Les islamistes, de meilleurs interlocuteurs économiques ?
Par Yves Montenay le jeudi 10 novembre 2011, 14:08 - Article - Lien permanent
L'économiste péruvien Hernando de Soto vient de publier, dans le Financial Times, un article (The free market secret of the Arab revolution ) qui rejoint le point de vue que Yves Montenay développe ci-dessous.
Les islamistes sont économiquement libéraux, même si beaucoup d'Occidentaux en doutent (du fait de l'image qu'ils ont de l'islam et de l'échec économique des pays arabes). Du point de vue des relations économiques avec la France, ce sont a priori des progrès qu'il faut escompter, surtout dans le cas de la Tunisie.
Dans un précédent article, j'avais signalé comment nous avions largement alimenté l'implantation des islamistes, qui se définissent donc largement comme opposés à l'Occident. Mais, à mon avis, ça ne devrait pas jouer dans le domaine économique.
Pour commencer, les islamistes se veulent économiquement libéraux, "car le Prophète était commerçant", Mais les Occidentaux sont sceptiques pour deux raisons :
- Certains estiment que les textes de base (le Coran et les Hadiths) interdisent toute initiative, telle la recherche de l'innovation ( ce qui est illustré par la réflexion souvent entendue : "l'islam signifie soumission à Dieu, attitude qui mène au fatalisme et non à l'économie moderne.")
- Les États musulmans sont sous-développés.
Les exégètes musulmans s'intéressant aux questions économiques soutiennent au contraire que les textes se prêtent à l'entrepreunariat et au capitalisme moderne par leur insistance sur le caractère fondamental de la propriété privée, et en donnant une connotation religieuse positive à la réussite économique et sociale, un peu de manière analogue au calvinisme.
Je ne vais pas entrer dans ce débat théologique, développé et argumenté dans deux articles récents (1), car, comme il est également dit dans ces deux articles, les hommes ne sont pas déterminés par les textes, mais au contraire y trouvent une justification à des actions totalement opposées, d'une personne à l'autre.
C'est ainsi que la Bible et les Évangiles ont généré aussi bien l'interdiction du prêt à intérêt (comme dans l'islam), que Savonarole, Saint-François-d'Assise ou les entrepreneurs puritains et les banquiers protestants. Bref, les textes ne préjugent en rien de l'attitude concrète. Même la "finance islamique" offre des solutions aux problèmes qu'elle pose apparemment, et qui ressemblent d'ailleurs à celles qu'on avait trouvées jadis en Occident, telle la commandite.
Le fait que les États musulmans soient sous-développés paraît à première vue plus pertinent. Mais l'examen montre que c'est le despotisme plus que la religion qui en est la cause, notamment du fait de la prédation et de l'insécurité pour les entrepreneurs qui peuvent se voir retirer leur œuvre à tout moment et sans justification.
C'était le cas dans l'Empire ottoman, le plus moderne des États musulmans pendant quelques siècles ; c'était encore assez souvent le cas dans la Tunisie de Ben Ali. Et dans beaucoup de pays s'y est ajoutée une période socialiste qui n'a rien arrangé !
Mais cela ne vient pas de l'islam puisque le développement de nombreux États non musulmans a été paralysé pour les mêmes raisons. Pensons aux États catholiques ou protestants d'Afrique ; et c'était analogue il y a peu en Asie orientale et en Amérique latine.
Bref, ce qui va importer pour les relations économiques avec l'Occident, ce sera de sortir du despotisme et de l'arbitraire, et que les interlocuteurs soient ouverts au libéralisme économique et notamment au respect de la propriété privée. Cela devrait être le cas, quels que soient par ailleurs les inconvénients pour les peuples des pays concernés si les islamistes ne respectaient pas leurs engagements de respect de la démocratie et de tolérance de toutes les opinions.
Si j'étais Tunisien, c'est la visée des islamistes sur le ministère de l'Éducation nationale qui m'inquiéterait, et non leurs idées économiques. Sur ce plan, l'intensité des liens personnels, commerciaux, financiers, linguistiques et intellectuels entre la France et la Tunisie ne peut que trouver de nouvelles applications au bénéfice de tous dans le cadre du nouveau gouvernement.
