Souvent nous nous plaignons du déclin de la France, nous critiquons sa perte de souveraineté, nous exprimons des points de vue négatifs sur ce qui se passe. Aujourd'hui il y a des raisons d'être optimiste au moins sur ce sujet. Nous sommes en effet presque les seuls à avoir fait le bon choix et pris la bonne décision.

Autour de nous d'autres pays ont décidé de sortir du nucléaire : l'Italie, qui n'y était que peu entrée, hésite après un referendum défavorable perdu par Silvio Berlusconi ; la Suisse renonce ; et surtout l'Allemagne vient de décider d'en sortir dans un délai fort court de 10 ans. Angela Merkel venait de prolonger la durée des centrales. Et voici qu'après la catastrophe de Fukushima, elle revient sur sa décision et arrête tout, à plus ou moins brève échéance. Une telle résolution dont la chancelière vient d'arrêter le projet ne s'explique pas par la peur des raz de marée ou tremblements de terre.

Dans les climats tempérés d'Europe, de tels séismes ne se produisent pas ou en tout cas pas là où les centrales sont installées. Le pire qui peut survenir sont de fortes tempêtes comme Synthia en 2010 et l'on a vu que ces inondations, même si elles ont eu un effet dévastateur sur certaines maisons ou terrains, n'ont pas touché l'industrie, équipée pour y résister. D'ailleurs, les accidents mortels à Fukushima sont pour la plupart imputables au "tsunami" lui-même et non à la radio-activité. Ils auraient hélas eu lieu de toute façon même avec une centrale à charbon, sauf qu'on en aurait beaucoup moins parlé. Non, c'est une autre peur, celle de la prochaine élection qui a sans doute inspiré Madame Merkel. Les élections locales dans le Bade-Wurtemberg, vieux bastion chrétien-démocrate, ont été perdues par la CDU au profit des Verts. Et ceci fait apparaître la nocivité de la politique quand elle se mêle de prendre les décisions à la place des industriels.

La question qui nous est posée : doit-on, peut-on sortir du nucléaire ? conduit à une deuxième question : par quoi peut-on remplacer le nucléaire ?

Si l'on avait écouté les "cassandres" autrefois, on n'aurait pas permis l'exploitation du charbon parce qu'il provoque des maladies comme la tuberculose ou la maladie du charbon. On n'aurait pas non plus permis le transport ferroviaire parce qu'il comportait, disaient ses détracteurs, le risque d'asphyxie dans les tunnels, ni même l'exploitation du feu parce qu'il provoque des incendies. Bref, on en serait toujours à l'âge de pierre.

Peut-on remplacer le nucléaire ? Par les éoliennes, l'énergie solaire, le photo-voltaïque ? C'est un peu comme si l'on décidait de remplacer les camions par des brouettes. Je ne m'étends pas là-dessus et vous renvoie au livre de Christian Gérondeau "CO2, un mythe planétaire".

Peut-être devra-t-on un jour réellement remplacer le nucléaire, mais d'une part ce jour n'est pas arrivé et d'autre part ce ne sont pas les politiques qui pourront le décider mais le marché. Pourquoi cela ? Parce que le marché a cette vertu de permettre l'émergence de l'innovation. Seule une nouvelle découverte par quelques inventeurs géniaux du style de Bill Gates ou Steve Jobs fera apparaître de nouvelles énergies. Peut-être sera-ce dans le domaine de l'hydrogène ou dans la bio-génétique ou dans celui des bio-carburants. Les pétroliers explorent actuellement des voies combinant des mélanges de bactéries transgéniques, de CO2 et de solaire. Qu'est-ce que cela donnera ? Peut-être rien dans l'immédiat. Peut-être un bilan négatif comme avec les éoliennes mais pour le savoir il faut éviter l'intervention politique qui s'accompagne souvent de subventions, il faut au contraire laisser fonctionner le marché et ses processus sélectifs par les prix vrais, et non les prix subventionnés.

