Doit-on sortir du nucléaire ?
Par Patrick Simon le vendredi 17 juin 2011, 18:20 - Article - Lien permanent
Patrick Simon assistait à la réunion organisée le 9 juin avec Alain Madelin et Jean Bergougnoux. Voici l'excellente synthèse qu'il en a tiré pour sa chronique sur Radio-Courtoisie.
Le nucléaire français, c'est beaucoup de choses : 70.000 emplois directs, des milliers d'emplois indirects, une production de 445 milliards de kilowattheures par an, 19 usines, une industrie solide qui s'exporte bien, des activités annexes comme le stockage et le retraitement des déchets, de multiples retombées indirectes dans les secteurs de la chaudronnerie, des équipements électriques, du génie civil, de l'informatique industrielle et surtout une grande expertise scientifique grâce à une élite qui s'est constituée au fil du temps.
Souvent nous nous plaignons du déclin de la France, nous critiquons sa perte de souveraineté, nous exprimons des points de vue négatifs sur ce qui se passe. Aujourd'hui il y a des raisons d'être optimiste au moins sur ce sujet. Nous sommes en effet presque les seuls à avoir fait le bon choix et pris la bonne décision.
Autour de nous d'autres pays ont décidé de sortir du nucléaire : l'Italie, qui n'y était que peu entrée, hésite après un referendum défavorable perdu par Silvio Berlusconi ; la Suisse renonce ; et surtout l'Allemagne vient de décider d'en sortir dans un délai fort court de 10 ans. Angela Merkel venait de prolonger la durée des centrales. Et voici qu'après la catastrophe de Fukushima, elle revient sur sa décision et arrête tout, à plus ou moins brève échéance. Une telle résolution dont la chancelière vient d'arrêter le projet ne s'explique pas par la peur des raz de marée ou tremblements de terre.
Dans les climats tempérés d'Europe, de tels séismes ne se produisent pas ou en tout cas pas là où les centrales sont installées. Le pire qui peut survenir sont de fortes tempêtes comme Synthia en 2010 et l'on a vu que ces inondations, même si elles ont eu un effet dévastateur sur certaines maisons ou terrains, n'ont pas touché l'industrie, équipée pour y résister. D'ailleurs, les accidents mortels à Fukushima sont pour la plupart imputables au "tsunami" lui-même et non à la radio-activité. Ils auraient hélas eu lieu de toute façon même avec une centrale à charbon, sauf qu'on en aurait beaucoup moins parlé. Non, c'est une autre peur, celle de la prochaine élection qui a sans doute inspiré Madame Merkel. Les élections locales dans le Bade-Wurtemberg, vieux bastion chrétien-démocrate, ont été perdues par la CDU au profit des Verts. Et ceci fait apparaître la nocivité de la politique quand elle se mêle de prendre les décisions à la place des industriels.
La question qui nous est posée : doit-on, peut-on sortir du nucléaire ? conduit à une deuxième question : par quoi peut-on remplacer le nucléaire ?
Si l'on avait écouté les "cassandres" autrefois, on n'aurait pas permis l'exploitation du charbon parce qu'il provoque des maladies comme la tuberculose ou la maladie du charbon. On n'aurait pas non plus permis le transport ferroviaire parce qu'il comportait, disaient ses détracteurs, le risque d'asphyxie dans les tunnels, ni même l'exploitation du feu parce qu'il provoque des incendies. Bref, on en serait toujours à l'âge de pierre.
Peut-on remplacer le nucléaire ? Par les éoliennes, l'énergie solaire, le photo-voltaïque ? C'est un peu comme si l'on décidait de remplacer les camions par des brouettes. Je ne m'étends pas là-dessus et vous renvoie au livre de Christian Gérondeau "CO2, un mythe planétaire".
Peut-être devra-t-on un jour réellement remplacer le nucléaire, mais d'une part ce jour n'est pas arrivé et d'autre part ce ne sont pas les politiques qui pourront le décider mais le marché. Pourquoi cela ? Parce que le marché a cette vertu de permettre l'émergence de l'innovation. Seule une nouvelle découverte par quelques inventeurs géniaux du style de Bill Gates ou Steve Jobs fera apparaître de nouvelles énergies. Peut-être sera-ce dans le domaine de l'hydrogène ou dans la bio-génétique ou dans celui des bio-carburants. Les pétroliers explorent actuellement des voies combinant des mélanges de bactéries transgéniques, de CO2 et de solaire. Qu'est-ce que cela donnera ? Peut-être rien dans l'immédiat. Peut-être un bilan négatif comme avec les éoliennes mais pour le savoir il faut éviter l'intervention politique qui s'accompagne souvent de subventions, il faut au contraire laisser fonctionner le marché et ses processus sélectifs par les prix vrais, et non les prix subventionnés.