Note
(1) Dialogue sur Islam et Liberté, Le Coran et les musulmans, quelle lecture retenir ?

L'original de cet article a été publié sur le site le Cercle Les Echos en date du 27 octobre 2011.
Commentaires
Un peu superficiel.
Les États musulmans n'ont pas le monopole du despotisme, mais il y ont un tropisme très fort.
Toutefois on rate l'essentiel du problème si on en reste là.
Ces dictatures répondent à une contestation fondamentale de l'État par les autorités de l'islam, qui ont toujours eu et auront toujours une prétention à dire le droit et à l'imposer par des fatwas dont certaines appellent tout bon musulman à exécuter un individu, musulman ou non, ayant enfreint les interdits de l’islam.
C’est infiniment plus grave.
En effet, l’État au sens où nous l’entendons a le monopole de la coercition sur son territoire. Une telle fatwa (et bien d’autres) est donc une négation de l’État.
Je sais que le relativisme interdit de dire cela, mais je le dis quand même: C'est absolument propre à l'islam.
En effet, jamais on n'a vu de théologiens chrétiens se prétendre compétent pour dire le droit, en tous pas à ce titre-là. Même les inquisiteurs se prononçaient, et sur des questions de croyance religieuse uniquement, sous l'autorité séculière (soit l'État dans sa dimension régalienne), qui d'ailleurs demandait leur venue et les rémunérait. Ils lui remettaient ceux qu'ils jugeaient coupables d'hérésie (et qui furent une petite minorité), et c'est elle qui décidait de leur peine et la leur infligeait.
Encore les Inquisitions furent-elles toujours des exceptions circonscrites dans l'espace et le temps, comme le fut le devoir de guerre sainte pour les croisades (dont, il faut le rappeler, l'objectif n'était pas d'imposer le christianisme, mais de pouvoir se rendre en pèlerinage sur le tombeau du Christ).
Le christianisme est donc normalement non contraignant, ou très faiblement. De plus il est centré sur la morale que nous connaissons, soit une morale individualiste, abstraite et idéaliste. Non seulement elle s’adresse à des individus, mais étant du domaine de l’idéal, elle leur fait assumer leur manière de l'appliquer.
À l’opposé, l’islam est collectiviste et ses directives sont d’ordre pratique, propres à être imposées, et destinées à l’être. Les musulmans sont exhortés par le coran à les imposer par des méthodes aussi brutales que la flagellation et la mort (l’exemple de Mahomet ne fait qu’exacerber cette pression, qui, à Médine, commandita plusieurs meurtres de dissidents, fit lapider une femme adultère et fit entièrement massacrer une tribu juive rétive).
Il ne me semble pas possible de concilier un système socio-politique aussi directif, aussi oppressif pour l’individu, avec le libéralisme économique. Autrement dit, le libéralisme doit être général ou ne pas être.
Du reste, pourrait-il être limité à l’économie que ce ne serait qu’une piètre compensation pour la perte de toute liberté.
Je reconnais que les gens peuvent s’éloigner des textes; mais encore faut-il qu’il existe d’autres influences pour les en éloigner. L’islam a montré une remarquable efficacité à éradiquer toute autre influence – ainsi la Bible est interdite, pratiquement ou formellement, aux musulmans vivant sous juridiction musulmane. L’islam a une influence culturelle croissante en Occident et un monopole partout où il est dominant.
Un peuple soumis à cette seule influence ne peut plus que glisser sur la pente imprimée par les textes de l’islam, soit celle qui mène à la théocratie musulmane totalitaire et à l’abandon presque total de l’individu.
L’islamisme me semble donc être le pire ennemi du libéralisme.
Le commentaire précédent semble assez à propos. Il est assez surprenant que l'auteur, se prétendant libéral, ne condamne pas fermement ce genre de dictature!
La base du libéralisme n'est rien d'autre que l'état de droit. Comment assurer la pleine exécution des contrats dans l'intérêt réciproque plein et entier des contractants si ces même contractants doivent systématiquement se réferrer à ce qui est hallal (autorisé) ou haram (interdit)?
