Cette double possibilité (dynamique de développement et émancipation de la décision) n'a pas encore été franchement entamée en réalité de peur sans doute d'être taxée de "libéral" (ultra, néo, etc), ce qui semble être devenu d'ailleurs un terme grossier ou immoral y compris dans les rangs de la majorité présidentielle.

En fait, si l'on veut, vraiment, relancer l'économie et, réellement, dynamiser la société civile, deux lois devraient être annoncées aux alentours de novembre 2010, discutées dans le pays jusqu'en juin 2011, formalisées en séance extraordinaire durant juillet 2011, et appliquées en octobre 2011, ce qui permettrait de faire campagne sur leur début de réalisation.

Ces deux lois exprimeraient la rupture elle-même tant demandée (et le manque de visibilité, substantielle, de celle-ci semble bien être à la source de l'abstentionnisme des Régionales 2010). Elles permettraient à la fois de mobiliser le camp du Mouvement qui est désormais celui de la Majorité Présidentielle et, en même temps, d'obliger les camps conservateurs social-écologiste, social-démocrate, et social-nationaliste à l'attaquer vertement tant ces deux lois remettraient en cause leur domination idéologique sur l'analyse des causes qui paralysent notre pays, la France.

Ces deux lois auraient comme objet le renforcement libérateur de la protection sociale (comprenant également retraites et chômage) et le renforcement libérateur de l'enseignement.

Concernant le premier décret nombre de rapports montrent que l'une des pistes (aux côtés des réformes de l'enseignement, de l'innovation, on le verra ensuite) semble bien être non pas seulement la réduction du taux de TVA mais surtout la réduction des charges sociales des petites et moyennes entreprises (dans un premier temps), ce qui, de l'avis de tous les experts, même de gauche, permettrait d'augmenter l'activité et donc d'embaucher (y compris dans les secteurs très concurrencés) ; ce qui suppose non pas de faire des allégements mécaniques ou des ristournes conjoncturelles ou corporatistes, mais d'introduire bel et bien la concurrence libératrice, mais encadrée, (le mot "dérégulation" doit être banni puisqu'il s'agit d'une nouvelle régulation et non pas d'une absence de règles !), et ce de la façon suivante: les grands groupes d'assurance qui ont montré leur efficacité durant la récente tempête ont depuis longtemps la possibilité proposer des systèmes de protection sociale bien moins chers (par exemple Axa) ; la puissance publique les incitera cependant à mutualiser leurs moyens pour les soins lourds (afin d'éviter de trop importantes franchises) et aussi pour la concurrence à l'international.

Voici les détails : indépendamment de la question de la période de transition que l'on abordera plus tard, on pourra donner tout le salaire brut au salarié avec en plus une partie de la part patronale, celle-ci étant diminuée de moitié. Ce qui, immédiatement, donnerait du pouvoir d'achat en tablant sur le fait que le marché de la protection sociale élargie serait moins cher que le monopole de l'offre actuelle ; d'ailleurs, des hôpitaux aujourd'hui publics, rendus totalement libres dans leur mode de gestion, pourraient travailler avec les assurances, et celles-ci seraient incitées à le faire afin de ne pas uniquement en faire bénéficier les cliniques.

Quel serait l'avantage du point de vue régalien ?

Il ne s'agira plus de saupoudrer mécaniquement les réductions actuelles (tout devra être remis à plat) avec l'espoir pour le moment vain que les grosses industries de main d'oeuvre puissent embaucher, ou encore que les petites entreprises aient quelques répits durant deux à trois ans ; il s'agira de peser à la source, bien en amont, en tablant sur le fait qu'un tel renforcement libérateur permettra non seulement de dynamiser le marché de la protection sociale, élargie peu à peu aux retraites et au chômage, mais aussi et surtout en ce qui concerne l'intérêt de la puissance publique, celui d'agir par effet multiplicateur, donc d'encourager à l'activité de façon naturelle et non pas artificielle : n'oublions pas en effet que nombre d'entreprises ralentissent leur activité afin de ne pas être surtaxées. Il faudra évidemment songer à une période de transition qui peut être négociée avec tous les partenaires.

L'idée à défendre sera donc de penser à un système polyvalent de protection sociale corrélée au second renforcement libérateur, celui de l'enseignement et de la formation continue : ainsi il s'agira de permettre aux familles et aux individus de choisir leur établissement via un chèque éducation/formation tiré du budget alloué à cet effet.

Les établissements auront le loisir de s'organiser comme bon leur semble, à partir du moment où ils remplissent les conditions d'un cahier des charges. La difficulté majeure concernerait les établissements délaissés qui verraient cependant nombre d'enseignants continuer à être payés sans rien faire. Ce problème peut être contrecarré par deux facteurs : il serait étonnant qu'un personnel aussi concerné par leur tâche que les enseignants puisse admettre longtemps que l'on peut être payé sans rien faire, c'est-à-dire sans se remettre en cause ; l'Etat peut alors accompagner leur rénovation par une expertise appropriée. Ce renforcement libérateur en matière d'enseignement/formation permettra sans aucun doute de vivifier en amont l'offre et la demande, évitant ainsi les dysfonctionnements, les gaspillages, les corruptions.

Ainsi ces deux lois permettraient de relancer l'idée de service public en considérant que celui-ci est incarné par un cahier des charges et non pas par une structure déterminée, ce qui permettrait ainsi d'élargir l'offre, tout en faisant en sorte que cela ne coûte pas plus, et même soit bien plus efficace.

En règle générale ces deux lois permettraient d'éviter que l'Etat apparaisse comme celui qui ne propose rien d'autre que réduire les dépenses publiques, tout en se maintenant comme seul gestionnaire véritable en sous-main, car même si cela n'est pas le cas, c'est comme cela que c'est perçu, et c'est d'ailleurs sur cette base que la gauche a pu gagner des sympathisants autour du mot d'ordre "non à la casse du service public" alors que c'est la gauche qui l'a brisé depuis fort longtemps maintenant. Trait_html_691a601b.jpg

Cet article a été publié le 28 mars 2010 sur le site MNM de Lucien Samir Oulahbib sous le titre "Quand Villepin concurrence Besancenot et que Copé s'étatise.