Mort de l'euro
Par Philippe Simonnot le samedi 15 mai 2010, 17:15 - Article - Lien permanent
En acceptant le 10 mai de faire ce qu’il avait toujours refusé de faire, monétiser les dettes publiques d’Etats impécunieux, Jean-Claude Trichet a signé la mort de l’euro, ou du moins de l’euro dont il rêvait, c'est-à-dire une monnaie à peu près digne de ce nom et indépendante des pouvoirs politiques.
Le gouverneur de la Banque centrale européenne ressemble aujourd'hui à la chèvre de M. Séguin. Il a résisté toute la nuit avec moult gémissements pour à la fin tendre son coup à la dent du grand méchant loup. Toute une carrière glorieuse couronnée par un renoncement en rase campagne.
Et voici l’euro devenu égout collecteur de papiers d’Etat bons à mettre au cabinet, comme on disait au Grand Siècle.
Faut-il qu’ils aient eu peur, les eurocrates qui nous gouvernent? Faut-ils qu’ils aient frissonné d’angoisse, les banquiers qui ont avalé des obligations de réputation si certaine ? Et bien sûr, ils pourront toujours dire qu’on les y a forcés. Derrière le quasi-défaut de la Grèce, se profilaient l’Espagne et le Portugal. « Too big, too fail ». C’est le raisonnement qui a été appliqué jusqu’à maintenant aux banques. On aurait bien laissé tomber la Grèce si dans sa chute elle ne risquait pas d’entrainer la Péninsule Ibérique. Et pourquoi pas la France ? Des Etats trop gros pour cesser leurs paiements.
Rétrospectivement, au vu des mesures « historiques » qui ont été prises sous la pression de Nicolas Sarkozy, on se dit que le risque de contagion jusqu’à nous était bien réel en dépit des démentis officiels, et que la « note » de la France sur les marchés financiers était réellement dégradable.
Dès sa naissance, et avant même sa naissance, l’euro a été frappé d’irréversibilité. On avait tellement peur que tel ou tel pays participant à cette aventure veuille en sortir que l’on exigeait de chacun, à chaque étape, des engagements irrévocables. Et donc, pas de porte de sortie, non plus, une fois que la nouvelle monnaie serait lancée, dont on attendait tant de merveilles économiques et financières, sinon politiques. Les fabricants de cette monnaie ô combien artificielle sont pris au piège de leur propre ruse. Et donc obligés à une fuite en avant. Et nous avec eux. Pauvres de nous.
Une fois encore, et ce n’est pas le moins scandaleux de cette affaire, la finance exulte. Une fois encore, des banques ont été sauvées qui ne méritaient pas de l’être. Une fois encore, l’exubérance irrationnelle des marchés a été rationalisée, après coup, par les banques centrales et les gouvernements qui agissent derrière elles. Une fois encore, l’irresponsabilité a payé.
L’euro est mort. Vive l’euro, c'est-à-dire une monnaie désormais vouée à l’inflation, seule façon dont les Etats remboursent leurs dettes quand ils ne peuvent plus lever d’impôts ou d’emprunts supplémentaires. L’ « euthanasie » du rentier par la hausse des prix et la baisse de la valeur réelle des retraites, on a déjà vu cela. Le problème, c’est que le rentier vit aujourd'hui plus longtemps qu’il y a un siècle et qu’il sera plus difficile à éliminer.
Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier de l'économie contemporaine.
Commentaires
Question bête d'épargnant: devons-nous craindre pour nos économies en euro? Doit-on acheter une devise étrangère? De l'or?
Crise de l'euro : "on n'a fait que gagner du temps, rien de plus", selon un économiste de la BCE.
En adoptant un plan de sauvetage de 750 milliards d'euros afin d'éviter une contagion de la crise grecque à d'autres Etats de la zone euro, "on n'a fait que gagner du temps, rien de plus", estime le chef économiste de la Banque centrale européenne, l'Allemand Jürgen Stark.
"Quand les marchés deviennent fous, personne ne peut prévoir les conséquences. Les politiques ont dû prendre rapidement des mesures pour enrayer aussi tôt que possible des développements néfastes", a-t-il expliqué dans un entretien à l'édition dominicale du quotidien d'affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung. Mais interrogé sur l'efficacité du plan lui-même, M. Stark a estimé que l'"on n'avait fait que gagner du temps, rien de plus".
http://www.lesechos.fr/info/marches...
Ils ont gagné du temps : ils ont gagné quatre jours !
Lundi 10 mai : ils annonçaient que la zone euro était sauvée grâce à un plan de sauvetage de 750 milliards d'euros. Tous les grands médias répétaient cette propagande : "La zone euro est sauvée ! La Grèce est sauvée ! Les marchés sont rassurés !"
Vendredi 14 mai : toutes les Bourses européennes s'effondraient.
L'illusion n'aura duré que quatre jours.
Retour au réel.
"Le tourisme grec est dans une situation critique. Après les annulations massives de réservations, un comité de crise piloté par l'organisme grec du tourisme a été mis en place", a indiqué le porte-parole du gouvernement grec à la presse.
"Il y a des milliers d'annulations, en raison des incidents des derniers jours et de la récession, qui provoquent chaque semaine la perte de dizaines de millions d'euros", a-t-il ajouté.
Ces annulations touchent "toute la Grèce", a précisé une source gouvernementale.
Selon l'Association des hôteliers d'Athènes (AHA), près de 20 000 nuits d'hôtel ont été annulées dans la capitale et ses environs depuis les violences qui ont fait trois morts en marge des manifestations du 5 mai contre le plan de rigueur du gouvernement.
"Ce chiffre continue d'augmenter", affirme le directeur de l'AHA, Loukas Douvas. "Il n'y a aucune raison d'être optimiste car nous avons chaque jour de nouvelles annulations, et surtout nous n'avons pas de nouvelles demandes de réservation", a-t-il ajouté.
Le tourisme représente près de 17 % du produit intérieur brut grec.
http://www.lemonde.fr/europe/articl...
Karl Otto Pöhl est l'ancien président de la Banque Centrale allemande. Karl Otto Pöhl vient de déclarer :
"Un petit, un tout petit pays comme la Grèce, sans base industrielle, ne pourra jamais rembourser 300 milliards d’euros de dettes" :
"ein kleines, ein winziges Land wie Griechenland noch dazu ohne industrielle Basis niemals in der Lage sein wird, 300 Milliarden Euro an Schulden zurückzuzahlen".