Des centaines (des milliers) d’économistes, armés de modèles mathématiques sophistiqués, au Fonds monétaire international, dans les banques centrales, dans le secteur privé, se sont trompés. Depuis lors certains s'en sont pris à la forme mathématique des modèles utilisés. Mais le problème est plus profond. Sont en cause les deux croyances qui dominent depuis la fin de la seconde mondiale : celle des disciples de Keynes et celle des monétaristes.

Pour les disciples de Keynes la crise résulte d’une insuffisance de la demande privée, et le rôle de l'État est d'intervenir et de pallier à la faiblesse de l'activité en augmentant ses dépenses, cette augmentation pouvant être financée par l'endettement ou par l' impôt.

Le monétarisme (1) est la croyance que la quantité de monnaie produite par la banque centrale est la variable clé pour déterminer la stabilité de l'économie.

La pensée de Keynes et la pensée monétariste (2) s'opposent toutes les deux, en théorie. Mais en dépit de leur opposition, toutes les deux ont recours à Big Brother, c'est-à-dire aux experts de l'état et de la banque centrale. Elles ont, toutes les deux, donné naissance à un système de pensée fermé, hermétique à toute prise de conscience de la réalité. Comme Jerry O’Driscoll le montre dans un article du Cato Journal (3), bien que théoriquement opposées, en pratique ces deux doctrines sont utilisées conjointement pour justifier le financement d'une politique de dépenses publiques par la création monétaire, la banque centrale « imprimant les billets » qu'elle prête à l'Etat. Ce système est fermé : il engendre sa prochaine génération d'enseignants avec des modèles de plus en plus raffinés censés représenter la réalité. On est revenu aux temps d'avant Copernic où l'on cherchait à faire rentrer les observations du mouvement des planètes dans une théorie inadaptée.

Les théories concurrentes – celle de Jacques Rueff (4), la référence à la loi de Say (5), l'école autrichienne et celle, alliée, de l'étalon-or -, sont systématiquement ignorées, méprisées et tournées en dérision. En dépit de leur grande force d'explication pour comprendre les origines de la Grande dépression des années 1930, aussi bien que celles de l'actuelle Grande récession, elles appartiennent, nous dit-on, au passé.

La crise de 29 et l’après-guerre ont apporté la preuve de l’échec des programmes d’inspiration keynésienne et monétariste, mais les croyances demeurent…

L'échec des programmes keynésiens de relance par les dépenses publiques

Comme elles étaient libérées des contraintes de l'étalon-or, les dépenses publiques se sont envolées. Au Japon, après le boom des années 1980 et l'effondrement qui a suivi, les gouvernements ont eu recours à de très grands programmes de dépenses publiques, notamment de grands travaux. Il est maintenant bien connu que ces programmes n'ont pas résolu la crise et ont conduit à un énorme endettement public. Aux États-Unis, en 1939, le Secrétaire d'état au Trésor Henry Morgenthau avait confié au président Roosevelt :

« nous avons dépensé beaucoup d'argent mais tout ce que nous avons obtenu c'est un endettement supplémentaire ».

Une des leçons les plus profondes de Hayek est que le boom artificiel d'une croissance à crédit nourrie par des taux d'intérêt trop bas, suivie d'un krach, engendre une dislocation de la production, des prix relatifs et du savoir utilisable. En Espagne, par exemple, le boom et le krach dans l'immobilier ont laissé des centaines de milliers (millions ?) de personnes (depuis les charpentiers jusqu'aux agents immobiliers) avec des compétences inutilisables après le krach. Financer une ligne de train à grande vitesse entre Madrid et Lisbonne ne va pas les aider. Les dépenses publiques sont des instruments trop grossiers, sans fondements ni études solides, trop soumis aux influences de la bureaucratie et des lobbys. Elles ne peuvent pas se substituer au processus de travail créatif et de découverte du plus grand nombre. Cette leçon de l'école autrichienne est une explication souvent négligée de l'impuissance des programmes de dépenses publiques à combattre le chômage. D'autre part, chercher à combattre à coups de subventions l'effondrement des prix de l’immobilier revient à perpétuer le mal et est, de toute façon, hors de portée de la plupart des états.

