Depuis 1975 et sans discontinuer, l’Etat français dépense plus qu’il ne gagne. C’est une grande erreur de parler d’un déficit en pourcentage du PIB. L’Etat n’est pas propriétaire du PIB, il est propriétaire des recettes publiques, son chiffre d’affaires à lui.

Déjà, en 2007, avant la crise, les recettes fiscales françaises étaient de 265 milliards et les dépenses de 337 milliards, soit un déficit "d’exploitation" de 72 milliards, 27% du "chiffre d’affaires". Quant à la dette gouvernementale, elle représentait 4,5 années de recettes fiscales. Aucune entreprise au monde ne pourrait se relever d’une telle situation sans un fort accroissement des recettes, donc une augmentation des prélèvements, déjà à un niveau record en France.

L’autre solution consiste à baisser les dépenses publiques et sociales. Là, c’est le corps social qui le refuse. C’est vrai en France autant qu’en Grèce. Les Grecs sont coupables d’avoir menti à leurs partenaires. Mais les Français ont fait pire: ils se sont menti à eux-mêmes avec la complicité constante de leurs dirigeants. Le "modèle social" français n’est pas un modèle que le monde nous envie. C’est un système en faillite: "Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis quinze ans en déficit chronique… ça ne peut pas durer", avait déclaré François Fillon le 22 septembre 2007. Il dut revenir sur cette déclaration dès l’après-midi tant il est scandaleux pour un politique de dire la vérité à ses concitoyens quand ceux-ci ne veulent pas l’entendre.

Encore un instant, monsieur le bourreau! hurle-t-on à nos prêteurs.

Marc de Scitivaux est coprésident des Cahiers Verts de l'Economie. La version originale de ce texte a été publiée dans Le Journal du Dimanche en date du 6 mars 2010.