Voilà pourquoi il faut se méfier de l'intervention politique en ce domaine, La décision allemande où le politique suit l'électorat plus qu'il ne l'éclaire ou ne le précède en est une bonne illustration. Mais il arrive que la politique ait une bonne influence sur le marché. C'est le cas en France, pour une fois oserais-je dire.
En 1973, nous avons décidé, face au premier choc pétrolier, de construire notre indépendance énergétique en réduisant la part d'importation du pétrole du Moyen Orient ou du gaz algérien ou russe. Ce choix, fait sous George Pompidou, poursuivi ensuite pendant la présidence Giscard d'Estaing et jamais remis en cause après et toujours pas maintenant, ce choix fut décisif. Il eut pour conséquence la multiplication des centrales nucléaires civiles sur le territoire français et assura non seulement notre indépendance énergétique (78 % de l'électricité est produite par ces usines) en évitant l'achat massif d'un pétrole de plus en plus cher, mais encore il nous donna une suprématie mondiale pour l'électricité puisque nous en vendons à beaucoup de pays, par EDF, par d'autres entreprises telles que Suez. Vous raconter l'histoire de cette réussite est évidemment impossible en 10 minutes de chronique. Je vous recommande un petit ouvrage qui se livre à cette analyse "Nucléaire civil, le rebond !" de Jean Michel Bélouve publié chez Liber Media avec le soutien de l'Institut Turgot.
Cependant cette "success story" dont nous pouvons être satisfaits (voilà ce que donne la France qui gagne) est affectée de quelques défauts.
Premièrement le marché français de l'électricité est un peu trop non pas un monopole mais un cartel, comme l'explique M. Belouve. Il serait bon d'y introduire un peu plus de concurrence. Cela viendra progressivement.
Deuxièmement, il est arrivé qu'une erreur soit commise, par exemple l'abandon du programme des surgénérateurs Phénix et Superphénix en 1998. Ce fut l'une des nombreuses néfastes décisions prises par le gouvernement Jospin, résultat d'un accord électoral passé entre socialistes et verts. Comme les calamiteuses nationalisations de certaines entreprises furent en 1982 le prix payé par les socialistes de Mitterrand pour avoir le soutien des communistes, de même l'abandon de l'expérience de la surgénération fut le prix payé par les socialistes de Jospin pour avoir le soutien des écologistes aux élections de 1997. Cette mesure entraîna la perte d'un savoir faire puisque les experts et ingénieurs qui ont travaillé sur ce programme n'ont pu transmettre leurs compétences. Pourtant l'on sait désormais que "les réacteurs à neutrons rapides ne posent pas de problèmes technologiques majeurs" explique M. Belouve dans son livre et que l'arrêt prématuré de Superphénix fut une "occasion manquée".
Cela permet de souligner la contradiction flagrante qui affecte aujourd'hui les écologistes. Ils veulent réduire les effets du dioxyde de carbone et adopter des énergies moins polluantes et plus propres, ce qu'est l'énergie nucléaire, mais ils veulent aussi sortir du nucléaire. Or si l'on emprunte cette voie, comme le fait l'Allemagne, que reste-t-il ? Pas les éoliennes, qui sont une sorte d'arnaque, et représentent de toute façon une part infime de la consommation. Pas le solaire, encore plus infime. Il ne reste plus comme solution réaliste et crédible que les centrales à charbon, ce qui veut dire plus de pollution.
Il y aurait bien une solution fort tentante : le gaz de schiste, très présent en France et qui semble assez prometteur. Mais là encore les écologistes sont contre car ils sont contre tout, donc sans solution. Le gouvernement devrait rester dans la ligne de la politique inaugurée en 1973 et autoriser bien sûr la recherche et l'exploration des gaz de schiste, contrairement à ce qui vient d'être décidé par erreur par François Fillon.

