Le vieillissement de notre parc de centrales nucléaires, mais aussi les contraintes européennes d'ouverture du marché électrique à la concurrence communautaire exigent que les autorités françaises prennent d'importantes décisions précisant les objectifs et les moyens qui conditionneront pour plusieurs décennies les perspectives d'avenir du secteur électro-nucléaire, tout en tenant compte des conséquences de Fukushima.

Le but de la réunion était de remettre un peu de raison et de mesure là où la passion, l'aveuglement et l'idéologie l'emportent souvent, au point de noyer l'information et la clarté des débats sous les préjugés.

.

Ci-dessous vous pouvez visionner le diaporama présenté par Jean Bergougnoux en accompagnement de sa présentation.

"la singularité nucléaire française"

Jean Bergougnoux a rappelé des éléments factuels concernant le parc nucléaire français. Celui-ci compte 58 unités, dont la plupart ont été construites au cours des années 1980 et 1990, pour une durée de 40 ans. Se pose donc la question de leur prolongation ou de leur remplacement, d’autant que le démantèlement d’une centrale est très cher : 15 % de celui d’une construction.

En France, où 74 % de l’électricité est produite par le nucléaire, EDF va donc devoir consentir des investissements très importants dans les deux décennies à venir, qui vont impliquer des choix stratégiques. Or, du fait du moindre coût du nucléaire par rapport aux énergies dites « renouvelables » (l’éolien terrestre est 4 fois plus cher que le nucléaire, l’éolien « offshore » 8 fois plus, et le photovoltaïque 15 fois plus, ce surcoût étant financé par le nucléaire), c’est pour Bergougnoux le nucléaire qui constitue la meilleure option, une conviction partagée par Jean-Michel Bélouve dans son livre Nucléaire civil : le rebond !, publié chez LiberMédia en coopération avec l’Institut Turgot, et présenté à l’occasion de ce débat.

.

Mais la poursuite du programme nucléaire français impliquera des hausses de tarif, ceux-ci étant aujourd’hui réglementés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), bien en-deçà de ce que serait leur prix sur un marché compétitif. Sans une hausse des tarifs de 8 euros par mégawattheure (MGWh), il sera en effet impossible à EDF de réaliser les investissements nécessaires, d’autant que les nouveaux réacteurs EPR sont beaucoup plus coûteux que les anciens, cela en raison de l’addition des normes de sécurité allemandes à celles d’EDF du fait du caractère binational du programme.

Alain Madelin a confirmé le propos de Jean Bergounoux, en comptant toutefois sur la recherche pour rendre à l’avenir rentables d’autres sources d’énergie qui, aujourd’hui, ne le sont pas : éolien, biocarburant, hydrogène, et surtout photovoltaïque, ainsi que pour trouver de nouvelles économies d’énergie à réaliser. Plutôt que de subventionner la production d’électricité éolienne comme elle le fait, la puissance publique ferait mieux de subventionner la recherche, ou plus simplement de laisser le marché agir pour que les prix réels de la production d’électricité soient connus, conduisant à des innovations là où les coûts doivent être diminués (dans le photovoltaïque notamment).

Quant à la question des risques du nucléaire posée par la catastrophe de Fukushima, ceux-ci sont, en nombre de victimes, moins importants que ceux des centrales thermiques à charbon et des barrages hydroélectriques, comme l’a rappelé Alain Madelin. Une juste mesure s’impose donc à un an des élections présidentielle et législatives, qui vont être l’occasion d’une remise en cause du programme électronucléaire français par certains candidats.