Faut-il qu’ils aient eu peur, les eurocrates qui nous gouvernent? Faut-ils qu’ils aient frissonné d’angoisse, les banquiers qui ont avalé des obligations de réputation si certaine ? Et bien sûr, ils pourront toujours dire qu’on les y a forcés. Derrière le quasi-défaut de la Grèce, se profilaient l’Espagne et le Portugal. « Too big, too fail ». C’est le raisonnement qui a été appliqué jusqu’à maintenant aux banques. On aurait bien laissé tomber la Grèce si dans sa chute elle ne risquait pas d’entrainer la Péninsule Ibérique. Et pourquoi pas la France ? Des Etats trop gros pour cesser leurs paiements.

Rétrospectivement, au vu des mesures « historiques » qui ont été prises sous la pression de Nicolas Sarkozy, on se dit que le risque de contagion jusqu’à nous était bien réel en dépit des démentis officiels, et que la « note » de la France sur les marchés financiers était réellement dégradable.

Dès sa naissance, et avant même sa naissance, l’euro a été frappé d’irréversibilité. On avait tellement peur que tel ou tel pays participant à cette aventure veuille en sortir que l’on exigeait de chacun, à chaque étape, des engagements irrévocables. Et donc, pas de porte de sortie, non plus, une fois que la nouvelle monnaie serait lancée, dont on attendait tant de merveilles économiques et financières, sinon politiques. Les fabricants de cette monnaie ô combien artificielle sont pris au piège de leur propre ruse. Et donc obligés à une fuite en avant. Et nous avec eux. Pauvres de nous.

Une fois encore, et ce n’est pas le moins scandaleux de cette affaire, la finance exulte. Une fois encore, des banques ont été sauvées qui ne méritaient pas de l’être. Une fois encore, l’exubérance irrationnelle des marchés a été rationalisée, après coup, par les banques centrales et les gouvernements qui agissent derrière elles. Une fois encore, l’irresponsabilité a payé.

L’euro est mort. Vive l’euro, c'est-à-dire une monnaie désormais vouée à l’inflation, seule façon dont les Etats remboursent leurs dettes quand ils ne peuvent plus lever d’impôts ou d’emprunts supplémentaires. L’ « euthanasie » du rentier par la hausse des prix et la baisse de la valeur réelle des retraites, on a déjà vu cela. Le problème, c’est que le rentier vit aujourd'hui plus longtemps qu’il y a un siècle et qu’il sera plus difficile à éliminer. Trait_html_691a601b.jpg Philippe Simonnot est directeur de l'Atelier de l'économie contemporaine.