Ceci est le texte de la chronique lue par Me Partick Simon sur Radio-courtoisie le lundi 13 juin 2011.
Commentaires
Bravo pour ce texte intelligent et réfléchi! J'espère que nos si géniaux politiques ne cèderont pas aux sirènes de la propagande anti-nucléaire actuelle... mais la démagogie étant ce qu'elle est, le pire est malheureusement à craindre!
Compte tenu des avancées technologiques et des coûts en baisse régulière des énergies renouvelables, de même que l'évolution des solutions de stockage, de leurs rendements très élevés et de leurs coût souvent faibles, de même que des réseaux, les filières nucléaires les plus évoluées possibles (thorium, réacteurs à neutrons rapides etc), même en les conjugant de la manière la plus optimale possible pour augmenter les ressources et réduire les quantités de déchets, se heurtent désormais plus qu'avant encore à un problème de coûts trop élevés, de sécurité qui ne sera jamais acquise avec des risques eux aussi élevés et de déchets qui dans le meilleur des cas ont une durée de vie de plus 500 ans ce qui est ingérable, sans parler du pire qui est de bien au delà 100.000 ans.
Vous trouverez de nombreux opérateurs du secteur au plan international qui, déjà pour la filière actuelle, font ce constat du coût dans leur décision de ne pas opter pour le nucléaire et çà ne date pas de Fukushima mais c'est amplifié désormais compte tenu des niveaux de sécurité demandés. Contrairement aux énergies renouvelables c'est une filière aux coûts intrinsèquement en croissance avec les niveaux de complexité et sans parler des réacteurs à neutrons rapides etc.
De plus vous n'évoquez que le nucléaire en France et la conjugaison optimale des différentes filières n'est à ce jour pas possible dans la plupart des autres pays puisque par exemple la filière thorium ne fonctionne pas seule.
En outre vous ne fournissez que l'électricité avec le nucléaire alors que les énergies renouvelables ne génèrent pas de déchets non renouvelables, répondent à tous les besoins énergétiques et se complètent les unes aux autres y compris dans l'utilisation et recyclage du CO2.
Si vous vous intéressez au sujet vous verrez qu'avec les technologies actuelles, l'optimisation des différentes énergies renouvelables, bien qu'intermittentes pour certaines, est bien meilleure que pour le nucléaire avec ses faibles rendements, ses pertes et sa production bien peu modulable.
Les décisions allemandes sont présentées comme ayant été prises sur un coup de tête. Il n'en est rien si vous analysez l'évolution de ces débats en Allemagne depuis de nombreuses années (et pas seulement en Allemagne bien sûr). Les nombreux scientifiques et ingénieurs allemands du secteur sont prêts à ce changement énergétique depuis un moment déjà (voir les nombreux rapports sur le sujet) et estiment que ce sont les politiques qui sont en retard. D'ailleurs c'est une preuve parmi d'autres, ce secteur également à l'export ne date pas d'hier, se porte bien et sert de modèle à d'autres (Chine etc), malheureusement pas assez à la France. Et au delà de l'Allemagne de nombreux et de plus en plus de pays, régions et même villes dans le monde suivent cette trajectoire depuis de nombreuses années déjà.
A contrario les changements récents à la tête d'Areva soulignent un certain affolement et l'on peut avoir quelques inquiétudes lorsque l'on sait qu'Anne Lauvergeon défendait un relatif niveau de sécurité du nucléaire et que pour tenter de concurrencer, s'il en était encore possible, coréens, russes etc d'autres lui reprochaient de ne pas vouloir réduire ce niveau de sécurité afin d'essayer d'arriver à placer nos centrales à l'export dans des pays moins contraignants que d'autres sur le plan de la sécurité.
Il y a lieu de souligner qu'Areva investit au plan international dans les énergies renouvelables dont la biomasse et l'éolien tout comme de nombreux autres Total etc et parfois, puisqu'en retard, à des prix trés élevés.
