Dette : encore un instant, monsieur le bourreau !
Par Marc de Scitivaux le jeudi 18 mars 2010, 18:26 - Article - Lien permanent
Une faillite est prononcée quand les prêteurs s’arrêtent de financer les déficits (et pas quand on dépense plus que ce que l’on gagne).
Cette décision n’est pas motivée par le niveau de la dette ( après la guerre, la dette américaine était de 120% du PIB et vingt-cinq ans après, de 28%, sans inflation); mais par la conviction que la situation de l’individu, de l’entreprise ou de l’Etat, non seulement interdit de rembourser sa dette, mais conduit inexorablement à une croissance de celle-ci : en pourcentage des revenus pour un particulier, du chiffre d’affaires pour une entreprise, des ressources fiscales pour un Etat.
C’est donc ce qui vient d’arriver pour la Grèce et c’est pour cela qu’elle fait appel à des prêteurs désormais motivés par des raisons politiques plutôt qu’économiques.
En quoi la France est-elle différente de la Grèce ? En rien.
Depuis 1975 et sans discontinuer, l’Etat français dépense plus qu’il ne gagne. C’est une grande erreur de parler d’un déficit en pourcentage du PIB. L’Etat n’est pas propriétaire du PIB, il est propriétaire des recettes publiques, son chiffre d’affaires à lui.
Déjà, en 2007, avant la crise, les recettes fiscales françaises étaient de 265 milliards et les dépenses de 337 milliards, soit un déficit "d’exploitation" de 72 milliards, 27% du "chiffre d’affaires". Quant à la dette gouvernementale, elle représentait 4,5 années de recettes fiscales. Aucune entreprise au monde ne pourrait se relever d’une telle situation sans un fort accroissement des recettes, donc une augmentation des prélèvements, déjà à un niveau record en France.
L’autre solution consiste à baisser les dépenses publiques et sociales. Là, c’est le corps social qui le refuse. C’est vrai en France autant qu’en Grèce. Les Grecs sont coupables d’avoir menti à leurs partenaires. Mais les Français ont fait pire: ils se sont menti à eux-mêmes avec la complicité constante de leurs dirigeants. Le "modèle social" français n’est pas un modèle que le monde nous envie. C’est un système en faillite: "Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis quinze ans en déficit chronique… ça ne peut pas durer", avait déclaré François Fillon le 22 septembre 2007. Il dut revenir sur cette déclaration dès l’après-midi tant il est scandaleux pour un politique de dire la vérité à ses concitoyens quand ceux-ci ne veulent pas l’entendre.
Encore un instant, monsieur le bourreau! hurle-t-on à nos prêteurs.
Marc de Scitivaux est coprésident des Cahiers Verts de l'Economie. La version originale de ce texte a été publiée dans Le Journal du Dimanche en date du 6 mars 2010.
Commentaires
Concis et parfait, comme analyse; ça nous change des tartineurs ;-) Toutefois comme vous l'expliquez fort bien, ce qui compte est la représentation que les créanciers se font de la capacité contributive de l'économie considérée; et c'est de ce point de vue que le cas français se distingue du cas grec.
@Drieu: Oui c'est vrai et pour combien de temps? Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
Nous avons presque tout délocalisé .De ce fait nôtre balance des paiements est perpétuellement en déficit .Nous consommons plus que nous vendons .Si nous avions gardé l'étalon or ,il aurait été impossible de ne pas établir un équilibre de la balance des paiements .Faute d'or dans les caisses nous aurions du nous arrêter d'importer et nous remettre à produire ce que nous importions .
Comme l'a dit Jacques Généreux l'esprit de Munich régnait sur Bruxelles, la nuit du 9 et 10 mai 2010, les responsables politiques européens avaient le choix entre le déshonneur et la guerre ! Ils ont choisit le déshonneur et ils auront la guerre !
Alors qu'il pouvait déclarer la guerre au intérêt financier, à la finance folle, à la spéculation! Ils ont choisi l'austérité pour rembourser un dette injuste !
Vous voulez connaitre le rôle des établissements bancaires et financier dans la crise financière alors rejoins moi mon groupe http://www.facebook.com/group.php?g...
Non à la soumission au chantage des intérêts financiers
David CABAS
http://www.davidcabas.fr