et la Banque du Japon interviennent massivement. La Banque du Japon avait déjà injecté 2.000 milliards de yens dans le circuit bancaire vendredi 7 mai. Lundi 10 mai, la Banque du Japon a de nouveau injecté 2.000 milliards de yens supplémentaires.
Quant à la Banque Centrale Européenne, combien de centaines de milliards d'euros va-t-elle injecter dans le circuit bancaire ?
Combien de centaines de milliards de dette souveraine grecque va-t-elle acheter ?
Combien de centaines de milliards de dette souveraine portugaise va-t-elle acheter ?
Combien de centaines de milliards de dette souveraine espagnole va-t-elle acheter ?
L'opération "Orouboros" a commencé.
Lisez cet article :
"la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé des mesures exceptionnelles sur le marché des titres obligataires des Etats et celui des changes.
L'institut monétaire a indiqué qu'il allait d'abord "mener des interventions sur le marché obligataire privé et public de la zone euro" afin de mettre fin aux "dysfonctionnements" constatés, sans préciser immédiatement quelles formes ces opérations prendraient.
La BCE a aussi annoncé des mesures pour faire face aux difficultés des banques de la zone euro à s'alimenter en dollars, en facilitant leur approvisionnement, via une action concertée avec les banques centrales des Etats-Unis, du Canada, d'Angleterre et de Suisse.
La Banque du Japon, qui pourrait s'associer à cette initiative, a pour sa part injecté 2.000 milliards de yens (16,7 milliards d'euros) dans le circuit bancaire nippon pour la deuxième journée consécutive, afin de détendre les conditions d'accès au crédit."
http://www.romandie.com/infos/news/...