Vous pourriez donc conseiller à Areva, Total etc qui, comme tout le monde sait, comptent de nombreux écologistes à leurs conseils d'administration ;o) de ne pas investir ni s'orienter dans ces "brouettes" et ces "arnaques" car ils amplifient fortement leurs investissements dans ce domaine d'années en années et sont loins d'être les seuls dans le monde, c'est généralisé ! Y compris les "ingénieurs géniaux" que vous citez, Bill Gates et Steve Jobs de même que Google, les écologistes sont partout, n'oubliez pas de regarder sous votre lit avant d'aller dormir ! (sur les lectures de Ch Gerondeau un peu dépassé par les développements récents, qui n'apporte rien au plan scientifique actuellement, sauf si l'on soufre d'insomnie chronique bien sûr ?!)
Le solaire est par exemple en croissance de 66% en 2010 aux Etats-Unis pourtant en crise, la Chine a mis en place un ambitieux programme dans les énergies renouvelables, l'Inde a encore récemment réhaussé ses objectifs etc et quels que soient les horizons 2030 ou 2050 toutes les études démontrent que ce sont les énergies renouvelables qui vont le plus se développer d'ici là et finalement assez peu le nucléaire. Seriez vous comme Me Vergès l'avocat des causes indéfendables ? ;o)
La multiplication d'articles et de livres assez superficiels par des non spécialistes comme de débats comme j'ai pu le lire ici pour tenter de défendre le nucléaire après Fukushima attestent de cet affolement à défendre une filière avec des arguments et chiffres faussés, parfois contradictoires, qui n'apportent aucun éclairage nouveau mais font plutôt acte de propagande et brouillent un sujet qui mériterait d'être abordé sur le fond mais il est complexe donc généralement survolé.
Les pays qui entourent la France entre beaucoup d'autres font un choix réfléchi de longue date vers les énergies renouvelables et ont pour beaucoup des industries dans ce domaine. La filière nucléaire attire très peu les jeunes ingénieurs et il y a un problème de vieillissement des professionnels du secteur. Le niveau de compétences et donc également de sécurité est coûteux et contraignant à maintenir. La France est plutôt isolée avec les difficultées que cela engendre et va d'autant plus engendrer, elle n'a pas de filière renouvelable importante et n'arrive à la développer qu'à coup d'acquisitions souvent chères. Les pays du Nord et du Sud collaborent étroitement à des programmes dans les énergies renouvelables et réseaux et la France n'y est souvent que peu présente. Les solutions nucléaires optimales les mieux conjuguées entre elles seront d'un coût supérieur à la totalité des énergies renouvelables quoi que l'on fasse. Le nucléaire restera dangereux, contraignant, pas infini en ressources, aura toujours des déchets de durée toujours trop longue pour être satisfaisante ou gérable. La France a fait des transferts de technologies à des chinois et sa compétitivité est mise a mal comme on l'a vu plusieurs fois.
En bref, si le choix du nucléaire se justifiait en partie à une époque et si d'autres énergies étaient alors développées pour lesquelles la France était alors encore bien placée dans les années 80, par la suite et pour diverses raisons il y a eu focalisation sur l'énergie nucléaire au dépend des autres dont les budgets ont été comparativement dérisoires ou supprimés. On en paie les conséquences actuellement et l'on se retrouve avec un parc nucléaire classique d'âge moyen ancien.
Face à cette situation isolée et le peu de perspectives nous serons obligés de sortir au moins en grande partie à moyen terme du nucléaire, sauf à payer nettement plus cher notre énergie et de vouloir garder les risques et les déchets de très longue durée quelle que soit la filière.
Mieux vaudrait donc ne pas prendre les allemands, espagnols, scandinaves, anglais, écossais, hollandais, italiens, suisses et autres pour des idiots et profiter des orientations et spécialisations qu'ils ont pris et qui sont très satisfaisantes pour résoudre tous les problèmes énergétiques et souvent environnementaux et pas seulement l'aspect électrique, pour coopérer plus encore sans plus tarder et ne pas se distinguer avec une option qui risque sinon d'être un poids lourd pour la France mais aussi pour l'Europe.
Plus généralement les coopérations dans les différentes énergies renouvelables qui font appel à de nombreuses spécialités sont bien plus riches d'innovations multiples et de retombées dans différents domaines que des énergies qui font appel à un seul type de spécialistes.
Sans parti pris puisque scientifique de point de vue indépendant et ne faisant qu'un constat, pour varier les lectures, le point de vue de Corinne Lepage qui a publié un livre sur le sujet récemment dont les arguments sont recevables et intéressants :
http://www.liberation.fr/terre/0101...
