A l'appui de cette thèse il y a l'idée que financer l'enseignement supérieur va dans le sens de l'intérêt général car il permet à un pays d'avoir une élite efficace qui le fait progresser. Le savoir et la compétence sont les clefs du progrès, de la croissance, de la prospérité.

Une autre justification consiste à avancer une volonté de réduire les inégalités grâce à la fiscalité qui, en redistribuant, donne aux gens à faible revenu la possibilité d'accéder à une meilleure éducation. Si c'était vrai, il y aurait à l'université, plus de fils d'ouvrier qu'autrefois. Or c'est le phénomène inverse qui se produit.

Ces deux arguments laissent entendre qu'un financement des universités par l'impôt garantit une éducation de qualité, et à terme, une amélioration du niveau de vie de tous. Ce résultat ne se vérifie pas systématiquement. Au Québec où ont lieu ces manifestations contre la loi visant à augmenter les frais de scolarité, le niveau de vie est plutôt en stagnation ou en régression par rapport aux autres provinces du Canada qui ont, elles, des universités plus chères. Le Québec est la province la plus endettée du Canada.

Reste l'autre réponse : c'est celui qui bénéficie d'un service qui doit le payer. Le problème là c'est que les études à l'Université coûtent cher et que les gens s'endettent pour très longtemps.

Entre ces deux réponses théoriques on trouve bien sûr plusieurs formules intermédiaires : un peu moins d'impôts et un peu plus de paiement personnel ou un peu plus d'impôts et un peu moins de paiement personnel.

Faisons un comparatif : aux Etats Unis les études coûtent en moyenne 6.000 $ par an ; en Grande-Bretagne 5.000 $, au Japon 4.600 $ alors qu'en France elles coûtent un minimum de 190 $, parfois un peu plus, et en Italie 1.200 $. Comment choisir le meilleur système ?

Il existe un critère qui peut aider à se déterminer, celui du niveau et de la qualité de l'enseignement supérieur.

On a en effet constaté que dans beaucoup des pays qui ont opté pour le financement gratuit ou quasi-gratuit de l'université la qualité s'y est dégradée. C'est le cas en France par exemple où le système universitaire vit dans une grande pauvreté. Après tout, puisqu'il s'agit d'enseigner à des gens peu instruits, peu motivés et à qui on a fait cadeau pratiquement du bac, ils ont souvent le service qu'ils paient c’est-à-dire médiocre.

Le classement de Shanghai a rétrogradé le classement mondial des universités françaises et reflète ainsi ce déclin dû sans doute à la "démocratisation" de la diffusion du savoir, comme on dit. A côté il y a les grandes écoles et là il faut payer fortement car la qualité est au rendez-vous.

En d'autres termes la gratuité a pour effet de faire baisser la qualité. Si ce qui est gratuit était mieux que ce qui est cher, ça se saurait, comme dirait ma grand-mère.

Or que constate-t-on en Amérique du Nord ? Les meilleures universités sont souvent aux Etats Unis et elles sont privées (Princeton, Stanford, Harvard) même s'il y a aussi de bonnes universités d'Etat (Berkeley, Columbia et Boston) mais elles coûtent cher aussi.

C'est la preuve que la conception de l'utilisateur-payeur est préférable.

Les médias français et mondiaux qualifient les grèves étudiantes au Québec de "printemps québécois" ou "érable". Mais le printemps en question risque fort d'être un automne avant l'hiver. Geler les droits de scolarité, comme l'ont fait les gouvernements québécois des années 70à 90, fut une erreur car ce gel signifie tout simplement une baisse constante du coût réel de l'éducation qu'il faut compenser d'une façon ou d'une autre, d'où moins de postes et moins de qualité. Même phénomène qu'en France.

Quand on écoute les médias français, on a parfois l'impression que la majorité des québécois soutiennent les manifestants qui protestent contre l'augmentation des frais d'inscription à l'université. Or il n'en est rien. La majorité silencieuse est sceptique voire hostile aux manifestants. Elle est plutôt favorable au parti libéral et au gouvernement de Jean Charest aux commandes depuis 9 ans après avoir gagné trois élections successives. Cette réforme est son oeuvre. L'augmentation des frais qu'elle préconise reste modeste (de 1.668 dollars canadiens à 2.128 dollars canadiens) et loin de mettre à la charge des étudiants le coût réel de l'université, bien plus élevé. Elle a pour objet d'améliorer le niveau et de faire des économies.

L'autre conception consiste à engager l'université vers la médiocrité, l'Etat n'ayant plus les moyens de la financer. Cela donne une université pour étudiants mauvais, médiocres, sans objectif précis et peu motivés, un peu ce que l'on trouve dans les facultés françaises de lettres et sciences humaines. Si l'on veut réussir il faut être bon, travailler à fond, avec un objectif précis, une forte motivation et il faut payer. C'est comme la guérison en matière psychologique : les médecins et psychanalystes disent qu'un coût élevé fait partie du traitement du malade et de la guérison. La sélection en fait aussi partie ainsi que le choix de bons professeurs bien rémunérés, ce que ne peut faire réaliser de financement par l'impôt dans des Etats très déficitaires.

En réalité cette controverse pourrait se résumer à deux observations que je formule à l'intention des étudiants grévistes :

1. A quoi sert-il d'avoir des universités gratuites et ouvertes à tout le monde, donc financées par l'impôt, si elles ne dispensent pas un enseignement de qualité ? Où est le gain ? N'est-ce pas plutôt une perte ?

2. Si vous trouvez que l'éducation vous coûte trop cher, essayez l'ignorance pour voir et vous m'en direz des nouvelles. Je tire cette remarque d'un article d'une certaine Gabrielle Brisebois, une étudiante québécoise non gréviste. Trait.jpg Cette chronique de Patrick Simon a été initialement diffusée sur Radio Courtoisie, dans sa série d'éditoriaux "La guerre des idées", le 4 juin 2012.