Combien de salariés connaissent le montant de leurs cotisations mensuelles pour leurs vieux jours ? Très peu, tant la lecture d'une fiche de paie est complexe. Ces données sont pourtant essentielles pour s'abstraire de la dimension émotive du débat et atteindre le cœur du problème.

L'ensemble des cotisations retraite représentent en moyenne 20% du salaire toutes charges, soit 35% du salaire net. Ces sommes conséquentes justifient-elles les pensions actuelles ? Un simple calcul suffit à instiller le doute.

En effet, un individu qui épargnerait le montant de ses cotisations retraite pendant 42 ans, en les plaçant sur un compte sécurisé à un taux de 3% couvrant l'inflation, posséderait au moment de son départ en retraite un patrimoine représentant 350 fois son salaire mensuel. Les seuls intérêts générés par ce capital représenteraient 88% du dernier salaire net, soit plus que ce que le régime par répartition prétend offrir. Un smicard, cotisant actuellement 365 euros par mois au titre de la retraite, pourrait bénéficier en quittant la vie active d'un capital de 370 000 euros et d'une retraite d'environ 920 euros par mois. Le système actuel semble donc excessivement coûteux pour les prestations qu'il offre. Les salariés, même les plus modestes, cotisent davantage qu'ils ne reçoivent.   Pire, le poids des cotisations actuelles rend difficile voire impossible pour de nombreux ménages la constitution d'une épargne. D'après l'INSEE, 30% des Français ont un patrimoine inférieur à 10 000 euros. Ceci n'est pas sans conséquence : bien que l'épargne, notamment par l'acquisition d'un bien immobilier, reste la meilleure garantie en vue de la retraite, celle-ci se trouve réduite à la portion congrue. A cet égard, il est intéressant de noter que la part du budget des ménages consacrée à l'immobilier (environ 30%) est d'ordre comparable à celle des cotisations retraite. La répartition  n'offre pourtant aucunement la promesse d'un toit.

Ceci est-il le prix à payer pour assurer une pension à ceux qui n'ont pas cotisé suffisamment ? L'allocation de solidarité aux personnes âgées (qui a remplacé le minimum vieillesse en 2007), ne représente que 2% du budget de la caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV). En d'autres termes, 98% des sommes collectées par la Sécurité Sociale au titre des retraites n'ont que peu de rapport avec la solidarité. Celle-ci ne peut pas, à elle seule, justifier l'ensemble du régime actuel.

Comment dès lors expliquer le différentiel de pensions entre le régime actuel et un exemple simple de capitalisation ?

Tout d'abord, la première génération à avoir bénéficié de la répartition au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale n'a jamais cotisé. Des millions de retraités ont bénéficié de pensions sans payer pour le système. Depuis, cette dette roule de génération en génération, et les intérêts sont ainsi non capitalisés depuis plus de 60 ans.   La deuxième explication tient aux compensations inter-régimes. Les régimes spéciaux tels que ceux de la SNCF, de la RATP ou d'EDF par exemple, sont beaucoup plus avantageux que le régime général du secteur privé. On y cotise une part plus faible de son salaire pour partir en retraite plus tôt et avec un calcul plus avantageux. Ces conditions produisent des déséquilibres budgétaires qui sont épongés par des prélèvements sur le régime général des salariés du privé. En 2009, ces compensations ont représenté environ 6 milliards d'euros, soit 6% du budget du régime général des travailleurs salariés.

Enfin, en raison de la structure démographique de la France, le ratio entre les retraités et les actifs augmente mécaniquement. Chaque cotisant doit donc supporter une part croissante des retraites actuellement versées. Le système par répartition est porteur d'un risque systémique : sa pérennité dépend des structures démographiques. En un sens, la répartition est un immense « système Madoff » (que les économistes nomment pyramide de Ponzi) : les nouveaux entrants assurent aux bénéficiaires du système des sommes importantes, avant d'être partiellement lésés quand les promesses ne peuvent être tenues.

La répartition est donc un système incertain, aux bénéfices sociaux contestables. Des comptes d'épargne privés permettraient à un salarié rémunéré au SMIC de se constituer une retraite supérieure à celle que le régime par répartition lui promet, alors que celui-ci court inévitablement à la faillite.

Un tel système prévaut partiellement dans plusieurs pays de l’Est de l'Europe, mais aussi en Suède, à Hong-Kong ou en Allemagne. A l’inverse, un allongement de la durée de cotisation ne réglera pas un problème qui est inhérent à la structure de la répartition. Tout débat qui ignorerait ces données ne serait que partiel. Trait_html_691a601b.jpg Vincent Poncet et Guillaume Vuillemey sont chercheurs associés à l'Institut Turgot