La question de savoir s'il faut sortir du nucléaire est-elle la bonne ? La vraie question en France n'est-elle pas plutôt "comment sortir du quasi monopole d'EDF" ?
L'exploitation privée du gaz de schiste ou le développement des énergies alternatives côté production, mais également le progrès technologique des compteurs intelligents côté consommation, nous offrent une réelle opportunité de créer un marché de l'énergie libéré du monopole, concurrentiel, avec de multiples intervenants de toutes les tailles. L'Etat aurait alors l'occasion de se spécialiser dans son vrai domaine de compétence, gestion du réseau d'une part, sécurité et normalisation d'autre part. Confier au privé les centrales nucléaires, par exemple en découpant le monopole d'EDF en autant d'entités concurrentielles que de sites de production nucléaire, permettrait de mettre en concurrence effective les diverses sources d'électricité (nucléaire, gaz, charbon, pétrole, éolien, solaire, biomasse, géothermie, etc.).
En matière énergétique, des dogmes s'affrontent. Eh bien, confrontons-les à la réalité ! Puisque personne ne peut véritablement trancher la question, mettons les en concurrence et que le meilleur gagne !
Deux articles intéressants qui expliquent que le nucléaire n'en est qu'à ses balbutiements, que des progrès énormes sont encore à faire dans ce domaine et que ces progrès se font (et se feront) tant au niveau de la sécurité, que du cout et que du (re)traitement des déchets.
http://www.enquete-debat.fr/archive...
http://www.enquete-debat.fr/archive...
Les alarmistes anti-nucléaires seraient-ils subventionnés par les lobbies éoliens ou photovoltaïques qui sont extrêmement puissants ? Et qui le deviennent de plus en plus (puissants).
@ Bubulle
L'EDF demande à ses responsables de centrales de produire au maximum et le calendrier des entretiens est particulièrement millimétré afin d'optimiser au mieux le coût très important de chaque centrale. Le nombre d'incidents se multiplie avec le vieillissement de ces centrales. Henri Proglio l'a lui même parfaitement admis en débat parlementaire public récent. Les problèmes annexes augmentent dans le cadre de cette gestion très tendue. Le prix de l'énergie nucléaire va devoir fortement augmenter pour faire face aux coûts et ce ne sont que les élections prochaines qui permettent de temporiser les demandes récurrentes d'EDF.
Par ailleurs on ne peut pas dire qu'au Japon Tepco qui n'est pas public a fait preuve de sérieux dans ses investissements et décisions passées, il n'a de plus pas cessé de mentir sur la réalité qui n'est pas brillante et va coûter durablement très cher à l'Archipel, sans parler de l'aspect santé à moyen terme. L'avenir de Tepco et de ses nombreux employés risque en outre d'être très délicat.
En France s'il n'y avait pas eu monopole EDF, le nucléaire ne se serait certainement pas développé ainsi, peu auraient voulu prendre en charge de tels investissements. Les banques en particulier au plan mondial ont toujours rechigné sur ce thème alors que c'est nettement moins le cas dans celui des énergies renouvelables malgré qu'elles soient récentes.
Il y a des abus manifestes, des périodes de mauvaise gestion chez EDF, des critiques incontestables, des aspects à revoir tout comme d'autres positifs.
Toutefois le risque nucléaire en France est de nos jours plus élevé qu'auparavant avec l'âge moyen élevé des centrales et les coûts, ce sont les américains entre autres qui ont fait preuve de plus de réalisme pour le Japon qui l'affirment sur une base notamment statistique et historique recevable, de même que des études suisses récentes, parmi d'autres. Certaines personnes d'EDF ou de l'agence de sûreté nucléaire l'ont également souligné mais se sont fait évidemment "recadrer", c'est un secret de polichinelle sensible comme le nuage de Tchernobyl en son temps.
Il ne semble donc pas que dans cette situation plus critique qu'avant, privatiser le nucléaire soit la meilleure solution. Cà ne ferait surtout qu'accroître les risques alors que des investissements lourds sont nécessaires. Il y a en plus disparité du parc, centrales âgées, centrales sur zones sismiques, centrales plus à risque etc. Sans parler de la disparité de prix d'une région à l'autre qui pourrait alors intervenir.