La précipitation à vouloir, par la dépense publique, ramener la croissance et sauver l'emploi est liée à une analyse qui perpétue l'idée que le « New Deal » de Roosevelt, théorisé ensuite par les héritiers de Keynes, aurait été un succès qu'il faudrait copier. C'est un fait tout à fait étonnant que des discussions académiques se poursuivent encore aujourd'hui sur ce sujet (6). Comme les dépenses publiques ne mettent pas fin à la récession, mais augmentent les dettes et effraient leurs détenteurs, les politiques publiques basculent vers l'austérité.

L'austérité ne sauvera pas l'État-providence

La politique de dépenses publiques défendue par Keynes et le développement de l'État-providence ont été facilités par la dette dans un monde de papier-monnaie. Comme pour le financement de la guerre, s'endetter en papier-monnaie est, pour les dirigeants politiques, plus facile que de recourir à l'augmentation des impôts, tout au moins tant que les banques centrales, directement ou indirectement, continuent de prêter aux états.

Cependant, les créanciers sont de plus en plus préoccupés par le risque d'insolvabilité des états, mettant en cause l'avenir de l'État-providence. Les agences de notation, comme d'habitude en retard, ont finalement publié des rapports alarmants. C'est ce qui a entraîné en Europe, et ailleurs, le basculement vers des politiques d'austérité – coupures dans les dépenses, mais surtout augmentations des impôts - comme dernier recours pour assurer la survie du système. Mais ces mesures d'austérité visent surtout à réduire le déficit public, symptôme de la crise ; elles ne sont pas un remède aux causes profondes ( à l'exception des privatisations).

En France, le système de santé - assurance et soins - est malheureusement un exemple de ce traitement des symptômes et non des causes. Les ministres français responsables ont annoncé et pris des décisions d'austérité pour éliminer le déficit du système. Ces « réformes » ont presque toujours été de même nature : augmenter les charges à payer pour la santé et diminuer les services offerts pour en réduire le coût. Cette austérité a toujours échoué et démontré son injustice car les plus aisés (qui peuvent payer pour les services privés) et la nomenklatura (ceux qui bénéficient de passe-droits du fait de leurs positions et de leurs relations) n'ont guère souffert. Mais, la plupart des causes profondes - une organisation bureaucratique centralisée, le sentiment que personne n'est responsable soi-même du déficit, la désastreuse utilisation des ressources inhérente au système - demeurent et continuent d'engendrer tous les ans de graves problèmes financiers.

Pour l'économie dans son ensemble, augmenter les impôts dans l'espoir d'augmenter les recettes fiscales, et donc de réduire le déficit, est une erreur tragique. La plupart des pays étant déjà surtaxés, les recettes fiscales baisseront en même temps que le revenu national brut. Les seules croissances seront celles de l'économie souterraine et du déficit. L'économie souterraine est elle-même le symptôme d'un système fiscal inadapté, et souvent le résultat d'une fuite devant les impôts perçus comme trop élevés et injustes. Le sentiment que la souffrance infligée par l'austérité est inutile, que cette politique va échouer, crée un sentiment d'amertume et de désespoir. Comme l'austérité peut infliger une douleur insoutenable pour la population, comme en Grèce, elle enflamme des révoltes. Là, un retraité s'est suicidé publiquement, pris en tenaille entre la baisse brutale de sa retraite et le montant fixe de sa dette immobilière ; il a déclaré préférer mourir que de « finir ses jours en s'alimentant à partir des poubelles ». Le contraste est saisissant entre ce suicide et les images des rencontres à Bruxelles entre dirigeants européens impavides. En Russie soviétique, Gorbatchev a essayé de réformer le régime communiste tout en conservant son essence. Cette tentative, la perestroïka, a échoué. L'austérité est, pour l'Etat-providence, l'équivalent de la perestroïka : une tentative pour assurer sa survie. Elle est condamnée à échouer, pour les mêmes raisons.

