Libéralisme, altruisme et assistance
Par Patrick Simon le jeudi 26 janvier 2012, 17:35 - Article - Lien permanent
Nous sommes pour la baisse des impôts. Le reproche qu'on nous oppose alors est le
suivant : c'est égoïste de ne pas aider les pauvres, c'est contraire à la charité chrétienne
ou à la générosité. Nous serions pour les cadeaux aux riches etc.…
J'ai plusieurs fois expliqué que la baisse des impôts, comme la réduction des dépenses publiques et notamment des dépenses inutiles et improductives étaient également de l'intérêt des gens modestes.
Pas seulement pour des raisons évidentes d'efficacité de l'argent public et de l'économie mais aussi pour des motifs tenant à la dignité et à la psychologie : l'assistanat enferme les gens qui en sont bénéficiaires dans un piège, et finit par leur retirer tout pouvoir d'initiative et à les transformer en oisifs qui n'ont rien fait de leur vie et n'ont été en rien utiles à leurs semblables; ce qui les rend tristes, aigris et malheureux.
"L'assistance doit être une seconde chance, pas un mode de vie", disait le président Clinton.
Quand on tient un pareil discours, on est souvent critiqué par certaines associations chrétiennes, par exemple le Secours Catholique, ou le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD), organisations qui se revendiquent du catholicisme en apparence mais sont en réalité très pénétrées par l'extrême gauche.
Rappelons le slogan publicitaire affiché par le CCFD qui montre un africain abandonné avec la mention :
"tu mangeras quand tu seras compétitif".
Sous entendu s'il n'est pas compétitif, il faut l'aider financièrement.
Cette incitation à l'assistanat permanent est-elle véritablement conforme au christianisme ? Pour répondre à cette question il faut d'abord consulter la Bible. Je recommande en particulier la lecture de la seconde lettre de Saint-Paul aux Thessaloniciens qui a été proclamée tout récemment à la messe du 25 août, fête du roi de France St-Louis.
En voici un extrait :
"Frères, au nom du Seigneur Jésus Christ, nous vous ordonnons d'éviter tous ceux d'entre vous qui vivent dans l'oisiveté… Nous n'avons pas vécu parmi vous dans l'oisiveté, et le pain que nous avons mangé, nous n'avons demandé à personne de nous en faire cadeau. Au contraire, dans la fatigue et la peine, nuit et jour, nous avons travaillé pour n'être à la charge d'aucun d'en vous. Bien sûr nous en aurions le droit ; mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne : si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'ilne mange pas non plus."
Ainsi il n'est pas vrai que le christianisme donne sa bénédiction à l'oisiveté et à la paresse. De nombreuses encycliques papales l'ont précisé, en particulier celle de Jean- Paul II intitulée "Centesimus Annus" qui a rappelé le droit à l'initiative dont chaque être humain est pourvu et qu'il est criminel de nier, comme l'ont fait les régimes communistes de l'autre côté du rideau de fer avant 1989 qui ont même persécuté ceux qui s'en prévalaient.
L'homme est fait pour l'action et non pour vivre aux dépens des autres. Si on le laisse faire, il produira évidemment plus qu'il ne consomme car telle est sa vocation. C'est pourquoi les messages et positions des associations que j'ai citées ne sont qu'un scandaleux travestissement à la sauce marxiste et tiers-mondiste de la pensée chrétienne.
Il en est de même des positions récemment prises par ces associations sur la répression du crime et de l'immigration illégale. Elles ne font en réalité que s'aligner sur la ligue des droits de l'homme, le MRAP, la Licra et autres organisations gauchistes pour entonner la même chanson, de façon à donner l'illusion d'une symbiose entre chrétiens et laïcs contre la politique du gouvernement en matière d'ordre et de sécurité.
C'est ce que fait aussi le journal "Le Monde" qui tire à boulets rouge contre cette politique sécuritaire. Selon tous ces gens décidément bien éloignés des réalités, il ne faudrait en somme pas punir la délinquance car cela stigmatiserait les minorités ethniques où souvent elle se produit, et il faudrait assister les gens pauvres, les incitant ainsi à l'oisiveté et à la perception d'allocations sociales.
Ce programme revient en fait à rabaisser le niveau partout. Il constitue une puissante et dangereuse machine pour excuser le mal et exonérer les individus des conséquences de leurs actes. Je doute qu'il emporte l'adhésion générale et, de fait, "Le Monde" ne semble pas suivi par beaucoup d'autres journaux dans son oeuvre de propagande et de dénigrement.
