Nous ne connaîtrons jamais parfaitement l'impact des activités humaines sur l'évolution des climats. Celle-ci restera en partie déterminée par une multitude d'événements naturels, ou conséquences d'actions humaines, que nous ne sommes pas, et seront jamais en mesure de prévoir. C'est pour cela que la meilleure politique d'assurance consiste à améliorer la capacité générale de la société à faire face à tous les désastres écologiques ou autres qui pourraient se produire, et pas seulement se contenter d'atténuer les effets d'un scénario particulier dont nous ne sommes même pas sûrs qu'il se réalisera.

L'importance de l'environnement institutionnel et économique comme facteur de résilience s'observe très directement dans la manière dont les désastres naturels affectent différemment les sociétés humaines selon l'endroit du globe où l'on se trouve. Un ouragan qui frappe le Bengladesh ou la République Dominicaine y a un effet beaucoup plus dévastateur qu'un autre ouragan de même force qui touche la Floride ou la Caroline du Nord. Il en va de même avec les tremblements de terre selon que cela se passe au Nicaragua ou en Inde, ou au contraire en Californie. Bien que la valeur des dommages matériels soit beaucoup importante lorsqu'un cataclysme naturel frappe une partie du territoire des Etats-Unis - à cause de la plus grande accumulation et concentration de richesses économiques -, on y compte en revanche beaucoup moins de pertes en vie humaines que dans les pays pauvres. Comme l'explique Indur Goklany :

"Le niveau de richesse à lui seul explique une large part de la vulnérabilité plus ou moins grande des sociétés aux agressions de la nature. De même qu'une personne qui a le SIDA est moins protégée contre les maladies infectieuses, de même ce sont les sociétés les plus pauvres qui y sont les plus vulnérables."

Cette plus grande vulnérabilité est une fonction de leur pauvreté, mais aussi de leur choix fréquent pour des institutions économiques centralisées.

Lorsqu'une catastrophe naturelle frappe un pays pauvre il faut généralement beaucoup plus de temps que dans les pays riches pour remettre en ordre les services et les infrastructures les plus essentielles. Ce n'est pas seulement à cause des différences de richesse, mais aussi de la plus grande résilience que procure la capacité des économies de marché à réorienter les ressources vers les zones touchées.

Les prix et autres mécanismes de rétroaction des marchés envoient des signaux très forts aux entrepreneurs, aux managers et aux commerçants pour qu'ils approvisionnent en priorité en marchandises et services les plus urgents la zone où une catastrophe vient de se produire. La réponse est beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace que dans un système de planification centralisé. Ainsi la plus grande vulnérabilité que les nations en voie de développement doivent à leur état de pauvreté se trouve amplifiée par leurs systèmes d'économie centralisée.

Tout mécanisme dont l'effet est d'altérer les capacités dynamiques d'une économie de marché ne peut que rendre la société encore plus vulnérable aux troubles de l'environnement naturel, que ceux-ci soient ou non la conséquences d'activités humaines.

Il faut aussi se rappeler que la santé est fonction du niveau de vie. De même la qualité de l'environnement naturel, quoique à un moindre degré. L'état sanitaire de la population est généralement meilleur là où le niveau de vie est le plus élevé. De même, les pays les plus riches sont ceux qui disposent généralement de la meilleure qualité d'environnement. Il en résulte que freiner le dynamisme économique d'un pays par des politiques de contrôles autoritaires peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie, notamment en y réduisant l'espérance moyenne de vie.

Les chercheurs ont prouvé l'existence d'une corrélation directe entre niveau de revenu et taux de mortalité, avec un effet d'autant plus important qu'il s'agit d'une communauté pauvre. Il en résulte qu'il faut attendre d'une politique qui réduit le niveau de vie moyen d'une société qu'elle entraîne une dégradation de l'état sanitaire moyen de la population (davantage de maladies et d'accidents), et donc également une augmentation sensible du nombre de décès prématurés. C'est ainsi qu'une étude récente conclue :

"Toute politique publique qui a pour effet de réduire le niveau du revenu disponible, comme c'est le cas avec la conception actuelle des politiques de lutte contre l'effet de serre, ne peut qu'entraîner des conséquences négatives sur l'état de santé général du pays".

Selon certains calculs, on compterait un décès de plus pour toute perte économique de 4 millions de dollars. Ce chiffre est relativement faible. Pour plus de sureté, en prenant 10 millions de dollars comme base d'estimation, et si on l'applique aux scénarios envisagés par l'Accord de Kyoto, on arrive à un coût total en vies humaines de l'ordre de 25 000 morts par an.

