Un constat simple devraient suffire à éradiquer cette étonnante dérive qui capte en France l’argent public sans la moindre considération pour les goûts ni pour les intérêts du public qui finance sans le vouloir ces foucades culturelles : lorsqu’ils ont le choix et qu’ils payent leur entrée au musée, nos contemporains se moquent des installations prétendument « post-modernes » comme d’une guigne ! Sans même parler des musées français touchés par cette épidémie grotesque, il n’est que de déambuler, par exemple, dans le musée des beaux-arts de Rotterdam, alimenté par des « amateurs » privés néerlandais, pour constater que les vastes salles de pseudo-art moderne sont aussi grandes que vides, alors que les visiteurs se pressent par centaines pour voir et revoir les œuvres de Metsu, de J. Bosh ou de F. Hals. Chez nous comme ailleurs, le public vote donc avec ses pieds contre ce prétendu « art » que nous dévoilent les galeristes de Berlin, de New York et les musées publics français qui suivent cette véritable mode. La différence, c’est qu’en France, l’essentiel de la manne qui alimente ces foutaises est une manne publique : une gabegie de plus ?

Bien que cela ne soit guère nouveau, il n’a pas été commun d’entendre les professionnels du crayon, du pinceau ou du burin se rebeller contre ce que l’on peut à juste titre qualifier désormais comme le « pompiérisme d’Etat » de notre République régalienne ! Mais, enfin, le manifeste du Salon d’automne dont j’ai souhaité faire connaître l’existence et les principaux arguments dans cette chronique s’insurge contre ce nouveau pompiérisme.

J’ai découvert ce manifeste avec l’un des signataires. J’ai décortiqué attentivement et discuté cette (trop ?) longue diatribe des membres du Salon avec quelques proches. J’en déduis que le moment est propice pour d’abord élargir l’audience de ce coup de gueule des vrais pros des beaux-arts contre la mode qui les exclut des pompes officielles ; et pour relayer leur combat sur le terrain de la commande publique. Comme un témoignage, à tout le moins !

Il est vrai, certes, que bien des créateurs existent sur le vrai marché de l’art, celui où des amateurs nombreux et anonymes acquièrent des centaines d’œuvres qui répondent à leur sensibilité et à leur représentation du monde. Ce marché, constitué de multiples échanges auxquels vous et moi participons sans fanfare, n’a pas besoin du diktat des magazines branchés : mes amis, galeristes ou commissaires-priseurs, organisent chaque semaine des rencontres entre amateurs et artistes : le savoir-faire, l’œil et le coup de patte d’un graveur, d’un peintre, d’un photographe ou d’un sculpteur jette sur notre monde une autre lumière, une perspective qui éclairera peut-être nos jours !

Cette rencontre magique, c’est l’échange libre qui l’alimente, pas l’art officiel !

Dans les extraits du manifeste (que j’ai choisis pour éclairer les esprits ouverts) on reconnaîtra des thèmes développés très largement par des auteurs comme Jean-Louis Harouel dont le dernier essai mérite d’être mis en pendant du coup de gueule du Salon d’automne. N’étant pas l’agent électoral des auteurs du manifeste, je laisse chacun se déterminer face à sa propre conscience artistique ; il m’a simplement paru bon que le débat s’ouvre et que les hommes de bonne volonté en soient informés ! Trait_html_691a601b.jpg

Extraits du manifeste du Salon d’automne 2008 :

Objet de tous les financements, de toutes les promotions, de toutes les spéculations, ce que l’on nomme « l’art contemporain » poursuit sa conquête des lieux publics  et patrimoniaux : du néo-kitsch à Versailles aux « installations » déployées au Louvre, du homard (Jeff Koons) au ver de terre (Jean Fabre), pas un musée, pas un palais national qui ne soit vampirisé par ce « chaos rampant » (Lovecraft) ! (…) (Des) moyens financiers considérables alimentent un marché mondial du scandale où l’apologie de la laideur le dispute au rien, au sale et au répugnant ; les créateurs oeuvrant dans les disciplines des arts plastiques dénoncent l’hégémonie que cet « art » dit « contemporain » exerce aux dépens de la plus vaste communauté artistique de notre pays.

