Le système de pensée, aveugle à l’arrivée de la crise, constitue un système clos, limité aux héritiers de Keynes et Friedman.

En dépit des catastrophes que ce système clos a engendrées, il est toujours en place et règne en maître. Les idées concurrentes de l’école autrichienne, celles de Jacques Rueff, la référence à la loi de Say et à l’étalon-or, sont ignorées ou méprisées par la pensée établie.

Et pourtant, les dépenses publiques découlant de la pensée de Keynes n’ont rien résolu et débouchent sur l’austérité. La pensée monétariste et une mauvaise compréhension de l’inflation, réduite à la hausse de l’indice des prix de détail et négligeant la hausse des titres ainsi que celle des matières premières, ont produit le désordre monétaire et amené à poser la question de l’or.

L’austérité ne résoudra rien

Le régime de la monnaie papier a autorisé les dépenses keynésiennes et le développement de l’Etat providence financé par la dette. L’inquiétude des prêteurs sur la solvabilité des Etats pose la question de la survie de l’Etat providence. D’où le recours à l’austérité qui impose des souffrances à la population et ne traite que le symptôme, le déficit, sans porter de remède durable aux causes.

Ainsi en France, depuis des décennies, les ministres successifs de la Santé ont produit des réformes toujours de même nature, à savoir un mix de hausse des prélèvements et de réduction des prestations remboursées. A chaque fois, cette politique d’austérité appliquée à la santé fait la preuve de son inefficacité et de son injustice vis-à-vis des plus démunis car les plus fortunés et la nomenklatura sont à l’abri de ses faiblesses.

De plus, presque tous les pays qui sont parvenus à réduire leur déficit ont utilisé une dépréciation de leur monnaie pour faciliter leurs exportations et réduire le poids de la dette.

Au lieu d’une politique d’austérité, le choix de l’assainissement est celui des réformes en profondeur pour traiter les causes. Le principe à mettre en œuvre pour une nouvelle croissance est bien connu, c’est celui de la politique qui consiste à libérer l’offre de toutes ses contraintes fiscales et réglementaires, à soumettre à la compétition ce qui dépend aujourd’hui exclusivement de l’Etat providence mais aussi à cesser de subventionner la dette publique et privée et de fausser le marché par des aides coûteuses aux entreprises (comme les primes à la casse).

Mais il est impossible d’engager ces réformes sans se poser la question de la demande. A quoi bon proposer aux fonctionnaires des primes aux départs volontaires dans un monde de chômeurs ? Cette politique n’est pas possible dans un climat de stagnation, sous le fardeau d’une dette considérable.

La réponse est du côté de la monnaie

Si la monnaie papier a permis la croissance par excès de dette, une croissance saine exige une réforme monétaire. Pour passer à une croissance financée par l’épargne, il faut remettre en cause le système monétaire actuel. En effet, la politique de dévaluations compétitives crée une incertitude sur la valeur de la monnaie et donc sur l’utilité de l’épargne.

C’est ce qui explique l’article du président de la Banque mondiale dans le Financial Times, proposant de prendre la valeur de l’or en considération dans la politique des Banques centrales et observant que dès à présent, au lieu d’être “une relique barbare, l’or est un actif monétaire de réserve”.

Son jugement, qui sort du système clos de pensée, se comprend mieux en observant que la Banque mondiale fait des prêts à long terme et que s’ils devaient être remboursés en monnaie de singe, elle serait conduite à la ruine.

L’étalon-or permettrait aussi de revenir à un équilibre de marché pour l’offre et la demande de monnaie et de crédit et donc aussi, par voie de conséquence, à l’équilibre sur le marché des biens. Les conditions de validité de la loi de Say seraient retrouvées, comme elles l’ont été le plus souvent durant un siècle. Aujourd’hui, l’intervention de la FED, par exemple, fait du marché du crédit un marché administré, en faveur de la dette publique. Le mécanisme du crédit favorise alors une relance keynésienne par l’Etat.

Les propos du président de la Banque mondiale ont été relayés avec force dans le New York Times par James Grant, éditeur d’une lettre respectée à Wall Street et dans le Wall Street Journal par Seth Lipsky, directeur du New York Sun. En France, Philippe Simonnot, après Paul Fabra, a fait référence aux idées de Jacques Rueff, admirablement comprises et défendues par de Gaulle contre l’essentiel de la pensée établie. Le désarroi des Banques centrales et des ministres des Finances est aussi la raison de cette résurgence intellectuelle de l’or.

La solution “étalon-or”

Mais à quel niveau faut-il réévaluer l’or pour que la FED puisse garantir le remboursement en or de tous les dollars ?

Selon que l’on imagine que le tiers de son actif ou la moitié devrait être constitué d’or, il faudrait réévaluer le prix de l’once d’or aux alentours de 2000 $ ou au-delà. Ce qui permettrait à la Banque centrale d’assainir son bilan et de déprécier les créances douteuses dont elle s’est chargée. Dans le même mouvement, cela produirait un allègement du poids de la dette publique et privée et faciliterait la solution du redressement des banques. Pour l’Europe, cela conduirait probablement à se demander à nouveau si l’euro adossé à l’or doit être une monnaie commune et non une monnaie unique.

Jacques Rueff s’est toujours opposé aux politiques de déflation et d’austérité défendant l’assainissement et le retour à une parité fixe qui prenne acte de l’inflation antérieure. C’est un signe des temps que sa pensée soit connue, citée en référence aux Etats-Unis, et pratiquement ignorée en France.

Il a défini les mécanismes monétaires de retour à une croissance saine sans cette perversion de l’austérité imposée aux peuples pour financer les erreurs dont ils ne sont pas responsables. Même les adversaires de l’étalon- or, ou ceux qui lui sont favorables mais ne croient pas à la possibilité d’y revenir, seront obligés de faire référence à ses règles de fonctionnement pour tenter de corriger par une nouvelle croissance le désastre économique et monétaire actuel. Trait_html_691a601b.jpg

Jacques Raiman est Fondateur-Président d'honneur de l'Institut Turgot. La version originale de ce texte est parue dans Le nouvel économiste daté du 1er décembre sous le titre : "Lettre ouverte à ceux qui cherchent en vain la sortie de la crise".