Avant de répondre à cette question en effet cruciale puisque Marine lui subordonne son désistement (elle l'a répété sur RTL, le jeudi 26 avril à 7h50) observons, en premier lieu, que les programme économiques de Hollande, de Sarkozy et de Marine Le Pen, en particulier sur les dépenses publiques, et donc sur le refus de rendre la liberté à l'enseignement (alors que le privé sature mais est empêché de croître) et à la protection sociale (il est interdit de choisir sa sécu), ces programmes sont quasi identiques en opposant libéral et social alors que ce n'est que par la croissance, de qualité, que le plus grand nombre peut prospérer au lieu d'être assisté, même s'il est "français" tandis que "l'autre" ne le serait pas…Si l'étatisme n'avait pas dévoré cette capacité de croissance on n'en serait pas à caricaturer la légende du radeau de la Méduse en se demandant à qui distribuer les courtes pailles…

Certes, Sarkozy gèle en quelque sorte les embauches dans la fonction publique, mais comme il ne permet pas – tout comme Hollande et Marine Le Pen – que les universités, les lycées choisissent leur personnel, tandis que les enseignants en majorité (même non syndiqués), et ce malgré la nouvelle loi d'autonomie, ne permettent pas que chaque département gère ses propres entrées d'argent privé (ainsi un département peut avoir un fort programme de formation continue, mais l'argent gagné ne sera pas touché par lui, il ira alimenter la caisse centrale de l'Université, donc y compris les départements qui ne font rien et même s'en vantent) ; tout ceci implique évidemment des locaux et du matériel désuets, peu de moyens pour faire de bon cours dédoublés, des conférences, attirer des enseignants de renom, des étudiants étrangers de qualité (comme savent si bien le faire les universités américaines) ; pendant ce temps, en Inde, certains élèves ont désormais comme cahiers de classe des…tablettes numériques…

La pseudo-défense d'un faux service public

Mais, en France, on aura plutôt les appels au secours classiques, ou les nouvelles levées d'impôts, la chasse aux riches, aux fraudeurs à l'étranger, alors que cette pseudo défense est celle d'un faux service public : il refuse réellement d'être au service du plus grand nombre, il parasite en réalité le "vrai" public - celui qui aide vraiment et non pas celui qui clientélise. Les faux défenseurs de la chose publique (res publica) disent évidemment le contraire en montrant du doigt "l'ultra-libéralisme", etc : on croît rêver alors que dans l'enseignement et la santé, c'est l'ultra-étatisme ; l'étatisme cela veut donc dire la perpétuation de diverses labellisations centralisées alors que par exemple les hôpitaux pourraient proposer également des activités paramédicales, médecines douces, massages, (SPA compris), les piscines municipales réformées pourraient se moderniser avec hammam sauna salle de muscu ouvertes, comme dans le privé de 7h à 22 h…

Leur différence au FNUMPS n'est donc pas décisive, en matière d'étatisme, d'organisation de l'économie intérieure, ce qui est essentiel puisque après tout celle-ci a comme marchés majeurs le marché intérieur et le marché européen, l e marché mondial ne comptant que pour 20 % tandis que lesdites délocalisations ne touchent que 5% des entreprises ; autrement dit, le chômage provient bien plus de l'étatisme, du manque de formation permanente, du refus d'investir -comme on l'a dit plus haut - dans de nouveaux comportements en matière d'enseignement, de santé, et donc de recherches, d'innovations ; par exemple un petit robot balayeur coûte encore 2000 euros, et la personne de ménage habituelle pourrait être formée pour autre chose dont l'aide aux personnes âgées, du moins s'il y avait une souplesse dans les contrats à l'instar du chèque emploi service ; de même le marché de l'assurance privée est fermée à la protection sociale, mais aussi aux étrangers, alors qu'il faudrait encourager la création d'un marché assurantiel fort qui pourrait également ainsi financer la protection sociale sans léser les soins lourds.

