Merci à la Grèce
Par Marc de Scitivaux le jeudi 13 mai 2010, 18:50 - Article - Lien permanent
A l'heure où l'Europe met 500 milliards d'euros sur la table pour sauver sa monnaie, il peut paraître provocateur de se réjouir de la crise grecque. Et pourtant...
Pour tous ceux qui depuis des années voyaient la France s'enfoncer dans des déficits dont il était évident que personne au sein du monde politique n'était capable, par aveuglement ou intérêt électoral, de stopper la course folle ; pour tous ceux qui, stupéfaits, voyaient les Français réclamer des "réformes" tout en s'opposant à la remise en cause des "avantages acquis", acquis souvent grâce à l'irresponsabilité des dirigeants, l'affaire grecque est venue montrer l'issue : la course folle vers toujours plus de déficits s'est arrêtée, pour une raison simple, les prêteurs ne veulent plus prêter
Que les dirigeants européens accusent la spéculation, c'est de bonne guerre, mais ils font une erreur d'analyse qui risque de leur coûter cher dans l'avenir. Car ce n'est pas la spéculation qui a attaqué la Grèce avant-hier, le Portugal ou l'Espagne hier et, qui sait, la France demain, même si celle-ci peut amplifier les mouvements. C'est infiniment plus sérieux et plus fondamental : c'est l'épargne mondiale qui marque sa méfiance et se détourne des "Etats providences" financés par la dette.
Cette novation fondamentale, la plus importante depuis la chute du communisme, est certes très déstabilisatrice pour les politiques, et inquiétante pour ceux qui dépendent de la dépense publique, mais elle est aussi, à terme, porteuse d'espérance et de croissance.
En effet, au moment où un certain nombre d'Etats européens empruntent avec difficulté avec des taux en hausse, des entreprises européennes mondialisées émettent à des taux en baisse et inférieurs à ceux de ces Etats. Deux éléments fondamentaux jouent en leur faveur : l'entreprise "mondialisée" a un chiffre d'affaires corrélé à un PIB mondial qui croît à 7% ; l'Etat providence européen prélève des impôts ou des cotisations sur un PIB qui, lui, au mieux, augmentera de 1,5% par an dans la décennie à venir et, s'il veut augmenter ses prélèvements, c'est la masse imposable qui risque de partir.
Surtout, quand une entreprise émet une obligation, elle le fait pour investir. En face du "passif" que représentent les dettes, on trouve un "actif" de production qui produira des ressources futures. Aujourd'hui, quand un Etat providence emprunte, c'est pour faire face aux conséquences de promesses passées inconsidérées. Aucune richesse future n'en sortira et donc le risque pour le préteur n'est pas le même.
Seule la myopie des investisseurs avait repoussé le moment de vérité.
La mondialisation, commencée il y a vingt ans, a d'abord vu l'émergence du "client mondialisé", désormais en relation quasi immédiate avec le producteur "mondialisé". Les entreprises qui se sont ajustées à ces nouvelles règles du jeu ont survécu et même ont eu un parcours brillant, les autres ont végété, voire disparu. Aujourd'hui, c'est "l'épargnant mondialisé" qui émerge et c'est aux Etats de s'ajuster à ses demandes. Les politiques peuvent toujours s'en offusquer, la réalité c'est que, eux aussi, comme les responsables d'entreprises hier, devront adapter leurs discours et leurs façons d'être, ou disparaître.
Bien entendu, des dépenses publiques, même non productives, ne sont pas inutiles mais, dans un monde ouvert, il faut qu'elles apparaissent justifiées à ceux qui les financent, sinon les payeurs nationaux s'en vont, et les investisseurs, ou les prêteurs étrangers, ne viennent pas.
Promettre toujours plus aux électeurs n'est plus une option durable pour les politiques.
Est-ce une mauvaise nouvelle ? Non ! L'argent est une ressource rare et il vaut mieux pour la croissance qu'elle soit bien employée. La crise de 2008 a montré que jouer la simple hausse de valeur sans accroissement de richesse (bulle immobilière) n'était pas un choix intelligent pour l'épargnant. La crise actuelle montre que l'emprunt public n'est pas non plus une protection assurée. C'est à force de recevoir des claques que cette évidence s'imposera : rien ne vaut l'investissement dans les activités productives.
Ce n'est pas une mauvaise nouvelle, ni pour la croissance ni pour les marchés d'actions.

