C'est un programme de ce genre qui vient de se mettre en place en Israël ces dernières années. On l'appelle "Dôme de fer".

Il y a quelques semaines, les tirs de roquettes s'étaient multipliés à Gaza. Comme d'habitude, c'étaient des tirs à l'aveugle qui pouvaient tomber n'importe où, mais les armes utilisées par le Hamas ont désormais une portée plus étendue puisqu'elles ont pu arriver jusqu'à Tel-Aviv, donc nettement plus loin que les villages israéliens proches de la bande de Gaza. C'est le résultat de l'importation d'armes en contrebande, via les tunnels détruits par l'aviation israélienne mais reconstruits depuis, en provenance d'Iran et maintenant d'autres pays.

Face à ce déferlement de haine et de barbarie, l'Etat juif aurait pu riposter de la même façon, c’est-à-dire en bombardant des villes, donc des civils, et une telle riposte n'aurait été qu'une légitime défense face à une attaque brutale d'un gouvernement terroriste. Or il ne l'a pas fait. Il a suivi la voie Reagan, la voie de l'intelligence face à la méchanceté : les armes de défense du système "Dôme de fer" ont en effet intercepté 421 roquettes ou autres engins lancés depuis Gaza sur Israël, ce qui représente un succès qui n'est pas loin de 90 %.

Ces batteries d'armes intelligentes fonctionnent d'ores et déjà et l'on peut espérer que leur efficacité s'améliore encore dans l'avenir. Grâce à un radar, et en quelques secondes, elles évaluent le parcours des roquettes, sélectionnent les trajectoires dangereuses, lancent l'alarme, informent les habitants, interceptent l'engin et le détruisent, sauvant ainsi des vies. N'est-ce pas là un magnifique exemple de réussite du génie humain face à la barbarie ? N'est-ce pas notre destin à nous, les occidentaux, de faire preuve d'imagination et de créativité face aux dangers qui viennent du monde totalitaire et qui menacent le monde libre ?

Comparons, à l'aune de ces critères, la politique de François Hollande. Est-elle intelligente et énergique ?

Prenons le cas de Florange, ce site sidérurgique lorrain d'Arcelor Mittal. On oublie toujours de rappeler l'historique de cette affaire. En 2010 il était prévu que le groupe Arcelor fermât cette usine. Cela aurait dù être fait depuis deux ans. Heureusement la famille Mittal, n° 1 mondial de l'acier, se porte acquéreur.

L'Etat français (nous sommes sous Sarkozy) accepte cette solution inespérée et il a bien raison, mais l'accord ne se fait qu'à une condition, car Lakshmi Mittal n'est pas né de la dernière pluie, et il a une condition bien précise que l'on oublie toujours de rappeler : l'Etat français devra trouver un repreneur pour les hauts fourneaux (non rentables) avant la fin 2012, faute de quoi ils seront fermés et le personnel licencié. Deux ans passent, pas de repreneur et Mittal annonce qu'il va appliquer la clause de l'accord et fermer les hauts fourneaux tout en gardant le reste des activités.

La gauche et les syndicats commencent à s'agiter et François Hollande, lors de la campagne présidentielle, dit qu'il ne laissera pas fermer ces hauts fourneaux. Il a besoin des suffrages des ouvriers. Il gagne les élections, et puis arrive le moment de la confrontation aux réalités.

Le gouvernement a-t-il bien négocié avec Mittal ? il a obtenu qu'il n'y ait pas de licenciements et que Mittal s'engage à investir 180 millions d'€uros sur les cinq prochaines années pour réaliser un projet industriel qui permette de relancer le site. Mais le groupe Mittal n'avait sans doute pas l'intention de licencier quiconque, les salariés du site étant souvent proches de l'âge de la retraite, il n'y avait donc pas besoin de plan social et les investissements promis étaient ce qui était prévu en gros avant les négociations.