Déplorant la dépossession galopante de leur statut d’artiste et le mépris dont ils font l’objet de la part des pouvoirs publics, les artistes décident d’entrer en résistance (…)

N’ayons pas honte de notre identité de Salons historiques et revendiquons cette spécificité française porteuse d’une mémoire artistique et littéraire étincelante où s’illustrèrent les plumes de Diderot, Baudelaire, Huysmans, Apollinaire, Mirbeau, Elie Faure, Aragon, René Huyghe !…Devenu un produit spéculatif juteux, financièrement comme en termes d’image, l’art contemporain a précipité les artistes hors-circuit dans une solitude extrême et dans l’impossibilité de faire connaître leurs travaux. (…)

A l’évidence, l’élargissement incontestable des champs plastiques est une aubaine pour évacuer définitivement ces notions honnies entre toutes, de "tradition" et de "métier!(…)

Face au mépris général, les artistes non-labellisés « art contemporain » n’ont que leurs œuvres à opposer (…)

Les actuels locataires du ministère de la Culture ne font que pérenniser une politique instaurée il y a plus de quarante ans. Depuis 1965-1966 … le mot d’ordre « l’avant-garde, sinon rien ! » règne en maître sur le paysage artistique de notre pays. L’arrêt brutal des achats par l’Etat d’oeuvres exposées dans les Salons historiques révélait la tutelle exercée par les marchands d’art d’outre-atlantique (…)

L’«Ecole française », que l’on n’ose plus appeler ainsi sous peine de passer pour un affreux réactionnaire, était sacrifiée. « Ce qui compte, c’est l’bénef ! », chantait déjà Léo Ferré.

A l’évidence, l’art contemporain nourrit toutes les vanités mercantiles.

La gauche française porte une lourde responsabilité dans son soutien délibéré aux œuvres conceptuelles, devenues « art de cour » sous le règne de Jack Lang, redoutable commanditaire en la matière.(…)

Un nouveau pompiérisme affublé du costume de l’avant-garde, telle est la grande tartufferie du moment. Les mêmes qui désignent les peintres, sculpteurs et graveurs comme les australopithèques de l’art, alimentent une cuisine faisandée, véritable « marketing de l’abject » (…) Peu importe que cet académisme, pour reprendre la formule de Lorjou, fasse « braire les ânes, bayer les singes, se pâmer les poules ». (...) : les arts de la main ne sont pas morts et, pour ne nommer que ces disciplines, ni la peinture, ni la sculpture, ni la gravure, ni l’art mural n’ont épuisé leur potentiel émotionnel. Mais il faut une bonne dose d’héroïsme pour affirmer leur nécessité face aux administrations dédaigneuses, aux plumes assassines des revues « branchées », aux spécialistes patentés attribuant le « génie » aux uns et la « médiocrité » aux autres, au mépris souverain des médias, aux commissaires-priseurs qui font leur beurre avec cette falsification générale ! (…) Faut-il que cette société ait si peur pour bâillonner ses artistes et abolir toute pensée critique de son horizon? Un système qui agit ainsi, ne porte-t-il pas un nom spécifique ?…

Le Conseil d’Administration du Salon d’Automne :

Jean-Pierre ALAUX, peintre ; ANGEL-PERES, sculpteur ;Francine AUVROUIN, peintre et sculptrice ; Monique BARONI, peintre ; Noël CORET, écrivain d’art ; Claude-Jean DARMON, graveur ; Jean DESVILLES, peintre ; José DIAZ FUENTES, sculpteur ; Pierre EYCHART, peintre ; Françoise FRUGIER, sculpteur ; André HERVIO, peintre ; Mireille JUTEAU artiste plasticien ; Sylvie KOECHLIN, sculpteur ; Danièle LE BRICQUIR, peintre ; Denis LEGRAND, architecte et peintre ; Jean-Bernard POUCHOUS, peintre ; Jean PREVOST, peintre ; Michel SAVATTIER, peintre ; Jean-Pierre VERDEILLE, peintre : André VIGNOLES, peintre ; Jean-Pierre ZENOBEL, photographe.