Cela dit, je salue la persévérance d’Yves Montenay, car, chez nous, ces dernières années, on constate que le cercle de nos amis français et européens se rétrécit de plus en plus. Le racisme et la xénophobie gagnent du terrain, nourris en grande partie par l'ignorance et la peur de l'Autre.

Mais souvenez-vous : qui avait offert l'asile politique à Khomeiny ? Et qui a armé et formé Ben Laden ? Et qui a permis à Qaddafi de planter sa tente à côté de la Tour Eiffel ? Et qui continue à distribuer des armes aux fous d'Allah en Afrique et en Syrie ? Et qui continue à offrir les papiers, le visa et carte de séjour aux fanatiques notoires ? Le système de contrôle de l'immigration vers la France refuse visa et carte de séjour à des personnes dignes d'estime et laisse passer les peu recommandables, voire dangereux. En témoigne le calvaire des étudiants dans vos préfectures et aux portes des consulats français chez nous, où les dossiers sont traités de manière mécanique et aveugle.

"Cette erreur islamophobe est une catastrophe" dit Yves Montenay. C'est bien le mot, aussi bien pour le Sud que pour le Nord, qui a tout intérêt à soutenir les gens pondérés du Sud. En effet, dès lors qu'on réduit une culture et une civilisation à un ensemble de lois et de dogmes, on prépare le pire, comme en témoigne l'histoire des grandes religions.

Le paradoxe, est que la vision réductrice de la civilisation arabo-musulmane est partagée par les ultras des deux camps, les islamistes comme les islamophobes : la civilisation arabo-musulmane est lamentablement réduite à une littéralité assassine de textes, d'énoncés hors contexte, de mots dont la signification a bien changé depuis 14 siècles.

Pourtant, il existe, de par le monde, des milliers de travaux sérieux, élaborés par des spécialistes en philologie, anthropologie, histoire des langues et des religions qui permettraient d’échapper à cette vision réductrice. Il ne faut pas confondre notre civilisation avec certaines pratiques barbares qui se disent religieuses, et qui ne sont que le fruit de circonstances historiques, politiques, économiques, sociales...

Je ne vois pas de différence entre le discours des wahhabites, salafistes et jihadistes, terrifiés à l'idée qu'un membre de ce qu'ils considèrent leur communauté soit influencé par « le grand Satan occidental » et celui de ces Occidentaux terrifiés à l'idée que se propage l'islam dans "leur" monde". Les deux sont exclusifs et aveugles à ce qui se passe réellement, alors que la diversité est le terreau des richesses culturelles.

Les islamophobes ressassent et confortent les thèses des musulmans les plus sectaires : wahhabites opposés aux 'ijtihad (interprétations) et débats des penseurs et savants arabo-musulmans, de Abu Al 'Ala' al Ma'arri, Al Jàhiz et les Mu'tazilites, Al Bayruni... en passant par Ibn Roshd (Averroès) et les penseurs andalous...jusqu'à Taha Houceine et ses clairvoyantes diatribes contre le clergé d'Al Azhar...), les travaux effectués dans divers domaines des savoirs depuis la création des "Bayt al Hikma" (« maisons de la sagesse » où les musulmans se documentaient sur les connaissances des autres peuples), le précieux rôle de médiation que cette culture et cette civilisation a joué et continu à jouer entre l'Extrême, le Proche et Moyen Orient et l'Occident (à mon avis de scientifique, je trouve particulièrement important l'emprunt par les musulmans du système décimal et du zéro aux Indiens, puis leur transmission à l’Occident).

Les islamophobes nient à cette civilisation et à cette culture ce que lui nient les fanatiques wahabites et ceux qui se font appeler jihadistes ou salafistes qui déclarent apostat toute personne qui n'est pas d'accord avec eux.

Les trois grandes religions (Boudhisme, Christianisme et Islam) se considèrent universelles. Toutes les religions qui se disent universelles ont fait ou font du prosélytisme, que ce soient les évangélistes, les wahhabites ou les bouddhistes... avec, pour les wahhabites ces imams grassement payés et cette avalanche médiatique par Internet et la télévision. C'est une épidémie de bigoterie globalisée, à la recherche de valeurs perdues...

Par ailleurs, l'appellation "musulmans modérés", souvent utilisée par les médias occidentaux, n'est pas très appropriée à mon sens.

Vous semblez viser la population de culture musulmane, très souvent non pratiquante, et d'abord préoccupée, comme tout le monde, par les problèmes quotidiens. Et dans nos bidonvilles marocains, cette population a d'autres priorités que la religion : la formation, le travail, le logement, l'éducation de leurs enfants... une vie décente et paisible.

Je soupçonne l’impérialisme de s'acoquiner avec des potentats locaux (allusion au soutien américain aux Frères Musulmans et à leurs partis apparentés, qui a été mal ressenti) et de distraire les populations par de faux problèmes : religion, dogmes, identité, langues nationales (allusion à l'hostilité des islamistes maghrébins au français et aux langues berbères), qui deviennent ensuite des freins au développement !

Les peuples de culture musulmane paient cher la montée du fanatisme ; ces peuples veulent la paix et en ont assez de se trouver dans un étau d'exclusions : les fanatiques religieux fous d'un côté, et les prétendus démocrates occidentaux de l’autre.

Il est donc moralement impératif de réagir à toute forme d'exclusion, d'amalgames et de propos diffamatoires. Ces derniers sont repris dans les ambassades et consulats occidentaux au Maroc, mais également dans les administrations et universités occidentales...

Résultat : les victimes d'amalgames (avec les activistes) se radicalisent et tombent dans les replis identitaires, problèmes qui s'ajoutent aux crises qui ravagent le monde entier.

Si le monde musulman est depuis longtemps victime de son immobilisme dont les causes endogènes et exogènes sont connues (la réaction islamiste, qui dure depuis 600 ans, les régimes autoritaires, et, de l’avis de certains –dont je ne suis pas-, la colonisation), il y a toujours eu et il y a encore de plus en plus d'esprits éclairés de culture musulmane, qui s'attaquent courageusement aux barrières de l'absolutisme, probablement une majorité au Liban, en Syrie, en Iraq, en Egypte, et au Maghreb.

Il est donc navrant de voir les islamophobes développer une démagogie xénophobe masquée en démocratie, et donc de voir se multiplier les sites et blogs, d'un côté de Néo Nazis, White Power et bien d'autres du même genre, et de l’autre côté, de religieux extrémistes gavés de pétrodollars.

Marina Atlas