Il y a là une contradiction énorme. Ce n'est pas à l'état de juger ce qui est bien ou mal mais de définir objectivement les préjudices que les contractants peuvent rencontrer et de les condamner si besoin est par des tribunaux.
L'auteur ne semble pas rappeler que l'islamisme et la charia sont profondément régressifs et font intervenir le charlatanisme et la sorcellerie dans les affaires! Et oui il faut employer les grands mots: les islamistes sont des menteurs et des charlatans qui ne méritent pas le moindre respect!
Ces gens là ne méritent que ce qu'ils connaissent et au fond respectent: la loi des armes !!!
J'en veux pour preuve l'énorme supercherie et mensonge de la finance islamique: pourquoi le prêt à intérêt est-il condamné et pas le commerce?
Dit autrement, Allah ferait une distinction de nature entre l'intérêt et le profit?
On le voit, Allah n'est pas un grand économiste!
Il est temps que les musulmans se réveillent et arrêtent de croire en leur père noel appelé Allah et les occidentaux arrêtent de croire au père noel social!
Les musulmans sont des constructivistes. C'est à dire qu'ils rêvent de bâtir une société fondée sur l'Islam et ses lois. On est loin du libéralisme qui repose lui, sur la liberté individuelle.
De plus, en visitant un site musulman j'y ai lu des questions posées à des imans du style : "puis-je commercer avec un Juif ?". Réponse de l'imam après recherche dans les Hadiths :" oui c'est possible car Mahomet a, un jour, vendu son épée à un Juif.".
Les Hadiths et le Coran définissent donc avec qui le musulman peut commercer en fonction soit de ce que Mahomet a fait, soit de ce que le Coran autorise. Pas très libéral.
Un grand merci aux trois intervenants précédents pour avoir remis les choses à l'endroit!
Les islamistes sont économiquement libéraux, dit Yves Montenay. Le seul petit problème, c'est que les islamistes disent explicitement le contraire : libéralisme, capitalisme et démocratie sont leurs ennemis jurés. Ils n'ont pas de mots assez durs pour exprimer la haine qu'ils éprouvent à leur égard.
Les Frères musulmans : « Notre mission, aux Etats-Unis, est un grand djihad qui consiste à éliminer et détruire la civilisation occidentale de l’intérieur, et à saboter ce château de cartes. »
Anjem Choudary, chef du mouvement interdit Islam 4 UK : « La liberté et la démocratie doivent être détruites, et remplacées par un Etat islamique. »
Ahmad al-Tayib, cheik de l’université d’Al-Azhar: "La conception occidentale des droits de l’homme est opposée à tout ce qui est sacré pour nous ».
Le cheik égyptien Abd-al-Azim: “La démocratie est une mauvaise idée. Nous ne devons pas avoir honte de le dire. C’est une idée rétrograde, née en Grèce. Parmi les libertés inhérentes à la démocratie, il y a […] la liberté de posséder des biens, la liberté individuelle, la liberté de conscience et d’expression […], l’usure – tout cela est dans la démocratie, c’est pourquoi je la condamne”.
Il existe d’innombrables déclarations publiques de chefs musulmans contemporains qui vont dans le même sens. Et on nous explique que les musulmans seraient libéraux parce que Mahomet était commerçant ? (En fait, c’était sa première femme qui l’était.) De qui se moque-t-on ?
C'est quand même fou, les contorsions intellectuelles auxquelles il faut se livrer pour ne pas risquer d'être accusé d "islamophobie" !
Multiculturalisme, Religions, Ultralibéralisme, Pseudo Humanisme (et non pas le vrai), Organisations mondiales de l'ordre nouveau,Politique liberticide, destruction de la pensée ou plutôt restructuration de la pensée par les masses média au travers de techniques bien connues et éprouvées depuis longtemps... j'en passe et des meilleurs, ne sont en fait que des armes à disposition pour la pensée unique de la mondialisation pour le création de l'homme nouveau "post moderne". La convergence des divers facteurs actuels ne me semblant pas si désordonnés que l'on semble le faire croire...
Vu sous cet angle cela devient lumineux, mais d'autant plus effrayant que toutes les plus grandes idéologies destructrices passées de l'histoire passent pour des coups d'essais, des préambules à la mise sous tutelle définitive de l'humanité.