Comme les dépenses keynésiennes ne réussissent pas et amènent l'austérité, l'autre tentation est de se tourner vers la Banque centrale et lui demander de stimuler l'économie par une relance de la création monétaire et du crédit. En l'absence de tout contrainte d'étalon-or, c'est une politique qui autorise la Banque centrale et les banques à prêter quasiment sans limites à l'Etat pour couvrir ses besoins.

La relance monétaire n’a pas produit de croissance.

Les banques centrales sont confrontées à une tâche impossible : elles sont supposées avoir la connaissance qui permet de définir et mettre en œuvre une politique monétaire adaptée (taux d’intérêt, quantité de monnaie). Mais, pourquoi la planification centralisée, qui n'est pas parvenue à déterminer pour les autres biens leur prix et les quantités produites, y parviendrait-elle pour la monnaie ? C'est un exploit impossible en dépit de tous les talents prêtés aux experts. Par exemple, sous des applaudissements quasi unanimes, les banques centrales ont déclaré qu’elles avaient réussi à produire une longue période de « Grande modération ». Celle-ci, à l’aune de l’indice des prix à la consommation, a aveuglé les médias, les économistes de tous bords politiques, et même les banques centrales. Elles n’ont pas su mesurer, ni prendre en compte la croissance spectaculaire tant de la valeur des actifs que des prix des matières premières, de l’immobilier et des produits alimentaires. Cette croissance était la conséquence de l'excès de monnaie émis par les banques centrales et qui a nourri l’explosion de crédit financée par les banques et les systèmes de crédit parallèle.

Le financement du boom a été présenté par les banques centrales comme le résultat d’un excès d’épargne dont elles n'étaient pas responsables, et non de l'explosion du crédit. Pourtant, l'analyse de Jacques Rueff, dans son livre « Le péché monétaire de l’Occident » a, depuis longtemps, démontré que la fin de l'étalon-or, et son remplacement par un système où l'on utilise la dette américaine comme monnaie de réserve, engendrent inévitablement un mécanisme de duplication de la monnaie créée par les banques centrales, accompagné d' une expansion sans limite des volumes de crédit produits aux États-Unis et dans les pays excédentaires, comme aujourd'hui la Chine. Cette avalanche de crédit, par exemple en Espagne, a financé le boom immobilier, mais aussi celui du secteur public. C’est ainsi que l’Espagne compte désormais plus de kilomètres de train à grande vitesse que la France, et beaucoup plus d’aéroports que l’Allemagne (y compris un aéroport tout neuf libre de tout trafic aérien). Dans la plupart des cas, ces surinvestissements ont été financés par un endettement que l'Etat ne peut plus honorer faute de recettes suffisantes.

Les banques centrales et les institutions financières forment un énorme système complexe et adaptatif dont le comportement n’est pas prévisible, mais facile à expliquer, après les événements. C’est ainsi que ce qui est appelé le « Carry Trade » consiste à emprunter à un très bas coût pour prêter dans une autre monnaie à un prix élevé. C'est une espèce de jeu qui devrait être réservé aux opérateurs les plus adroits. De cette façon un emprunt dans un pays A est utilisé comme stimulus dans un pays B. Dans les pays d’Europe de l’Est, les acheteurs de maisons ont emprunté en francs suisses, car le taux d’intérêt dans cette monnaie était bas, avec des conséquences ruineuses lorsque leur propre monnaie s’est dépréciée. Comme Tim Lee l'a écrit dans le Financial Times (en 2007) (7), la taille du marché global du Carry Trade - où interviennent de très grands opérateurs financés par endettement - a dépassé les 1500 milliards de dollars, aggravant ainsi les déséquilibres mondiaux et gonflant encore la valeur des actifs en prélude à une déflation mondiale.

