Pour illustrer mon propos je vais prendre l'exemple du constructeur automobile français PSA qui subit actuellement une forte baisse de ses ventes de voitures en Europe : plus de 13 % de recul par rapport à l'année précédente, et encore plus si l'on compare aux cinq dernières années. Cette chute des commandes, qui est liée à la crise de la croissance en Europe, induit évidemment une réduction des fabrications, donc des emplois. Dès lors, le constructeur automobile a le choix entre deux stratégies :

- investir là où la croissance est forte (Chine, Inde, Brésil, et pays émergents), où il pourra augmenter ses ventes au lieu de les voir diminuer, mais dans ce cas il faut fermer une usine en France (c'est celle d'Aulnay),

- continuer comme si de rien n'était, mais obtenir en contrepartie une aide financière de l'Etat pour conserver le site d'Aulnay ouvert et maintenir des emplois qui, pour le moment, ne servent à rien.

Le programme du candidat François Hollande comporte un certain nombre de mots magiques. L'un d'entre eux est le "redressement productif", titre dont ils ont paré le ministère de l'Industrie. Si l'on est dans la logique du "redressement productif", il faut que les ventes d'automobiles Peugeot se redressent. Dans ce cas il faut laisser PSA fermer l'usine d'Aulnay pour en ouvrir une en Asie ou en Amérique du Sud. Mais c'est là que les socialistes se heurtent à la contradiction : ils veulent maintenir les emplois en France, éviter les délocalisations et aussi, satisfaire leur électorat. Cette volonté est contraire à une réalité : la surcapacité des usines automobiles dans les pays développés.

Ce n'est pas qu'en Europe que ce phénomène s'est manifesté; en Amérique du Nord aussi les trois grands producteurs de la région des grands lacs se sont retrouvés avec trop d'usines pour les constructions à réaliser. Et General Motors, après être allée jusqu'à une procédure de faillite (ce que l'on appelle aux Etats Unis le "Chapître 11"), puis Ford et Chrysler ont fermé un grand nombre de sites. Ils ont pris ces mesures drastiques, et la machine semble doucement repartir. Nous n'avons pas osé le faire en France de sorte que les usines ne tournent plus à plein régime.

On peut continuer ainsi, en multipliant les aides de l'Etat à fonds perdus pour maintenir les emplois et progressivement l'industrie automobile deviendra un secteur administré par l'Etat, et à moyen terme non compétitif.

L'autre solution, la seule sérieuse, est évidemment de redéployer mondialement les capacités des constructeurs, mais cela impliquera des sacrifices que le gouvernement actuel ne semble pas prêt à accepter car ils se heurtent à ses dogmes comme à ses intérêts électoraux.

Autre exemple de contradiction : le gouvernement précédent avait mis au point une baisse des charges sociales pour réduire le coût du travail et améliorer la compétitivité des entreprises. C'était une approche fondée sur la politique de l'offre.

Pour compenser la perte de recettes fiscales, une hausse de la TVA sur les produits importés avait été prévue, ce qui revenait à faire financer la stimulation de l'exportation par la consommation. La nouvelle majorité socialiste s'est déclarée opposée à de telles mesures et veut revenir dessus car elle est réticente à pénaliser la consommation, c’est-à-dire tous les gens quel que soit leur revenu. Mais d'un autre côté le gouvernement veut réduire les déficits publics. M. Moscovici a même reproché à l'équipe précédente de ne pas l'avoir fait. Là encore il y a contradiction : comment peut-on réduire les déficits si l'on abandonne l'effort réalisé en 2011, et salué par le rapport de la Cour des comptes ? Comment peut-on assurer le redressement et la compétitivité si l'on abandonne la baisse du coût du travail ? Comment peut-on améliorer les choses si l'on persiste à recruter 60.000 fonctionnaires dans l'Education Nationale, ce qui implique de geler les rémunérations des autres fonctionnaires ? Comment peut-on prétendre à la reprise de la croissance si l'on pratique le matraquage fiscal ?

Je résume les dernières mesures de ce style : suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires, institution d'une tranche d'impôt à 75 % sur les hauts revenus, et aussi à 45 % sur les moins hauts, taxe supplémentaire de 3 % sur les dividendes, hausse de la CSG, allongement à 15 ans du délai entre deux donations défiscalisées, allongement du délai d'exonération pour la taxation des plus-values, abaissement du seuil au-dessous duquel les successions ou transmissions en franchise d'impôt sont possibles, révision du barème de l'ISF dans le sens d'un durcissement et mesures rétroactives sur les remboursements au titre du bouclier fiscal (ce qui est illégal), suppression du prélèvement libératoire des revenus du capital lorsque ceux-ci s'ajoutent à un revenu taxé dans une proportion supérieure audit prélèvement, taxes sur les opérations financières, taxes sur les banques et les compagnies pétrolières. La liste n'est pas close, il y a encore beaucoup d'autres mesures de ce style. On peut ainsi constater, surtout pour ceux qui se plaignaient de certaines hausses d'impôts frappant la consommation sous Sarkozy qui étaient compensées par des baisses de l'impôt sur le revenu, sur les successions, de l'ISF, etc… c’est-à-dire une politique de l'offre, alors que désormais il n'y a plus d'équivoque : c'est à fond plus de fiscalité.

Vous n'avez pas aimé Sarkozy, voici Hollande, et vous allez être servis, par la nocivité et l'inefficacité de sa politique en raison de ses contradictions.

C'est un peu comme si un signal fort et clair était envoyé à tous les entrepreneurs et investisseurs qui dirait en somme ceci : "nous allons vous taxer partout et plusieurs fois même si c'est de l'argent qui a déjà payé l'impôt". Pensez-vous que ce signal soit incitatif à l'initiative et encourageant ? N'est-il pas plutôt comme un ciel noir annonciateur d'orages ?

Car d'où peut venir la solution et le salut si ce n'est de ceux que l'on veut précisément taxer ?

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Cette chronique de Patrick Simon a été initialement diffusée sur Radio Courtoisie sous le titre : "Les contradictions auxquelles le gouvernement se heurte", en date du 9 juin 2012.