Sarkozy aurait dû faire tout cela, il avait été élu pour au moins ouvrir la route en 2007; au lieu de cela il a tenté de renflouer un Etat Providence d'assistanat, et donc de clientélisme, qu'il aurait pu réformer en profondeur (mais il y a eu la crise de 2008 disent ses défenseurs), sauf qu'il n'aurait pas été contradictoire de se protéger des subprimes, de contester le fait que certains pays émergents fassent du protectionnisme, et de libérer (plus clair que libéraliser) l'économie, la formation, etc…le tout pour mieux protéger le plus grand nombre alors que l'étatisme l'a appauvri malgré la course dans la dette pour boucher les trous que la gauche a également créé, hurlant aux manques de moyens alors que l'on voit bien qu'il s'agit d'orientations fausses et d'organisations en interne corsetées par le refus de laisser la vraie liberté aux citoyens enseignants, chercheurs, médecins, entrepreneurs, etc… Bref, tant que la nécessité de l'Etat arbitre (qui s'occupe aussi de l'état du terrain) se trouve mise du côté au profit d'un soit disant Etat "stratège" on en restera là, sauf que la conjoncture (l'absence de croissance) ne permet plus de telles illusions.

Fausses querelles sur le pacte d'équilibre budgétaire et de croissance

En second lieu, plus politique, pourquoi le fait que Hollande ait dit qu'il se serait désisté pour Mélenchon au second tour – si ce dernier était arrivé premier à "gauche"- ne pose pas autant de problèmes qu'à droite ? Parce que Mélenchon bénéficie de l'aura des 75 000 fusillés du PC alors que, si ce dernier en a fait autant, c'était surtout pour soulager le front soviétique, pour faire en sorte que le maximum de divisions nazies soient immobilisées en France, afin qu'elles ne puissent pas aller attaquer la vraie "patrie du socialisme ", pas du tout pour les beaux yeux de Marianne ; certes, encore, le communisme que vient de zombifier Mélenchon (en ressuscitant des morts vivants qui sortent de l'ombre pour se réunir en nombre on l'a vu) bénéficie des acquis de 36 - alors que l'on allait vers les 40 heures (44 heures en moyenne) disait Aron dans ses "Mémoires", et que le fordisme de plus en plus d'actualité dans les années 30-60 impliquait d'augmenter le pouvoir d'achat, et de permettre aussi quelques repos sans grever les conditions de la concurrence.

Mais à ce propos, les ouvriers suisses viennent de refuser des semaines de congés en plus parce qu'ils préfèrent gagner plus, via évidemment des intéressements, des participations au capital que les syndicats français refusent; il n'y a pas de cogestion en France alors que, rappelons le, le plus grand "ultra libéral", le monétariste Milton Friedmann, disait, dans son petit livre " Contre Galbraith " , qu'il était pour que l'on distribue toutes les actions à tous les salariés : on verra bien alors qu'il ne s'agit pas seulement du droit de propriété mais du droit d'organisation : qui fait quoi dans l'entreprise et comment est-il rémunéré ? Soit mécaniquement, via le SMIC etc et une conception fausse de la création de profits (car vous aurez beau réduire les coûts, si le produit ne trouve pas sa demande il n'y aura pas de bénéfices, d'où l'erreur de Marx sur l'origine, en général, de la plus value et surtout de la baisse tendantielle du taux de profit) ; soit selon les résultats liées aux vraies compétences ?