Pour le gaz de schiste, c'est une absurdité totale de l'exploiter actuellement et tel qu'actuellement compte tenu des données et évolutions récentes. Il y a plusieurs universités en particulier aux Etats-Unis dont celle du Minnesota qui viennent de s'en apercevoir. Le même problème se pose dans l'exploitation de matières premières on commence par la gabegie et on réfléchit quand la ressource est proche de sa fin et va poser problèmes.
@ Pascale
On peut toujours rêver et trouver des articles de propagande nucléaire même pas dignes de Science et Vie mais il y a des réalités de physique nucléaire comme rapidement évoqué dans mon post plus haut sur les filières les plus optimales étudiées entre autres par le Cnrs et le Cea en France qui sont plus sérieux sur le sujet. La voie thorium et notamment le "Rubbiatron" évoqué comportent un certain nombre de difficultés de mise au point comme le coût élevé de l'accélérateur et des infrastructures constituant la source de neutrons externe, les problèmes sévères de résistance des matériaux soumis à des flux intenses de particules, des problèmes techniques de retraitement et recyclage non encore résolus de façon satisfaisante en raison du thorium hautement radioactif 228Th qui n'est pas transformé en U-233 et s'accumule au fil des cycles, le caractère proliférant éventuel d' U-233 etc.
Donc comme je l'avais évoqué, on ne peut que constater le moindre intérêt de cette filière, au moins par des français entre autres aux niveaux actuels des prix, quelles que soient les évolutions réalistes envisageables en raison de plusieurs paramètres dont le coût, plus encore des nouvelles filières possibles, qui n'a plus d'intérêt à ce niveau comme les débats récents aux Etats-Unis et pas seulement (Siemens etc) l'ont confirmé. Les risques dont certains mieux maîtrisables mais malgré tout élevés. Les déchets une partie recyclable mais pour le reste encore d'une durée de vie bien trop longue à gérer etc.
Enfin concernant les lobbies les tableaux de classements mettent en premier les pétroliers, gaziers, charbonniers, nucléaires, bien avant ceux de l'éolien et du solaire, encore souvent relativement petits et dispersés à la taille de leur présence actuelle encore assez réduite et de leur caractère récent.
Donc là aussi du réalisme et des vérités sont mieux que des délires de certains écrits incomplets ou assez peu sérieux du web ou de pure propagande.
On pourrait ajouter, après l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, l'Autriche, les Etats-Unis etc les présidents de GE et Siemens encore leader du nucléaire, les lobbies énergies renouvelables subventionneraient-ils 82% des japonais aussi... ! :
Extrait la Tribune 20.06.11
Selon un sondage publié dimanche dans le quotidien Tokyo Shimbun, le front des antinucléaires compte de plus en plus de convertis. 82% des sondés souhaitent la sortie du nucléaire. Une majorité -54%- se prononce pour la fermeture de tous les réacteurs nucléaires quand le niveau de l'offre par rapport à la demande le permettra, tandis que 19% veulent une sortie progressive, et 9% souhaitent un arrêt immédiat des réacteurs. Seuls 14% se déclarent en faveur d'un statu quo...
@Energie
Il n'y aucun rapport entre le statut public ou privé de l'entreprise et le risque d'accident. EDF, comme toute administration ou quasi administration, n'a d'autre but que de survivre quoi qu'il se produise. S'il y a un risque, c'est bien là qu'il se situe.
Vous évoquez les "prix" mais en réalité ce à quoi vous faites référence, ce sont des tarifs administrés. Vous confondez prix et coût, comme souvent les marxistes et les hauts fonctionnaires français.
Vous vous réfugiez dans l'idéologie (pour ou contre telle ou telle solution, peu importe), parce que vous ne pouvez réellement justifier aucun des choix technocratiques administratifs, pour ou contre le nucléaire, pour ou contre le gaz de schiste, pour ou contre les renouvelables. Laissons donc faire le marché : si une source d'énergie n'est pas rentable, elle disparaîtra naturellement. Plutôt qu'un président, un ministre ou un parlement, laissons la concurrence décider quelle source d'énergie est la plus efficiente.
