Dans un monde de plein-emploi, la demande serait beaucoup moins forte. Mais entre les délocalisations et le couperet de l’âge, la retraite apparaît comme le moment où les revenus ne dépendent plus de l’existence ou de la disparition du travail. Retraite et fonction publique sont des havres qui mettent à l’abri des conséquences cruelles de la mondialisation. En réalité, la retraite, pour beaucoup, n’est pas le moment où on arrête de travailler mais le moment où l’angoisse de perdre son travail disparaît.

Mais le surcoût d’une retraite qui ignorerait la réalité des modifications démographiques ne peut être financé que par l’accroissement des prélèvements, sociaux s’il s’agit des cotisations, fiscaux s’il s’agit de l’impôt. Les conséquences sont simples: le travail plus coûteux qu’ailleurs se délocalisera et les "riches" continueront à migrer.

On a pu amoindrir les conséquences évidentes de cette logique économique par la dette. CRDS, Cades, etc., resteront comme des monuments à la gloire de la capacité française de repousser les problèmes plutôt que de les régler.

Mais on le voit bien aujourd’hui: les artifices n’ont plus qu’une durée de vie limitée, la Grèce est l’annonce de ce qui pourrait arriver ailleurs.

Jusqu’à maintenant les pouvoirs publics ont réformé à la marge, pratiquant la méthode du gradualisme que l’économiste Frédéric Bastiat décrivait ainsi en 1840: "Mon pauvre chien, je dois te couper la queue, mais pour que tu souffres moins, je t’en couperai un petit bout chaque jour." Il est temps de couper d’un seul coup le reste de la queue qui en est d’ailleurs, la plus grande partie.

Marc de Scitivaux est coprésident des Cahiers Verts de l'Economie. La version originale de ce texte a été publiée dans Le Journal du Dimanche en date du 20 février 2010.