C’est le langage qu’on nous servait sur France Inter le samedi 8 avec l’entretien d’un certain Bertrand Fragonard, responsable d’une association qui a pour objet d’aider les gens sans ressource.

Dans le même esprit, le journal gratuit "Métro" du 10 décembre essayait d’imaginer des remèdes contre la pauvreté. Parmi les préconisations on pouvait lire une hausse du RSA, un revenu permanent pour les moins de 25 ans, une vraie couverture maladie universelle, un fichier complet du surendettement, la pénalisation des contrats dits CDD abusifs, des crèches pour tous et l’école dès l’âge de 2 ans. Chacun y allait de sa proposition. La Fondation Abbé Pierre suggérait par exemple des logements moins chers. Elle précisait un moratoire sur les expulsions locatives (ce sont les gens qui ont arrêté de payer leur loyer), le doublement de l’aide au logement, ou la captation de certains logements privés pour en faire du logement social.

Il y a un point commun outre toutes ces solutions. Elles supposent toutes une augmentation des moyens financiers, donc plus d’argent public. Aucune ne passe par l’initiative personnelle, la stimulation de l’activité personnelle des gens démunis, par l’aide apportée par des organisations caritatives privées ou par l’augmentation des déductions fiscales pour donations. On pourrait donner à tous ces gens bienveillants avec l’argent des autres la réponse de l’économiste américain George Gilder :

"il s’agissait de faire disparaître la pauvreté à coup de milliards de dollars. Le résultat ? En 22 ans le nombre de ménages américains assistés d’une façon ou autre par l’état a doublé … On est tenté de conclure que plus l’Etat intervient pour remédier à la pauvreté, plus cette pauvreté augmente".

C’est pourquoi il faut revenir à la situation dénoncée précédemment par ces bonnes âmes. Pourquoi 35 % des ayants-droit au RSA ne le réclament-ils pas ?

Beaucoup d’explications sont avancées : par ignorance, disent les uns, par découragement devant les démarches à accomplir disent d’autres, par esprit de rébellion et de rupture avec la société, dit-on encore, par honte osent dire certains - et ils commencent à s’approcher d’une certaine vérité.

Est-il vraiment impossible de dire qu’il y a encore des gens en France qui ont un sens moral ? Des gens qui, même pauvres, même en détresse, veulent être indépendants, ne veulent pas vivre aux dépens des autres, à qui cela ferait trop mal de s’enfermer dans le piège de l’assistance sociale comme mode de vie. Des gens qui veulent s’en sortir par eux-mêmes, des gens qui ne veulent pas se plaindre, qui trouveraient irrespectueux vis-à-vis d’eux–mêmes de réclamer. Quand le vent souffle ils baissent la tête et continuent de marcher contre vents et marées. Ils ne se découragent pas et ne renoncent pas. Ils ne veulent pas être aidés du berceau au tombeau. Ils pensent qu’ils surmonteront les difficultés et ils ne veulent pas de ce cadeau empoisonné de l’Etat. Et ils ont raison.

Et puis il y a aussi les autres, ceux qui viennent au contraire profiter sans travailler, ceux qui ne veulent rien faire de leur existence, qui ont érigé leur paresse en expédients et qui perçoivent la seule initiative qui les intéresse comme une plainte permanente, comme s’ils avaient un titre de créance sur la société, renouvelable constamment et inépuisable, comme si on leur devait tout et eux ne devraient rien à personne.

L’Etat-providence les pousse à rester comme ils sont. Un homme célèbre a écrit ceci. Essayez de deviner qui :

"En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’Etat d'assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses … Souvent certains types de besoins appellent une réponse qui ne soit pas seulement d’ordre matériel mais qui sache percevoir la requête humaine plus profonde … un soutien sincèrement fraternel."

Cette citation est du Pape Jean-Paul II ,dans son encyclique "Centesimus Annus."

Pour lutter contre la pauvreté il y a en effet des armes autrement plus efficaces que l’augmentation du budget de l’Etat-providence. Ces solutions consistent à supprimer toutes les règlementations qui empêchent les gens les moins instruits, les moins qualifiés, les moins compétents de trouver du travail -par exemple la rigidité du marché du travail causée par le Code du travail, grosse machine qui empêche l’embauche, ou le revenu minimum, c’est à dire le SMIC, grosse machine à exclure du marché les moins bons. Car les moins bons ont une arme dont les prive le SMIC, celle d’être moins chers que les autres.

Tous les pays qui ont pratiqué ces méthodes à leur manière, c'est-à-dire en ayant un marché du travail moins rigide grâce à moins de réglementation, et un revenu minimum non revalorisé, ont retrouvé le plein emploi. Quand nous étions en France à 8 ou 10% de chômage, voire plus, ils étaient à 5% avant la crise de 2009. C’était le cas des Etats Unis, du Royaume Uni, du Japon, de la Nouvelle Zélande et de bien d’autres.

C’est de cette façon que l’on règle (ou au moins que l’on réduit) le problème de la pauvreté, pas avec de l’argent public, pas avec de la générosité à bon compte mais avec du travail.

Patrick Simon

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Cette chronique de Patrick Simon a été initialement diffusée sur Radio Courtoisie en date du 17 décembre 2012 dans le cadre de sa chronique "Le Guerre des Idées".