Le bilan hypertrophié de la Réserve Fédérale américaine fait se tordre les mains aux Chinois : Beijing menace d’arrêter d’acheter des bons du Trésor si le dollar dérape, et a proposé de remplacer le billet vert par les Droits de Tirage Spéciaux du FMI comme monnaie de réserve numéro un du monde. Une commission des Nations Unies a soutenu la motion chinoise mais, juste au cas où cela ne se produirait pas, la Chine achète de l’or.

Aujourd’hui, les actifs libellés en dollars représentent 64 % des réserves officielles du monde, et l’euro 27 %. La livre britannique et le yen ne représentent respectivement que 4.1 % et 3.3 %.

Pour ce qui est de la diffusion internationale de la monnaie-papier, c’est le dollar qui prédomine, avec 60% à 70% de tous les billets détenus à l’étranger. La proportion correspondante pour l’euro, en deuxième place, n’est que de 10% à 15%. Et sur le marché des changes, le dollar est impliqué dans 88 % de l’ensemble des transactions.

L’euro menacera-t-il un jour la suprématie du dollar ? Peu probable. La Pologne et la Hongrie veulent entrer dans l’euro, mais la Commission et la Banque centrale européennes traînent les pieds. Dans ces conditions, ne soyons pas surpris que l’Union Européenne (dont la Pologne et la Hongrie sont membres) soit ouvertement hostile à ce que des pays non membres adoptent l’Euro. C’est exactement cette insularité pathologique qui me donne à penser que l’euro ne représentera pas de sitôt une menace pour la domination du dollar.

Une exception se rapporte à l’expérience du Monténégro, pays non membre de l’EU, et qui est aujourd’hui « euroïsé ». A la fin de 1999, le Président d’alors et aujourd’hui Premier ministre Milo Ðukanović (dont j’étais alors le conseiller) a laissé tomber le dinar yougoslave pour le remplacer par le mark allemand. Le mark s’est transformé en euro, de sorte qu’aujourd’hui, c’est de l’euro que les Monténégrins se servent. Et ce changement de monnaie a été le pivot de la déclaration d’indépendance du Monténégro en 2006, événement auquel, en avril dernier, a succédé l’acceptation du Monténégro comme candidat à l’Union Européenne.

C’est une leçon pour les autres pays qui voudraient adopter l’euro : l’essentiel est de limiter le rôle de la monnaie locale tout en facilitant l’utilisation de l’euro.

Cela fait un siècle que le Panama se conforme à cette stratégie, avec succès. La plupart des gens qui font des affaires ou de la banque au Panama s’imaginent que la monnaie nationale du Panama serait le dollar américain. Mais ce n’est pas le cas : c’est le balboa qui est la monnaie du Panama ; le balboa qui vaut un dollar. Et, alors que le Panama émet des pièces libellées en balboas, il n’imprime pas de monnaie de papier. Ainsi, les Panaméens n’emploient des balboas que pour les petites transactions qui se font avec des pièces ? Pour tout le reste c’est du dollar qu’on se sert.

Le DTS comme concurrent du dollar a ses partisans. Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque Populaire de Chine, a récemment annoncé que Beijing souhaitait une nouvelle monnaie de réserve internationale qui serait “indépendante des conditions économiques et des intérêts souverains d’un seul pays, quel qu’il soit.”

Traduction : nous voulons un substitut viable au dollar, éventuellement le DTS (qui se compose de 0.6 dollar, 0.4 euro, 18.4 yen et 0.09 livre britannique). Sa valeur fluctue avec les taux de change, et aujourd’hui un DTS vaut 1,5 dollar.

Cependant, le DTS n’est pas un moyen d’échange tangible, ni un Droit sur un tel moyen : ce n’est qu’une unité de mesure dont le FMI se sert pour équilibrer ses comptes. Il n’a aucune utilisation commerciale réelle. Alors, ne comptez pas sur lui pour évincer le dollar de sitôt.

Je ne reproche pas à Beijing de s’inquiéter de l’état du “système” international de monnaies fiduciaires. Ils ont en jeu 2 billions de dollars en réserves officielles de change ; alors, accumuler de l’or en barre est une démarche astucieuse.

À mesure que les devises fluctuent dans les mois à venir, vos conseillers pourraient bientôt vous appeler pour vous reporter sur une nouvelle palette de fonds en devises - Exchange Traded currency Funds - qui viennent d’entrer sur le marché. WisdomTree a récemment annoncé des ETF pour le yuan, la roupie et le real brésilien.

Rydex a des ETF qui suivent le peso mexicain, le rouble de Russie et la couronne suédoise. Mon conseil : tenez-vous en au métal jaune et brillant, opportunément disponible par divers ETF. A la différence de la monnaie fiduciaire, il n’est pas dans la main des politiciens ni des banquiers centraux

Steve Hanke est Professeur d’économie appliquée à la Johns Hopkins University et senior fellow au Cato Institute de Washington. On peut visiter sa page à www.forbes.com/hanke.