@ Bubulle
Non non je ne fais aucune confusion de prix et coût, ni ne me réfugie dans aucune idéologie, ni ne défends aucun statut public ou privé, mais fais juste en tant que scientifique un constat de la situation actuelle et de ce qu'il est ou non souhaitable de faire à présent avec ce dont on hérite en intégrant pas uniquement le seul aspect économique mais aussi les aspects technologiques les plus avancés et le plus de paramètres possibles qui permettent les meilleurs choix d'avenir dont ceux de sécurité dans toutes les situations, de même que la réalité du fonctionnement de ce secteur qui n'est pas comme n'importe quel autre.
Il faut aller visiter entre autres des centres de gestion du secteur nucléaire actuellement pour se rendre compte que privatiser en ce moment compte tenu du parc vieillissant, des incidents en croissance, d'une situation très tendue dans la nécessaire optimisation de cette gestion et alors qu'il y a croissance de ces incidents qui pourraient se réveler lourds de conséquences, que les coûts, contraintes et événements négatifs externes augmentent, qu'il va falloir effectuer à terme le démantèlement très long et complexe et que le stockage des déchets n'est en rien réglé... J'ajouterais qu'un accident important en France a statistiquement notamment une probabilité plus forte compte tenu de l'âge du parc et de la situation de certains centrales. Bref vous semblez faire de la théorie en ne retenant que le paramètre économique et sans doute pire, de court terme, moi je parle en pratique en intégrant le maximum de paramètres essentiels possibles et çà ne me semble pas du tout un moment idéal pour privatiser un tel secteur et, pardonnez-moi l'expression de "transférer une patate très chaude". Mais si vous avez un shéma à proposer avec des noms d'entreprises et ce qu'elles pourraient reprendre sans se contenter de la cerise du vieux gâteau, connaissant bien le secteur je suis ouvert !
Le nucléaire a un historique particulier puisqu'il y avait à l'origine au moins un aspect militaire qui n'a rien de privé. Il n'y a jamais eu de concurrence réelle entre différentes énergies. Le coût réel total du nucléaire est très élevé, on peut croiser les différents chiffres fournis par différents pays d'Europe pour confirmer et s'assurer des coûts en France souvent plus difficiles à obtenir, s'il l'on doute encore de leur ampleur.
Son développement n'aurait certainement pas eu lieu ainsi alors qu'il fallait faire face à une situation urgente à l'époque. Celà demandait de multiples compétences qui nécessitaient une organisation particulière et rapide à mettre en oeuvre à l'échelon de la France.
Les groupes privés d'alors n'auraient pas assuré un tel développement. La forte impulsion politique a bien entendu joué alors qu'il a fallu faire face à plusieurs crises pétrolières à répétitions.
Parler de concurrence libre entre les différentes énergies est parfaitement théorique puisque çà n'a jamais été le cas et l'on n'a jamais intégré tous les paramètres qui doivent être pris en charge. Il n'y a jamais eu équité entre les différentes énergies, il y a toujours eu des pressions, subventions et choix selon les industries, emplois, intérêts d'un pays à tel ou tel moment.
On ne peut pas parler de seule efficience économique de court terme pour un tel secteur car il y a de nombreux paramètres à prendre en compte, des aspects stratégiques, de dépendance à certains pays et d'indépendance d'une manière générale, de ressources avec ses avantages, inconvénients, limites, conséquences environnementales et meilleures valorisations possibles que sur un seul plan énergétique et combustible, de prix variables parfois très rapidement alors que les investissements sont longs et souvent lourds, de R&D à effectuer et de technologies qui évoluent en permanence, d'efficience énergétique et de multiples combinaisons possibles entre une énergie et le développement de telle ou telle industrie d'un pays pour laquelle telle ou telle énergie devient plus ou moins adaptée selon que cette industrie évolue dans tel ou tel sens etc.
De plus la concurrence n'est pas aussi simple puisqu'il y a de multiples énergies, des ressources variables selon les région, certaines très bien loties à des prix très bas d'autres sans presque rien.
Bref, ni seuls un président, un ministre, ni seul un marché ne peuvent décider d'un secteur aussi important, varié, complexe. C'est la combinaison de multiples disciplines, une indépendance et objectivité de jugement, une vision d'avenir, des connaissances pointues etc. en tenant compte de tous les paramètres possibles à court, moyen et long terme.