Les très récentes pertes de la banque JP Morgan démontrent qu’il n’y a aucune méthode scientifique réelle pour évaluer le risque des entreprises dans un monde aussi complexe. Vivre avec des taux d’intérêt voisins de 0 % comporte bien des conséquences perverses. L’épargne de précaution des classes moyennes est détruite. Au Japon, au cours des 20 dernières années, le taux d’épargne est tombé de 16% à 2%. Anna Schwartz, la très réputée historienne de la monnaie, a écrit que les banques centrales mènent un combat périmé, celui de la Grande Dépression, alors que le problème, aujourd’hui, n’est pas la pénurie de « monnaie banque centrale » mais celui de remettre sur pied un système malade de ses créances douteuses. Aussi longtemps que l'incertitude demeure sur la solvabilité de bon nombre de banques occidentales (ou chinoises !), aussi longtemps qu’elles restent chargées d’un portefeuille de prêts évalué à leur valeur nominale, au lieu de leur valeur réelle de marché, elles demeurent artificiellement en vie tout en étant incapables de prêter aux petites entreprises. On a des banques « mort-vivantes ».

Ce phénomène a été observé au Japon où s'est créée une économie duale : les grandes entreprises internationales, considérées comme ne présentant pas de risque, ont obtenu tout le financement dont elles avaient besoin. Une situation équivalente se produit actuellement en Europe, et a été officiellement reconnue, pour le Royaume Uni, par la Banque d'Angleterre (8). Récemment, en Europe, les prêts à long terme, accordés par la Banque centrale européenne, ont encore accu l'insécurité. Les banques, par exemple en Italie et en Espagne, ont utilisé ces prêts pour financer leurs propres gouvernements. Donc à chaque fois que le coût de la dette publique augmente, traduisant une inquiétude croissante sur sa solvabilité, cela se répercute négativement sur l'évaluation de la valeur des banques. Les prêts bancaires aux états qui soutiennent les banques avec l’aide de la banque centrale créent ainsi un système où les responsabilités sont imbriquées. Dans une économie purement privée, un tel mélange d’intérêt serait hautement suspect et, en cas de banqueroute, justifierait probablement des peines de prison. Aux Etats-Unis, 61 % des emprunts émis pour financer la dette de l’an passé ont été pris en charge par la FED, sans résultat notable pour sortir de la crise.

Une croissance saine et durable

Le seul véritable espoir qui reste réside dans une politique fondée sur la libération des marchés et des énergies. C'est à dire une politique de l'offre. Dans la novlangue, on parle de réformes structurelles pour éviter de faire référence à l'économie de marché, trop impopulaire. Lady Thatcher, le Président Reagan, le Chancelier Erhard, Edouard Balladur, Netanyahou, le Premier ministre d'Estonie, chacun à sa manière, a démontré comment libérer l'initiative privée peut réussir à relancer la croissance. En menant, avec succès, les mêmes politiques, Roger Douglas – un socialiste, ministre des finances de Nouvelle-Zélande- a démontré qu'il ne s'agit pas d'un monopole de la droite. Elles sont en réalité tout à l’opposé de l'austérité.

Il s'agit, par exemple, de réduire le taux d'impôt marginal sur le revenu, les impôts sur les entreprises et, de manière générale, tous les impôts qui ont une incidence clairement négative sur les choix économiques entre épargne et consommation, entre travailler et ne rien faire, ou encore travailler au grand jour ou dans l’économie souterraine. De ce point de vue, l'inconvénient de faire profiter les grandes entreprises qui ont accès aux prêts à taux d'intérêt trop bas est de fausser les choix de production en faveur du capital et au détriment du travail, ce qui explique les lenteurs de la reprise, et surtout la persistance d'un fort chômage. . La structure de la fiscalité, dans la plupart des pays, favorise l'endettement plutôt que la recherche de fonds propres. La fiscalité est ainsi une des causes du boom artificiel financé par l'endettement. Il sera très difficile de corriger cette distorsion car nos économies sont comme droguées à la dette, et en sont dépendantes. Revenir à une véritable économie de marché exige plus d’épargne, moins d'endettement, ainsi que bien moins d’impôts sur les bénéfices et les gains en capital.

