Le 31 mai 2010 : Enquête sur les origines de la banque moderne - séminaire (en anglais) avec George Selgin
Par Institut Turgot le jeudi 16 septembre 2010, 18:53 - Réunions - Lien permanent
Au cours de cette conférence, qui s'inscrit dans le cycle des séminaires monétaires organisés par Philippe Simonnot, c'est à une véritable enquête historique que nous convie George Selgin, Professeur d'économie à l'Université de Georgie, le grand spécialiste de la banque libre.
Il est bien connu que la banque moderne, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, puise ses racines dans les pratiques financières des orfèvres du 17ème siècle, notamment les orfèvres londonniens.
L'histoire que racontent les manuels est en gros la suivante. Les orfèvres servaient en quelque sorte de coffre-fort pour les riches de l'époque qui déposaient chez eux des espèces en pièces d'or contre la garantie (matérialisée par la détention d'un certificat de dépôt) de pouvoir à tout moment retirer tout ou partie de leur avoir. Cependant ces orfèvres se sont rapidement aperçus que pour faire face aux demandes de retraits, il n'avaient pas besoin de nécessairement conserver dans leurs coffres la totalité des sommes qui leur étaient confiées, et que, comme les retraits effectués ne représentaient qu'une fraction de cet avoir total, ils pouvaient disposer d'une partie de ces pièces d'or pour effectuer des prêts à d'autres personnes, moyennant paiement d'un intérêt. Et c'est ainsi que serait née la pratique des "réserves fractionnaires" qui est à l'origine de la naissance et du développement de la "monnaie de banque" moderne.
La question qui se pose est de savoir si ceux qui confiaient ainsi leur argent aux orfèvres pour une sorte de service de coffre-fort étaient conscients de l'usage que ceux-ci allaient en faire. Etaient-ils vraiment informés que leurs pièces d'or n'allaient pas seulement dormir dans la poussière de leurs caves jusqu'au jour où ils viendraient les retirer, mais pouvaient être amenées à circuler dans les mains d'autres personnes auxquelles le commerçant aurait fait un prêt gagé non pas par un nouveau dépôt, mais par la somme des dépôts déjà accumulés ? Tous les récits qui figurent dans les manuels sont fondés sur l'hypothèse que ce n'était pas le cas, que les clients n'en étaient pas informés, et qu'à la source de toutes les pratiques bancaires et financières modernes il y aurait ainsi un véritable "abus de confiance", un pratique délictueuse, voire carrément illégale du banquier. Ainsi serait établi que la banque est le produit d'une véritable activité d'usuriers.
Cette accusation n'est pas seulement anecdotique. Elle a souvent contribué à nourrir le ressentiment des populations contre les financiers. Elle trouve encore aujourd'hui un écho dans la théorie économique avec les débats qui opposent les économistes libertariens partisans d'une obligation de réserves à 100 % (par exemple Murray Rothbard) et ceux qui, tout en défendant l'efficacité d'un système de banque libre (George Selgin, Larry White) acceptent le principe de réserves fractionnaires.
L'originalité de George Selgin est de s'être tourné vers la recherche et la documentation historiques pour vérifier si cette assertion est fondée. Oui ou non les déposants savaient-ils ? Et sa conclusion est qu'il n'existe aucune preuve historique permettant d'affirmer que la monnaie de banque serait née d'un abus de confiance caractérisé commis par les orfèvres du milieu du 17ème siècle. C'est cette recherche dont il nous a fait le récit lors de la réunion du 31 mai.

George Selgin a publié les résultats de cette recherche dans un texte intitulé "Those Dishonest Goldsmiths", présenté à un colloque qui s'est tenu à l'Université d'Aberdeen les 17-19 Juin 2010 (voir version .pdf).
Commentaires
Le 10 mai 2010, l’Union Européenne et le FMI ont annoncé qu’ils mettaient sur la table 750 milliards d’euros pour sauver l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la Grèce.
Depuis le 10 mai 2010, la Banque Centrale Européenne rachète des milliards d’euros de dettes souveraines du Portugal, de l’Irlande et de la Grèce, pour tenter de faire baisser les taux d’intérêt de ces trois Etats.
Malheureusement, cette tentative désespérée échoue.
Les investisseurs internationaux n’ont plus aucune confiance dans la capacité de ces trois Etats de rembourser leurs dettes.
Depuis le 10 mai 2010, ces trois Etats empruntent à des taux d’intérêt de plus en plus exorbitants.
Depuis le 10 mai 2010, les taux d’intérêt de ces trois Etats ne cessent de monter : les graphiques suivants sont terrifiants :
Si le Portugal lançait un emprunt à 10 ans, il devrait payer un taux d’intérêt de 6,085 % !
Si l’Irlande lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 6,293 % !
Si la Grèce lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 11,560 % !
http://www.bloomberg.com/apps/quote...
Plus les jours passent, plus ces trois Etats se rapprochent du défaut de paiement.