En résumé, l'altruisme et la générosité ne consistent pas à prendre l'argent des autres (au lieu de donner le sien) pour aider les déshérités. Ils consistent au contraire à leur donner du courage, de l'élan, de la foi en soi-même, de l'idéal pour qu'ils reprennent espoir. Leur donner de l'argent, c'est souvent une façon de se débarrasser d'eux en les enfonçant encore davantage dans l'inactivité et la médiocrité. C'est également un cercle vicieux, bien démontré par la courbe de Laffer qui montre la désincitation à l'activité productrice que la fiscalité engendre.
Arthur Laffer, cet économiste américain devenu célèbre dans les années 80, avait coutume de dire :
"Si à chaque fois que vous travaillez, vous recevez une facture et à chaque fois que vous arrêtez de travailler, vous recevez une allocation, pourquoi voulez vous travailler ?"
J'espère vous avoir ainsi démontré qu'altruisme et assistanat ne riment pas ensemble et sont même parfois antinomiques.
Si cela ne suffit pas, on peut présenter la chose d'une autre façon, avec la fable de la cigale et de la fourmi. Normalement c'est la fourmi qui a raison (elle travaille durement pendant l'été pour construire sa maison et préparer ses provisions pour l'hiver) et la cigale a tort (puisqu'elle ne prévoit rien, danse et joue tout l'été puis se trouve prise au dépourvu "par l'hiver" comme dit la fable).
Mais il y a une version moderne de la fable que l'on m'a envoyée par courriel et que je vous lis :
"… La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie tandis que d'autres ont froid et faim.
La télévision organise des émissions qui montrent la cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions. Comment peut-on laisser souffrir cette pauvre cigale tandis que d'autres vivent dans l'abondance ?
Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi. Les journalistes organisent des entretiens demandant pourquoi la fourmi est devenue riche sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie "sa juste part". Le gouvernement édicte une loi sur l'égalité économique.
Les impôts de la fourmi sont augmentés et sa maison est saisie car elle n'a pas assez d'argent pour les payer. La fourmi quitte la France pour s'installer en Suisse où elle recommence son travail avec succès.
La télévision montre la cigale en train de finir les dernières provisions de la fourmi, bien que le printemps soit encore loin, et habitant sa maison devenue logement social qui se détériore car la cigale n'a rien fait pour l'entretretenir.
La cigale meurt d'une overdose. La maison est ensuite squattée par un gang d'araignées fraîchement immigrées. Les araignées organisent un trafic de marijuana et terrorisent la communauté."
Voilà. J'arrête ici ce cauchemar, qui est en somme la version socialiste de "la cigale et la fourmi".
Ce texte de Patrick Simon a fait l'objet d'une chronique sur Radio Courtoisie.
Commentaires
Très bonne analyse qui pourrait être développé avec l'exemple des Etats Unis ou la charité privée me semble bien plus efficace que les usines à gaz franco françaises
Il ne s'agit pas d'une "perversion" de la pensée "sociale" chrétienne, mais des "impératifs catégoriques" chrétiens eux même, qui peuvent se résumer en deux "messages" moraux
1°) amour obligatoire universel
2°) préférence pour les pauvres
Aucun être humain prenant un peu de recul ne peut évidemment adhérer à ce type de doctrine: le monde gréco-romain ne s'y trompait d'ailleurs pas, non plus que les juifs "évolués" .
La généalogie d'icelle explique évidemment sa teneur; secte plus ou moins essénienne recrutant dans les plus bas niveaux de la société juive, les "chrétiens" des origines avaient évidemment la mentalité que l'on peut attendre dans ces conditions: pauvres et pas aimés, il ne pouvaient que s'appuyer sur un message "collectiviste" réclamant ce que personne ne voulait leur donner, message éternel des ratés revanchards.
Par comparaison, le message "prolétarien", marxien a de la vraie dignité...
Les français ne sont guère généreux, si on compare, par exemple aux américains. Cela se comprend assez facilement dans la mesure ou ils ont 'nationalisé' la générosité et délégué a l'état le soin de s'occuper des plus démunis. Ayant payé leur impôt ils estiment avoir fait ce qu'ils devaient. Cependant quand tout cela se traduit de la façon suivante: l'état dépense 100 euros pour un SDF, 80 servent a payer le fonctionnaire qui distribuera les 20 restant, on est en droit de se demander si c'est la meilleure façon de procéder.