Il est cependant impossible de mettre en route de pareilles réformes sans se poser la question de la demande. Quel serait le bien fondé, par exemple, d’un programme qui, par des jeux de primes, encouragerait les fonctionnaires à quitter l'administration pour prendre le risque de se présenter sur un marché de l'emploi en berne ? Comment défendre l'augmentation de l'âge de la retraite, ou même simplement l’encourager, s'il est très difficile pour les seniors de retrouver un emploi ? Comment trouver le bon prix dans un programme de privatisation en pleine dépression ? Quel gouvernement surendetté accepterait de bonne gràce de baisser les impôts et de cesser de favoriser l'endettement ? Sous nos yeux ces questions se posent, avec acuité en Grèce, et maintenant en Espagne, pour ne pas dire presque partout.

Pour n'importe quel gouvernement démocratique européen, ces réformes, nécessaires pour mettre fin à la stagnation entretenue par l'Etat-providence et retrouver une croissance saine, resteront impossibles tant que prévaudra un environnement de récession et de déflation. Pour les états, les banques, les petites entreprises privées de liquidités, écrasées sous le poids de la dette, que restera-t-il comme espoir si la banque centrale cesse d’intervenir ? Pourtant toutes ces réformes sont nécessaires pour permettre au marché de corriger les dislocations générées par le boom.

L'héritage de l'école monétariste a conduit à des taux d'intérêt voisins de zéro, à une expansion énorme et sans succès de la masse monétaire (comme au Japon). Le « système de papier-monnaie » a favorisé la croissance à crédit. Le retour à une croissance saine exige une réforme monétaire. Comme ni les dépenses Keynésiennes, ni la création de monnaie par la banque centrale ne sont des réponses efficaces, il faut rechercher un changement de système monétaire qui permettrait à la fois à la politique de l'offre de fonctionner et au marché de rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande. Le retour à l'étalon-or est sans doute la seule forme de réponse non inflationniste possible.

Les conséquences politiques du régime international de monnaie-papier

Bien que l'action des banques centrales soit toujours la source principale du boom et de l’effondrement qui suit, les électeurs en tiennent le gouvernement pour responsable. Comme d'habitude, c'est le parti politique au pouvoir qui paie le prix électoral de la crise, bien qu'il ne soit lui-même que la victime d'une croyance économique généralisée et erronée. L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing observait mélancoliquement, quelque temps après sa défaite, que les crises s'accompagnent toujours de changements de pouvoir politique.

Ces cycles artificiels de boom and crash entraînent également des conséquences géopolitiques. C'est ainsi que les récents changements de régimes dans les pays arabes - les révolutions du printemps arabe - ont eu comme catalyseur la hausse des prix des matières premières et, plus particulièrement, celle des produits alimentaires. La hausse du prix du pétrole est aussi une source de financement pour le terrorisme et l'Islam radical.

Réévaluation de l’or et nouvel étalon-or

Toutes les tentatives pour sortir de la crise - relance keynésienne, relance monétaire, austérité, - se heurtent aux défauts fondamentaux d'un régime de monnaie-papier.

Le programme de Reagan, fondé sur la théorie de l'offre - c'est-à-dire la réduction de tout ce qui fausse les choix des agents économiques (impôts, réglementations etc.) - a été initialement bloqué par la déflation Volker. En période de déflation, les gens sont assoiffés de liquidités et vendent plus qu'ils n’achètent ; les prix baissent et, comme les salaires sont inélastiques, le chômage augmente. C'est seulement lorsque Volker a abandonné sa politique déflationniste que la mise en œuvre de la politique de l'offre a pu produire les effets attendus.