Mélenchon et consorts, optent pour la première solution en s'appuyant sur des cas, isolés, de mauvais patrons et de la soif d'acquérir qui a existé bien avant le capitalisme ; n'oublions pas que le travail était lui aussi organisé mécaniquement en Union soviétique, c'est-à-dire militairement, les syndicats libres étaient interdits (comme en France aujourd'hui d'ailleurs), le goulag servait à faire tourner les camps de travail de Sibérie, la famine organisée, l'extermination des paysans "riches" (les koulaks), tout cela a bien existé mais a tué évidemment sinon bien plus lentement du moins différemment que les chambres à gaz, et ce au nom d'un autre idéal plus respectable, d'où le refus d'un Aron (à la différence d'Arendt) de faire la jonction entre les deux systèmes de mort criminalisée dans le terme "totalitarisme". En tout cas, si Mélenchon et Hollande se font "modérés" en ne taxant que les gros riches, (on a le droit avec Mélenchon de gagner 30 000 euros par mois : mais on a droit aussi de lui prendre les trois quarts…) il est inexorable qu'avec le temps - et Philippe Némo a raison - ils taxeraient tout le monde (comme en Russie) puisque l'argent ne viendra que de la ponction et de l'expropriation étant donné que la croissance ne sera pas au rendez-vous à partir du moment où les contradictions structurelles relevées (dans le 1°) ne seront pas résolues ; et elles ne le seront pas par la relance qui donne toujours de fausses informations au marché à terme (comme on le voit dans l'automobile française actuellement) d'où les fausses querelles actuellement sur le pacte d'équilibre budgétaire et de croissance.

Le FN n'est pas vichyste

Mais revenons à nos moutons plus politiques : Le FN a beau avoir, dit-il, pas mal d'anciens résistants dans ses rangs, rien n'y fait, et pourtant est-on sûr que les feux vichystes soutiennent le FN et pas plutôt le feu PFN, l'Oeuvre française, c'est-à-dire Karl Lang, Bruno Mégret, voire le Bloc Identitaire, qui tous les trois refusent l'assimilation des étrangers devenus français, alors que le FN est pour ? ne serait-ce pas, là, plutôt la barre, décisive, à placer ? Je crois que oui. Le FN n'est pas vichyste. Certains le savent à droite, et même à gauche (Jean-Marie Le Pen a-t-il été décoré de la Francisque ?…), ils se rabattent sur la guerre d'Algérie et sur les pratiques de torture qu'auraient effectué le même Jean-Marie Le Pen. La réponse est encore plus aisée : l'aurait-il fait de son propre chef ou parce qu'il fallait sauver la vie d'enfants qui sautaient dans les cafés ? On a vu dernièrement, et même un BHL s'en est offusqué, qu'une ancienne FLN poseuse de bombes n'a aucun remords alors que l'action de la France en Algérie n'était tout de même pas l'action de l'Allemagne nazie… Et le fait que le FLN ait massacré des centaines de milliers d'Algériens à cette époque, et aussi en 1990, est passé sous silence ; le fait que le FLN ait, même implicitement, éradiqué la présence étrangère en Algérie - même s'il est resté ici et là des militants de gauche ou des gens issus de mariages mixtes- n'a jamais été perçue comme l'exemple même du racisme.

L'Algérie est devenue un Etat raciste étatiste islamiste dans l'indifférence générale, avec le double soutien gaulliste et communiste, afin aussi de contrer en pleine guerre froide l'influence anglo-américaine.

Sauvegarder un espace public libre de toute privatisation qui ne profiterait pas à tous

