Emploi : la vraie proposition, c'est le "chèque formation"
Par Guy-André Pelouze le vendredi 17 février 2012, 15:58 - Article - Lien permanent
Tout comme Alain Madelin, le Docteur Pelouze réagit à la proposition Sarkozy/Fillon de référendum sur la formation des chômeurs.
Pouvez-vous compter sur l'état pour vous former? Vous avez des preuves?
Depuis 1945 au contraire la formation professionnelle est mieux assurée par des institutions privées à la fois en France ou en Europe. La formation professionnelle par l'état est un échec total et une gabégie pour des pseudo-formateurs qui, bien sùr, sont rémunérés non sur la base de leurs résultats mais de leur présence.
Bien sùr, pour enseigner, et donc être rémunéré, il vaut mieux être dans la connivence et dans la rectitude politique et économique, tout se tient.
Les universités dans tous les pays avancés forment les personnes quel que soit leur âge, alors que les universités françaises d'état ne forment qu'à un diplôme, et ensuite ne veulent plus entendre parler du quidam.
La formation diplomante ne peut plus être valide à vie, les diplômes devraient être délivrés avec une durée de vie comme le permis de conduire, les brevets et d'une manière toute certification.
En réalité, dans nos sociétés de la connaissance, il y a un continuum de formation où les entreprises, où on a travaillé ou pas, des institutions académiques, des universités font des offres.
L'individu choisit en fonction de son projet, de ses moyens, en sachant que jamais la formation n'a été aussi peu chère car l'information est à la fois de qualité, disponible everywhere et bon marché.
Une solution, plutôt que de prélever des cotisations "sociales" qui sont des impôts, est de permettre l'ouverture d' un compte formation en déduction d'impôt pour chaque individu qui le souhaite, destiné uniquement aux dépenses de formation et qu'il peut, à la fin convertir, en retraite par capitalisation, rente ou cash.
C'est la formation par capitalisation, car chaque individu a un parcours qui lui est propre, alors que nos syndicats marxistes pensent encore en termes de classe ouvrière homogène et collective au sein de laquelle les têtes ne dépassent pas : un mythe dangereux.
Ainsi l'individu serait très économe et utiliserait son argent à des projets qui lui sont utiles plutôt que de faire des formations "pour voir", un peu comme l'armée brule l'essence en fin d'année...

La version originale de ce texte a été publiée sur le site personnel de Guy-André Pelouze, Cosmosophy, en date du 14 février 2012 sous le titre : "Formation : faites-vous confiance dès le plus jeune âge".
Commentaires
Considérée globalement, la formation professionnelle n'a aucun impact sur le volume d'emplois. Celui-ci dépend essentiellement de la conjoncture économique. Par contre, pour l'individu confronté à un problème d'emploi, une formation s'inscrivant dans le cadre d'un projet professionnel réfléchi et réaliste est généralement payante. Mais cet individu là ne fait que se donner un avantage par rapport à des candidats moins avisés, en compétition avec lui face à une offre limitée. On n'améliorera les statistiques du chômage qu'en créant les conditions d'un dynamisme économique aujourd'hui défaillant: moins de charge sur les salaires, et, surtout, moins de carcans réglementaires dans le code du travail (ce qui ne veut pas dire permettre n'importe quoi).
Pourtant, le contexte pourrait changer si on faisait de la ressource humaine globale un atout en vue du dynamisme économique. Mais il ne faut pas que les actifs attendent d'être au chômage pour se préoccuper de leur avenir. Un service public (pouvant être confié au privé) disponible pour évaluer et conseiller les actifs tout au long de leur carrière permettrait d'atteindre un tel résultat. Evaluer la compétence des travailleurs recourant à ses services, leur apporter une vision réaliste des évolutions du marché de l'emploi, les aider à évaluer leur employeur dans un optique à moyen et long terme, leur suggérer les bonnes décisions de gestion de carrière: voila les missions dévolues à ce service public. Un actif qui connait bien les impératifs de son métier et la situation de sa branche professionnelle, qui sait quel est son niveau de compétence et comment l'améliorer, qui sait quitter au bon moment un employeur déclinant, qui sait comment se reconvertir lorsque c'est nécessaire ou opportun, c'est un actif qui a toutes les chances d'échapper au chômage. Et si un tel service public existait, et fonctionnait bien, la qualité de la ressource humaine qui en résulterait contribuerait fortement à une croissance économique importante.
