Elle considère que le modèle sexuel actuel — homme, femme — n’a d’autre fonction que d’assurer le primat de l’hétérosexualité et du masculin, en réprimant les modèles divergents. Elle en appelle, dès lors, logiquement, à éliminer toute référence au masculin et au féminin, et à porter le fer jusqu’au cœur de la loi, car ces références, explique-t-elle, ne sont que le paravent de « relations de pouvoir » illégitimes et oppressives.

La plupart des Français n'ont découvert l’existence de cette étonnante théorie qu’à l’occasion du débat sur le mariage homosexuel. Soit un an après l’adoption, au Conseil de l’Europe, de la Convention d’Istanbul contre les « violences de genre », qui consacrait la version la plus radicale de cette théorie.

Comment une prise de pouvoir aussi massive a-t-elle pu se réaliser de manière subreptice ? Quel est l’empire réel du « genre » sur le droit, en France et en Europe ? Quels sont les fondements et les objectifs ultimes de l’idéologie du genre ? Telles sont les questions sur lesquelles Drieu Godefridi est venu nous entretenir.

Pour une excellente recension du livre de Drieu Godefridi, "De la violence de genre à la négation du droit" voir l'article de Vincent Bénard mis en ligne sur son site personnel "Objectif Liberté". En voici un extrait.

La perversion du droit pénal

Pourquoi un auteur aussi sérieux que Drieu Godefridi prend-il du temps à déconstruire, avec moult références scientifiques et culturelles solides, et avec le brio intellectuel qu’on lui connaît, un tel tissu de sornettes ?

Parce que, malheureusement, et c’est le coeur son ouvrage, lesdites sornettes, croisées avec quelques concepts tout aussi contestables issus de la psychanalyse, ont été traduites dans le droit (Espagnol et Français d’abord, puis sans doute européen via une convention d’Istanbul de mai 2011) de la façon la plus détestable qui soit, par la création du délit de “violence psychologique.

Alors qu’en droit pénal usuel, la tradition et le bon sens suggèrent que ne peuvent être considérés comme des délits que des actions concrètement définies, objectivement constatables, pour laquelle des preuves tangibles peuvent être présentées, et le préjudice explicitement décrit. Le délit de “violence psychologique” n’obéit pas à cette exigence absolue de précision législative. Il réinstaure dans le droit pénal ce qui devrait en être la négation absolue: l’arbitraire.

Pire encore, en noyant le concept de violence, bien réel lorsqu’il s’agit de violences physiques, dans un sabir psycho-pipeautique, il tend à diluer la véritable violence dans la fausse. Ainsi, depuis que l’Espagne a instauré le délit de violence psychologique envers les femmes, mettant en place des juridictions spécifiques qui ont traité plus de 150 000 dossiers en près de 10 ans, est il devenu bien plus difficile d’évaluer la part des véritables violences physiques faites aux femmes, contre lesquelles point n’était besoin d’ajouter de nouvelles lois, parmi tout ce que les théories de l’oppression assimilent à de la “violence psychologique”. Ce concept peut certes parfois recouvrir des “menaces” ou des “chantages” répréhensibles, contre lesquels des lois existaient déjà, et qu'il faut à l'évidence punir. Mais il peut aussi sanctionner la seule dégradation des rapports dans un couple, des mots malheureux, voire même, si on en croit les psychiatres qui ont pondu ces âneries, “des silences inappropriés”. L’appréciation du préjudice est ainsi intégralement laissé à celles qui trouvent un intérêt à s’en déclarer victimes, avec l’aide de psychanalystes, profession scientifiquement sinistrée, qui a pondu tellement de concepts délirants qu’un “livre noir” lui a été consacré.

La destruction des fondements du droit pénal par des absurdités sans nom telles que la théorie du genre ouvre la porte à bien des abus, tant de la part de femmes souhaitant nuire à un homme pour quelque raison que ce soit, que de la part d’un état désireux de trouver un prétexte pour éliminer un importun. Voilà pourquoi il est salutaire que des auteurs tels que Drieu Godefridi osent s’y attaquer.

L’ouvrage est très riche de références, bien écrit. Certains passages sont un peu ardus (la philosophie n’est pas toujours un champ très facile à vulgariser) mais reste globalement accessible. Drieu Godefridi est à la fois philosophe et juriste: son approche de la question de l’intrusion du “genre” dans le droit est donc complète, sensée et cohérente, là où tant d’essais philosophiques se perdent en abstrations intellectuellement masturbatoires, et où trop d’ouvrages de commentaire juridiques oublient la nécessaire quête de sens qui doit inspirer le droit. L’auteur n’oublie pas de donner un peu de chair statistique à son propos en délivrant quelques chiffres utiles pour mettre à mal l’argument des défenseurs de l’utilisation coercitive des théories du genre. Bref, un ouvrage solide, cultivant et hautement recommandable.

Vincent Bénard