La qualité de l'environnement est liée au revenu national. C'est normal. Quand on est plus riche, c'est qu'on est plus efficace, qu'on produit plus avec moins, et en laissant proportionnellement moins de déchets. Quand un pays se développe arrive un seuil à partir duquel l'environnement tend à devenir plus propre. La Banque mondiale observe que les concentrations ambiantes des principaux polluants atmosphériques, tels que les oxydes de soufre, atteignent un niveau maximum aux alentours d'un revenu par tête de 3000 à 4000 dollars, pour ensuite diminuer. Le seuil pour les coliformes fécaux dans l'eau est nettement plus bas, à moins de 1 500 dollars par habitant. D'où la conclusion de Goklany :

"tout ce qui ralentit la croissance économique en général retarde également l'accès à un environnement plus propre".

Il existe aussi une corrélation entre la richesse par tête et les rejets de gaz à effet de serre. Selon l'OCDE, il apparaît que, pour la période 1971-1988, chaque fois que le revenu par tête dans les pays développés s'accroît de 1500 dollars, lui correspond une baisse de 3,5 % du volume des rejets d'oxydes de carbone par habitant. De tous les pays, ce sont effectivement les Etats-Unis qui rejettent le plus de C02 dans l'atmosphère, mais, rapporté au produit national, ils en rejettent de loin beaucoup moins que des pays bien moins riches et bien moins performants comme la Chine ou l'Inde.

Il est vrai que la croissance économique et le progrès technologique entraînent des risques écologiques, y compris un risque de changements climatiques. Mais les politiques réglementaires qui prennent pour cible prioritaire la consommation d'énergie - la force vitale d'une économie moderne - ne sont en définitive guère plus sûres.

Parce qu'elles freinent la croissance économique, ces politiques constituent une entrave au progrès technologique et aux mécanisme d'adaptation du marché qui représentent en définitive la forme la plus puissante et la plus efficace d'assurance contre les risques impossibles à prévoir. Indépendamment de savoir si la plus grande menace écologique qui pèse sur l'humanité est liée à l'effet de serre, à la possibilité d'un nouvel âge glaciaire, ou à toute autre forme imprévisible de cataclysme, en tout état de cause la société sera d'autant mieux à même d'y faire face et d'en surmonter les conséquences que ses institutions économique seront plus libres.

Libéraliser les principaux secteurs de l'économie, en particulier celui de l'énergie et de tout ce qui l'entoure, présente donc deux intérêts : c'est un gage d'innovation et donc de plus grande efficacité énergétique, tout en contribuant à améliorer la résilience globale de la société.

CONCLUSION : A LA RECHERCHE DU CHEMIN LE PLUS SUR

Aucune mesure politique ne pourra jamais faire disparaître tous les risques potentiels liés à de possibles changements climatiques. Etant donné le caractère limité de notre capacité à prévoir les évolutions climatiques futures, aucune action ne sera jamais sûre à 100 %. Rien ne nous permettra jamais d'éliminer tout risque.

La seule chose que les dirigeants politiques puissent faire est de sélectionner parmi toutes les options possibles celle qui apparaît comme la plus sûre par rapport aux autres. Celle-ci n'implique pas nécessairement une plus grande intervention de l'Etat. Dans certains cas, même lorsque le danger est le plus grand, il se peut que le plus sûr soit simplement de maximer la résilience de la société.

La prescription appropriée consiste alors non pas à demander à l'Etat d'intervenir davantage pour contrôler certaines activités économiques, mais au contraire de lui suggérer d'intervenir moins. Dans le long terme, la croissance économique, les institutions de marché, ainsi que l'innovation technologique sont en définitive ce que la civilisation a sans doute produit de mieux comme mécanisme d'assurance.

Les efforts déployés pour libéraliser l'industrie de l'énergie ainsi que tous les secteurs qui consomment beaucoup d'énergie profiteront autant à l'environnement qu'à l'économie. Les gains économiques viendront du surcroît de productivité et d'efficience que cela engendrera; les gains écologiques de la capacité à produire plus tout en consommant moins d'énergie et en rejetant moins de pollution par unité produite.

Que l'effet de serre constitue une menace à prendre au sérieux ou non, la meilleure option consiste à réduire les freins à l'innovation et à l'adoption de technologies plus propres. Une telle stratégie réduira les menaces qui proviennent de changements climatiques provoqués par les activités humaines tout en donnant un coup de pouce au développement économique.

En d'autres termes, c'est ce qui nous donne la meilleure assurance globale compte tenu des prévisions que nous pouvons actuellement faire en matière de climats. Le fardeau de la preuve incombe à ceux qui voudraient prélever sur les ressources actuelles de la société pour nous préserver d'un avenir que nous restons incapables de prévoir avec un degré de certitude suffisant.

Jonathan Adler

Traduction Henri Lepage Trait.jpg

Ce texte est extrait d'une étude publiée sur le site de l'Institut Euro 92 en août 2000. La version originale en anglais peut être consultée sur le site du Competitive Enterprise Institute. L'auteur, Jonathan Adler, est maintenant professeur de droit à Case Western Reserve University.