Il est probable que toutes les sommes destinées à indemniser les chômeurs, à financer Pôle Emploi, et à mettre en place des formations de chômeurs souvent peu efficaces, seraient utilement redéployées pour créer un tel dispositif.
@ J. M. Belouve
Comment pouvez vous dire que la formation n'a aucun impact sur le volume des emplois quand on sait qu'il y a des dizaines de milliers d'emplois non pourvus. Certains peuvent l'être du fait d'une indemnisation inadéquate du chômage mais beaucoup le sont par manque de candidats qualifiés. Les employeurs potentiels, de leur côté, hésitent à investir pour former des personnes qui iront chez leurs concurrents sur un marché tendu. En outre, l'état peut se permettre de faire signer un engagement de durée en contrepartie d'une formation, un employeur privé, s'il le fait, aura bien du mal à faire respecter un tel engagement à supposer même qu'il puisse le demander.
J'ai quinze années d'expérience de ces questions, acquises à l'ANPE et au Ministère de l'Emploi. La formation professionnelle délivrée aux chômeurs, telle qu'elle se pratique est bénéfique individuellement lorsqu'elle s'inscrit dans le cadre de projets professionnels cohérents (ce qui n'est pas toujours le cas: on monte des formations, puis on remplit les stages...). Par contre, seule l'activité économique crée des emplois, pas la formation. Lorsque Sarkozy prétend faire diminuer le chômage en obligeant les chômeurs à suivre une formation, il se trompe et trompe les Français. D'abord, il ne trouvera jamais le financement pour apporter une formation professionnelle capable d'absorber un flux de 2,5 à 3 millions de chômeurs, et d'autre part ces formations n'apporteraient pas d'activité supplémentaire.
Le projet que j'expose est celui d'une gestion de la ressource humaine et des compétences tout au long de la vie, en donnant aux actifs, qu'ils soient en emploi ou en recherche d'emploi, la possibilité d'assurer une veille professionnelle, d'étalonner leurs compétences et de les parfaire continument, d'être en mesure de saisir les opportunités et de faire des choix d'orientation à tout moment. Cela demande de réformer complètement le Service public de l'emploi, qui cesse d'être seulement un organe de traitement du chômage, et devient le service d'aide à la gestion de carrière pour tous, avec un double objectif: offrir à chacun la possibilité d'optimiser sa carrière, et obtenir globalement un haut niveau de qualité de la ressource humaine, qui dès lors constitue un atout majeur du développement économique.
Les dizaines de milliers d'emplois non pourvus concernent un nombre limité de métiers dont les français jeunes et moins jeunes se détournent: le bâtiment, le transport routier, les métiers de la viande, par exemple, et, depuis l'instauration des 35 heures, certains métiers de la santé. Lorsque le Service public de l'emploi propose des stages dans le bâtiment, il est rare qu'on puisse les remplir. Pourtant, de nombreux jeunes entrent en apprentissage dans le bâtiment...Mais une forte proportion quitte le métier en cours ou en fin d'apprentissage ou bien après quelques années d'exercice de la profession, Dans le transport routier, il y a trop de candidats pour les emploi dans les transports régionaux, et bien trop peu pour les transports nationaux et internationaux. Ce sont des problèmes d'attractivité des métiers, et pas de formation.
Les employeurs hésitent, dites-vous, à investir dans la formation de personnels qui risquent d'aller chez des concurrents une fois formés. Il faut relativiser. Il existe des entreprises qui adoptent des stratégies de développement des compétences de leurs personnel (Renault, par exemple, est particulièrement en pointe dans ce domaine). Mais pourquoi faut-il que ce soient les employeurs seuls qui décident de la formation de leurs salariés ? Si tous les salariés avaient la possibilité d'évaluer objectivement leur potentiel professionnel et de maîtriser le cours de leur carrière, ils seraient les acteurs de leur formation, et ne dépendraient pas du bon vouloir de leurs employeurs. Une telle organisation est possible. Elle a un coût (pas forcément plus élevé que la politique de l'emploi actuel !), elle demande du temps pour être mise en place (ce qui rebute les politiciens), mais on dispose de suffisamment de connaissances et d'expérimentations pour l'entreprendre.
