Affaire DSK : qui est la victime ?
Par Lucien Oulahbib le lundi 16 mai 2011, 17:13 - Article - Lien permanent
En France, la tendance dominante consiste à disculper DSK d'emblée, sous les couverts de présomption d'innocence, sauf que la femme de chambre, bien qu'elle soit considérée par sa direction, ne connaît pas ce genre de sollicitude.
Ne parlons pas d'une Christine Boutin qui, de toute façon, ne croît pas au 11 septembre, mais de tous ceux qui, de Tapie à Dray en passant par une certaine fan qui parle de complot international, ne professent pas un mot sur la femme de chambre.
Parce que en France les choses se sont inversées depuis longtemps. C'est la victime qui est en quelque sorte coupable, jusqu'à restaurer une pensée que l'on croyait révolue tant elle fut réactionnaire : cette femme l'a sûrement bien cherché, trop jolie peut-être, jupe courte de son uniforme Sofitel sans doute pour aguicher le client ; certaines jeunes femmes à NY sont d'ailleurs des actrices en attente parce qu'il n'est pas honteux aux USA de faire un "job"de ce genre, le temps que la chance et/ou le talent vous sourit enfin.
En France c'est ledit coupable qui est devenu l'axe essentiel du droit, pas du tout la victime considérée plutôt comme l'un des éléments du "système", un stimulus sans plus en ce sens où, par exemple, DSK serait victime de la société hédoniste hyper-consommatrice qui pousse, dérègle ; la femme de chambre n'étant que l'étincelle qui met le feu. C'est donc DSK la victime CQFD. Voilà la triste réalité d'une bonne part de la justice française et de son droit.
La chauffeuse de bus à Marseille qui avait connu l'incendie de son véhicule et la mort d'une jeune fille brûlée, avait témoignée lors d'une de ses dernières tentatives de suicide qu'elle avait appris que les accusés avaient eu le droit à tous les accompagnements alors qu'elle était restée seule avec ces images affreuses.
Voilà la réalité d'une certaine justice française, et aussi d'une certaine conception féodale du droit de cuissage dans laquelle une femme de chambre n'est rien d'autre qu'un morceau que l'on prend, même si elle ne veut pas...
Si DSK a droit à la présomption d'innocence, cette femme de chambre aussi, ce qui n'est visiblement pas le cas en France; et cela reflète bien l'état élevé dans lequel se trouve aujourd'hui la justice (alors que les Américains ne sont que puritains); la classe politique et médiatique dans son ensemble en France (y compris Bernard Debré qui confond libertinage et crime) ne peut que juger avec mépris cette méconnaissance yankee.
Cet article a été publié le 16 mai 2011 sur le site MNM de Lucien Samir Oulahbib
Commentaires
Les considérations de nos Sherlock Holmes frenchies sur les "invraisemblances" de l'affaire et "l'alibi" de DSK sont, de fait, assez risibles. Faisons confiance à la justice américaine et à son mode accusatoire.
Tout à fait d'accord .NKM a fait fort, la victime ce serait la France et pas un mot pour la femme de ménage.... il faut juste lui souhaiter de ne pas subir le même sort ,elle pourrait méditer sur le sens du mot victime
Les déclarations de Guigou et consorts émus jusqu'aux larmes à la vue de DSK les mains derrière le dos parce que menotté, et qui le font passer pour une simple victime, sont d'une indécence et d'un mépris, pour la victime et la justice américaine, sans limites!
1/ - Respect de la présomption d'innocence pour le prévenu ;
2/ - Absence de réelle considération pour la victime présumée ;
En quelque sorte, la victime ne deviendrait-elle coupable ?
Mme Nafissatou Diallo est d'origine peule, ce qui est reconnu comme une distinction et une qualité en Afrique de l'Ouest. Sa famille est en Guinée Conakry, ce qui incidemment laisse supposer qu'elle comprendrait le français.
Elle bénéficie de la présomption de sincérité.
Ben oui !
"En France, c'est le(...) coupable qui est devenu l'axe essentiel du droit, pas du tout la victime considérée plutôt comme l'un des éléments du système, un stimulus sans plus (...)". On ne peut que saluer la pertinence de cette phrase. La dérive progressive mais permanente de la justice française depuis les années 80 explique pourquoi tant de citoyens n'ont plus aucune confiance dans la justice de leur pays, non seulement parce qu'elle ne les protège plus mais aussi parce qu'elle les méprise.
DSK va passer de la tête du FMI à la tôle fédérale US, pour le restant de ses jours, à moins de conclure un arrangement avec la plaignante. En fait, sa SEULE chance est qu'elle retire sa plainte contre de l'argent.
NKM n'est qu'une arriviste sans scrupules, l'image de la France elle s'en contref... totalement, seule son image dans Paris Match lui importe...