PS
Pile poil au moment ou je poste, je tombe sur ce texte (source: antagoniste)
Cette semaine, la famille Romney a rendu publics ses rapports d’impôt pour les années 2010 et 2011. On a ainsi pu apprendre qu’ils ont donné l’équivalent de 16,5% de leurs revenus à des organismes de charité.
Pour l’année 2010 (le rapport d’impôt de 2011 n’a pas encore été rendu public), la famille Obama a donné l’équivalent de 13,6% de leurs revenus à des organismes de charité..
Les choses ne sont pas si simples. Parce qu'on peut toujours contester (à plus ou moins bon escient) la légitimité des revenus et biens détenus.
On peut donner des exemples extrèmes, par exemple des pétro-monarchies où le souverain et sa famille possèdent les gisements de prétrole et se répartissent le revenu qui en découle. De quel droit ? L'histoire n'est pas exempte d'ailleurs d'expropriations massives (cf. la Révolution de 1989).
Même dans notre situation (plus modérée) on peut trouver des enrichissements pas tout à fait légitimes qui justifient des prélèvements élevés.
De toute façon, la question que pose le libéral n'est pas "faut-il aider les pauvres?", mais "est-ce à l'Etat de le faire?"
Il est assez amusant de constater, encore une fois, que la "légitimité" ou pas des revenus et des biens obéirait à on ne sait quelle "transcendance", quel "sacré", qui serait la source extra ou supra humaine de la "justice".
c'est oublier que nous sommes toutes et tous des descendants, même lointains, d'appropriateurs, de brigands, de voleurs, d'opportunistes, fut-ce des ergasters ou des erectus.
Il est difficile, pour certains, de reconnaître tout simplement qu'il n' y a ni droit naturel, ni droit divin, partant, aucun droits "fondamentaux" .
Si lesdits "droits" d'ailleurs étaient la conséquence de lois veritablement naturelles, aucune loi humaine ne serait nécessaire pour les faire appliquer: faut t'il une loi pour obliger un affamé à manger ou obliger un homme à retirer sa main d'une flamme brûlante? Non évidemment.
Les relations humaines (totalement superposables en celà à nombre de relations animales) sont faites d'un mélange d'égoïsme et d'érotisme, et de rien d'autre.
Aider ou ne pas aider est donc une question totalement personnelle: (perspective individualite -réaliste); aider obligatoirement ne résulte que de rapports de force ( perspective collectiviste- étatiste).
L'Etat, c'est à dire des individus s'étant approprié certains leviers de pouvoir, n'est pas le résultat d'une quelconque "transcendance" supra humaine, mais le gagnant temporaire d'une lutte.
Ceux qui ont le mieux compris celà sont les grands pervers.
Excellente analyse!
Sur la charité publique et son absurdité, voir Tocqueville: http://classiques.uqac.ca/classique...
Tout était dit sur le sujet dès 1835 !
Quant au lien entre libéralisme et christianisme, il est encore bien plus solide que ce qu'en pense l'auteur puisqu'il est ancré dans les Évangiles même.
Voir par exemple ce qu'en dit Charles Gave dans "Un libéral nommé Jésus".
Il suffit de constater que Jésus, s'il incite les riches à donner aux pauvres, ne se permet en aucun cas de questionner la propriété. La riche est incité à donner, c'est-à-dire exercer son droit de se départir de ses biens au bénéfice qui bon lui semble.
Le socialisme nie absolument ce droit: Il consiste à nier la propriété des riches au nom de la justice sociale. Il n'y a donc plus de don, plus aucune charité.
Le riche n'a pas cessé d'être propriétaire des sommes qui lui sont prises par l'impôt et les diverses "cotisations", qui ne sont pas moins obligatoires: Sa propriété sur ces sommes est déclarée nulle et non avenue, car injuste.
C'est par une injustice sociale que ces sommes ont pu être considérées comme son bien.
Tout cela est totalement étranger au christianisme.
Il d'ailleurs est frappant de constater que le socialisme s'accompagne toujours d'une lutte acharnée contre le christianisme, parfois sanguinaire, toujours brutale. L'incompatibilité n'a donc pas échappé aux socialistes.
Il faut aussi dire que le socialisme est une religion très intolérante dont l'État est l'idole, comme on le constate à l'extravagance des exigences qui lui sont adressées.
Le libéralisme est non seulement ancré dans le christanisme, mais il est douteux qu'il puisse exister sans lui. La déchristianisation est donc vraisemblablement mortelle pour le libéralisme,
J'avoue me sentir réellement peiné de voir certains intervenants ( tels fucius, dont je suis de temps à autre les très pertinentes interventions sur la politique américaine), solidement charpentés intellectuellement, tenter de justifier, de manière purement affective, en cherchant leurs arguments dans leurs exégèses personnelles, la "consubstantialité" d'une doctrine de miséreux esseniens -misère matérielle et surtout intellectuelle- une ascendance au libéralisme et au droit de propriété.