Le pays le plus avancé dans cette voie est probablement le Danemark, pays où l'expression "formation tout au long de la vie" prend tout son sens. Les actifs danois bénéficient d'un système qui leur permet de choisir, au moment opportun, les formations utiles à leur projet professionnel et de bénéficier des congés nécessaires. Est-ce pour cela que les salaires danois sont parmi les plus élevés d'Europe que le taux de chômage y est très faible, et, surtout, le taux d'emploi est le plus élevé du continent (77% de la population en âge de travailler, contre 63% en France) ? Certes, il existe aussi plus de flexibilité et moins de contraintes dans le droit du travail danois. Ah, j'oubliais. Il n'y a pas de "Pôle Emploi" pour gérer l'assurance chômage, mais 35 caisses de chômage privées, administrées par les partenaires sociaux...
C'est peut-être par là qu'il faut commencer: que l'Etat quitte le conseil d'administration de Pôle Emploi, réduise la voilure de son ministère de l'emploi, et laisse aux seuls partenaires sociaux la responsabilité des questions d'emploi.
Je trouve la formule "le problème c'est le chômage, pas les chômeurs" comme étant un bon résumé de ce qu'il convient de dire sur la proposition de référendun. Cette proposition de référendum relève, comme c'est maintenant une habitude, de la rustine sur une jambe de bois.
Le question du chômage relève d'une manière générale de trois facteurs: l'offre d'emploi, la demande et l'adéquation entre l'offre et la demande. D'où la question de la formation.
Je vais d'abord faire remarquer que la demande est liée en quantité au nombre d'habitants dans le pays (vu comme zone économique avec sa comptabilité propre). Après avoir constaté que la zone économique France comporte une population Française qui augmente de 0,5% par an uniquement du fait des naturalisations et d'un droit du sol de facto et qu'il existe une certaine quantité de population non Française qui "séjourne" en travaillant ou non, on voit que la demande ne cesse de croître. Je m'étonne que la maîtrise de cet aspect du problème ne fasse l'objet d'aucun débat.
Du côté de l'offre, je constate que celle ci est seulement une addition des offres individuelle des entreprises qui raisonnent toutes, et c'est normal, dans leur logique propre. Il me semble qu'il y a là une grave lacune.
Dans une population toutes les personnes n'ont pas les mêmes capacités. Je m'insurge contre cette idée qui voudrait que chaque personne pourrait, moyennant une "formation", faire tout ce que l'on voudrait en fonction d'un besoin qui apparaîtrait. Pour simplifier je pense qu'une population peut se classer dans un système pyramidal qu'aucun système de formation n'arrivera à écraser à la mode égalitariste.
Il faut donc que l'offre globale comporte une pyramide qui corresponde à la pyramide de la demande formée.
Prenons un exemple outrancier: on nous dit que si les usines délocalisent ce n'est pas grave car nous gardons les bureaux d'études. Lesquels, foi de promesses électorales vont devenir très innovants grâce aux crédits d'innovation. Mais alors que vont devenir les personnes très nombreuses en France qui ne savent pas lire et écrire correctement ni même se comporter poliment. S'imaginer que des formations vont en faire des travailleurs de bureaux d'études est une parfaite utopie.
Je note que pour les handicapés, on oblige les entreprises à en employer un certain nombre. Le système le plus mauvais est d'imposer un quota par entreprise. Il faut raisonner statistiquement sur un grand nombre d'entreprises quelle que soit leur taille par exemple au niveau d'une région. Plusieurs entreprises trouveront la meilleure formule en commun sans que l'état intervienne. Les entreprises doivent pouvoir se répartir les charges librement entre elles.
Je pense qu'il faut faire quelque chose de semblable pour les couches basses de la pyramide principalement.
En refusant d'agir sur la quantité de la demande et en ne faisant rien pour que la pyramide de l'offre se déforme pour se rapprocher de la pyramide de la demande, on se met dans les plus mauvaises conditions et de mon point de vue les efforts de formation des couches basses seront gaspillés.
Pour ce qui est des fraudes, il est certain qu'il y en a. Combien?
Une chose me semble certaine, cette fraude est liée au nombre de personnes concernées par les allocations de toutes natures et au fait que les "administrations" acceptent trop facilement des faux papiers et ne font pas les recoupements des fichiers informatiques.
Je ne sais même pas s'il existe des cas de sanctions pénales. Souvent les personnes ne sont pas solvables et des peines de prison faibles ne sont pratiquement jamais éxécutées en France. Je me demande même si un étranger fraudeur est expulsé.
Si le chômage baisse, les fraudes baisseront en même temps.