Guy-André Pelouze et Alphonse Crespo nous révèlent pourquoi et comment l'intensité du progrès technologique dans ce secteur entraîne au contraire le développement de nouvelles façons d'approcher la maladie et la médecine, qui rendront possible l'accès général à des soins de meilleurs qualité et, surtout, finalement beaucoup moins onéreux (mais à condition que les pouvoirs publics acceptent de faire sauter les obstacles institutionnels qui s'opposent à la mutation des systèmes de soins et de leurs modes de financement).

S'appuyant sur leurs expériences personnelles, les deux intervenants analysent le changement de paradigme qui révolutionne le "business de la santé". Ils expliquent notamment pourquoi une telle évolution devrait inévitablement sonner le glas de la manière dont nous concevons non seulement l'organisation des hôpitaux, mais également les modes de financement (socialisé) des dépenses.

Les interventions des deux orateurs ont été suivies d'un long échange de vue avec la salle.

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Vous pouvez également écouter ettélécharger l'enregistrement audio de la conférence

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Médecine-Science : quelles ruptures dans les systèmes d'organisation de soins.

Dr Guy-André PelouzeLe Dr Guy-André Pelouze a successivement abordé trois thèmes :

- 1) La médecine connait actuellement une formidable vague de transformations liée à l'accélération extrêmement forte des connaissances dans les domaines de la connaissance génomique, génétique et épigénétique. Après l'âge initial de la "médecine intuitive", puis celui de la "médecine empirique" (la médecine telle qu'elle est aujourd'hui pratiquée), nous entrons dans un troisième paradigme, celui de la médecine de précision, ou "médecine personnalisée". Ce changement est à l'oeuvre dans toutes les spécialités médicales, et entraîne une transformation profonde et brutale que les institutions en place s'efforcent de freiner autant que possible, d'où le résultat que la plupart d'entre nous n'en bénéficions pas encore.

- 2) En trois siècles, l'espérance moyenne de vie est passée de 30 ans à plus de 70 ans, et la ration alimentaire journalière des habitants de nos nations évoluées dépasse les 3200 calories contre 1700 au dix-huitième siècle. La grande sortie de la misère et de la maladie n'est pas l'oeuvre de la médecine mais de l'évolution économique. C'est elle qui a mis à notre disposition toujours plus de calories. Le rôle du système de soins est systématiquement sur-estimé quant à ses résultats sur le bien-être de nos sociétés modernes. Cela est du au rôle des institutions en place qui exercent un pouvoir très important pour éviter tout changement dans l'organisation actuelle, et qui, à cette fin, développent un discours qui surestime leur efficacité pour justifier leur existence. L'organisation hospitalière offre un bel exemple de cet état de choses. Les hôpitaux restent organisés de manière totalement anachronique. Ils forment un système hyper-rigide qui bloque la transformation, alors que le changement technologique galope, et que celui-ci impose des changements radicaux dans la répartition des tâches au sein des systèmes de soins.

- 3) Guy-André Pelouze conclue son exposé en s'interrogeant sur les moyens de sortir de cette situation de blocage. La santé est un système hypercomplexe, ce qui fait que tout solution simpliste est nécessairement inappropriée. Il faut ouvrir les systèmes de soins aux innovateurs; non seulement ceux qui font progresser la connaissance médicale et technique, mais aussi et surtout à ceux susceptibles d'introduire et de commander des innovations organisationnelles. Il faut permettre la multiplication des expériences. Il faut changer les modes de recrutement de ceux qui ont pour responsabilité de gérer des hôpitaux. Il faut y faire entrer des gens de l'entreprise. Il faut en finir avec un système qui survalorise ses résultats (30 % des soins conduisent à des résultats délétères pour les patients). Enfin il faut passer à des systèmes de financement des dépenses de santé qui créent une incitation pour les malades et patients à rechercher les meilleures solutions financièrement les plus économes. C'est à ces seules conditions que l'on pourra enfin bénéficier pleinement des avantages du passage à la nouvelle ère de la "médecine personnalisée".

Le titre du livre auquel Guy-André Pelouze se réfère dans son exposé est : "The Innovator's Prescription: A Disruptive Solution for Health Care", par Clayton M. Christensen, Jason Hwang et Jerome J Grossman; publié par MacGraw Hill (2009).

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Rupture médicale novatrice : le grand défi institutionnel.

Pour sa part, le Dr Alphone Crespo nous a fait parvenir le résumé suivant qui reprend les principaux points de son exposé.

Dr Alphone CrespoL'accélération du progrès médical propre à notre époque se heurte à un cadre institutionnel de la santé figé dans des concepts idéologiques conçus au 19e siècle. L'inadéquation entre rupture novatrice et stagnation institutionnelle plombe l'accès à l'innovation et affecte le financement des soins.

L'avènement d'une médecine de plus en plus prédictive et curative, Internet et l'accès en temps réel des patients à l'information médicale amènent à la fois une révolution thérapeutique et un nouvel équilibre dans la relation médecin patient. Ils réclament également une mise à jour de nos systèmes institutionnels de santé.

La société devra tôt ou tard s'affranchir de concepts d'assurance sociale, de redistribution et régulation étatiques hérités de Bismarck et d'idéologies planificatrices obsolètes, pour se doter des modèles de provision des soins, d'accès à l'innovation et de financement à la hauteur des percées technologiques du XXIe siècle.

L'explosion novatrice exige l'abandon d'algorithmes rigides régissant aujourd'hui l'autorisation et la mise sur le marché de produits thérapeutiques nouveaux. Patients et médecins doivent pouvoir accéder sans entraves administratives, aux fruits de la recherche en fonction de critères décisionnels qui leur sont propres. La "double voie" d'accès aux médicaments expérimentaux issue de l'école neuro-économique américaine (1), propose dans ce domaine un modèle concret de réforme institutionnelle en adéquation avec la dynamique actuelle du progrès.

La réussite des réformes de santé dépendra de la capacité institutionnelle de dissocier clairement financement des soins et assistance sociale; de restituer à l'assurance sa mission première de couvrir le risque et enfin de développer l'épargne santé pour faire face aux échéances physiopathologiques de plus en plus prévisibles de chacun. Des pays tels que Singapour l'ont compris: leur système de Santé, un des plus performants du monde, s'appuie sur ce principe.

(1) cf Bartley J. Madden: "Choisir pour Guérir: la liberté d'accès aux médicaments en phase d'essai" - (Préface Vernon Smith, lauréat du prix Nobel d'économie ). édité par Médecine & Liberté et the Heartland Institute, 2008 Trait_html_691a601b.jpg