Le catastrophisme est tel que c’est à croire que l'on a tué tous les ingénieurs de la planète ! Ou que les salaires et les retraites de tous les pays du monde viennent de chuter de 20 % ! Ou que les autoroutes, les chemins de fer, les aérodromes et Internet viennent d'être paralysés ! Ou qu’une guerre mondiale vient de se déclencher, avec le blocage de toutes les frontières et une priorité absolue à la production de munitions, ainsi que la réquisition de tous les carburants pour les chars ! Je veux dire qu’abaisser la note des États-Unis ne change aucun facteur physique, technique ou commercial. Donc ne devrait pas avoir de conséquences durables autres que le prolongement de l'inévitable déclin américain, qui a de multiples causes à long terme, dont deux au moins sont indépendantes de l'action du gouvernement des États-Unis : le fait que les deux guerres mondiales leur ont donné un rôle prépondérant qui devait fatalement se relativiser, d'autant que, deuxième facteur, ils ne représentent plus que 5 % de la population mondiale.

Mais je reconnais que ce n'est qu'une analyse à long terme, et qu’à court terme, tout le monde se préoccupe des mouvements monétaires et financiers. Là, l'analyse est plus difficile car elle fait entrer en jeu des facteurs psychologiques, dont le panurgisme, et peut-être des facteurs moins avouables qui ont été évoqués dans les interventions précédentes (le fait que la gauche française aimerait bien que Paris soit dégradé AVANT les élections, et celui que certains acteurs anglo-saxons aimeraient bien voir disparaître un concurrent). Je n'aime pas beaucoup la théorie du complot, mais il ne faut pas non plus tomber dans un excès de naïveté. J'ai par exemple remarqué un article alarmiste de l'excellent journal The Economist, qui cible la France, alors que bien d'autres pays dans le monde ne sont pas mieux gérés et parfois bien plus mal.

Et ce deuxième point, le fait que, pour les acteurs financiers, la gestion française soit à comparer à d'autres, rend difficile les prévisions. Par exemple je ne vois pas pourquoi, après quelques vagues à court terme, un éventuel franc français tomberait à un demi dollar ou à une demi livre sterling si l'on compare « les fondamentaux » des trois pays en question. On peut aussi bien imaginer une chute du dollar contre la plupart des autres monnaies. C'est d'ailleurs peut-être souhaité par les États-Unis ! Par contre, notre éventuel franc français se réévaluerait probablement par rapport aux monnaies de l'Europe du Sud, qui ne sont pas négligeables dans notre commerce extérieur, ce qui irait à l’inverse du raisonnement généralement tenu. Resteraient bien sûr l'éventuel mark, et peut-être le yuan. À court terme du moins, car l'Allemagne et la Chine ont leurs propres problèmes de long terme, démographiques surtout, mais aussi politiques (le poids des Verts en Allemagne, le gâchis de l'argent public, de l'environnement et de la motivation populaire en Chine).

Donc l'agitation actuelle ne devrait être qu'une tempête dans un verre d'eau. Malheureusement elle peut aussi générer des erreurs macro économiques graves, comme c'est arrivé dans le passé.