Peut-on reprocher, décemment, au FN d'avoir refusé cette politique, et aussi de refuser que, du fait des inconséquence de l'Etat algérien actuel, mais aussi de toute la politique de la France/Afrique, une immigration massive vienne en quelque sorte débarquer en France en emmenant avec elle, ce qui est après tout normal, sa manière de vivre ? Car l'on sait bien que le débat faussement démographique, et faussement économique, sur le besoin de bras et de ventres immigrés, (la Banque Centrale européenne vient de refaire le coup pour l'Allemagne) oublie que ces bras et ces ventres ont aussi des cerveaux et des coeurs et que ceux-ci veulent vivre, et c'est normal, comme "là-bas" - sauf que c'est incompatible avec les valeurs républicaines d'égalité entre hommes et femmes, de civilité qui font que hommes et femmes se voient, échangent, s'admirent, sans être mariés, et que par exemple le fait qu'une femme puisse être aujourd'hui en maillot de bain une pièce sans déclencher une révolution a été le produit d'une longue maturation qu'aucune autre culture ne peut prétendre interdire sur le sol français : sauf à avoir son endroit comme les nudistes ont le leur…du moins toléré… mais il se trouve que sur le territoire de la République le problème n'est pas tant celui-ci que le pouvoir de certains groupes de profiter de cette tolérance pour empêcher que leur propre progéniture puisse sortir de leurs griffes : ce fut là le débat sur les signes ostensibles à l'école ; le problème est aussi là, pour l'octroi dans les piscines municipales d'heures réservées à des voilées (Aubry parle sans rire de "grosses" femmes qui voulaient cacher leurs rondeurs) alors que le débat peut être tranché en considérant que c'est une affaire privée, et que ces femmes peuvent le faire car la République est une démocratie axée aussi sur la liberté, mais dans le privé ; idem pour les lieux de culte : Notre Dame a mis cent ans pour se construire faute d'argent, la grande synagogue de Turin a dû arrêter sa construction (elle est devenue le musée du cinéma) pour la même raison ; on ne voit pas pourquoi l'argent public devrait participer à la construction d'établissements religieux privés quand bien même seraient-ils culturels également… Bref, le refus du FN (mais aussi de groupes comme Riposte Laïque) d'un tel financement, n'est pas le produit du racisme mais de la sauvegarde d'un espace public libre de toute "privatisation" qui ne profiterait pas à tous…

Venons-en alors à la question de Marine Le Pen : si le FN n'est pas issu du vichysme, si le FN est assimilationniste, si le FN est légaliste, alors le fait d'amalgamer sa position à celle de partis authentiquement racistes ou classistes, est nul et non avenu. Certes, son programme économique est étatiste, même si Marine le Pen dit qu'elle est pour l'économie de marché alors que Mélenchon est contre. Mais cela n'a pas empêché Mitterrand et Jospin de prendre des communistes dans leur gouvernement.

Compatible avec la République ?

Dans ces conditions, on ne voit alors pas pourquoi, puisque le FN affirme qu'il défend les Français au delà de leurs origines ethniques et religieuses, et puisque le PS empirerait la situation actuelle en ne comprenant pas qu'il ne s'agit pas seulement d'une crise économique mais une crise de civilisation (et il ne s'agit pas seulement de la présence non organisée des immigrés refusant la culture française), on ne voit pas pourquoi il n'y aurait pas de désistement au second tour des prochaines législatives.

Donc, si j'étais chef de la droite républicaine, et si je dis que le FN est "compatible avec la République" - parce que l'on ne peut pas lui reprocher le passé vichyste ou sa position sur l'Algérie comme je l'ai démontré- et parce qu'il est assimilationniste (bien que je sois seulement intégrationniste, à la différence de Zemmour…), alors je considérerais que, malgré nos différences en matière économique (différences que l'on pourraient également résorber avec des amendements au Traité européen) et internationales (Afghanistan, Libye, Syrie…), le fait que l'on veuille préserver "le mode de vie à la française" comme l'écrit Yves Roucaute, actuel Président du Club des Patriotes, mérite que l'on puisse négocier des désistements avec le FN. Et que donc l'on arrête de se plier aux diktats de celles et ceux qui ne se rendent pas compte que l'on ne peut pas continuer ainsi, en refusant d'admettre ne serait-ce que la France ce n'est précisément pas seulement "le métro à six heures du soir"…

En retour, Marine devrait appeler à voter Sarko au second tour. Du moins s'il suivait mon conseil de répondre positivement à sa question.

Voilà c'est dit. Ce qui n'a pas été évident. D'autant que je ne vais pas me faire des amis. Mais au point où j'en suis : traité de raciste, de sioniste, etc, montré du doigt parce que je ne considère pas Foucault comme supérieur à Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel…, j'ai pris la décision de penser à froid, et de préparer les années futures.

La version originale de ce texte de Lucien Oulahbib a été mise en ligne sur le site de Résiliencetv en date du 26 avril 2012.