Voilà pourquoi il faut se méfier de l'intervention politique en ce domaine, La décision allemande où le politique suit l'électorat plus qu'il ne l'éclaire ou ne le précède en est une bonne illustration. Mais il arrive que la politique ait une bonne influence sur le marché. C'est le cas en France, pour une fois oserais-je dire.

En 1973, nous avons décidé, face au premier choc pétrolier, de construire notre indépendance énergétique en réduisant la part d'importation du pétrole du Moyen Orient ou du gaz algérien ou russe. Ce choix, fait sous George Pompidou, poursuivi ensuite pendant la présidence Giscard d'Estaing et jamais remis en cause après et toujours pas maintenant, ce choix fut décisif. Il eut pour conséquence la multiplication des centrales nucléaires civiles sur le territoire français et assura non seulement notre indépendance énergétique (78 % de l'électricité est produite par ces usines) en évitant l'achat massif d'un pétrole de plus en plus cher, mais encore il nous donna une suprématie mondiale pour l'électricité puisque nous en vendons à beaucoup de pays, par EDF, par d'autres entreprises telles que Suez. Vous raconter l'histoire de cette réussite est évidemment impossible en 10 minutes de chronique. Je vous recommande un petit ouvrage qui se livre à cette analyse "Nucléaire civil, le rebond !" de Jean Michel Bélouve publié chez Liber Media avec le soutien de l'Institut Turgot.

Cependant cette "success story" dont nous pouvons être satisfaits (voilà ce que donne la France qui gagne) est affectée de quelques défauts.

Premièrement le marché français de l'électricité est un peu trop non pas un monopole mais un cartel, comme l'explique M. Belouve. Il serait bon d'y introduire un peu plus de concurrence. Cela viendra progressivement.

Deuxièmement, il est arrivé qu'une erreur soit commise, par exemple l'abandon du programme des surgénérateurs Phénix et Superphénix en 1998. Ce fut l'une des nombreuses néfastes décisions prises par le gouvernement Jospin, résultat d'un accord électoral passé entre socialistes et verts. Comme les calamiteuses nationalisations de certaines entreprises furent en 1982 le prix payé par les socialistes de Mitterrand pour avoir le soutien des communistes, de même l'abandon de l'expérience de la surgénération fut le prix payé par les socialistes de Jospin pour avoir le soutien des écologistes aux élections de 1997. Cette mesure entraîna la perte d'un savoir faire puisque les experts et ingénieurs qui ont travaillé sur ce programme n'ont pu transmettre leurs compétences. Pourtant l'on sait désormais que "les réacteurs à neutrons rapides ne posent pas de problèmes technologiques majeurs" explique M. Belouve dans son livre et que l'arrêt prématuré de Superphénix fut une "occasion manquée".

Cela permet de souligner la contradiction flagrante qui affecte aujourd'hui les écologistes. Ils veulent réduire les effets du dioxyde de carbone et adopter des énergies moins polluantes et plus propres, ce qu'est l'énergie nucléaire, mais ils veulent aussi sortir du nucléaire. Or si l'on emprunte cette voie, comme le fait l'Allemagne, que reste-t-il ? Pas les éoliennes, qui sont une sorte d'arnaque, et représentent de toute façon une part infime de la consommation. Pas le solaire, encore plus infime. Il ne reste plus comme solution réaliste et crédible que les centrales à charbon, ce qui veut dire plus de pollution.

Il y aurait bien une solution fort tentante : le gaz de schiste, très présent en France et qui semble assez prometteur. Mais là encore les écologistes sont contre car ils sont contre tout, donc sans solution. Le gouvernement devrait rester dans la ligne de la politique inaugurée en 1973 et autoriser bien sûr la recherche et l'exploration des gaz de schiste, contrairement à ce qui vient d'être décidé par erreur par François Fillon. Trait_html_691a601b.jpg

Ceci est le texte de la chronique lue par Me Partick Simon sur Radio-courtoisie le lundi 13 juin 2011.