''Marc de Scitivaux est coprésident des Cahiers Verts de l'Economie. La version originale de ce texte a été publiée dans La Tribune en date du 12 avril 2010.
Commentaires
Josef Ackermann (Deutsche Bank) a des doutes sur la solvabilité de la Grèce.
Le président du directoire de Deutsche Bank a déclaré jeudi 13 mai qu'il doutait de la capacité de la Grèce à rembourser sa dette, tout en expliquant que le plan de stabilisation de la zone euro serait utile pour l'Espagne et l'Italie, mais que la situation portugaise restait "difficile".
Josef Ackermann, qui a participé à la coordination des initiatives du secteur privé allemand en vue d'aider la Grèce, a remis en question la capacité d'Athènes à sortir de la crise budgétaire, selon des extraits d'un entretien que devait diffuser jeudi soir la chaîne de télévision ZDF.
"Pour ce qui est de savoir si la Grèce est à l'heure actuelle réellement en mesure de fournir l'effort nécessaire, j'ai des doutes", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il s'agissait là "d'efforts incroyables".
Mais, si la Grèce venait à s'effondrer, il y aurait une contagion à d'autres pays et cela pourrait se traduire par "une sorte d'effondrement".
Grâce au plan de 750 milliards d'euros, l'Italie et l'Espagne seront "suffisamment fortes pour honorer leurs dettes", ce qui limite les risques de contagion. Pour le Portugal, en revanche, la situation est plus "difficile", a-t-il ajouté.
En dépit des turbulences qui secouent la zone euro, cette dernière reste plus forte que les Etats-Unis ou l'Angleterre, a également déclaré Josef Ackermann, estimant que l'Allemagne, en particulier, bénéficierait de la chute de l'euro en raison du poids des exportations dans son économie.
http://fr.reuters.com/article/frEur...
Exposé trop positivement vrai pour être relayé par les media. Sauf qu'un "vrai" politicien dit ce que le citoyen adore entendre: "du pipeau". Le politicien répond à la demande du marché. Et ce marché de "rêve" au lieu de "la réalité" n'est pas prêt de disparaître......On peut même construire un discours politique optimal au moyen d'algorithme et de sondage) .
Et quand un peuple comme la France écoute le discours vrai (comme celui du gal de Gaulle) d'un homme d'état ( grande différence avec le politicien partisan) cela ne dure pas longtemps......
Soyons sans crainte, l'irresponsabilité économique a encore de beaux jours en perspective grâce à la surenchère des partis politiques
les possédants ont capté les capitaux,
les peuples ne rembourseront pas.
c' est de bonne guerre.
Dernier paragraphe d'Albin , mais aussi aidé par une finance irrésponsable qui à joué le jeu de chiffres tronqués comme pour la Grèce , et ailleurs ?????
Si l’Etat grec devait emprunter à 10 ans, combien devrait-il verser de taux d'intérêt ?
Lundi 10 mai : à 18 heures, le taux de l'obligation grecque à 10 ans était de 6,717 %.
Vendredi 14 mai : à 18 heures, le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 8,012 %.
Et pour un emprunt à 2 ans ?
Si l’Etat grec devait emprunter à 2 ans, combien devrait-il verser de taux d'intérêt ?
Lundi 10 mai : à 18 heures, le taux de l'obligation grecque à 2 ans était de 5,48 %.
Vendredi 14 mai : à 18 heures, le taux de l’obligation grecque à 2 ans était de 7,27 %.
- Conclusion numéro 1 :
Le plan de sauvetage de 750 milliards d'euros n’était qu’un gigantesque coup de bluff destiné à rassurer les marchés. Ce coup de bluff n’a pas fait illusion bien longtemps : il a fait illusion pendant cinq jours. Pendant ces cinq jours, les médias nous ont joué du pipeau pour nous rassurer : « Tout va très bien, madame la Marquise. La Grèce est sauvée. »
- Conclusion numéro 2 :
La saison touristique en Grèce s’annonce désastreuse en raison des trois employés de banques tués, et en raison des attentats qui se multiplient en Grèce. Les touristes qui annulent leurs vacances en Grèce sont de plus en plus nombreux. Ces annulations sont catastrophiques car le tourisme représente 17 % du PIB grec. L’Etat grec va subir un effondrement de ses recettes.
- Conclusion numéro 3 :
Malheureusement, l’Etat grec fonce vers le défaut de paiement.
Fin des illusions.
Retour au réel.