Dans son livre « Le lancinant problème de la balance des paiements », Jacques Rueff a démontré que la demande de monnaie est le facteur décisif. Son extension de la théorie de la loi de Say dit que c'est seulement lorsque les encaisses désirées sont égales aux encaisses réelles que le système économique tend spontanément vers l'équilibre. La différence entre encaisses désirées et encaisses réelles est à l'origine de l'inflation ou de la déflation. Durant la « Grande modération », aveuglées par la définition de l'inflation qui n'était comprise que comme une augmentation de l'indice des prix de détail, les banques centrales ont vu les prix des actifs et des matières premières s'envoler, mais elles ne savaient pas quoi faire, ni quand, ni comment. Encore aujourd'hui, on discute de savoir si nous sommes en situation inflationniste ou l'inverse. Les grandes banques centrales ont fabriqué des milliards de monnaies de base, mais elles n’ont pas réussi à réduire le désir déflationniste de liquidités. En témoignent : les ventes d'actifs par les banques, les énormes réserves des banques en dépôt à la banque centrale, les tentatives étatiques pour imposer l'austérité, la réduction des dépenses des entreprises et des ménages, la baisse des prix des matières premières.

Aussi longtemps que le poids mort de la dette subsistera, le système bancaire sera malade ; l'énorme accroissement de la monnaie émise par les banques centrales n'allégera en rien la crise, mais restera la source potentielle d'une inflation généralisée pour plus tard. Tant que le système bancaire ne fonctionne pas normalement, qu'il ne se tourne pas vers l'alimentation en liquidités des entreprises plutôt que de l'état, les encaisses désirées resteront supérieures aux encaisses réelles, et la déflation continuera malgré les volumes de monnaie de plus en plus gigantesques créées par la banque centrale. Pour passer d'une croissance financée par l'endettement à une vraie croissance financée par une véritable épargne, il faut changer le système monétaire. Il n'est pas nécessaire d'inventer quelque chose de tout nouveau. L'or est un actif monétaire, la « garantie financière ultime » (9) comme l'observe le Président de la Banque mondiale dans le Financial Times.

L'histoire rappelle qu'à l'époque de l'étalon-or, avant la Première guerre mondiale, on n'a jamais enregistré de crise aussi profonde et étendue que ce que nous avons connu dans les années 30 ou que nous connaissons aujourd'hui. Chacun pouvait demander le remboursement de sa monnaie en or, ce qui imposait automatiquement des limites à la croissance à crédit. Jusqu'à la guerre de 1914, plus d'un siècle de système monétaire international régi par l'étalon-or a permis de financer par l'épargne les grands travaux comme le canal de Suez.

L’étalon-or et l’euro

Observant ce qui se passait dans la zone euro, dans une étude intitulée «Fin de partie pour l'euro » (10) , le Pr Hans Werner Sinn pointe les similitudes saisissantes qui existent entre la situation d'aujourd'hui au sein la zone euro zone et la manière dont a fini le régime de Bretton-Woods. Il montre que l’absence d'un mécanisme de rééquilibrage automatique conduit à faire pour l'euro le même genre de prévisions dramatiques que celles que formulait Jacques Rueff vis à vis du système de Bretton Woods en raison de l'absence d'étalon or.

L’étalon-or et l’économie mondiale

Dans son article « le véritable étalon-or » , Lewis E Lehrman présente un plan complet (11) pour réaliser la mise en œuvre d'un étalon-or adapté à notre temps. Il abandonnerait l'intervention systématique et aveugle de la banque centrale sur le marché du crédit pour y laisser la place à un véritable marché libre qui permettrait de revenir aux conditions de validité de la Loi de Say – c'est à dire un marché des biens et services en équilibre.

Pour ne pas faire la même erreur que la Grande-Bretagne en 1925, le retour à l'étalon or serait accompagné d'une réévaluation substantielle de l’or. Celle-ci tiendrait compte de l'accroissement mondial des liquidités. Elle serait calculée de manière à assurer le remboursement par la banque centrale de toute la monnaie émise et et à éviter le danger d'une déflation. Elle devrait également permettre, selon un mécanisme à étudier, d’éliminer l'excès du poids de la dette dans l'économie mondiale. Différentes évaluations ont été proposées. En se fondant sur le bilan de la FED il a été estimé que la nouvelle valeur de l'or devrait tourner autour de 2000 dollars l'once. Les salaires pourraient à nouveau augmenter, ce qui permettrait de corriger le déséquilibre entre l'immobilier et les revenus.