Celà me rappelle les excellents débats mis en scène par Umberto Ecco dans "le nom de la rose" autour de "jésus possédait t'il sa tunique?"
Il est évident qu'une doctrine fondée sur "l'amour universel obligatoire" ( qui n'est jamais que la descendance doctrinale de l'amour psychotique de Jesus pour une mère dont il n'a jamais pu se détacher; pour une fois, lacan n'a pas tort avec sa "forclusion du nom du père") ne peut en aucun cas admettre ( ce n'est même pas représentable) le droit individuel, tel qu'il régissait le monde gréco romain, fondé sur la loi et non sur l'amour, sur la recherche de la sagesse via la raison, et non sur la foi.
Toutes les religions "universalistes " et "messianiques"( christianisme, islamisme, communisme, socialisme, confucianisme pour la masse des chinois, droitdelhommisme- à ne pas confondre avec les droits civils individuels-, démocratisme mondial, bouddhisme, écologisme), et les "éthiques" ( c'est à dire les "impératifs catégoriques" , très impératifs justement ) qui leur sont attachées sont toutes d'essence collectiviste, et visent à ne surtout pas permettre la naturelle et banale individuation:
'il n' y a plus ni grec ni juif, il n' ya plus esclave ni libre, il n' y a plus ni homme ni femme, car tous etc.."..( Paul de Tarse, épitre aux galates)
@fucius et spqr
Historiquement parlant, on peut en effet soutenir que le libéralisme doit beaucoup au christianisme. Mais d'une part on peut trouver d'autres racines au libéralisme, comme le taoïsme, et d'autre part beaucoup de chrétiens (une majorité même ?) ne sont pas libéraux voire ont été et sont encore farouchement antilibéraux.
Quoi qu'il en soit, et quelle que soit l'histoire de la formation des idées libérales, on peut aujourd’hui parfaitement être libéral sans être chrétien (le plus évident étant d'être athée...)
@gerard dréan
Tout à fait d'accord; d'ailleurs, je ne soutiens absolument pas , au contraire, que les religions monothéistes propagent une idéologie "libérale", au sens occidental, c'est à dire gréco-romain du terme ( le "libéralisme économique"..;chinois ou allemand est tout à fait compatible avec un corsetage politique et idéologique chez des peuples essentiellement collectivistes);
Ce qu'un occidental "moyen" entend ou entendait par "libéralisme" incluait obligatoirement la reconnaissance du primat de l'individu , de sa non inféodation à un ordre politique ou religieux, du libre exercice de la pensée....(et de la sexualité.)
Ceci est a priori étranger au christianisme ( je demande souvent à mes amis chrétiens cultivés de réfléchir à leur "charpente "intellectuelle réelle....il est rare de ne pas en arriver à Aristote et consorts...) où "croire, c'est savoir"; c'est précisément grâce à cet héritage antique, d'ailleurs, y compris mathématique, que la Renaissance pu s'accomplir; c'est pourquoi, en voyageant,je me sens "familier" en pays "suffisamment" chrétiens ( mais pas trop; certains Wasp me "gonflent" énormément, ce qui est rarement le cas d'un latin) non pas par la croyance ( qui m'est étrangère), mais par la charpente rationnelle et esthétique sous jacente, qui m'est familière.
Dans les 2 grandes branches chrétiennes, et Weber en a donné une bonne grille de lecture, le protestantisme pu représenter la version "classical liberal" , non seulement économiquement, mais aussi intellectuellement.
Dans le judaïsme, cette vision des choses est celle des "ashkénazes des lumières"..;d'où la liberté intellectuelle des "fils de pasteurs" ( ex Darwin) et des "juifs européens relapses"( ex Freud)
Je ne saurais personnellement, appeler "libéralisme" ce qui n'inclurait que la libre entreprise, à l'exclusion du libéralisme de la pensée et de l'action.
Le "libéralisme " actuel, y compris US, retombe dans les vieux travers du despotisme à forme "messianique"...;d'où la masse de bigoteries de toutes sortes et de délires collectivistes et hygiénistes qui les accompagnent.
Je prétends qu'il y a une vraie crise du libéralisme à l'occidentale, mais celle-ci n'a que peu de rapports avec l'économie.