Le secteur n'est pas le même mais appliquez la seule notion de marché à l'éducation, la santé, la prise en charge des personnes âgées etc, çà risque d'être un peu délicat sur la durée là aussi !
Laisser entendre que le privé ne peut pas investir dans une optique de long terme est faux. Affirmer que les déséquilibres ne peuvent pas être régulés par le marché est faux également. Au contraire, plus un problème est complexe ou un déséquilibre profond, plus le marché est efficient, au contraire de l'Etat collectiviste.
Posez-vous une simple question : pourquoi donc avoir doté EDF d'une situation monopolistique durant toutes ces années ? N'était-ce pas superfétatoire, puisque le privé, selon vous, ne pouvait pas contribuer au développement énergétique du pays ?
A la fin, vous élargissez votre réflexion à d'autres secteurs d'activité. L'avenir probable des secteurs communistes de notre économie est de retourner au secteur concurrentiel qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Ils n'en seront que plus efficaces, désormais au service du plus grand nombre.
@ Energie
Quand je lis votre prose je suis émerveillé par l'étendue de vos connaissances qui dépassent largement les miennes semble-t-il, mais j'éprouve un léger malaise.
Avec une formation d'ingénieur je peux prétendre avoir l'esprit scientifique. Ce qui me gêne dans la surabondance de vos références c'est le sentiment que j'ai de me trouver face à un catalogue dont je ne vois pas émerger de cohérence. Pour prétendre avoir une vision scientifique du problème que vous abordez il est indispensable que les différents éléments pris en compte aient entre eux des liens clairs au sein d'une théorie d'ensemble. Or le problème, s'il a indéniablement une dimension théorique est aussi technique et économique et là, nous ne sommes plus sur le même plan. Ne disposant d'aucune théorie globale reliant entre eux les aspects physico-chimiques et économiques du problème nous ne pouvons faire autrement que de les traiter séparément sans les mélanger.
Pour ce qui concerne la partie "sciences dures", là encore on ne peut pas mélanger technique et théorie. La théorie n'est pas affaire de choix mais de cohérence avec le réel. La technique est une affaire d'imagination et de libre choix. La technique est aussi l'élément qui assure l'articulation entre l'aspect scientifique et l'aspect économique du problème. Tout choix technique détermine une structure de coûts qui va avoir des conséquences sur le plan économique. Mais je dois vous dire que j'éprouve la plus grande méfiance par rapport aux éléments prévisionnels de coûts tirés d'une technique qui n'est pas mûre. Dans le domaine des prévisions, on a déjà du mal à dégager des tendances, de là à faire des prévisions fiables il y a bien souvent un abîme. On voit des succès foudroyants que personne n'avait prévus et des échecs pour des projets auxquels beaucoup croyaient. De plus le sujet est fort complexe et la construction d’un modèle de prévision fiable supposerait que l’on soit capable de faire des simplifications pertinentes par rapport à la réalité et là je vous souhaite bonne chance.
Je ne suis pas pour autant un adorateur du marché et je ne crois pas que la sélection d'une technique émergente soit forcément bien faite par le marché. Historiquement on peut citer deux techniques émergentes qui n’ont pas été sélectionnées par le marché. Les débuts de l'aviation ont été soutenus par des millionnaires passionnés (on ne parlait pas encore de milliardaires), puis les armées s'y sont intéressées, ce n’est qu’après que les applications civiles ont pris le relai. De son côté, il semble que le nucléaire civil n'aurait vu le jour nulle part sans la protection de l'État, ne serait-ce qu'à cause de sa proximité technique avec le nucléaire militaire.
En conclusion je suis bien d'accord pour dire que le paysage des énergies de demain sera assez différent de ce que nous connaissons, je crois en revanche que le dogmatisme en la matière ne peut que retarder la redistribution nécessaire des sources d'énergie et je pense que des stratégies de niches sont les plus aptes à permettre l’apparition de solutions innovantes parmi lesquels émergera peut-être une solution inattendue et généralisable.
Comme j'aime bien rêver, j'aimerais que l'État et, pourquoi pas, de grandes entreprises privées, consacrent entre 5 et 10 % de leurs budgets de recherche en cette matière à des projets "farfelus" qui sont peut-être ceux qui verront le jour ailleurs qu’en France et qui ne seront jamais soutenus par ceux qui savent toujours tout d'avance.