Une autre approche, plus radicale, consisterait à supprimer purement et simplement les banques centrales, en s'inspirant des travaux des économistes adeptes de la « banque libre ». Parmi eux, l'espagnol Jésus Huerta de Soto considère que l'action des banques centrales se ramène essentiellement à servir d'armature à un cartel de banques mal gérées. Il propose de revenir à un étalon-or sans banque centrale et de soumettre les banques ordinaires à une contrainte de réserves en or à 100%.

Ces deux approches sont très différentes, mais elles reposent sur l'hypothèse commune que seul l'or peut être le pilier d'un nouveau système monétaire.

Dans cette perspective, la question de l'euro conçu comme une monnaie commune mais non une monnaie unique - formule rejetée il y a vingt ans – mérite d'être rééxaminée.



Conclusion

Sommes-nous arrivés à la fin de la crise ? ou simplement à la fin du commencement ? L'endettement total dans le monde, privé et publique a augmenté depuis 2008. Cette dette, produit du régime de "papier-monnaie" des banques centrales combiné à la "monnaie-crédit" des banques commerciales (12), n'offre que peu de garanties réelles. C'est la source majeure de la fragilité de l'économie mondiale. C'est aussi la raison pour laquelle les experts qui annoncent la fin de la crise aux États-Unis, nourrissent l'espoir d'un atterrissage en douceur en Chine, et applaudissent aux récents accords politiques conçus pour sauver la zone euro, se trompent.

En 1936, Winston Churchill déclarait :

the era of procrastination, of half‐measures, of soothing and baffling expedients, of delays is coming to its close”.

Cette déclaration date d'avant la Seconde guerre mondiale mais elle s'appliquerait aussi bien à notre époque, notamment pour ce qui concerne la crise en Europe. Les civilisations sont mortelles (13) . La lourdeur des impôts et l'inflation sont les symptômes les plus flagrants de leurs décadences, sinon même leur cause. Avons-nous encore le temps de réagir ?

Jacques Raiman

NOTES

1 - Aucune distinction ici entre les différentes écoles, comme par exemple le créditisme.

2 - Une critique du monétarisme doit s’accompagner d’un hommage au fondateur de cette école, Milton Friedmann, grand économiste dont on vient de célébrer le centième anniversaire de la naissance, qui a eu le mérite et le courage de reconnaitre l’erreur de sa prescription pratique.

3 - “Money and the Present Crisis”, par Gerald P. O’Driscoll Jr. , The Cato Journal

4 - Banquier central, économiste, auteur du plan de redressement de la France en 1958.”Là où Keynes voit une insuffisance de la demande, je vois une demande de monnaie”, expliquait-il. Il a démontré qu'il avait une bien meilleure connaisance de la monnaie et du crédit que Keynes à qui il s'opposait.

5 - ... qui affirme l’équilibre entre l’offre et la demande.

6 - "Keynes vs. Hayek: The Great Debate Continues", The Wall Street Journal, page Opinion, 7 juillet 2010.

7 - 25 juin 2007

8 - http://insidemainstreet.com/2012/02/14/banks-miss-project-merlin-lending-targets-to-small-business/#more-1366

9 - Financial Times du 7 novembre 2010

10 - The International Economy, Hiver 2012

11 - "The true gold standard". The Lehrman Institute

12 - qui sont des promesses d'offrir du crédit dans le papier-monnaie des banques centrales

13 - voir la transcription de la conférence du Professeur Joseph Peden "Inflation and the Fall of the Roman Empire," donnée lors d'un séminaire sur l'Etat et la monnaie, à Houston, le 27 octobre 1984.