En attendant les hauts fourneaux ne sont plus chauffés ce qui rendra délicat leur remise en marche. Donc le gouvernement n'a rien obtenu de plus que ce que Mittal voulait bien lui consentir. Mais au moins, dira-t-on, le gouvernement a fait preuve de sagesse et de réalisme puisque, si le site de Florange recommençait à fonctionner, il y aurait surproduction d'acier en France, donc les autres centres de production auraient été affectés, et les emplois aussi. En outre les sites sidérurgiques trop éloignés des ports ne sont pas rentables dans l'économie mondialisée. Une politique intelligente aurait consisté à oser le dire, à préparer l'opinion à cette réalité, comme Alain Madelin l'avait fait lors de la fermeture des chantiers NordMed à Dunkerque il y a plus de 20 ans.

Au lieu de cela, qu'a-t-on vu ? Le ministre concerné Arnaud Montebourg a parlé de nationaliser temporairement le site. Il a aussi dit que M. Mittal était un menteur qui n'avait pas tenu ses engagements jusqu'ici, et qu'il n'était pas "le bienvenu en France". Le ministre du redressement productif, comme ils disent, semble s'ingénier, plutôt qu'à redresser l'industrie, à attaquer les industriels. Il avait commencé par la famille Peugeot (affaire d'Aulnay). Le voici qui s'en prend maintenant au plus gros sidérurgiste du monde, qui a pourtant créé et maintenu beaucoup d'emplois dans notre pays. Certes, me direz-vous, il a été désavoué par le premier ministre qui a décidé qu'il n'y aurait pas de nationalisation du site, et que le groupe resterait en France. On pourrait donc dire que tout cela n'est pas grave, ou au moins qu'on a évité le pire. Pas vraiment. Car le problème des rodomontades du matamore Montebourg se trouve dans les conséquences psychologiques sur les marchés.

Comment prendre au sérieux un pays où le ministre de l'Industrie ne tient pas ses engagements de trouver un repreneur, et ne respecte pas le premier accord; puis suggère la nationalisation ? Est-il sûr d'investir en France alors que les dividendes sont surtaxés, les impôts augmentés, qu'un ministre ne respecte pas ses engagements, propose de nationaliser un site et suggère à un industriel de quitter la France où il emploie 20.000 personnes ? Tout ceci est-il intelligent pour un pays qui a besoin, comme le nôtre, d'emprunter énormément d'argent chaque année pour faire fonctionner ses services publics ?

En réalité la façon dont l'actuel gouvernement a négocié avec Mittal révèle un amateurisme certain. Quand on négocie avec quelqu'un, on ne le traite pas de menteur dans les médias ; au contraire, on est courtois mais ferme, on propose des solutions.

Et puis, au lieu d'entretenir des illusions, on prépare l'opinion aux réalités. Ce site n'est pas rentable, trop éloigné des ports où l'on charge l'acier (Dunkerque et Fos) et il créerait de la surproduction ; sa fermeture était prévue depuis plus de deux ans.

Prenons un autre exemple d'amateurisme. Le ministre du logement, Cécile Duflot, déclare qu'il serait opportun de réquisitionner certains bâtiments appartenant à l'Eglise pour les affecter à l'hébergement des personnes qui n’ont pas de logis. Avant cette déclaration, il y en avait eu d'autres sur le blocage, ou au moins l'encadrement des loyers. Toutes ces déclarations ont évidemment un effet psychologique défavorable non seulement sur le marché immobilier, mais dans la société car elles laissent penser que le gouvernement pourrait recourir à des méthodes autoritaires d'un autre âge et peu compatibles avec la complexité de la société moderne et le consensualisme qu'elle exige. Tout cela a pour effet d'inhiber les initiatives, de rendre les gens craintifs, timorés, donc peu créatifs. Pour faire revenir la croissance ce n'est pas intelligent, c'est au contraire un approche révélatrice d'incompétence.

Ces différents faux pas nous montrent que ceux qui nous gouvernent sont ou bien des esprits bornés pleins de préjugés (Duflot, Montebourg, Taubira) ou bien des esprits faibles qui n'osent pas dire la vérité (Hollande, Ayraut). Les uns comme les autres ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités.

Patrick Simon

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Cette chronique de Patrick Simon a été initialement diffusée sur Radio Courtoisie sous le titre : "Des preuves d'incompétence" , en date du 10 décembre 2012.